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une tradition de bizoutage militaire tourne au drame à l EMIA du Mali

Crile 03, octobre 2011 lors d’un bizoutage miltaire à l’école militaire inter-armmée de koulikoro  tourne au drame.

car il ya eu 6 mort parmis les six morts une sénégalaise qui faisait sa formation militaire à l EMIA (ecole militaire intere armée) de koulikoro.

Le drame se produit lors que, les sous officiers de la classe de la deuxième années ses font bizouter par leurs ainés de la troisième années.

Il parait que c’est une tradition militaire, mais jamais il ya eu mort d’homme.

Comment ont peut pousser les cadets de la même dicipline ou bien les futures collègues a pousser la souffrance au de là, de lalumite humaine sans se rendre compte.

les faits sont là il ya eu des exercices poussées qui ressemble à une horible torture et de coups et blèssures.

ce qui  a fait tombé les uns derrière autres jusqua ce que mort s’en  suit.

je pose de quetion ceux qui ont fait ça ne sont- il pas des homme malghré qu il sont militaire?

Les instrucreurs étaient – ils present?

Que deviennent les coupables qui se sont distinguées par leur criminalité?

J’attend des reponses

je vous remerci.

Dans : générale
Par blindingunblogfr
Le 6 octobre, 2011
A 23:55
Commentaires : 0
 
 

la crise économique

Voilà la thèse du site matière et révolution avec la quelle je suis entièrement d’accord c’est pour cela que je le mit sur mon blog bonne lecture

 

 

Thèses du site « Matière et révolution » sur la crise actuelle

1- Il n’y a aucune origine accidentelle à la crise actuelle. Pour les capitalistes, loin d’être une surprise, elle est une catastrophe annoncée. C’est seulement pour le grand public, et particulièrement pour les travailleurs, qu’elle est tout ce qu’il y a de plus étonnant : le système qui domine le monde, sans une puissance capable de le renverser, sans une classe sociale qui semble lui contester ce pouvoir, est en train de s’effondrer et de se détruire lui-même.

2- Ce n’est pas une crise conjoncturelle. Ce n’est pas une crise américaine. Ce n’est pas une crise immobilière. Ce n’est pas une crise financière. Ce n’est pas une crise bancaire. Ce n’est pas une crise pétrolière. Ce n’est pas une crise de confiance. Ce n’est pas une crise inflationniste. Ce n’est pas une crise de l’endettement. Ce n’est pas une crise due à une simple récession. Bien sûr, il y a tout cela à la fois mais cela n’explique pas le fondement de la crise. C’est le système capitaliste tout entier qui est en crise. Le terme « systémique  » pour caractériser la crise signifie que c’est le fondement, le principe même, du capitalisme qui est mort.

3- C’est l’accumulation du capital qui ne peut plus fonctionner. Et ce pour une raison simple. Le mécanisme d’accumulation du capital a atteint sa limite.

4- Cela signifie que le capitalisme n’a pas subi une maladie, ni un défaut, ni un comportement défaillant de tels ou tels de ses acteurs. Non, le capitalisme meurt parce qu’il a été au bout de ses possibilités. C’est son succès lui-même qui provoque sa fin. Il n’y a pas moyen d’inventer suffisamment d’investissement vu la quantité de capitaux existant dans le monde. Tous les cadeaux des Etats et des banques centrales au capital ne peuvent qu’être des palliatifs d’une durée de plus en plus limitée.

5- L’accumulation du capital est le but même de la société capitaliste. Produire, exploiter, vendre des marchandises, tout cela n’est qu’un moyen. Faire de l’argent, s’enrichir n’est aussi qu’un moyen. Le but même est de transformer cet argent en capital, c’est-à-dire trouver les moyens de l’investir et de lui faire rendre du profit, lequel profit doit lui-même encore être investi.

6- C’est ce mécanisme qui ne fonctionne plus. Il n’est pas grippé. Il n’est pas menacé. Il est mort. Il a été maintenu en survie pendant un temps déjà très long par des mécanismes financiers et eux-mêmes viennent d’atteindre leurs limites. On ne peut pas maintenir le mourant tellement longtemps même en inventant de nouvelles techniques de survie artificielle. Bien entendu, aujourd’hui tout le monde accuse le système financier et ses « folies « , mais c’est oublier que ce sont ces prétendues folies, des politiques pratiquées parfaitement consciemment, qui ont permis au système de perdurer au-delà de ses limites.

7- Les guerres locales comme celles d’Irak, celle d’Afghanistan, mais aussi de Yougoslavie et du Timor ont été aussi des moyens de faire durer le système. Mais, là aussi, les limites sont atteintes.

8- Quel moyen aurait le système de se redresser vraiment ?

Celui de détruire une très grande partie des richesses et des marchandises accumulées. Il ne lui suffit pas de détruire les richesses fictives de la finance. Il lui faut, pour repartir, détruire une partie de la planète comme il l’a déjà fait, dans des circonstances semblables, lors de deux guerres mondiales.

9- De là découle l’alternative pour les classes ouvrières et les peuples. Entre le Capital et le Travail, il y a maintenant une question de vie ou de mort. Même si la classe ouvrière ne souhaite pas consciemment se préparer au renversement définitif du système et à la fondation d’une société reposant sur la satisfaction des besoins collectifs des peuples de la planète, c’est le capitalisme lui-même qui va la contraindre à choisir.

10- Les mécanismes politiques et sociaux de domination sont désormais dépassés. On va voir du nouveau. Les « démocraties  » occidentales vont montrer toute leur barbarie aux populations qui y sont le moins préparées : celles de leurs propres pays. Les dictatures, les fascismes vont revenir au goût du jour.

11- Il est urgent de préparer l’avant-garde aux situations à venir. Il n’y a rien de plus urgent que de comprendre la crise actuelle et ses conséquences et de les faire comprendre autour de nous. Ce qui est à l’ordre du jour n’est pas seulement de se défendre contre des attaques. C’est de se défendre contre une attaque idéologique de grande ampleur. Les gouvernants vont tâcher de donner leur propre interprétation des événements pour nous convaincre qu’eux seuls peuvent faire revenir l’époque passée. Ils mentent. Elle ne peut pas revenir. Ils vont chercher ainsi à nous empêcher de nous organiser entre nous pour comprendre, discuter et répondre aux situations. La crise de confiance des peuples dans le système est dangereuse si les opprimés, si les peuples se mettent à s’organiser, et déjà à se réunir pour confronter les points de vue, pour donner leurs avis sur la signification de ce qui se passe et sur les moyens d’y faire face.

12- Ce que souhaite la classe dirigeante, c’est que chacun se retrouve face à ses peurs, face aux problèmes matériels touchant sa vie, celle de sa famille, et se demande seulement quel dirigeant bourgeois va pouvoir le sauver. Des sauveurs suprêmes, des Hitler ou des chefs civils ou militaires dictatoriaux prétendants tenir la solution, on va en voir défiler. La première des tromperies qui va se présenter à nous sera celle des réformistes de tous poils qui auront quantité de prétendues solutions pour sauver à la fois le système et la population. Le seul effet de leurs discours sera de démobiliser les opprimés et d’éviter tout risque révolutionnaire aux exploiteurs afin de leur permettre de préparer leurs vraies solutions violentes : dictatures et guerres. D’avance il faut se préparer à n’avoir confiance qu’en nous-mêmes.

13- Au lieu de se protéger, ce qui ne sera pas possible, il faut saisir l’occasion. Le capitalisme est atteint dans ses fondements. Profitons-en pour en finir avec ce système d’exploitation. Nous sommes des millions de fois plus nombreuses que les exploiteurs et bien plus forts que le système si nous en sommes conscients. La fin du capitalisme ne sera une catastrophe et un recul massif que si nous nous contentons de nous défendre, catégorie par catégorie, pays par pays, groupe social par groupe social. Cela peut être le prélude d’une avancée historique de l’humanité si nous décidons d’en finir avec l’esclavage salarié

« Vous avez aimé la crise des supprimes, vous adorerez la crise des LBO (LBO = titrisation des dettes des sociétés d’achats par endettement avec effet de levier) »

Le « Canard Enchaîné » le 22 septembre 2008

 » Un cycle de croissance de dix ans s’achève. Au-delà du retournement cyclique, il est clair que l’on touche aujourd’hui aux limites d’un modèle de développement  »

L’économiste Jean-Hervé Lorenzi Cité par « le Figaro  » du 7 juillet 2008

Précisons que ce qui est menacé dans la crise actuelle, c’est tout simplement le capitalisme ! Voilà ce que ne voudrons certainement pas entendre tous ceux pour qui l’existence éternelle de l’empire actuel ne doit même pas être questionnée.

En effet, ce qui est mis en cause, c’est tout simplement le niveau trop élevé de la capitalisation mondiale par rapport aux capacités d’absorption des marchés. Or, c’est le mécanisme fondamental qui est ainsi atteint : l’augmentation du capital.

L’hypertrophie de la finance apparaît comme la cause de la crise mais elle en est surtout la conséquence, le seul moyen qu’a trouvé le système pour perdurer.

 

Où en est la crise actuelle ?



 

Qu’est-ce qu’une crise capitaliste ?

Des dizaines, puis des centaines de milliards de dollars engouffrés dans les trous des banques, des assurances et des bourses, la crise actuelle entraîne de nombreuses inquiétudes et d’encore plus nombreuses questions, le plus souvent sans réponse. Et pour cause ! Le système capitaliste, nous le connaissons bien et même nous ne connaissons que lui. Et pourtant, nous ne le connaissons pas !

Nous réfléchissons au système capitaliste comme à un mode rationnel de fonctionnement. Ou, au moins, à un mécanisme qui devrait être rationnel. Nous le pensons comme un système dirigé par des êtres humains en vue de buts des êtres humains. Ce n’est pourtant pas le cas. Nous y voyons « une société de consommation » ou encore « un marché ». Là encore, il s’agit d’un contresens.

La situation actuelle de crise est l’objet des mêmes contresens. Certains y voient une nouvelle crise de l’immobilier. D’autres une crise des ressources énergétiques. D’autres encore, une crise du système de régulation des marchés financiers. Toutes ces interprétations visent à cacher le véritable problème qui touche les fondements mêmes du système, et du système capitaliste et pas seulement du « système financier ». En fait, il n’existe pas un système financier qui serait séparé du système capitaliste.

Le capitalisme n’est pas en crise parce qu’il manque d’argent, manque de richesses à pomper, manque de travailleurs à exploiter, ni parce que les exploités en ont assez mais, simplement, parce qu’il manque de perspectives pour ses investissements. Les besoins à satisfaire existent toujours mais les satisfaire ne serait plus assez rentable. La course aux profits se heurte donc à un mur, à une limite. Les processus multiples pour contourner cette limite n’ont fait qu’aggraver le niveau de la crise. Il s’agit là des méthodes financières, monétaires, bancaires, etc…

Il convient de distinguer les multiples crises de fonctionnement, indispensables au capitalisme ou crises de conjoncture des crises systémiques qui menacent de mort le système lui-même.

La crise économique du capitalisme vient de repartir de plus belle en janvier 2008. Dans la foulée de la crise des supprimes qui avait enflammé l’immobilier et la finance aux USA, en Angleterre et en Espagne. Elle se double maintenant d’une crise des liquidités, d’une chute des bourses et d’une crise des banques. La crise américaine y rajoute la menace d’une récession mondiale de grande ampleur. Des banques américaines et européennes sont menacées. Les banques françaises commencent à reconnaître l’existence de fonds douteux. La BNP avait commencé dès le début de la crise. La Société Générale reconnaît indirectement la même chose avec une perte de plusieurs milliards d’euros. Et ce n’est qu’un début…

La finance, se détournant des bourses et du dollar, joue sur les monnaies, sur le prix du pétrole, sur les prix des produits alimentaires. Il en découle un effondrement du niveau de vie dans les pays les plus pauvres et jusque dans les pays riches. L’inflation se rajoute à la récession, rendant quasi-impossible toute politique pour retarder ou éviter l’aggravation de la crise.

Comment comprendre le sens de cette crise économique ? Il s’agit bel et bien d’une crise systémique, c’est-à-dire d’une catastrophe générale qui prend sa source dans les mécanismes fondamentaux du système à l’échelle mondiale et les menaces tous. Le capitalisme s’autodétruit, même s’il ne mène pas lui-même à une solution. Sans chercher à expliquer leurs crises. Les classes dirigeantes prétendent éviter la crise. En fait, elles recherchent d’abord à éviter que leur système d’exploitation et de mise en coupe réglée du monde en soit affectée et, en second, que leurs propres capitaux accumulés, n’en subissent des conséquences. Les peuples, comme les deux guerres mondiales l’ont montré, ne seront pas nécessairement épargnés, tant que les travailleurs épargneront le système capitaliste.

Pour le moment, s’il faut insister sur un point, c’est de ne faire aucune confiance aux déclarations des gouvernants, des banquiers et des industriels. Tous prétendront vouloir nous sauver et mettre sur pied plan sur plan dans ce but. Ils ne feront que nous enfoncer dans la misère et le chômage soi-disant pour nous sauver… Aucune confiance dans les banques pour y laisser nos économies. Aucune confiance aux industriels pour « sauver nos emplois ». Aucune confiance aux gouvernants pour « protéger le pays de la crise » comme ils disent. Travailleurs, n’ayons confiance qu’en nous-mêmes, qu’en notre force, qu’en notre mobilisation, qu’en notre organisation ! Unissons-nous par delà les frontières. Ne croyons à aucun discours nationaliste présentant un autre peuple, un autre pays, un seul chef d’Etat, comme le seul responsable. Ils le sont tous ! La crise économique, eux tous les transformerons en occasion de nouvelles rapines, de nouvelles fortunes faciles. Transformons-la en une occasion de nous libérer définitivement de leur système d’exploitation ! Les travailleurs ont une société bien plus humaine, plus constructive, bien plus utile à l’ensemble des hommes à offrir. La nouvelle crise du capitalisme doit sonner l’avènement du socialisme !

Il ne s’agit pas là d’un simple vœu mais d’une nécessité. La crise pose en effet une question au monde, comme les crises mondiales systémiques précédentes.

En effet, les précédentes crises systémiques ont produit guerres mondiales, dictatures, fascismes mais aussi révolutions prolétariennes. Il y a une alternative : socialisme ou barbarie qui se pose à terme au monde.

En tout cas, la crise sonne le glas des conceptions réformistes. Celles-ci n’ont été capables que de négocier comment se faire exploiter. Aujourd’hui même ces sacrifices sont insuffisants pour le capitalisme qui est menacé par sa propre crise.

Dors et déjà les peuples les plus pauvres sont plongés dans la misère : l’Egypte redécouvre la famine et l’Afrique connaissent de nouvelles émeutes. Ce n’est qu’un début. Le pire effondrent sera celui de la petite et de la moyenne bourgeoisie des pays riches : quand on est un peu au-dessus, on tombe de plus haut ! Et cela signifie la fin de la démocratie capitaliste car sa propre base disparaissent. Pour ceux qui veulent réfléchir pour préparer l’avenir, la révolution mondiale n’est plus une lointaine perspective mais à une perspective à préparer dès maintenant.

Mais, d’abord, il convient de comprendre comment cette crise exprime des limites du système capitaliste incapable de proposer des investissements à une part croissante des capitaux. Là est la source de la part croissante de capitaux dédiés à la spéculation. Là est également la source de la crise actuelle. Cela signifie que l’on ne peut pas dire que la spéculation a causé la crise. C’est le capitalisme lui-même qui est en crise et pas seulement le système financier.

Il ne peut pas y avoir d’amélioration, de « régulation » du système. La crise touche aux fondements même de la société du profit capitaliste, société qui ne peut pas être réformée mais seulement renversée.

Le capitalisme en crise ne peut entraîner le monde que dans des catastrophes de grande ampleur. C’est le seul moyen pour lui de se relancer. Il doit (presque) tout détruire pour repartir sur de nouvelles bases. Par conséquent, loin d’être sorti rapidement de sa crise actuelle, le système mondial de domination va entraîner tous les peuples du monde dans le cauchemar : récession, effondrement des banques, misère, dictatures, guerres et guerre mondiale…

La seule réponse n’est pas régulation ni intervention de l’Etat mais intervention de la classe ouvrière et des peuples : REVOLUTION et la seule alternative : LE POUVOIR AUX TRAVAILLEURS visant à la suppression du mode d’exploitation capitaliste.

Sur la crise de 1929

Le secrétaire d’Etat américain Mellon face à la crise de 1929, cité Herbert Hoover, dans ses « mémoires  » :  » Il suffit de liquider les ouvriers, les stocks, les agriculteurs et l’immobilier.  »
Extraits de « histoire économique et sociale du monde  » de P. Léon :

 » La grande crise du monde capitaliste
« la crise débuta en octobre 1929 aux Etats-Unis par une crise boursière ; elle prit rapidement un caractère mondial, elle fut longue et atteignit son paroxysme lorsque la production tomba au plus bas : 1931 en Grande-Bretagne, 1933 aux Etats-Unis et 1935 en France. Les différents rouages de la vie économique furent successivement touchés. Ainsi, le krach de Walt Stress engendra une nouvelle chute des prix de 1929 à 1932, dans laquelle vinrent d’inscrire en mai 1931 une crise française et, à partir de septembre de la même année, une crise monétaire. Malgré la diversité de ses manifestations, loin de constituer une série de crises qui venaient s’ajouter accidentellement les uns aux autres, le cataclysme était dû à un enchaînement de causes. (…) Une nouvelle chute des prix, dont le centre fut encore une fois les Etats-Unis, eut lieu dans le second semestre de l’année 1937 et la production mondiale ne se releva vraiment que grâce à la course aux armements pendant l’année 1938 (…) La crise du capitalisme eut de multiples aspects qui sont indissociables. Par commodité, les répercussions sociales et les luttes qu’elle provoqua sont traitées à part : le danger d’un tel parti pris assimilable à l’économisme est de faire tout dépendre de la politique économique (…)
La flambée sur le cours des actions à la Bourse de New York avait commencé en 1927-1928 : l’indice des valeurs industrielles indique un doublement des cours en moins de deux ans (début 1928 : 191 ; décembre 1928 : 300 ; septembre 1929 : 381). Bien que cette poussée n’eût rien d’exceptionnel dans l’histoire de la Bourse, elle expliquait assez bien la fièvre du public. Les transactions en 1929 portaient en moyenne sur 42 millions de titres par jour, avec parfois des montées en flèche à 82 millions comme en mars 1929. La hausse du nombre de transactions ne présentait aucun danger en soi. Le fait que certaines actions passent entre plusieurs mains en peu de temps dénotait pourtant le caractère spéculatif de ces mouvements. Le nombre des Américains qui jouaient à la Bourse était autour de 1,5 millions sur 122 millions d’habitants, mais en réalité le marché se cristallisait autour de quelques milliers de spéculateurs parmi lesquels Samuel Insull, Charles Mitchell de la National City Bank et Albert Wiggins de la Chase Banque. Comment expliquer tout d’abord l’abondance des titres mis sur le marché ? Principalement par la transformation rapide des structures sociales de l’entreprise – de la firme familiale à la société anonyme – et par l’habitude prise par les grandes affaires de prévoir à l’avance, au moyen d’augmentations anticipées du capital, leurs projets d’investissements à long terme. A quoi il faut ajouter la multiplication caractéristique de l’époque des sociétés d’investissement qui n’étaient que des pyramides financières fondées sur l’achat, en principe, de bons portefeuilles afin d’offrir à l’épargnant la possibilité de jouer sans risques. D’où provenait en second lieu la flambée des cours ? (…) Dans l’atmosphère de prospérité générale qui régnait et surtout par suite du manque d’informations des épargnants, un mouvement excessif d’anticipation à la hausse avait eu lieu, surtout dans les secteurs à la traîne et dans les affaires risquées. La spéculation n’avait plus aucun lien avec le montant des dividendes distribués, elle se fondait sur la hausse des cours des actions et prenait manifestement un caractère de plus en plus psychologique. (…) L’un de phénomène le plus caractéristique de cet emballement de Wall Street fut la forte croissance des prêts aux courtiers. Ils doublèrent de fin août 1926 à fin novembre 1928 et augmentèrent encore d’un tiers à partir de cette date jusqu’à fin septembre 1929. (…) L’édifice du crédit boursier était donc tout aussi fragile que celui du crédit international ; de plus, il pompait les liquidités du monde. Le gouvernement fédéral était d’ailleurs convaincu du danger de la situation ; cependant il hésita longtemps avant d’intervenir, le seul moyen qu’il eût à sa disposition pour réduire la masse monétaire en circulation étant de relever le taux d’escompte. Or, une telle manipulation ne pouvait qu’accentuer la récession économique qui était apparue fortement dans le bâtiment, voire l’automobile. Le 6 août, ce taux fut finalement porté à 6%. (…) Il n’y eut pour le moment point de résultat sur la Bourse. La crise débuta le 23 octobre et le jeudi 24, le fameux jeudi noir, ce fut la panique : 13 millions de titres furent cédés, 16,5 millions d’actions furent encore liquidées le 29. Malgré l’intervention d’un syndicat de banquiers (Morgan, Mitchell, Wiggin), qui avança un milliard de dollars pour couvrir des prêts à vue, malgré celle du Système Fédéral qui fournit également des fonds – ce qui était contraire à la loi – et qui abaissa le taux d’escompte à 5 puis 4,5%, le krach dura 22 jours. Ce fut le plus long de l’histoire. (…)
Comment expliquer le retournement du cycle boursier ? Il faut noter d’abord que les difficultés des affaires et de l’emploi avaient commencé bien avant, de part et d’autre de l’Atlantique. Le resserrement de la production, des prix et de l’emploi en Europe – sauf la France – datait du premier trimestre de 1929 (déjà 1,9 millions de chômeurs en Allemagne). Aux Etats-Unis, la construction des villas de luxe s’était fortement ralentie dès le printemps, la production des automobiles avait atteint le chiffre record de 622.000 en mars, avant de retomber à 416.000 dès septembre. Dans le cas américain, les trois indicateurs précités qui cernent l’activité économique changèrent de direction à partir de juin. (…) La crise boursière ne fut qu’un « maillon de la chaîne  » qui désagrégea les économies occidentales. Certes, à la fin de l’année 1929 et au début de 1930, des liquidités réapparurent à la suite du renversement des politiques d’escompte des banques centrales. Il était trop tard. En raison de la contraction du crédit au moment du krach, le phénomène de déflation des prix avait atteint un nouveau palier qui fut longtemps irréversible. A son tour, la déflation, cette fois générale, provoqua un réflexe de retrait des fonds et de thésaurisation d’une tout autre ampleur qui fit éclater au grand jour la crise économique. La spéculation boursière avait donc masqué pendant un temps la contradiction entre l’existence d’une suraccumulation mondiale de capitaux et une économie qui végétait faute de débouchés. Le krach fut moins dû à la prise de conscience de l’inanité d’une telle spéculation qu’aux déséquilibres supplémentaires que la Bourse créait.  »

 » Un processus de nivellement comparable en grandeur et en soudaineté à celui auquel Lénine avait présidé une décennie auparavant.  »
John Kenneth Galbraith dans « la crise économique de 1929  »

 » De la fin de cycle à la fin du capitalisme

Quelle fin du capitalisme ?
Comme nous l’avons déjà souligné, la fin de cycle du capital n’est pas la fin du capitalisme, elle n’est que la phase ultime de celui-ci ; phase qui peut s’étaler sur toute une période mais qui finira par trouver un terme final. Certes, aujourd’hui où triomphe l’idéologie du capitalisme « triomphant « , « horizon indépassable de l’humanité « , « fin de l’histoire « , cela devient proprement scandaleux – ou irresponsable – que de parler de fin du capitalisme. (…) Persuadés que le capitalisme sera toujours à même de « rebondir  » alors qu’on le croyait agonisant, ils finissent par entretenir un scepticisme complaisant concernant sa disparition, ne cessent de mettre en garde contre tout catastrophisme, tout en faisant de l’ironie à bon compte.  » R. Boyer rappelle avec raison que les rapports sociaux capitalistes ont fait preuve depuis cent cinquante ans, et surtout au 20e siècle, d’une plasticité considérable, et que ceux qui ont annoncé la « crise finale  » en ont été pour leurs frais.  » écrit par exemple F.Chesnais dans son livre « la mondialisation du capital « . (…) Ce point de vue n’est pas nouveau. Il caractérise historiquement tout le courant social-démocrate, qui a toujours exclu l’effondrement économique du capitalisme. Aujourd’hui, cette utopie d’un capitalisme qui n’aurait pas de limites objectives revient en force. (…) Autrement dit, à la théorie de la décomposition du capitalisme entraînant sa mort lente, il faut opposer la théorie de l’effondrement, entraînant sa mort violente, telle que Marx l’avait vue, une fois le système rendu dans sa phase finale :  » Les contradictions capitalistes provoqueront des explosions, des cataclysmes et des crises (…) Cependant ces catastrophes, qui les régénèrent régulièrement se répètent à une échelle toujours plus vaste et elles finiront par provoquer son renversement violent.  » (Gundrisse)

Restaurer quelque peu le taux de profit
Comme nous l’avons vu précédemment, ce qui caractérise le capitalisme désormais, c’est son bas taux de profit. (…) Les capitaux tendent alors à s’éloigner de la sphère productive pour se transformer en purs produits financiers spéculatifs. (…) Restaurer quelque peu le taux de profit, afin de redonner à l’économie un certain dynamisme, devient donc la priorité des priorités. (…) Il s’agit là des fameux  » gains de productivité « . Or, quand on observe l’évolution de ceux-ci, on s’aperçoit que depuis 1973 ils ont fléchi : alors qu’entre 1960 et 1973 la progression des gains de productivité du travail était, pour l’ensemble des pays de l’OCDE, de 4,4% en moyenne par an, entre 1973 et 1992 ils n’ont été que de 1,6%. Ceux-ci n’ont donc réussi à contrecarrer que très partiellement la chute du taux de profit. Les  » nouvelles technologies  » n’ont pas débouché sur les résultats escomptés. Au contraire, en précipitant l’importance du capital fixe au détriment du capital vivant, elles ont eu pour effet de faire baisser le taux de profit, l’insuffisance des gains de productivité n’étant pas à même de compenser cette baisse. (…) Force par conséquent pour le capital de changer son fusil d’épaule. Alors que dans les années 1980 il ne cessait d’exalter les « mutations technologiques  » et autres « modernisations  » avec les avantages qu’elles procureraient (…) Maintenant, il a mis une sourdine à tout ce baratin moderniste pour en revenir à un langage beaucoup plus réaliste, beaucoup plus rude, en un mot plus franchement capitaliste :  » baisse du coût du travail « , comme il dit ! En clair, baisser les salaires réels. (…) D’où les injonctions répétées d’organismes internationaux tels le FMI et la Banque mondiale : baisse des charges pesant sur les entreprises ! Déréglementation du salaire minimum ! Flexibilité des rémunérations et des horaires de travail ! (…) Durant les années 1980, les salaires ont baissé de 13% aux Etats-Unis, de 10% au Canada, de 8% en Australie. (…) Aux Etats-Unis, « une classe de travailleurs pauvres  » est en train de gagner du terrain : en 1992, 18% des travailleurs employés à plein temps gagnait moins de 13.000 dollars par an (ce chiffre correspondait au seuil de pauvreté), contre seulement 12% en 1979 (Le Monde du 4 avril 1994). (…)

Le grand moyen : le retour au libéralisme
A partir de la fin des années 70 a commencé à se faire entendre au sein du monde capitaliste tout un discours visant à souligner que désormais seules « les forces du marché  » étaient à même de re dynamiser l’économie. A cet effet, il fallait ouvrir les frontières de manière à ce que se constitue de par le monde une vaste zone de libre-échange. C’est ce que l’on appelle le « retour au libéralisme « . (…) Ce « choix  » correspondait, en réalité, à une nécessité pour le capital. Pour comprendre cela, retournons quelque peu en arrière. En effet, si l’on jette un coup d’œil sur l’ancien capitalisme d’avant 1974, quel visage offrait-il ? Celui d’un capitalisme bricolé, à moitié étatisée, fonctionnant sur la base d’une « économie mixte  » (…) L’enjeu d’un tel « retour au libéralisme  » est donc clair : il s’agit de se donner le moyen de restaurer le taux de profit (…) en mettant en place un libre-échangisme sans rivage, « mondialisé « , où règnent en maîtres les entreprises multinationales : on en compte de par le monde 37.000 avec 200.000 filiales ; elles emploient 73 millions de salariés et autant chez leurs sous-traitants ; en dix ans, leurs investissements directs se sont multipliés par 4 (…) De plus, elles se sont transformées en « firmes réseaux  » (en groupes à la fois industrielle et financière) ce qui accroît leur autonomie. (…)
Les lamentations à propos de cette orientation libérale du capitalisme mondial n’y changeront rien. Pas plus que les exhortations à ce qu’elle soit régulée.  » La mondialisation n’est pas le fruit, écrit P.Frémeaux dans « alternatives économiques  » n°23, d’un pur déterminisme. Elle résulte autant des choix faits par les gouvernements des grands Etats que de la dynamique mécanique du capitalisme. (…) C’est pourquoi il ne faut pas céder à la résignation et croire que les forces du marché, désormais mondialisées, s’imposeraient désormais à des Etats à la souveraineté limitée à leur territoire et donc impuissants à les dompter. (…) Face aux logiques de guerre économique et à la tentation de repli sur l’espace national, le véritable défi est de donner un sens positif à la mondialisation.  »
Admirable morceau de bravoure de cette espèce de prose actuelle caractérisant la pensée petite-bourgeoise vaguement de gauche qui, désormais, en guise de discours « réformiste « , réduit son objectif à un programme d’accompagnement du capitalisme. (….)

Le retour à la dynamique des crises
Depuis 1945, l’économie capitaliste se caractérisait par une croissance soutenue, régulière, avec seulement quelques faibles ralentissements que l’interventionnisme étatique se chargeait vite d’interrompre. Depuis 1980, la croissance ne décrit plus la même figure. (…) Certains analystes qui n’ont rien de marxiste le reconnaissent eux-mêmes : c’est le retour des cycles. (…) Pour que l’accumulation du capital puisse se poursuivre, il ne suffit pas d’extraire suffisamment de plus-value du travail exploité, il faut également réaliser en argent cette plus-value sur le marché. Or, soulignait Marx, « les conditions de l’exploitation immédiate et celle de sa réalisation ne sont pas identiques. (…) Les unes n’ont pour limite que la force productive de la société, les autres, les proportions respectives des diverses branches et la capacité de consommation de la société. Or celle-ci n’est déterminée ni par la force productive absolue, ni par la capacité absolue de consommation, mais par la capacité de consommation sur la base des rapports de distribution antagoniques, qui réduit la consommation de la grande masse à un minimum susceptible de varier seulement à l’intérieur de limites plus ou moins étroites.  » (Le Capital – Livre Trois)
(…) Avec la montée du chômage, des millions d’individus ont vu leurs revenus réduits à des allocations chômage de plus en plus chichement distribuées et le paupérisme est revenu en force, touchant des fractions entières de la population, comme aux Etats-Unis où 27,6 millions de personnes, en janvier 1994, dépendaient des coupons alimentaires du gouvernement (Le Monde du 4 avril 1994) ou bien la Grande-Bretagne où 13,9 millions de personnes vivaient au-dessous du seuil de pauvreté, contre 5 millions en 1979. (Le Monde du 11 février 1995)
(…) Toutes les mesures que prend le capitalisme visent à restaurer quelque peu le taux de profit : baisse des salaires directs et indirects, délocalisations en vue de trouver les mains d’œuvre le moins cher possible. (…) Il en résulte une diminution des capacités de consommation des masses et une anarchie de plus en plus grande du marché, ces deux facteurs ayant pour effet de le précipiter vers une dynamique de crises. (…) Il n’y a pas d’accumulation illimitée du capital. Ne pas accepter ce cours catastrophique du capital aboutissant à des « explosions, des cataclysmes et des crises  » qui finiront par provoquer le renversement violent du capitalisme (Marx), c’est nécessairement entrer dans l’univers mental mystificateur de ses apologistes qui voient en lui une forme sociale « naturelle et éternelle « .

Epilogue
Evoquer ainsi la fin du capitalisme, c’est toutefois laisser subsister une ambiguïté : celui-ci peut bien s’écrouler économiquement, pour qu’il disparaisse vraiment, il faut une action révolutionnaire, sinon il ne fera que pourrir sur place.
Un tel cas de figure n’était pas retenu par Marx. Pour lui, le développement ultime du capitalisme signifiait l’exacerbation de ses contradictions économiques et, par conséquent, de ses contradictions sociales, car « le capital n’est pas une chose, mais un rapport social entre des personnes médiatisé par des choses.  » (Le Capital – Livre Un)
(…) La croyance en un avenir meilleur dans le cadre du capitalisme s’effrite (en témoigne l’affaiblissement des idéologies et des organisations réformistes), que la croyance au bulletin de vote comme moyen de modifier la situation s’effiloche (…) et que le mythe du consensus social commence à se déliter au point que l’on voit certains dirigeants politiques bourgeois agiter la sonnette d’alarme. (…) Il s’agit là de signes qui indiquent que le conformisme idéologique et l’apathie sociale ne sont pas destinées à durer éternellement. (…)  »

Extraits de « enquête sur le capitalisme dit triomphant  » (1995)
de Claude Bitot

La crise des années 70 comparée à celle de 1929
« la crise actuelle est-elle la répétition de celle de 1929 ?  » de Robert Boyer
article pour le n°8206 de la revue du Cepremap (centre d’études prospectives d’économie) :
 » Lors des années vingt, la forte croissance de l’économie repose sur un boom de l’accumulation portant de façon privilégiée sur la section des moyens de production. Quant à la croissance de l’emploi, elle est dans sa quasi-totalité dépendante du succès de l’accumulation puisqu’elle est uniquement le fait de la section 1. La crise de 1929 apparaît donc comme une crise de suraccumulation dans la section 1, ce qui explique que, de 1929 à 1938, la chute de l’accumulation, différentielle ment plus marquée dans la section 1, impose le retour à une relative cohérence des deux sections mais au prix d’une contraction cumulative de la production et de l’emploi. A l’opposé, à partir de la fin des années cinquante, l’accumulation se porte simultanément sur les deux sections, signe d’une forme nouvelle d’articulation entre les conditions de production – tout particulièrement dans la section 2, initialement retardataire par rapport aux normes américaines – et les conditions de vie des salariés. (…) Dans la crise actuelle – tout comme de 1930 à 1938 – la montée du chômage ne dérive pas de désajustements conjoncturels, mais bien de l’arrivée aux limites d’un régime d’accumulation – lui-même conséquence d’un ensemble de formes structurelles ou institutionnelles originales. (…)
Le mode de croissance de l’après seconde guerre (…) a buté aux Etats-Unis depuis le milieu des années soixante (…) sur les limites de l’approfondissement de la division sociale et technique du travail, hypothéquant la poursuite des gains de productivité élevés, base sur laquelle repose la stabilité du mode de croissance due en particulier à la complémentarité salaire profit d’une part, consommation et investissement de l’autre. (…) Aux Etats-Unis dans le milieu des années soixante se manifeste un problème majeur de productivité industrielle, que ces difficultés naissent du caractère de plus en plus coûteux du développement des forces productives ou des luttes des travailleurs (…). Si La crise de 1929 était marquée par l’incompatibilité entre un taux de profit – trop haut – et des perspectives de réalisation – insuffisantes du fait même du niveau du taux de profit -, la dynamique à l’œuvre après 1945 se manifeste au contraire par une très grande régularité de la croissance qui conserve jusqu’en 1973 un niveau élevé. (…) C’est l’ensemble des formes institutionnelles, d’un régime d’accumulation intensive centrée sur la consommation de masse et d’une régulation dite « monopoliste  » qui entre en crise au début des années soixante-dix. (…) Apparemment, les années 1930-1931 d’une part, 1974-1975 de l’autre, font apparaître une étonnante similitude quant à la contraction de la production industrielle et du PIB (environ – 11% pour la première, – 4% pour la seconde). De la même façon, l’investissement se contracte massivement bien qu’à un rythme moindre en 1975 (- 7% contre – 15%). De fait, au-delà de ces similitudes, on enregistre deux différences fondamentales :

-Après la chute de la production pendant quatre trimestres, le mouvement se renverse au milieu de l’année 1975 alors que la dépression ne cesse de s’approfondir jusqu’en 1932 ;

-Au cours des deux années sous revue, une différence fondamentale tient à l’opposition entre une déflation qui va s’approfondissant (respectivement
–2,8% et -7,5% de chute des prix à la consommation en 1931 puis 1932) et la poursuite de l’inflation à un rythme élevé peu affecté par l’ampleur de la récession (10,9% et 9,6% par an en 1975 et 1976). (…)
Si la récession (des années soixante-dix) s’arrête au bout de quatre trimestres, c’est pour l’essentiel du fait de la poursuite d’une forte croissance de la consommation des ménages (+ 4,2% par an) alors qu’au contraire elle avait chuté de 1930 à 1931 (-5,1%). Ainsi s’explique qu’après une première année de réduction de l’investissement, ce dernier se remette à croître légèrement, du fait des pressions qu’exerce la demande finale sur les capacités de production d’abord dans le secteur des moyens de consommation et par extension dans celui des moyens de production. Enfin, la reprise de la croissance des exportations au milieu de l’année 1975 s’oppose à l’effondrement qui survient de 1931 à 1932, lui-même conséquence de la montée du protectionnisme et de la dislocation des relations internationales qui marquent les années trente. (…) Le contraste entre l’effondrement de la consommation dans les années trente (son taux annuel de variation passe de 2,3% à – 3,8% après 1930) et la très légère décélération après 1974 (de + 4,9% à + 3,6% par an) est frappant (…)
La crise actuelle trouve son origine dans le divorce entre un niveau de taux de profit trop bas et la poursuite d’une croissance des débouchés de moyens de consommation, impulsée par le rapport salarial, dans un premier temps tout au moins. Dans un second temps, le blocage de l’accumulation a pour conséquence de réduire le dynamisme de la consommation, crise liée à l’insuffisance de la rentabilité et récession dérivant de la contraction de la demande effective cumulant leurs effets. Tout le problème est alors celui du relèvement du taux de profit. (…)
Il est clair que la complexité de ce réseau de contradictions marque l’arrivée aux limites du mode de développement lui-même et non pas un « dérèglementt passager « . (…) Quelles qu’en soient les causes (suraccumulation liée à la montée de la composition technique ou à une croissance « disproportionnée « , conséquence de la spéculation financière) les crises trouvent leur origine dans une baisse du profit qui, contractant l’accumulation, déclenche une chute de la production, donc de l’emploi. La reprise intervient lorsque les faillites industrielles et bancaires et le chômage induisent un relèvement du profit suffisant pour enclencher une nouvelle phase d’expansion, initiée par la restauration des bases de l’accumulation (abondance des réserves de main d’œuvre, salaires bas, possibilités de crédit … donc haut niveau du taux de profit). (…)
Une crise cyclique correspond à un épisode de chute de la production, d’effondrement de l’accumulation, de faillites industrielles et bancaires selon un mouvement assurant la reconstitution quasi automatique des bases d’une reprise de la croissance à formes institutionnelles globalement inchangées. A l’opposé, une crise structurelle ou grande crise, désigne un épisode au cours duquel la dynamique de la reproduction économique entre en contradictions avec les formes sociales et institutionnelles sur la base desquelles elle opère.  »

Chronologie des crises capitalistes

1780 : naissance du capitalisme anglais
1817 : récession
1825 : crise de surproduction industrielle, première crise capitaliste
1836-39 : récession
1846-48 : crise de sous-production agricole
1857 : première crise industrielle et financière (Etats-Unis, Grande Bretagne puis France)
1866 : récession
1873 : baisse de la production de biens d’équipement, hausse du prix du charbon, baisse du rendement des chemins de fer et de la sidérurgie puis crise boursière et bancaire (Allemagne, Autriche, Etats-Unis)
1882 : faillite bancaire en France puis spéculations boursières sur fond de chute agricole française et anglaise face aux USA
1890-93 : croissance économique zéro. Faillite à la bourse de Londres sur fond de baisse de la production européenne et américaine. En 1891, crise économique et financière en Italie. Aux USA, grandes grèves et trois millions de chômeurs. En 1893, crise aux USA, en Argentine et en Australie.
1900 : récession
1907 : crise économique et sociale au Japon
1913 : essoufflement des industries de la première industrialisation, endettement, inflation et contraction des échanges
1920-1923 : crise mondiale d’après-guerre puis crise monétaire en Allemagne
1929-1932 : crise boursière US suivie d’une récession mondiale
1949 : Petite récession
1953 : récession américaine
1970-75 : crise du dollar, puis crise pétrolière et récession
1979 : second choc pétrolier
1980-82 : récession
1982 : Mexique en cessation de paiements
1987 : krach boursier US dus au déficit de la balance commerciale américaine
1990 : krach boursier de Tokyo
1994-95 : crise mexicaine
1997-98 : crise financière « asiatique  » et russe : crise des monnaies et fuite des capitaux
2001 : krach du Nasdacg et scandales financiers américains, crises argentine, turque et brésilienne
2007 : crise des organismes de prêt au logement US et crise boursière

Où en est l’économie mondiale ?

Le capitalisme vole-t-il vers de nouveaux sommets au travers des crises ou est-il en train de rouler à toute vitesse vers un mur, celui qui limite le développement capitaliste ? On le présente volant de succès en succès après l’absorption de l’URSS, des pays de l’Est, et des divers pays ex-(soi disant) socialistes, conquérant la planète par sa « mondialisation  » par ses technologies nouvelles, développant des secteurs nouveaux, multipliant ses profits et ses investissements. Mais il est, au contraire, en recul, limité dans son développement par des contradictions de plus en plus menaçantes, au bord du gouffre, de la catastrophe mondiale, du krach boursier, du fait de l’impossibilité de développer les investissements productifs à la même échelle que les profits fabuleux accroissent le grand capital, la multiplication des capitaux financiers menaçant de déstabiliser le monde en transformant la prochaine récession américaine en une vaste crise de confiance s’attaquant à toutes les institutions financières comme en 1929.
Faut-il croire les capitalistes lorsqu’ils annoncent des profits futurs toujours plus importants ou les croire lorsqu’ils plaident pour l’austérité au nom de la crise économique ou simplement de la nécessité de rester prudents ? Faut-il les croire quand ils annoncent un règne capitaliste sans nuage ou quand ils affirment que des gros dangers pèsent sur un système de plus en plus géant, de plus en plus mondialisé et déséquilibré par l’endettement et l’hypertrophie des marchés financiers ? Le capitalisme est-il en phase ascendante et dans sa période la plus longue de prospérité ou, au contraire, bute-t-il de manière de plus en plus incontournable sur des limites qu’il est incapable de repousser ? Sur quoi se fonde la croissance des profits ? Uniquement sur l’accroissement de la misère et de la surexploitation ou sur celle-ci et du coup sur une restriction du marché qui ne peut mener que dans le mur ou sur une réorganisation qui réduit les coûts avec une redistribution des richesses au sein des possédants, une concentration de la richesse essentielle en un plus petit nombre de mains ?
Y répondre n’est pas simple car il faut bien savoir ce que l’on veut se donner comme critères et ce que ce que l’on veut mesurer avec ceux-ci. Il importe de mesurer l’expansion et la croissance capitaliste et de mesurer l’importance des crises. Rappelons d’abord que les deux sont loin de s’opposer sauf dans un certain nombre de discours mensongers. Si le monde a connu récemment de nombreuses crises (américaine en 1971, américaine en 1987, japonaise en 1990, mexicaine en 1994 avant la « crise des pays émergents  » de 1997, les seules phases de récession économique globale de toute cette période sont 1974-76 et 1980-82. Est-ce en pleine expansion que le capitalisme a besoin de nombreuses crises cycliques, pour résoudre au passage ses contradictions, dans le cas de 2007 et de la crise boursière initiée par les pertes du secteur financier lié à la bulle spéculative de l’immobilier américain ? Ces dernières années, les crises cycliques n’ont pas manqué et l’on sort tout juste de la crise financière de 1997 qui a touché un grand nombre de pays de l’Asie, de la Russie et des pays de l’Est en l’Amérique latine soit une grande part des pays sous-développés. Il est donc évident que des crises, notamment financières, sont toujours nécessaires au fonctionnement capitaliste. Cependant cela ne répond pas entièrement au problème. Certaines crises type 1929 proviennent des limites infranchissables d’un capitalisme bloqué plutôt que de crises de croissance ? Est-ce qu’après la crise, le capitalisme est reparti de plus belle, produisant de nouveaux profits ?
Ainsi, dans sa phase ascendante de départ le capitalisme avait-il des crises cycliques tous les 9-10 ans qui étaient des crises de croissance. Mais ces crises ne sont pas du même type que la crise de 1929 qui n’est pas le sommet de la crise, car la reprise n’a pas eu lieu ensuite. Après la crise de 1929, il a fallu attendre le milieu des années 40, c’est-à-dire qu’il a fallu la guerre et la destruction d’une grande partie du monde, pour que le capitalisme reparte. Quant à la crise de 1929, elle n’était pas une crise de croissance. C’est au sommet de sa prospérité que le capitalisme a connu la crise de 1929 et non du fait d’un recul économique, d’une récession, d’une baisse des investissements. Cela signifie que la crise systémique se produit quand le capitalisme atteint ses limites. C’est cette limite qui impose la suraccumulation, c’est-à-dire le fait que les capitaux issus des profits soient trop nombreux par rapport aux possibilités d’investissements productifs rentables. C’est seulement ensuite, comme conséquence essentiellement de la catastrophe financière

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Par blindingunblogfr
Le 10 octobre, 2008
A 2:41
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le conflit kenyane

LE CONFLIT KENYAN

 

Après la décolonisation les colons occidentaux ont mis à la tête de chaque état africain un président, qui est là uniquement pour servir leurs intérêts  à l’exception des quelques-uns uns.

Voilà plus d’une cinquantaine d’année que la plus part des pays africains sont indépendants : mais au jour huit encore on assiste à des guères civil dans la plus parts des ce pays.

Ces conflits sont souvent présentés par les médias et les politiques comme de guères ethniques, tribale ou encore barbare.

C’est qui est totalement fausse, car à l’origine de chaque conflit en Afrique il y a un mouvement social, c’est ceux mouvements sociaux qui font peur à la classe dirigeante et il le détourne en guère civil.

En opposant la classe la plus pauvre les uns, aux autres.

C’est ce qui ce passe aujourd’hui au Kenya à l’origine de ce conflit il y a un vieux régime en place depuis des décennies à la tête le président actuel kibaki usus de l’ethnie majoritaire kiyou et de l’autre côté ODINGA chef de l’opposition lui appartient à, l’ethnie kikuyou minoritaire.

Après le départ des colons anglais le régime des kibaki a vendu les terres essentiellement aux kiyou tout en leur donnant le moyen financier ce qui dessert, les ethnies kikyou et les autres groupes minoritaires du pays de toute richesse.

Cette politique de faveur du régime n’est pas le fruit du hasard ou une quelle conque amour pour son groupe ethnique.

Mais elle a permit d’opposée les pauvres de différent groupe à s’entre tuer entre eux, que de revendiqué leurs conditions des vies qui est de plus misérable.

Car que sa soi le président KIBAKI ou l’opposant ODINGA leur but est le même c’est de détourné la colère des classes pauvre a leur faim, qui est de garde ou d’arrivé au pouvoir.

Voilà une déclaration du journaliste MILLECENT OGOUTTOU constate que ((depuis plus de quatre semaines, ce c’est seulement une catégorie des personnes à protester contre ce scrutin, pour dénoncer les fraudes se sont les pauvres parmi les plus pauvres, ceux qui n’ont pas de travail et ce qui n’ont pas des terres)) dit –il ((on ne voit que les membres d’une seule classe sociale commettre des violences, et accumuler de la rancune contre les tricheries de comptage ajout – il )). 

C’est cette classe prolétaires qu’utilise l’opposant ODINGA en détournant leur lutte contre le pouvoir et le système capitaliste en lutte ethnique.

En leurs faisant croire que leur vote pouvait changer leurs conditions de vies.

Voilà ce qui c’est passé au Kenya avec une croissance de 6% par an noté part la FMI comme un bon élève mais la classe pauvre na ! Jamais ni de près ni loin goûter le fruit de cette croissance.

 

 

Dans : générale
Par blindingunblogfr
Le 1 octobre, 2008
A 0:56
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l’esclavage aboli par les révoltes d’esclaves et non pas par les bon maitres

L’esclavage aboli par les révoltes d’esclaves

et pas par les «  bons  » maîtres ….

 

LE CODE NOIR (EXTRAITS) Article 33L’esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse, ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mortArticle 34Et quant aux excès et voies de fait qui seront commis par les esclaves contre les personnes libres, voulons qu’ils soient sévèrement punis, même de mort, s’il y échet.

Article 35Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, bœufs ou vaches, qui auront été faits par les esclaves ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort, si le cas le requiert.Article 36Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, canne à sucre, pois, mil, manioc ou autres légumes, faits par les esclaves, seront punis selon la qualité du vol, par les juges qui pourront, s’il y échet, les condamner d’être battus de verges par l’exécuteur de la haute justice et marqués d’une fleur de lys.

Article 38L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois, à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lis une épaule; s’il récidive un autre mois pareillement du jour de la dénonciation, il aura le jarret coupé, et il sera marqué d’une fleur de lys sur l’autre épaule; et, la troisième fois, il sera puni de mort.Article 39Les affranchis qui auront donné retraite dans leurs maisons aux esclaves fugitifs, seront condamnés par corps envers les maîtres en l’amende de 300 livres de sucre par chacun jour de rétention, et les autres personnes libres qui leur auront donné pareille retraite, en 10 livres tournois d’amende par chacun jour de rétention.

Article 40L’esclave sera puni de mort sur la dénonciation de son maître non complice du crime dont il aura été condamné sera estimé avant l’exécution par deux des principaux habitants de l’île, qui seront nommés d’office par le juge, et le prix de l’estimation en sera payé au maître; et, pour à quoi satisfaire, il sera imposé par l’intendant sur chacune tête de nègre payant droits la somme portée par l’estimation, laquelle sera régalé sur chacun desdits nègres et levée par le fermier du domaine royal pour éviter à frais.Donné à Versailles au mois de mars 1685.

Signé : Louis le quatorzième.

PETIT HISTORIQUEAvec les débuts de la révolution française, lors des Etats Généraux convoqués par le roi en mars 1789, des représentants des Antilles se sot présenté, se disant délégués des populations locales, pour l’essentiel formées d’esclaves. Il existait déjà des mouvements dans la métropole pour l’abolition de l’esclavage et ils n’ont pas manqué de dénoncer le stratagème :

Des esclavagistes candidats à représenter … les Noirs

«  Les Planteurs de nos Colonies demandent à avoir 21 députés aux Etats Généraux. Ils ont calculé ce nombre, non seulement d’après la population blanche, mais d’après les populations noires. Comment ces mêmes hommes qui ne rougissent pas d’acheter les Africains et de les traiter comme des bêtes de somme, veulent aujourd’hui les élever non seulement d’hommes mais d’hommes libres ! Ainsi, ils osent aujourd’hui mettre des Noirs sur la ligne des Français, tandis que nous les avons vus constamment, et dans leurs écrits et dans leurs discours, les dégrader au dessous du niveau de l’espèce humaine ! Ah ! Si ce changement de langage n’avait d’autre objet que de réparer une erreur, que d’expier les délits des siècles passés, si les Planteurs ne demandaient à représenter les Noirs que pour avouer, enfin à la face de l’univers, qu’ils sont hommes comme nous, ayant les mêmes droits que nous (..) il ne serait pas de Français sensibles, éclairé, qui ne s’écriât : partageons nos droits avec les Noirs, ils sont hommes, ils sont nos frères. Mais gardons-nous ici du piège qu’on leur tend ; ce n’est pas pour faire rendre aux Noirs leur liberté, ce n’est pas pour en proscrire à jamais l’horrible trafic, que les Planteurs réclament une représentation nombreuse ; non, c’est pour continuer, pour faire sanctionner par la Nation, le régime actuel (..)  »

Brissot (Note sur l’admission des planteurs)Cela n’a nullement empêché ces Planteurs d’obtenir leur représentation et d’exercer une certaine influence sur les assemblées.Pendant la célèbre nuit du 4 août 1789 où les privilèges féodaux sont abolis par la peur de la révolte des paysans, seul le duc de La Rochefoucauld-Liancourt envisage d’étendre aux esclaves le principe d’égalité devant la Loi.

L’Assemblée Constituante fait un modeste pas en avant en accordant en mars 1790 quelques droits politiques aux mulâtres et aux Noirs affranchis. Manifestement insuffisant !… Le 15 mai 1791, le débat fait à nouveau rage à l’Assemblée nationale. Les représentants des colonies, des planteurs de souche noble, menacent de proclamer leur indépendance si l’on abroge l’esclavage.
« On nous menace du ressentiment de ces nobles d’outre-mer… Ils se consoleront comme se sont consolés les nobles français qui avaient un peu de sens. Si toutefois cette sécession devait avoir lieu, il vaudrait mieux sacrifier la colonie plutôt qu’un principe », répond un audacieux député, Pierre Samuel Dupont de Nemours. Finalement, l’Assemblée se contente d’accorder le droit de vote à certains hommes de couleur libres.
Le 28 mars 1792, la nouvelle Assemblée législative va un peu plus loin et établit une égalité de droit entre tous les hommes libres (à l’exception des esclaves).
Ces demi-mesures ne satisfont guère les esclaves de l’île de Saint-Domingue (aujourd’hui Haïti), la principale et la plus riche de toutes les colonies françaises. Ces derniers se soulèvent sous le commandement d’un chef nommé Toussaint Louverture.
Devant ce soulèvement et les menaces d’invasion anglaise et espagnole, les commissaires de la République française à Saint-Domingue, Sonthonax et Polverel, se résignent à proclamer la liberté générale des esclaves. C’est chose faite le 29 août 1793 dans la province du Nord et le 4 septembre dans les parties ouest et sud.
La Convention généralise ces décision en votant enfin l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies sur une proposition des députés Lacroix, Danton et Levasseur. Les députés de Saint-Domingue sont l’objet de toutes les attentions et le décret du 16 pluviôse An II est voté dans l’enthousiasme.
Il énonce : « La Convention déclare l’esclavagedes nègres aboli dans toutes les colonies ; en conséquence, elle décrète que tous les hommes, sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies, sont citoyens français et jouiront de tous les droits assurés par la Constitution. »
Le vote des Conventionnels passe néanmoins inaperçu dans l’opinion publique.
Il est frappant d’observer que, quelques décennies plus tard, le grand historien Jules Michelet n’accorde aucune place à cet événement dans sa monumentale « Histoire de la Révolution française ».
Le décret, il faut l’avouer, est appliqué de façon très variable selon les colonies.
Dans l’archipel des Mascareignes, dans l’Océan Indien (île de la Réunion et île de France, aujourd’hui île Maurice), il est proprement ignoré du fait de l’opposition résolue des colons. L’île de France, plus tard annexée par Londres, attendra 1833 pour abolir l’esclavage et la Réunion, restée française, 1848.
Dans les Antilles, avant même que le décret prenne effet, les Anglais se sont emparés de la Martinique et de la Guadeloupe. Ils resteront en Martinique jusqu’à la paix d’Amiens (1802), date à laquelle ils rendront l’île aux Français. Dans cette île, l’esclavage ne sera donc pas aboli avant l848.
La Guadeloupe suit un destin très différent. Les Anglais en sont chassés presqu’immédiatement, en mai 1794, par un capitaine de navire français, Victor Hugues, à la tête d’un détachement d’un millier d’hommes. Le nouveau maître de l’île fait immédiatement appliquer le décret de Pluviôse mais les Noirs, à peine libérés de leurs chaînes, sont aussitôt astreints à travailler comme salariés sur les plantations.
Dans la grande et riche île de Saint-Domingue, les planteurs appellent les Anglais sitôt voté le décret de Pluviôse ! Le chef des esclaves insurgés, Toussaint Louverture, voyant cela, se rallie au gouvernement de la Révolution et combat les Anglais qui ont débarqué en masse sur l’île. En octobre 1798, le dernier Anglais quitte l’île.
Toussaint Louverture, fort de son succès, annexe la partie espagnole de l’île. Il rétablit la prospérité en imposant, comme en Guadeloupe, le travail forcé. Le 8 juillet 1801, il proclame l’autonomie de Saint-Domingue et se nomme Gouverneur général à vie de la nouvelle République. A Paris, le Premier Consul Napoléon Bonaparte n’apprécie guère…
Bonaparte envoie à Saint-Domingue une puissante expédition militaire pour reprendre possession de l’île, sous le commandement de son beau-frère, le général Charles Leclerc. Ce sera un dramatique échec. Il envoie en Guadeloupe une autre expédition sous le commandement du général Antoine Richepance. Celle-ci réussira à reprendre l’île aux insurgés et à y restaurer l’esclavage, conformément au décret pris par le Premier Consul le 20 mai 1802…
La France n’abolit définitivement l’esclavage qu’en 1848, quinze ans après le Royaume-Uni.

A Saint-Domingue, alors partagée entre la France et l’Angleterre, le représentant français de l’île décide d’empêcher l’expansion des anglais sur la partie française en mettant les noirs de son côté, et particulièrement l’armée menée par Toussaint Louverture  : en août 1793, il décrète l’abolition de l’esclavage dans la partie française.
A la suite de ces évènements, le 4 février 1794, est rédigée la première abolition française de l’esclavage : « La Convention Nationale déclare que l’esclavage des nègres dans toutes les colonies est aboli. En conséquence, elle décrète que tous les hommes sans distinction de couleur, domiciliés dans les colonies sont citoyens français, et jouiront de tous les droits assurés par la constitution« . Suivi d’aucun décret d’application, cet article n’a jamais été respecté par les propriétaires d’esclaves, déclenchant ainsi de nouvelles révoltes dans les plantations. Une autre conséquence plus positive sera le ralliement de Toussaint Louverture à la France, qui proclame son intention d’établir une république noire.

Avec l’arrivée de Napoléon 1er (Bonaparte) en 1799, et afin de rétablir l’économie coloniale, l’esclavage est officiellement rétabli le 20 mai 1802.
Article 1 : »L’esclavage sera maintenu conformément aux lois et réglements antérieurs à 1789« . Le Code noir est restauré et la traite négrière reprend. Cette décision soulève des mouvements de révolte dans les différentes colonies, et oblige la France à envoyer des hommes armés en Guadeloupe et à Saint-Domingue pour rétablir l’ordre. Néanmoins, en 1804, Saint Domingue, devient la République d’Haïti (reconnue par la France seulement en 1825).
En Guyane, la conséquence du rétablissement de l’esclavage est d’avoir amplifié le marronnage.

En 1815, la traite est interdite par Napoléon, cependant elle se poursuit et les conditions de transport des esclaves ne s’améliorent pas.

En 1831, sous la Monarchie de Louis-Philippe, les droits civiques sont reconnus à tous les « hommes de couleur » libres et la Loi du 4 mars interdit la traite. Cette interdiction impose de lourdes peines aux contrebandiers. Malheureusement, ces mesures n’empêchent pas la traite de se poursuivre, elle en est même renforcée.
Cette loi sera pourtant appliquée en Guyane à partir de 1833, et les Noirs saisis sur les bateaux négriers de contrebande seront débarqués dans la colonie, avant d’être libérés.

REVOLTE DES ESCLAVES D’HAITI/SAINT DOMINGUELe 14 août 1791, au Bois-Caïman, dans la plaine du Nord, de nombreux esclaves décidèrent d’une révolte, sous l’autorité de Boukman, assisté de Jean-François et Biassou. Ce premier acte de la révolution des esclaves aurait pris la forme d’une cérémonie vaudoue. En quelques jours, toute les plantations du Nord furent en flammes et un millier de blancs, massacrés. Malgré la répression où Boukman fut tué, des bandes d’esclaves armés persistèrent dans les campagnes et les montagnes. Dans d’autres parties du pays, des révoltes plus spontanées s’ensuivirent.Le soulèvement des esclaves entraîna de vifs débats à la nouvelle Assemblée législative de Paris. Celle-ci fut d’abord sensible aux arguments des colons : Elle envoya des commissaires civils pour ramener à l’ordre les libres et les esclaves. Alors que ces derniers étaient demandeurs d’une paix honorable, la raideur des colons ranima les révoltes. La Législative finit alors par se rallier aux arguments des Girondins comme Brissot, Elie Guadet et Armand Gensonné. Le 4 avril 1792, fut promulguée dans l’enthousiasme l’égalité des droits des libres et des blancs. Pour la faire appliquer, de nouveaux commissaires civils, dont Léger-Félicité Sonthonax et Etienne Polverel, furent envoyés à Saint-Domingue, appuyés de quatre mille volontaires de la garde nationale.

Ceux-ci débarquèrent au Cap le 18 septembre 1792, à la veille de la proclamation de la République française. Sonthonax annonça à son arrivée qu’il entendait préserver l’esclavage. Mais il avait écrit un an plus tôt : «  Les terres de St Domingue doivent appartenir aux noirs. Ils les ont acquises à la sueur de leur front  » et ne reçut que défiance de la part des colons. Les commissaires s’allièrent d’abord aux mulâtres pour s’imposer. Ils eurent du succès, notamment à Port-au-Prince.

Mais l’exécution du roi, le 21 janvier 1793, déclancha un nouveau clivage. Le 21 juin 1793 au Cap-Français, le nouveau gouverneur Galbaud, royaliste, s’allia aux colons pour renverser les commissaires. Acculés, ceux-ci promirent la liberté à tout esclave qui se battrait pour la République. Des hordes envahirent la ville, la pillèrent et l’incendièrent. Dix mille colons s’expatrièrent.

De leur côté, l’Angleterre et l’Espagne, qui avaient déclaré la guerre à la France, attaquaient Saint-Domingue, qui par la mer, qui par les terres depuis la partie orientale de l’île, possession espagnole. Les espagnols avaient avec eux des colons royalistes ainsi que des bandes d’esclaves révoltés, comme celle de Jean-François et de Biassou, à qui ils avaient promis la liberté. A l’été, de nombreux ports et la plus grande partie du pays étaient occupés.

A la recherche d’alliés, Sonthonax proclama l’abolition de l’esclavage dans le Nord le 29 août 1793. Un mois plus tard, Polvérel fit de même dans le reste du pays.

Aprenant cette décison, la Convention vota, dans l’enthousiasme, le 4 février 1794 l’abolition de l’esclavage dans toutes les colonies.

Toussaint Louverture et la révolution noire [modifier]L’affranchi Toussaint Bréda (du nom de la plantation au Haut-du-Cap où il naquit en 1743) exerçait, malgré sa laideur et sa petite taille, un ascendant tant par ses origines africaines qu’on disait royales Arada que par ses qualités de lettré, de cavalier et de médecin par les plantes.Il devint aide-de-camp de Georges Biassou, un des successeurs de Boukman, qui se rallia aux Espagnols de l’est de l’île en 1793 afin de combattre les colons. Initié à l’art de la guerre, il remporta plusieurs victoires audacieuses qui lui valurent le surnom de L’Ouverture.

L’abolition de l’esclavage par les commissaires civils le fit réfléchir. Après un échange de courriers avec le général républicain Etienne Lavaux, il changea brutalement de camp en mai 1794. En quelques mois, il refoula les espagnols à la frontière orientale de l’île et vainquit les troupes de ses anciens chefs qui leur étaient restés fidèles. En 1795, il libéra l’intérieur des terres. La Convention l’éleva au grade de général en juillet 1795. En mars 1796, le gouverneur Laveaux, qu’il avait délivré d’une révolte au Cap, le nomma Lieutenant Général de Saint-Domingue.

A mesure de ses victoires, Toussaint confirmait l’émancipation des esclaves.

Grâce aux renforts arrivés de métropole en mai 1796, il reprit la lutte contre les anglais qui tenaient de nombreux ports. Lassés d’un combat sans espoir, ceux-ci finirent par négocier directement avec lui et abandonnèrent St Domingue le 31 août 1798.

Toussaint avait, en effet, éloigné les représentants de l’autorité métropolitaine, y compris Lavaux en octobre 1796, et Sonthonax en août 1797, pourtant revenu comme commissaire civil. Il avait habilement fait élire ces derniers députés de St Domingue à Paris. Le dernier commissaire envoyé par le Directoire, le général Hédouville, embarqua en octobre 1798, après avoir constaté que l’armée n’obéissait qu’à Toussaint.

Les mulâtres, menés par le général André Rigaud étaient les derniers à discuter son autorité. Ils tenaient le sud du pays. Avec l’aide de ses lieutenants Christophe et Dessalines, Toussaint les vainquit en août 1800 après une guerre civile sanglante d’un an. Rigaud embarqua pour la France.

Enfin, après avoir envahi en un mois la partie espagnole de St Domingue (janvier 1801), il établit son autorité sur toute l’île.

Toussaint organisa la remise en marche de l’économie en invitant les colons à y revenir, y compris ceux qui avaient choisi le parti contre-révolutionnaire. Il publia le 12 octobre 1800 un réglement de culture obligeant les noirs à reprendre le travail sur les plantations. Ce travail forcé fut mal perçu par la population. En novembre 1801, une révolte éclata dans les ateliers du Nord. Il la mata et fit fusiller treize meneurs, dont son neveu adoptif, le général Moyse.

Le 8 juillet 1801, il promulgua une constitution autonomiste qui lui donnait les pleins pouvoirs à vie.

La reconquête française et la guerre d’indépendance [modifier]En représailles, Napoléon Bonaparte, qui avait signé avec l’Angleterre les préliminaires de la paix d’Amiens le 18 octobre 1801, expédia une expédition militaire française de vingt mille hommes et quatre-vingt-six vaisseaux, menée par son beau-frère le général Leclerc, pour reprendre le contrôle de l’île. Les instructions secrètes de Bonaparte étaient de rétablir l’esclavage.Toussaint arrêta une stratégie de défense de marronnage : Devant l’arrivée des français, en février 1802, les villes furent incendiées et les troupes se retirèrent sur les hauteurs pour pratiquer une guerre d’usure. Les français investirent le plus souvent des villes en ruines, comme le Cap. Les noirs résistèrent, mais durent reculer devant la puissance de l’armée de Leclerc. A la fin avril, les français tenaient toute la côte au prix de cinq mille morts et autant de malades ou blessés.

Leclerc offrit la liberté à Toussaint et l’intégration de ses hommes dans l’armée française en échange de sa reddition. Toussaint accepta. Mais, un mois plus tard, le 7 juin 1802, trompé par de fausses garanties, il fut fait prisonnier. Il aurait dit en embarquant : « En me renversant, on n’a abattu que le tronc de l’arbre de la liberté des Noirs. Il repoussera par les racines, car elles sont profondes et nombreuses. » Enfermé au Fort de Joux, dans le Jura, il y mourra le 7 avril 1803.

Les vingt mille soldats de Toussaint restèrent un temps fidèles à Leclerc. Mais ce dernier ordonna le désarmement général de la population et, pour y aboutir, usa d’exécutions sommaires. Il rétablit l’esclavage dans l’est de l’île, anciennement espagnole, en juillet 1802.

En octobre 1802, les troupes ralliées aux français firent défection, sous la conduite des anciens lieutenants de Toussaint, dont Pétion, Christophe et Dessalines. Par des attaques multiples, plusieurs villes furent reprises dans le mois. Les troupes françaises, frappées de plus par les maladies tropicales, résistaient mal. Leclerc décèda de la fièvre jaune le 1er novembre.

Le général Rochambeau lui succèda. Energique, connaissant Saint-Domingue pour y avoir fait campagne en 1792, il sut reprendre quelques villes, mais pas l’intérieur du pays. Sa cruauté était telle qu’elle eut pour effet d’amplifier la résistance.

Jean-Jacques Dessalines fédèra la rébellion et lui donna une ambition de guerre d’indépendance. Le 18 mai 1803, le blanc du drapeau français fut déchiré pour créer le drapeau de l’armée indigène bleu et rouge. Il symbolisait l’alliance des noirs et des mulâtres, séparés des blancs. D’août à octobre, les villes furent reprises. Les français ne détenaient plus guère que le Cap. La défaite finale eut lieu à la bataille de Vertières le 18 novembre 1803.

Le 1er janvier 1804, Dessalines déclara l’indépendance du pays qu’il baptisa de son nom indien. Haïti devint ainsi la première république noire du monde.

ConclusionLe bilan en vies humaines fut particulièrement lourd. En 1804, la population haïtienne était réduite à environ 300 000 âmes, au lieu des quelques 550 000 à la veille de la révolution.Il faudra, de plus, attendre 1825 pour que la France de Charles X « concède » l’indépendance à Haïti, moyennant le paiement d’une indemnité de 150 millions de francs or pour « dédommager les anciens colons ». Renégociée en 1838 à 90 millions, cette dette d’indépendance fut entièrement honorée par versements successifs jusqu’en 1883. Certains historiens identitaires caribéens affirment que cette dette a rendu Haïti la nation la plus sous-développée d’Amérique.

CHRONOLOGIE DES ABOLITIONS1815 : Décision d’abolition de la traite par les puissances européennes au congrès de Vienne.
1822 : Abolition à Santo Domingo
1823 : Chili
1826 : Bolivie
1829 : Mexique
1833 – 1838 : Colonies britanniques des West Indies (îles des Caraïbes orientales, Jamaïque, Trinidad, Honduras et Guyane britannique) et de l’île Maurice (ex. Ile de France).
1846 – 1848 : Colonies des îles Vierges danoises (Sainte – Croix, Saint – Jean, Saint – Thomas).
1847 : Saint – Barthélémy (Suède).
1848 : Colonies françaises (Guadeloupe, Martinique, partie française de Saint – Martin, Guyane et îles de la Réunion).

L’ABOLITION FRANCAISE DE L’ESCLAVAGE EN 1848En 1848, le ministre de la marine et des colonies, Arago, n’envisage pas une abolition immédiate de l’esclavage. Il veut attendre que la nouvelle constitution soit votée. En attendant, il fait de vagues promesses. V. Schoelcher va le pousser dans la voie d’une action rapide. Le 3 mars, ils se rencontrent : 
  « Dans un entretien que nous eûmes ensemble ce même jour (le 3 mars), M. Schoelcher me prouva qu’il fallait absolument revenir à l’idée de l’émancipation immédiate …Les arguments de M. Schoelcher portèrent une entière conviction dans mon esprit, et je résolus de présenter à mes collègues un décret d’émancipation immédiate. »

Le point de vue de Schoelcher :

« Le gouvernement provisoire a été parfaitement logique lorsqu’il appela au suffrage universel les esclaves qu’il affranchissait. En rendant les nègres à la liberté, on ne pouvait leur marchander le droit, on ne pouvait en faire des demi-citoyens, des quarts de citoyen … Les colonies ne pouvaient être privées du suffrage universel sans lequel il n’y a pas de République »

« Le travail perdra-t-il des bras ? Sans aucun doute, au premier jour de l’émancipation, les nègres voudront se sentir vraiment libres, en laissant la houe, symbole de la servitude. Mais il n’est pas moins permis de croire qu’après ce premier moment donné au repos ils reviendront au travail, désormais affranchi de la contrainte et du fouet, régénéré par la liberté, transformé par une juste rémunération en une source de bien-être … Seulement, s’ils ont eu à souffrir de la conduite du maître, s’ils trouvent en d’autres lieux plus d’avantages, un sol plus fertile, un plus heureux climat, il est probable qu’ils s’y rendront de préférence : c’est naturel et c’est juste. » 

« Dans le régime de l’esclavage, il y a le maître qui possède et l’esclave qui est possédé ; et si la France doit une indemnité pour cet état social qu’elle a toléré et qu’elle supprime, elle la doit bien sans doute à ceux qui ont souffert autant qu’à ceux qui en ont profité. Le dédommagement ne peut pas être donné à la propriété exclusivement ; il doit être assuré à la colonie toute entière, afin de tourner en même temps au profit et du propriétaire et du travailleur. »  

  Le décret d’abolition de l’esclavage 27 avril 1848

«  A l’avenir, même en pays étranger, il est interdit à tout Français de posséder, d’acheter ou de vendre des esclaves, et de participer, soit directement, soit indirectement à tout trafic ou exploitation de ce genre. Toute infraction à ces dispositions entraînera la perte de la qualité de citoyen français.
Néanmoins les Français qui se trouvent atteints par ces prohibitions, au moment de la promulgation du présent décret, auront un délai de trois ans pour s’y conformer.  »

 

 

L’abolition de l’esclavage et ses suites en Martinique.

(Ou pourquoi les planteurs martiniquais font appel à l’immigration indienne.)

Après avoir usé au travail, des milliers d’engagés européens, puis des dizaines de milliers d’esclaves africains, dans les champs de canne, les planteurs martiniquais sont bien embêtés par la soudaine interruption de la traite des noirs (1815), et par l’abolition de l’esclavage (1848).

Dès l’interdiction de la traite, ils ont toutes les peines du monde à renouveler leurs stocks de main d’œuvre. Oh ! Bien sûr, ils peuvent encore compter sur quelques convois clandestins pour les approvisionner. Mais ces expéditions sont rendues tellement périlleuses par la surveillance des flottes anglaises et françaises, que le prix des esclaves débarquant sur l’île atteint des sommets.

Déjà fragilisé par cette augmentation soudaine du prix de la main d’œuvre qui fait fondre leurs bénéfices en renchérissant les coûts de production du sucre, les planteurs sont assommés par la décision prise en avril 1848 par la République. Celle-ci, non contente de décréter l’abolition immédiate de l’esclavage, accorde aux nouveaux affranchis, en plus de la liberté, le statut de citoyen, et… le droit de vote.

Les grands champs de canne sont soudain désertés. Les rares affranchis qui continuent à y travailler, le font désormais contre un salaire d’homme libre, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’économie de l’île.

À la Martinique, les circonstances particulières de l’abolition ont donné lieu à une polémique entre partisans de la commémoration de l’esclavage le 27 avril et les partisans de la célébration du 22 mai comme date de l’abolition de l’esclavage. L’impatience des esclaves de jouir d’une liberté qui leur avait été annoncée en même temps que la proclamation de la République (fin mars 1848) aboutit, à Saint Pierre de la Martinique, le 22 mai 1848, à une émeute populaire qui contraint le Gouverneur de la colonie à proclamer l’abolition immédiate le 23 mai sans attendre l’arrivée des décrets du 27 avril.

 Ces décrets ne devaient parvenir à la Martinique que le 4 juin 1848. Ils prévoyaient l’abolition dans un délai de deux mois après leur promulgation dans la colonie.

 Pour tenir compte de la réalité de l’abolition déjà effective depuis près de deux semaines à l’arrivée des décrets, il a donc fallu les modifier à la Martinique (et à la Guadeloupe où le gouverneur pour éviter la contagion avait suivi l’exemple de son collègue de l’île voisine et aboli l’esclavage le 27 mai).

Contrairement à ce que tous les colons annonçaient, le décret d’abolition de l’esclavage n’a entraîné que peu de débordements en Martinique. Libres, les esclaves ne se sont pas empressés d’égorger leurs anciens propriétaires. (Par contre, en Guadeloupe, les choses se passèrent tout autrement.) Les planteurs martiniquais réussirent même, le décret d’abolition survenant en pleine période de récolte, à convaincre leurs anciens esclaves de rester quelques jours terminer celle-ci.

Mais après, les choses se gâtent rapidement. Libres, les affranchis abandonnent les plantations de canne pour cultiver leur propre lopin de terre, et les propriétaires qui ont besoin de bras, ont du mal à les persuader de revenir travailler. Quant ils reviennent, ils exigent évidemment un salaire, ce qui renchérit d’autant le coût du sucre produit sur l’île, et grève les bénéfices.
Cela ne pouvait tomber au plus mauvais moment. Après 60 ans de troubles divers (Révolution, guerre avec l’Angleterre et blocus économique), la Martinique, comme les autres colonies de plantation, déjà ruinée, déjà à genoux, est sur le point de succomber à la concurrence d’un ennemi longtemps dédaigné : la Betterave.

Vers le début du siècle, des savants mettent au point un procédé de production du sucre à partir de la betterave, puis ne cessent de le perfectionner, encouragés en cela par le blocus économique qui empêche la majeure partie du sucre des colonies d’atteindre la métropole et en accroît considérablement le prix.

Face à cette concurrence imprévue, les planteurs de Martinique restent d’abord sereins, pensant que ce produit de substitution ne durera que le temps d’un blocus.

Mauvais calculs. D’abord artisanale, la production du sucre de betterave se développe à une vitesse fulgurante en métropole, pour atteindre bientôt le rang d’industrie. Des milliers d’emplois se créent en quelques années, et en 1848, la production atteint en volume, celle des colonies.
Pire, la betterave attire les capitaux au détriment de la canne à sucre. Les investisseurs comprennent vite les avantages du sucre produit en métropole sur celui provenant des colonies. Investir dans des champs et dans des raffineries directement dans l’hexagone leur semble infiniment moins risqué que sur ces terres lointaines aux économies déjà vacillantes; déjà ruinées en fait.

En métropole, ni les terres, ni les bras ne manquent. De plus, les consommateurs, le marché sont là. Et, l’économie du transport transatlantique rend le produit encore plus compétitif.
La plupart des planteurs n’a rien vu venir ! Longtemps surprotégés par des allègements fiscaux, longtemps endormis par les confortables bénéfices obtenus d’un sucre vendu à un cour élevé, ils se trouvent soudain obligés de produire à moindre coût, pour contrer la concurrence de la betterave. Mais comment faire quand les plantations emploient en 1848 les mêmes méthodes de culture archaïques, dévoreuse en bras, des débuts de la colonisation? Oui, comment baisser les prix, à l’heure où la main d’œuvre n’est plus servile?

Le XIXème siècle est bien entamé, la révolution industrielle est déjà sur les rails. Mais en retard d’un train, les planteurs de Martinique, plutôt que d’investir dans des machines nouvelles pour remplacer une force de travail défaillante, vont persévérer dans la même logique : des bras, encore des bras. Mais surtout, des bras moins coûteux que ceux des anciens esclaves.
Après un intense travail de lobbying auprès de la République, ils obtiennent enfin ce qu’ils veulent. La mise en place de nouvelles filières d’immigration, libres cette fois, pour faire venir des Engagés (contrat de 5 ans) des côtes d’Afrique et des Indes.

 

LES ESCLAVES LIBERES PAR LEURS PROPRES LUTTES

On nous parle de commémoration de l’abolition de l’esclavage par la France en 1848 «  à l’initiative de Victor Schoelcher  ». C’est oublier que l’esclavage colonial a continué bien après. Et surtout, c’est oublier que ce sont les esclaves eux-mêmes qui s’étaient révoltés pour se libérer. Par exemple, en 1656, 1710, 1730, 1752, 1802 en Guadeloupe, en 1733 en Guyane, en 1678, 1699, 1748, 1752, 1822 et 1833 en Martinique, en 1791 à Saint Domingue, et 1810 à Cuba.…

Des nombreuses révoltes ont secoué toutes les colonies à esclaves depuis la fin du XVIII° siècle et qui ont amené les métropoles à abolir l’ esclavage dans leurs colonies par peur d’un nouveau Saint Domingue où l’insurrection (1791) avait abouti en 1804, au terme d’une longue guerre, à la perte de la colonie et à la proclamation de la première République noire d. Haïti.

 

 

PRINCIPALES RÉVOLTES D’ESCLAVES AUX CARAÏBES

DU XVIème AU XIXème SIÈCLE

Chronologie établie par Nelly SCHMIDT, d’après son ouvrage «  L’abolition de l’esclavage. Cinq siècles de combats, XVIe-XXe siècle  », et Oruno D. LARA, «  Caraïbes en construction : espace, colonisation, résistance.  »

  • 1503 – Première révolte d’esclaves à Ayti / La Española. Début du XVIe siècle : édification des premiers palenque en Ayti / La Española, à Cuba, aux Guyanes.
    - 1514-1533 – Rébellion du Cacique Enrique à Ayti / La Española.
    - 1521 – La plantation sucrière de Diego Colomb est dévastée par une rébellion d’esclaves.
    - 1523 – Soulèvement d’esclaves à Puerto Rico.
    - 1526 – Soulèvement d’esclaves en Caroline du Sud (alors établissement espagnol).
    - 1529 – Début des révoltes d’esclaves en Colombie  : les esclaves incendient le port de Santa Marta.
    - 1530 – Premières rébellions et premiers cimarrons en Castille d’Or.
    - 1533 – Révolte dans une mine d’or de la partie orientale de Cuba.
    - 1537 – Révolte d’esclaves au Mexique.
    - 1538 – Soulèvements d’esclaves à Cuba.
    - 1549-1553 – Guerre contre les palenques de San Miguel au Panama.
    - 1553 -1558 – Guerre contre le palenque du cimarron Bayano.
    - 1573-1576 – Les cimarrons de la Castille d’Or aident les expéditions de Drake contre les possessions espagnoles, de Nombre de Dios à Panama.
    - 1599-1619 – Répression contre le palenque de San Basilio en Colombie.
    - fin du XVIe siècle : Edification du quilombo de Palmares dans la région de Pernambouc au Brésil.
    - début du XVIIe siècle – Edification des premiers grands camps de nègres marrons en Jamaïque, dans les Iles Vierges, en Guadeloupe et en Martinique.
    - 1607 – Soulèvement d’esclaves au Brésil.
    - 1608 et 1612 – Révoltes d’esclaves au Mexique.
    - 1612-1613 – Les Espagnols accordent la liberté et l’autonomie aux cimarrons du palenque de San Basilio établi en Nouvelle-Grenade depuis 1599-1600.
    - 1636 – Etablissement du premier grand-camp de nègres marrons en Guadeloupe, dans les hauteurs de Capesterre.
    - 1639 – Soulèvement d’esclaves à Saint-Christophe.
    - 1649 – Soulèvement d’esclaves à la Barbade.
    - 1656 – Soulèvement d’esclaves en Guadeloupe.
    - 1644-1645 – Deux expéditions hollandaises contre le quilombo de Palmares au Brésil.
    - 1650 – Début de la répression contre les cimarrons de la région de Caracas.
    - 1673 – Première grande insurrection d’esclaves en Jamaïque. Ils forment la première «  bande  » de «  maroons  » reconnue. Soulèvement d’esclaves aux Bermudes.
    - 1675 – Soulèvement d’esclaves à la Barbade.
    - 1678 – Soulèvement d’esclaves en Martinique et en Jamaïque.
    - 1679 – Les cimarrons de Santa Marta, en Nouvelle-Grenade, obtiennent la liberté et des terres. Soulèvement d’esclaves à Saint-Domingue.
    - 1685-1686 – Soulèvement d’esclaves en Jamaïque.
    - 1687 – Soulèvement d’esclaves à Antigua.
    - 1690 – Première révolte d’esclaves en Guyane hollandaise. Soulèvement d’esclaves en Jamaïque.
    - 1691 – Soulèvement d’esclaves à La Española.
    - 1692 – Soulèvement d’esclaves à la Barbade.
    - 1695 – Destruction du quilombo de Palmares après trois semaines de siège par les troupes portugaises.
    - 1699 – Soulèvement d’esclaves en Martinique.
    - 1700 – Soulèvement d’esclaves à la Jamaïque.
    - 1701 – Soulèvement d’esclaves à Antigua.
    - 1704 – Soulèvement d’esclaves à la Jamaïque.
    - 1710 – Soulèvement d’esclaves en Guadeloupe et en Martinique.
    - 1713 – Soulèvement d’esclaves à Cuba.
    - 1720 – Soulèvement d’esclaves au Brésil et en Jamaïque.
    - 1725-1740 – Première Guerre des «  Maroons  » en Jamaïque.
    - 1730-1740 – Rébellions d’esclaves dans les Caraïbes orientales, notamment en Jamaïque, à la Dominique, à la Guadeloupe, à Antigua et à Saint-Jean. Soulèvements au Suriname.
    - 1731 – Les esclaves des mines de cuivre de Santiago del Prado, à Cuba, rejoignent le palenque voisin.
    - 1732 – Soulèvement d’esclaves au Venezuela.
    - 1733 – Révolte d’esclaves à Berbice, Guyane.
    - 1735 – Insurrection de plus de 1 000 esclaves dans la région de Veracruz au Mexique.
    - 1738 – Signature, en Jamaïque, d’un traité de paix avec les «  maroons  », à Trelawney Town.
    - 1730-1740 – Succession de révoltes d’esclaves en Virginie, en Caroline du Sud et en Louisiane. 1739  : révolte de Stono en Caroline du Sud ;
    - 1742 – Soulèvement d’esclaves en Jamaïque.
    - 1746 – Soulèvements d’esclaves à Sainte-Croix et en Jamaïque.
    - 1748 – Soulèvement d’esclaves en Martinique.
    - 1749 – Conspiration d’esclaves à Caracas au Venezuela. Guyane hollandaise : les nègres marrons établis le long des rivières obtiennent la reconnaissance de leur indépendance des autorités coloniales hollandaises (les Saramaka). Révolte d’esclaves à Berbice en Guyane.
    - 1750 – soulèvement d’esclaves à Curaçao. Soulèvement d’esclaves au Suriname/Guyane hollandaise.
    - 1751 – Révolte d’esclaves à Berbice.
    - 1752 – Soulèvements d’esclaves en Guadeloupe et en Martinique.
    - 1753-1757 – Rébellion menée par Makandal à Saint-Domingue.
    - 1754 – Soulèvement d’esclaves en Jamaïque.
    - 1757 – Soulèvement d’esclaves au Suriname/Guyane hollandaise.
    - 1759 – Tentative de rébellion des esclaves de Sainte-Croix, Iles Vierges danoises.
    - 1760 – Rébellion des Coromantins en Jamaïque. Les Djuka, établis en Guyane sur un affluent du Maroni, obtiennent la reconnaissance de leur indépendance par les autorités hollandaises en 1762.
    - 1761 – Soulèvement d’esclaves aux Bermudes.
    - 1762-1764 – Grande insurrection des esclaves de Berbice, Guyane hollandaise. Les chefs des rebelles Saramaka concluent des traités de paix avec les autorités hollandaises.
    - 1765-1784 – Révoltes à Westmoreland, Hanovre, St. James et Kingston en Jamaïque.
    - 1772 -Boni s’établit en territoire de Guyane française avec sa communauté. Une convention franco-hollandaise reconnaît leur établissement en 1860.
    - 1773 – Soulèvement d’esclaves au Honduras britannique (Belize).
    - 1776 – Soulèvement d’esclaves en Jamaïque et à Montserrat.
    - 1778 – Soulèvement d’esclaves à St.Kitts/Saint-Christophe.
    - 1779-1783 – Première Guerre des Karibs à Saint-Vincent.
    - 1789-1792 – Soulèvements d’esclaves au Brésil.
    - 1791 – 1793 – Rébellion des esclaves de Saint-Domingue.
    - 1795 – Conspiration d’esclaves à Coro, Venezuela. Révolte d’esclaves à Curaçao. Insurrection d’esclaves à Demerara en Guyane. Seconde Guerre des Karibs à Saint-Vincent.
    - 1795-1796 – Deuxième guerre des «  maroons  » en Jamaïque. Révolte d’esclaves à la Grenade, à Puerto Rico et en Colombie.
    - 1796 – 16 000 esclaves fugitifs sont capturés dans la région de La Havane à Cuba suite au nouveau «  Réglement sur les nègres cimarrons  ».
    - 1798 – Insurrections au Venezuela, en Jamaïque, et à Bahia, Brésil.
    - 1799 – Conspiration d’esclaves à Maracaïbo au Venezuela et dans les Iles Vierges britanniques.
    - 1795-1805 – Deuxième Guerre des Karibs à Saint-Vincent. Négociations entre les Karibs et les Britanniques.
    - 1800 – Insurrection de Gabriel Prosser en Virginie, Etats-Unis.
    - 1802 – Insurrection contre le rétablissement de l’esclavage en Guadeloupe.
    - 1803 – Insurrections d’esclaves en Jamaïque et à Trinidad.
    - 1805 – Insurrection d’esclaves à Puerto Rico.
    - 1806 – Insurrection d’esclaves à Trinidad.
    - 1807 – Insurrections d’esclaves au Brésil, en Jamaïque, en Martinique.
    - 1810 – Insurrection d’esclaves à Cuba.
    - 1812 – Insurrection d’esclaves à Cuba, Puerto Rico, Dominique.
    - 1815 – Insurrection d’esclaves à la Jamaïque.
    - 1816 – Insurrection d’esclaves à la Barbade et au Brésil.
    - 1819 – Insurrection d’esclaves à Trinidad.
    - 1820 – Insurrection d’esclaves à Puerto Rico, Antigua, Tortola, Cuba, en Martinique et au Honduras britannique.
    - 1821 – Insurrection d’esclaves à Puerto Rico.
    - 1822 – Insurrection d’esclaves aux Etats-Unis (Denmark Vesey en Caroline du Nord), au Brésil et à Puerto Rico.
    - 1822-1823 – Insurrection d’esclaves en Martinique.
    - 1825 – Insurrection d’esclaves à Trinidad.
    - 1831 – Insurrection d’esclaves en Martinique, en Guadeloupe, en Jamaïque, aux Etats-Unis (Nat Turner en Virginie).
    - 1831-1832 – Insurrection d’esclaves en Jamaïque (plus de 20 000 insurgés).
    - 1832 – Insurrection d’esclaves à Puerto Rico.
    - 1833 – Insurrection d’esclaves en Martinique et à Puerto Rico.
    - 1835 – Insurrection d’esclaves au Brésil (Bahia).
    - 1839 – Affaire des captifs révoltés du navire Amistad entre Cuba, l’Espagne et les Etats-Unis. Insurrection d’esclaves au Brésil.
    - 1840 – Insurrection d’esclaves en Guadeloupe et à Puerto Rico.
    - 1841 – Insurrection d’esclaves en Louisiane et à Puerto Rico.
    - 1843 – Insurrection d’esclaves à Cuba, en Martinique, à Puerto Rico.
    - 1844 – Conspiration de La Escalera à Cuba.
    - 1848 – Insurrection d’esclaves en Martinique. Soulèvements en Guadeloupe. Insurrection d’esclaves à Sainte-Croix. et à Puerto Rico.
    - 1851 – Insurrections des esclaves des vallées de Chicama et de Cañete au Pérou.
    - 1859 – Rébellion de John Brown en Virginie, Etats-Unis.
    - 1874 – Soulèvement d’esclaves au Brésil.

Haïti
18 Novembre 1803, les esclaves remportent la bataille de Vertières
LES PRÉMISSES DE LA RÉVOLUTION ANTI-ESCLAVAGISTE
En Haïti, le 18 novembre est un jour férié qui célèbre la victoire de Vertières. C’est en ce lieu que le 18 novembre 1803, l’armée des esclaves remporta une victoire décisive sur les troupes envoyées par Napoléon pour rétablir l’esclavage sur l’île d’Haïti. La bataille de Vertières est pour les esclaves d’Haïti la fin d’une longue et sanglante guerre de libération. Cette guerre a commencé par une lutte des esclaves pour se libérer de l’exploitation des colons français.
En France la révolution se développait depuis 1789 et l’abolition de l’esclavage n’était pas acquise en 1791. Pour la bourgeoisie maritime, abolir l’esclavage équivalait à abolir la source de leurs richesses. Aux yeux de cette bourgeoisie qui se révoltait contre l’aristocratie, les esclaves n’étaient pas des hommes.
Le point de départ de cette révolution fut la révolte de 1791 avec Boukman. Les bandes d’esclaves armés se répandirent sur la plaine du Nord. Dans leurs rangs se détachèrent des hommes qui prirent la direction des bandes tels Biassou, Jean François, puis Toussaint Louverture qui organisa une véritable armée d’esclaves.
On assista alors à une succession de luttes armées qui en plus d’opposer entre eux Noirs, Mulâtres et colons, opposa également Français et Anglais pour le contrôle de l’île. Les colons n’hésitant d’ailleurs pas à s’allier aux Anglais pour recouvrer des droits que la Révolution avait abrogés.
Tirant profit des affrontements entre les bourgeoisies française, espagnole, anglaise pour la possession de l’île de Saint Domingue, Toussaint mena l’armée des esclaves à des victoires qui obligèrent les représentants de la révolution, les commissaires Sonthonax et Poverel à proclamer l’abolition de l’esclavage dans la partie française de Saint Domingue le 21 août 1793, sous peine de perdre cette colonie.
TOUSSAINT LOUVERTURE
Toussaint Louverture, général de « l’armée française », occupa toute la partie française et les généraux de l’armée mirent la main sur les terres laissées par les colons en fuite. Il essaya de relancer l’agriculture de l’île comme axe de l’économie en ramenant les anciens esclaves vers les grandes propriétés en tant que travailleurs libres. Il fit appliquer la militarisation du travail sous la forme du « caporalisme agraire » dans le but de relancer la production sucrière qui était plus rentable pour la classe dirigeante que la production vivrière qui était plus nécessaire aux travailleurs.
Malgré le prestige qui auréolait Toussaint, cette politique éloigna de lui les anciens esclaves, alors que dans le même temps Napoléon Bonaparte, qui avait tiré profit tant de la révolution que du recul de celle-ci pour asseoir son pouvoir, se préparait à rétablir l’esclavage à Saint Domingue.

LA GUERRE D’INDEPENDANCE
Le 1er février 1802, une expédition coloniale faite de 86 vaisseaux transportant une armée de 22.000 hommes débarquait à Saint Domingue, sous la direction du général Leclerc le beau frère de Napoléon. Malgré une résistance acharnée, l’armée des esclaves fut battue par une force mieux équipée. Toussaint fut capturé par traîtrise et déporté au fort de Joux où il mourut le 7 avril 1803. Mais les troupes de Leclerc étaient décimées par la fièvre jaune, alors il temporisa dans son action pour désarmer les troupes noires.
Il obtint que les généraux noirs comme Dessalines, Christophe ou mulâtres comme Pétion et Clervaux gardent le commandement de leurs troupes en les intégrant dans les troupes françaises. Ainsi pendant quelques mois ces généraux et les hommes sous leur commandement se battirent contre les bandes d’esclaves insurgés. Mais bien que ces généraux aient la possession de domaines, les colons esclavagistes les considéraient, malgré leur uniforme, comme des anciens esclaves qui devaient retourner sur les plantations.
La masses des anciens esclaves n’avait accédé à aucun privilège, elle n’était aveuglée par aucun uniforme, elle n’avait rien à perdre et était déterminée à lutter jusqu’au bout. Les esclaves insurgés redoublèrent leurs attaques quand la nouvelle se propagea que la mission de Leclerc était le rétablissement de l’esclavage. Dans le même temps parvint la nouvelle qu’en Guadeloupe le général Richepance avait rétabli l’esclavage au nom de Bonaparte.
Les paysans avaient gardé les armes qui leur avaient été données par Sonthonax. Ils rejoignirent les bandes armées. Les officiers, Dessalines, Christophe, Pétion, finalement, comprirent que le jeu de Leclerc était le rétablissement de l’esclavage. En février 1803, à la Petite Rivière de l’Artibonite, Dessalines, le chef des insurgés Noirs et Pétion, le leader des Mulâtres, décidèrent de ne plus combattre aux côtés des Français. Ils se rallièrent à l’insurrection avec les soldats qu’ils commandaient et en prirent la direction au nom de l’unité nationale contre l’envahisseur. Dessalines réussit à imposer l’unité de commandement et elle fut proclamée au congrès de l’Arcahaie le 18 mai 1803. Il présenta symboliquement le drapeau de l’union des Mulâtres et des Noirs dans la lutte pour leur liberté, deux bandes, bleu et rouge et y fit inscrire la devise « Liberté ou la Mort ». Dessalines fut alors nommé Général en chef de l’armée de l’insurrection, les différents chefs locaux qui avaient mené la guérilla prélude à l’insurrection devaient se soumettre ou disparaître. Les mots d’ordre de liberté, d’indépendance menaient les insurgés au combat. Aucun ne voulait le retour à l’esclavage. La guerre devint une guerre d’indépendance menée par une armée organisée bénéficiant de l’appui de la majorité de la population.

VICTOIRE DES ESCLAVES INSURGES
Le général Rochambeau remplaça Leclerc à sa mort et intensifia les attaques contre les insurgés, mais ses atrocités n’entamèrent pas leur détermination. La fièvre jaune et le harcèlement de l’armée des esclaves ravagèrent les troupes françaises et les armées insurgées s’emparèrent de grandes villes comme les Cayes et Port au prince. Dans sa progression vers la capitale, le Cap Haïtien, les armées noires affrontèrent celles de Rochambeau à Vertières le 18 novembre 1803.
L’histoire d’Haïti retient qu’à Vertières, ce 18 novembre 1803, les soldats noirs avec un équipement moindre, ont vaincu la meilleure armée d’Europe venue pour les remettre sous le joug.
La route de la capitale leur fut alors ouverte, et Rochambeau se rendit à Jean-Jacques Dessalines. Les garnisons françaises capitulèrent les unes après les autres. L’ancienne colonie proclama son indépendance le 1er janvier 1804, devenant la première république noire libre. Elle prit alors le nom d’Haïti que les premiers habitants amérindiens avaient donné à l’île.

DES  » JACOBINS NOIRS  » AUX « BOLCHEVIKS NOIRS »?
Les esclaves ont été les moteurs de la victoire, les fers de lance de l’indépendance. Leur détermination a obligé même leur chef à ouvrir les yeux sur les colonialistes et leur armée. Mais au lendemain de l’indépendance ils ne reçurent pas la terre qu’ils désiraient et qui était le garant de leur liberté, ce sont les généraux qui se la partagèrent. Ils devinrent ainsi l’embryon d’une nouvelle et cruelle classe oppressive noire et mulâtre.
Les intérêts des esclaves n’ont pas été préservés par ceux en qui ils avaient confiance au nom de l’unité.
Cette même unité est resservie par le gouvernement Latortue, le 18 Novembre 2005 quand il se déplaça en grande pompe à l’Arcahaie, lieu historique. Flanqué d’un cortège de politiciens, de beaux parleurs, de comédiens, Latortue a recousu symboliquement le drapeau national en appelant à l’unité de tous les enfants du pays, riches pauvres, noirs, mulâtres, en leur demandant d’être tous derrière les élections. Dans la foulée, les patrons, les bourgeois présentèrent leur contrat social où ils détaillèrent les nouvelles bases de l’exploitation des travailleurs dans les entreprises, toujours au nom de l’unité et du salut national.
En 1803 les esclaves se sont battus pour leur liberté, en 2005 ce souvenir est utilisé par les politiciens pour semer l’illusion et pour mettre les travailleurs sous le joug des bourgeois au nom de la nation haïtienne. Les esclaves modernes que sont les travailleurs surexploités d’Haïti, avec le parti révolutionnaire prolétarien qu’ils construiront, retrouveront un jour l’héroïsme de leurs ancêtres pour se libérer définitivement du joug de l’oppression impérialiste et des classes dirigeantes noires qui les oppriment si cruellement. Alliés aux ouvriers de la Caraïbe ils pourront alors contribuer à l’émancipation de tous les travailleurs de la Caraïbe et peut être aussi des travailleurs du monde entier.

Commémorer les luttes d’hier pour renforcer les luttes d’aujourd’hui!La fin du mois de mai 2005 a vu se multiplier les commémorations, les unes envers nos ancêtres esclaves et leurs luttes pour leur libération ; d’autres envers les répressions brutales et meurtrières des manifestations de fin mai 1967.
Cette année, dans les deux îles, en Guadeloupe et Martinique et dans l’émigration à Paris, on a largement honoré la mémoire des combattants de 1802 et 1848. Différentes manifestations furent suivies par des milliers de gens, descendants des esclaves africains qui furent les instruments d’enrichissement d’une classe békée locale et furent parfois exploités par des notables mulâtres ou noirs. Mais surtout c’est sur la base du trafic d’esclaves (traite négrière, pendant près de trois siècles), que des bourgeois des ports français s’enrichirent. C’est ainsi que la traite et l’esclavage des Noirs d’Afrique, aux Antilles et en Amérique, servit de base pour l’accumulation des capitaux qui permirent le développement capitaliste dans plusieurs pays d’Europe: France, Angleterre, Pays-Bas…
1802 -1848: de l’échec à la victoire!

Rappelons que l’abolition a été décrétée le 26 avril 1848 en France. Ce décret aurait mis plus de huit semaines à parvenir sur place. Les esclaves des Antilles n’ont pas attendu! La rumeur qu’une révolution avait bien eu lieu à Paris a provoqué une montée d’effervescence dans les ateliers, dans les champs, parmi la population noire esclave. Et c’est à partir de cette ébullition que des événements décisifs vont éclater en Martinique en fin mai 1848, qui à St Pierre qui à Fort de France, aussitôt suivis d’une mobilisation des esclaves dans Pointe-à-Pitre. Le gouverneur aura beau prêcher le calme et la patience, disant que cette libération des esclaves était en marche, qu’une loi allait arriver de France etc., rien n’y fit! Les esclaves avaient deux objectifs, se libérer mais aussi laisser éclater leur colère contre ces gens – les Békés – qui les avaient opprimés, humiliés, exploités depuis tant d’années. La révolte fut inévitable, elle culmina dans les événements du 22 mai 1848 et elle prit fin uniquement lorsque le gouverneur prononça devant des milliers d’émeutiers et d’esclaves révoltés, l’abolition définitive de l’esclavage, sans attendre le décret qui devait, disait-on, venir de France!
Ceux de Guadeloupe mobilisés sur la place, dite aujourd’hui Place de la Victoire, obtinrent satisfaction quelques jours après. Le gouverneur de Martinique – le plus gradé – conseilla à son confrère de faire sans traîner une telle proclamation de l’abolition.
En 1848, les esclaves n’ont pas voulu attendre et ont arraché eux-mêmes leur libération, ils eurent bien raison de ne pas attendre les textes officiels. Car c’est cette mobilisation qui fit bien savoir aux propriétaires, aux politiciens de France et à tous les profiteurs du système esclavagiste que les esclaves n’accepteraient plus de délais, ni de demi mesures et encore moins de retour en arrière. Car tout ceci était déjà envisagé! Ils ont eu raison de lutter et de garantir leur liberté nouvelle par leur mobilisation dans les rues des villes et dans les champs, dont ils brûlèrent un certain nombre pour bien montrer aux esclavagistes leur détermination.
Ils avaient d’autant plus de raisons d’agir ainsi que certains se rappelaient bien qu’il y eut une libération, abolition décrétée et apportée de France en 1794 en Guadeloupe et qu’elle fut supprimée par la force militaire en 1802. Le gouvernement de Napoléon Bonaparte tenta aussi de rétablir l’esclavage en Haïti, mais se heurta à une résistance importante qui aboutit à l’indépendance de cette île en 1804. En Guadeloupe, les Delgrès, Ignace, Massoteau et d’autres, officiers dans l’armée française, alors que des signes d’un rétablissement de l’esclavage se multipliaient, crurent longtemps que leur statut d’officiers allait les protéger. Mais quand ils se sentirent directement menacés, ils décidèrent de passer à la résistance. Les troupes françaises commandées par Richepance furent introduites par l’officier noir Pélage qui servit d’intermédiaire pour trahir ses frères d’armes et de couleur.
Mai 1802 connut donc surtout une héroïque résistance. Les troupes françaises ne firent pas de quartier, les troupes conduites par Delgrès furent vaincues et selon les historiens se firent sauter à trois cents sur le Matouba. Ignace, l’autre officier noir, qui cherchait à se rabattre sur la Grande Terre fut vaincu sur les Abymes. Les historiens racontent que la répression fut ensuite sanglante. Pendant des semaines et des mois on pourchassa les Noirs, soldats ou civils, qui refusaient de se rendre ou qui avaient combattu, des milliers de Noirs furent tués ou déportés ou remis dans les fers, eux et tous les anciens esclaves pour quarante-six longues années de nouveau!

Les luttes du passé doivent inspirer celles d’aujourd’hui: l’exploitation a changé de forme, il faut encore la vaincre

Nous qui sommes militants communistes, qui combattons la nouvelle forme capitaliste d’exploitation et de spoliation des travailleurs actuels, nous ne pouvons que nous sentir solidaires, des luttes menées par nos ancêtres, par tous nos devanciers, pour plus de libertés, moins d’oppression et pour échapper à la servitude. Nous sommes solidaires de toutes ces luttes du passé.
Mais nous ne nous contentons pas de « commémorations officielles » très à la mode, aujourd’hui! Nous voulons que ces hommages rendus aux combattants, aux révoltés du passé inspirent nos combats d’aujourd’hui. Nous voulons justement que les exploités et opprimés d’aujourd’hui apprennent à se méfier des « Pélage » d’aujourd’hui, de ces notables qui cherchent toujours à régler leurs propres problèmes par des arrangements avec l’ennemi et non en combattant cet ennemi. Nous avons ainsi vu de plus en plus apparaître dans ces commémorations des notables, maires, députés, et autres grands et petits chefs de partis politiques qui, hier encore, ne seraient jamais venus dans de telles commémorations ; car elles n’étaient pas admises, ou pas bien vues et parfois pas tolérées par les autorités coloniales. Participer à ces commémorations semblait alors presque un acte d’opposition anti-colonialiste. On a vu pendant des années, la municipalité de Pointe-à-Pitre mener une petite guerre aux nationalistes du Gong ou de l’UPLG qui voulaient commémorer sur la place de la Victoire, l’assassinat de Nestor et de plus de 80 autres manifestants en mai 1967. Ils étaient tombés sous les balles des CRS ou « Képis rouges ».
Aujourd’hui, on a même vu le journal France-Antilles parler de mai 67, donner la parole à une victime connue de 67, etc. Mais oublie-t-on que ce journal, de même que certains articles de l’Etincelle, et des déclarations du maire PCG de l’époque condamnaient surtout les gens qui avaient été victimes et ceux qui avaient résisté aux agressions des forces de répression coloniales, et rejetaient la responsabilité des événements sur les militants du Gong. De fait, ce sont des dizaines de jeunes et de militants anti-colonialistes, dont ceux du Gong, qui furent arrêtés et certains déportés en France pendant plusieurs mois, avant d’être jugés par une cour de sûreté de l’Etat.
Alors, il faut bien sûr exalter le souvenir de ceux qui ont lutté, ont souffert et se sont sacrifiés dans le passé ; mais il ne faut pas croire aux larmes ou aux déclarations hypocrites des notables de tous bords qui se faufilent dans ces manifestations pour les transformer en d’innocentes manifestions de « jour férié ».
Ces journées sont des journées où des hommes et des femmes courageux ont combattu, au péril de leur vie, pour plus de liberté, pour faire sauter leurs chaînes. Le meilleur hommage à leur rendre c’est de réaffirmer, à ces occasions, que nous continuons la lutte contre une exploitation qui, si elle n’a pas de chaîne visible, en comporte une qui contraint les salariés d’aujourd’hui à revenir sans cesse, chaque jour, se faire exploiter par les continuateurs des grands planteurs esclavagistes. Ce sont leurs familles, aujourd’hui capitalistes, qui continuent, parfois sous les mêmes noms, à recueillir le profit, fruit volé du travail des descendants d’esclaves, aujourd’hui appelés « travailleurs » ou « salariés ».
Oui, la lutte continue contre l’exploitation, pour bâtir un jour une meilleure société, débarrassée des exploiteurs, mais ce sera en se méfiant de tous ces cloportes des notabilités locales, toujours prêts à se courber devant la puissance et la richesse des gros exploiteurs.

Dans : générale,générale
Par blindingunblogfr
Le 18 septembre, 2008
A 23:30
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révoltes populaires et bouleversements sociaux à la fin de l’ancien empire en egypte

RÉVOLTES POPULAIRES ET BOULEVERSEMENTS SOCIAUX À LA FIN DE L’ANCIEN EMPIRE EN ÉGYPTE

 

À la faveur des troubles qui marquent la fin de l’Ancien Empire, les interdits religieux ne sont plus respectés, et la richesse change de mains.

 » La Sublime Salle de Justice, ses écritures sont enlevées, les places secrètes sont divulguées. Les formules magiques sont divulguées et deviennent inefficaces, parce que les hommes les ont dans leur mémoire. Les offices publics sont ouverts ; leurs déclarations (titres de propriété) sont enlevés ; malheur à moi, pour la tristesse de ce temps !…

Voyez donc : des choses arrivent qui n’étaient jamais advenues dans le passé : le ro est enlevé par les pauvres… Ce que cachait la Pyramide est maintenant vide. Quelques hommes sans foi ni loi ont dépouillé le pays de la Royauté. Ils en sont venus à se révolter contre l’Uraeus qui défend Râ et pacifie les Deux Terres …

Les pauvres du pays sont devenus riches, tandis que les propriétaires n’ont plus rien. Celui qui n’avait rien devient maître de trésors et les grands le flattent. Voyez ce qui arrive parmi les hommes : celui qui ne pouvait se bâtir une chambre, possède maintenant des (domaines ceints de) murs. Les Grands sont (employés) dans les magasins. Celui qui n’avait pas un mur pour (abriter) son sommeil est propriétaire d’un lit. Celui qui ne pouvait se mettre à l’ombre possède maintenant l’ombre ; ceux qui avaient l’ombre sont exposés aux vents de tempête. Celui qui ne s’était jamais fabriqué une barque a maintenant des navires ; leur (ancien) propriétaire les regarde, mais ils ne sont plus à lui. Celui qui n’avait pas une paire de bœufs possède des troupeaux ; celui qui n’avait pas un pain à lui devient propriétaire d’une grange ; mais son grenier est approvisionné avec le bien d’un autre…

Les pauvres possèdent les richesses; celui qui ne s’était jamais fait de souliers a maintenant des choses précieuses. Ceux qui possédaient des habits sont en guenilles ; mais celui qui n’avait jamais tissé pour lui-même a maintenant de fines toiles. Celui qui ne savait rien de la lyre possède maintenant une harpe ; celui devant qui on n’avait jamais chanté, il invoque la déesse des chansons… La femme qui n’avait même pas une boîte a maintenant une armoire. Celle qui mirait son visage dans l’eau possède un miroir de bronze…

Les (dames) qui étaient dans les lits de leurs maris, couchent sur des peaux (par terre)… Elles souffrent comme des servantes… Les esclaves (femmes) parlent tout à leur aise, et, quand leurs maîtresses parlent, les serviteurs ont du mal à le supporter. L’or, le lapis, l’argent, la malachite, les cornalines, le bronze, le marbre… parent maintenant le cou des esclaves. Le luxe court le pays ; mais les maîtresses de maison disent :  » Ah ! si nous avions quelque chose à manger.  » Les dames… leurs corps souffrent à cause de leurs vieilles robes… leurs cœurs sont en déroute quand on les salue.

Les nobles dames en arrivent à avoir faim, tandis que les bouchers se rassasient de ce qu’ils préparaient pour elles ; celui qui couchait sans femme, par pauvreté, trouve maintenant de nobles dames.

Le fils d’un homme de qualité ne se reconnaît plus parmi d’autres : le fils de la maîtresse devient fils de servante… « 

La révolte populaire contre la construction des pyramides

Nous constatons que beaucoup d’écrits concernant l’origine de la réforme religieuse d’Imhotep ont complètement disparu, mais ce n’est pas parce qu’on a retrouvé les premiers textes dans les pyramides de la cinquième dynastie que le clergé d’Héliopolis dirigé par un si extraordinaire grand prêtre (que fut Imhotep), aurait attendu deux siècles pour mettre en place l’image de la résurrection symbolisée par Osiris !

Pour les Egyptiens peu importait LE NOM du Grand Dieu souverain qui peut revêtir de multiples aspects puisqu’il EST la « source créatrice » de toutes choses, on constate dès lors que cette recherche du surnaturel s’intègre dans les actes et pensées les plus intimes de l’individu. C’est précisément cet esprit qui traversera les siècles et se transmettra de génération en génération malgré les soulèvements du peuple ou les changements de dynasties.

Si l’on en croit les explications d’Hérodote il y aurait eu une sorte de révolte populaire sous la VIIè dynastie qui a marqué la fin de la période : Ancien Empire et la séparation des royaumes qui prendra le nom de « première période intermédiaire ».

Cette fronde expliquerait en partie notre manque de renseignements sur les noms des divers architectes royaux de la quatrième dynastie  qui ont également construit des pyramides et le martelage des figures de Chéops (après sa mort)…

La seule image que l’on possède de Chéops provient d’une petite statuette brisée, reconstituée et actuellement exposée au Musée du Caire.

Plusieurs gouverneurs de provinces en profitèrent pour s’allier contre le pouvoir royal. Le pays étant affaiblit par cette guerre civile, les tribus nomades de Bédouins aux frontières organisèrent des incursions dans les villes et villages du delta du Nil où ils tuèrent et pillèrent de nombreux habitants avant de repartir en toute impunité…

Comme le révèle le chant mélancolique du harpiste, même les trésors des pyramides ne furent pas épargnés :

 » Les dieux (les rois) qui furent jadis ensevelis dans leurs pyramides qu’est-il advenu d’eux ? Leurs murs sont tombés en ruines, leurs places ne sont plus ; c’est comme s’ils n’avaient jamais existé ! « 

Et jaillit de ses lèvres comme une philosophie qui explique aux générations futures la vanité des choses et la nécessité de mourir :

 » Les corps passent et disparaissent, tandis que d’autres demeurent depuis le temps des ancêtres. Les plaintes ne sauvent personne du tombeau, car il n’est accordé à personne d’emporter avec soi son bien, et aucun de ceux qui sont partis n’est revenu ! « 

 » S’il est une chose que tu peux acquérir et que jamais tu ne perdras :  » donne du pain à celui qui (a faim et) n’a pas de champ et assure-toi à tout jamais un bon nom auprès de ta postérité « . 

On voit que malgré tous ces malheurs qui s’abattent sur l’Egypte, la foi du chantre n’est pas ébranlée, puisqu’il croit encore en la charité et aux paroles des ancêtres comme Imhotep.

LA PREMIERE PERIODE INTERMEDIAIRE

Période très trouble durant la VIIè et VIIIè dynastie où deux capitales vont se disputer le titre : Memphis et Abydos. Héracléopolis en tant que fief personnel du roi restera fidèle à son autorité dirigée de Memphis, tandis qu’IDI prince de Coptos et SHEMAï prince d’Abydos gouvernèrent la Haute Egypte redevenue indépendante.

Aux incursions de bédouins qui violent les frontières on peut ajouter les Libyens à l’Ouest, tandis qu’à l’Est les Syriens s’allient aux Cananéens (asiatiques) pour déferler en bandes sur l’Egypte.

Sous la IX et Xè dynastie de nombreux princes revendiquèrent en vain la royauté dans la nouvelle capitale de Moyenne Egypte : Héracléopolis où Néferkaré (-2130 -2120) a essayé d’imposer sa loi sans faire l’unanimité autour de sa personne.

La DIZIEME DYNASTIE : à  l’aube du MOYEN EMPIRE

Enseignements du roi Ouakha-Rê KHETY III (-2 110 à – 2075) à son fils le futur roi MERIKARE de la Xè dynastie (-2 075 à -2 060) Papyrus du musée de l’Ermitage – N°1115 à Copenhague :

La vie sur terre passe rapidement, heureux celui qui est sans péché, car un million d’hommes ne serviront à rien au roi des deux-terres lorsqu’il paraîtra en pécheur dans l’au-delà. La mémoire de l’homme bon vivra toujours. L’essence de la vie est dans la parole des ancêtres, elle est contenue dans les livres… Ouvre-les et lis-les.

Pratique la justice aussi longtemps que tu seras sur terre,

Réconforte ceux qui pleurent, n’opprime pas la veuve et l’orphelin…

(phrases que la Bible répétera si souvent)

Dieu connaît le perfide et rétribue ses péchés dans le sang…

Monte vers les chemins inaccessibles, car l’âme de l’homme va vers la place qu’elle

connaît, elle ne s’écarte pas du chemin de la vérité et personne ne peut la repousser !

Sache que les juges du tribunal de l’au-delà examineront une vie comme une heure.

Heureux celui qui atteindra cette vie : il sera là comme un dieu, il se déplacera

librement comme les maîtres de l’éternité, car il n’y a personne qui puisse s’opposer

au CREATEUR qui est omniprésent et omniscient. Honore ton Dieu invisible sur ton chemin, pratique la vérité et la justice,

Agis pour Dieu afin qu’il puisse faire de même pour toi. Après avoir puni les hommes

(déluge ?) il fait à nouveau briller sa lumière (Rê) qui navigue dans le ciel pour que les

hommes la voient.

Ces paroles sublimes ont été écrites vers -2080, à un ou deux siècles près naissait à

UR en Chaldée un jeune homme nommé Abraham ! …

L E S   A V E R T I S S E M E N T S   D ‘ I O U P E R

Dans un ensemble de papyrus découvert à Memphis, se trouve un texte que l’on a attribué à un SCRIBE du MOYEN EMPIRE nommé IOUPER. Ce scribe essaie d’expliquer les causes et les graves événements de la première période intermédiaire. Ce document est actuellement conservé au musée de Leyde (Pays-Bas) sous le N° 1344.

… Les tribus ennemies se sont établies partout dans le pays et l’homme doux et humble

soupire en disant que les hommes sont différents ! Alors que l’on enseignait avant

que « le prédestiné » sera toujours dans la rectitude des temps d’Horus (fils d’Osiris)

et dans l’âge (éternel) de l’Ennéade (le collège des dieux d’Héliopolis) …

Ecoutez le fleuve (Nil) charrie du sang et pourtant les hommes s’y désaltèrent tant ils

ont soif ! Les villes de Haute et Basse Egypte sont détruites et se consument. Le palais

des rois est dépouillé, même les morts sont devenus des étrangers.

Contemplez ce qu’il advient lorsque les hommes se hasardent à se rebeller contre

l’uraeus divin, grâce auquel le dieu Rê pacifie les deux terres. Le serpent de la

science est saisi et les pillards sont partout.

Souviens-toi de l’odeur des offrandes qui flottait dans l’air, les dates sacrées étaient

respectées, le parfum brûlait et les prêtres étaient purs car la corruption du coeur

n’existait pas.

Souviens-toi que le Dieu qui produit le chaud et le froid est le pâtre de l’humanité

et son coeur ignore le mal. Si son troupeau s’est égaré, il passe le jour à le rassembler.

(Etrange langage qui ressemble énormément à ceux des prophètes et du Christ !)

Oui ! en vérité, il rassemble le coeur des hommes par le fruit de son amour pour eux

et il perçoit leur nature dès la première génération. Aussi va-t-il jusqu’à penser détruire les

hommes mauvais de son propre bras. Sache qu’il est bien que les hommes construisent

des pyramides, creusent des étangs et plantent des arbres pour le plaisir des dieux et le

bonheur du peuple.

Que chaque homme se fasse aimer de son prochain, que la rectitude soit respectée

dans tous les discours. Générations futures, je vous parle avec mon coeur et j’attends

que vous répondiez de même. Un coeur solitaire ne doit pas garder le silence, car il

sait que multiples sont les poids de la balance de l’au-delà…

 

LES RÉFORMES DE SOLON

 Au VIe siècle av. J.-C., la cité athénienne traverse une crise politique et sociale très grave, due à l’accaparement des terres et des fonctions dirigeantes par les nobles (Eupatrides).

 

  » Après cela, il arriva que les nobles et la foule furent en conflit pendant un long temps. En effet, le régime politique était oligarchique en tout; et, en particulier, les pauvres, leurs femmes et leurs enfants étaient les esclaves des riches. On les appelait  » clients  » et  » sizeniers  » (hectémores) : car c’est à condition de ne garder que le sixième de la récolte qu’ils travaillaient sur les domaines des riches. Toute la terre était dans un petit nombre de mains; et, si les paysans ne payaient pas leur fermage, on pouvait les emmener, eux, leurs femmes et leurs enfants; car les prêts avaient toutes les personnes pour gages jusqu’à Solon, qui fut le premier chef du parti populaire. Donc, pour la foule, le plus pénible et le plus amer des maux politiques était cet esclavage; pourtant, elle avait tous autres sujets de mécontentement; car, pour ainsi dire, elle ne possédait aucun droit. « 

Aristote, Constitution d’Athènes, II. (Traduction G. Mathieu et B. Haussoulier)

  » Comme la Constitution était ainsi organisée, et que la foule était l’esclave de la minorité, le peuple se révolta contre les nobles. Alors que la lutte était violente et que les deux partis étaient depuis longtemps face à face, ils s’accordèrent pour élire Solon comme arbitre et archonte ; et on lui confia le soin d’établir la constitution, quand il eut fait l’élégie qui commence ainsi :

  » Je le sais et, dans ma poitrine, mon cœur est affligé quand je vois assassinée la plus antique terre d’Ionie. « 

Aristote, Idem, V, 1 et 2.

  » Devenu maître des affaires, Solon affranchit le peuple pour le présent et pour l’avenir par l’interdiction de prêter en prenant les personnes pour gages; il fit des lois et abolit les dettes tant privées que publiques, par la mesure qu’on appela sisachthie (rejet du fardeau), parce qu’on rejeta alors le fardeau. « 

Aristote, Idem, VI, 1.

  » Il semble que, dans l’activité politique de Solon, ce soient là les trois mesures les plus démocratiques : tout d’abord, ce qui est le plus important, l’interdiction de prendre les personnes pour gages des prêts; puis le droit donné à chacun d’intervenir en justice en faveur d’une personne lésée; enfin, mesure qui, dit-on, donria le plus de force au peuple, le droit d’appel aux tribunaux; en effet, quand le peuple est maître du vote, il est maître du gouvernement. « 

Aristote, Idem, IX, 1.

RÉVOLTE DE LA PLÈBE À ROME

(Ve S. av. J.-C.)

RÉVOLTE DE LA PLÈBE
RÉACTION DES PATRICIENS
VICTOIRE DE LA PLÈBE

 

RÉVOLTE DE LA PLÈBE

Dans la Rome primitive, l’exploitation massive des esclaves n’est pas encore le fait dominant. L’opposition fondamentale est celle des patriciens et des plébéiens. Au Ve siècle av. J.-C., les premiers nous apparaissent comme de grands propriétaires fonciers, les seconds comme de petits paysans, des artisans ou des commerçants. Les patriciens, organisés en grandes familles, avaient le monopole des fonctions politiques et de la justice. Cependant, pour soutenir les guerres perpétuelles qu’ils livraient à leurs voisins, ils durent faire appel aux plébéiens. Ces derniers ne tardèrent pas à leur poser des conditions.

 » Tandis que la guerre avec les Volsques [ancien peuple de l’Italie, établi au sud du Latium] était imminente, la cité était en guerre avec elle-même et en proie à une haine intestine entre sénateurs et plébéiens, dont la principale cause était l’esclavage pour dettes.
 On s’indignait  » de défendre au dehors la liberté et l’empire et d’avoir au dedans ses propres concitoyens pour tyrans et pour oppresseurs. La guerre était plus sûre que la paix, les ennemis moins menaçants que les compatriotes pour la liberté de la plèbe.
  » Le mécontentement se propageait déjà de lui-même quand une infortune scandaleuse fit éclater l’incendie. Un vieillard, portant les marques de toutes ses souffrances, s’élança sur le forum ; la crasse couvrait ses vêtements ; plus hideux encore était l’aspect pâle et maigre de son corps épuisé ; en outre, la longueur de sa barbe et de ses cheveux lui donnait un air sauvage. On le reconnaissait pourtant, tout affreux qu’il était ; il avait, disait-on, commandé une centurie, et on énumérait ses brillants états de service, tout en le plaignant…

… Il dit que, pendant qu’il faisait campagne contre les Sabins [peuple samnite établi au voisinage immédiat de Rome], les pillards avaient brûlé sa ferme… qu’au milieu de ses revers, on lui avait réclamé ses impôts, et qu’il avait emprunté. Cette dette, grossie des intérêts, lui avait fait perdre d’abord la terre de son père… et son créancier l’avait jeté, non dans l’esclavage, mais dans un cachot et dans la chambre de torture. Et il montrait sur son dos d’horribles marques de coups toutes fraîches. À cette vue et à ces mots, des cris violents s’élèvent. L’agitation ne se cantonne plus au forum, mais s’étend partout dans la ville. Les insolvables, portant ou non leurs chaînes, se répandent dans toutes les rues… pas un coin où des volontaires ne se joignent à l’émeute; partout, dans toutes les rues, des bandes hurlantes courent vers le forum… On réclame, sur le ton de la menace, plutôt que de la prière, la convocation du Sénat [Assemblée des chefs des familles patriciennes]. On entoure la curie [Salle du Sénat] pour contrôler et régler soi-même les délibérations officielles.  »
 

Tite-Live, Histoire romaine, liv. 11, XXIII. (Traduction G. Baillet)

 

 

RÉACTION DES PATRICIENS

Lors du soulèvement de la plèbe , les patriciens hésitent sur la conduite à tenir. Le consul Appius voulait employer la manière forte :  » Après une ou deux arrestations, tout rentrerait dans le calme.  »
Servilius, au contraire, voulait fléchir la rébellion au lieu de la briser :  » c’était plus sûr et surtout plus facile « . Là-dessus des cavaliers latins accourent, en annonçant que les Volsques sont entrés en compagne.

 » À cette nouvelle, tant la nation était coupée en deux par la discorde, l’impression fut bien différente chez les patriciens et dans la plèbe. Les plébéiens étaient transportés de joie :  » Ce sont, disaient-ils, les dieux qui viennent punir l’orgueil des patriciens.  » Ils s’exhortaient l’un l’autre à ne pas s’enrôler :  » Périsse tout le monde plutôt qu’eux seuls; que les sénateurs prennent du service! que les sénateurs prennent les armes! que les dangers de la guerre soient pour ceux à qui elle profite!  » Cependant, le Sénat, accablé… supplie le consul Servilius, dont les idées étaient plus démocratiques, de tirer l’État des menaçants périls qui l’assiègent. Alors le consul lève la séance et se présente devant le peuple assemblé. Il lui montre que le Sénat est préoccupé des intérêts de la plèbe ;  » mais ce débat sur une classe – d’ailleurs la plus considérable – mais enfin sur une classe seulement de citoyens, a été interrompu par un danger que court tout l’État ; il est impossible quand l’ennemi est presque aux portes, de rien faire passer avant la guerre; en eût-on même le loisir, ce ne serait ni honorable pour la plèbe de se faire payer d’abord avant de prendre les armes pour la patrie, ni très seyant au Sénat de remédier à la détresse des citoyens par crainte plutôt que par bienveillance, un peu plus tard « …

… Après la défaite des Aurunces [peuple d’origine osque, établi au sud-est du Latium, autour de Minturnes], les Romains comptaient sur la parole du consul et sur la bonne foi du Sénat quand Appius… se mit à prononcer des sentences aussi dures que possible en matière de dettes, rendant par séries les anciens insolvables aux chaînes de leurs créanciers et en mettant même sans cesse de nouveaux aux fers. Quand c’étaient d’anciens combattants, ils en appelaient à son collègue. Un rassemblement se faisait devant Servilius ; ils lui rappelaient ses promesses; ils lui représentaient leurs états de service, leurs blessures…
Malgré son émotion, le consul, dans la circonstance, était obligé de se tenir sur la réserve, tant son collègue et tout le parti de la noblesse s’étaient jetés dans l’opposition. En gardant ainsi la neutralité, il n’évita pas la rancune du peuple, sans gagner pour cela la faveur du Sénat : au Sénat, il passait pour un consul sans énergie et pour un intrigant ; dans la plèbe, pour un fourbe, et on ne tarda pas à avoir la preuve qu’il était aussi impopulaire qu’Appius.  »
 

Tite-Live, Histoire romaine, liv. II, XXIV et XXVII. (Traduction G. Baillet)

 

VICTOIRE DE LA PLÈBE

 » Alors la plèbe, ne sachant ce qu’elle devait attendre des nouveaux consuls, tint des réunions la nuit, partie aux Esquilies [quartier populaire construit sur l’Esquilin, l’une des sept collines de Rome], partie sur l’Aventin [l’une des sept collines, située au sud-ouest de la ville, et entièrement peuplée de plébéiens] pour éviter de prendre au forum des décisions improvisées et confuses et de toujours marcher sans but et au hasard.

 Les consuls, voyant là un danger, d’ailleurs réel, font un rapport au Sénat… et le Sénat leur enjoint de faire les enrôlements avec Ici dernière énergie :  » c’est l’inaction qui cause les désordres populaires « . Les consuls lèvent la séance et montent sur leur tribunal ; ils font l’appel des jeunes gens. Pas un ne répond à l’appel de son nom ; et la foule, les enveloppant, prend l’allure d’une assemblée pour déclarer  » qu’on ~ne se moquera pas plus longtemps de la plèbe ; on ne trouvera plus un seul soldat si l’État ne tient pas ses engagements ; il faut rendre la liberté à chaque individu avant de lui donner des armes ; ils veulent combattre pour leur patrie, pour leurs concitoyens, et non pour leurs maîtres. « 

Tite-Live, Histoire romaine, liv. II, XXVIII. (Traduction G. Baillet)

 Les consuls, à bout d’expédients demandent aux sénateurs les plus exaltés de se joindre à eux, et essaient d’employer la manière forte. Nouvel échec. Alors, le Sénat, après une délibération confuse, décide de confier le pouvoir à un dictateur, dont les décisions sont sans appel. Cependant, il choisit ce dictateur parmi les modérés, et la plèbe, sur de nouvelles promesses, se laisse encore mobiliser. Après la victoire, le Sénat refuse de tenir ses engagements, et le dictateur démissionne.

 » Alors le Sénat se prit à craindre que la libération des soldats ne fît renaître les assemblées secrètes et les complots. Aussi, bien qu’ils eussent été enrôlés par le dictateur, comme c’étaient les consuls qui leur avaient fait prêter serment, on estima que ce serment les liait encore, et, sous prétexte que les Éques reprenaient les hostilités, on donna l’ordre aux légions d’entrer en campagne. Cela ne fit que hâter la révolte… l’armée cessa d’obéir aux consuls et se retira sur le mont Sacré, sur la rive droite de l’Anio, à trois milles de Rome… Là, sans général, ils firent un camp entouré d’un fossé et d’une palissade, et, paisibles, se bornant à prendre les vivres nécessaires, ils demeurèrent quelques jours sans attaquer ni être attaqués. »

Le Sénat envoie alors à la plèbe Ménénius Agrippa qui, lui racontant l’apologue des membres et de l’estomac, l’aurait amenée à changer de sentiments. En fait, la plèbe ne consent à rentrer à Rome qu’après avoir reçu des garanties concrètes :

 » On se mit alors à traiter de la réconciliation et l’on consentit à accorder à la plèbe des magistrats spéciaux et inviolables, chargés de prendre sa défense contre les consuls, et à exclure tout patricien de cette fonction. « 

Tite-Live, Idem, liv. II, XXXII et XXXIII.

PATRICIENS ET PLÉBÉIENS DEVANT UNE SÉDITION D’ESCLAVES

(Ve s. av. J.-C.)

 » Des exilés et des esclaves, au nombre de 2.500 hommes, sous le commandement d’un Sabin, Appius Herdonius, occupèrent la nuit, le Capitole et la citadelle. Là, ils exécutèrent sommairement les hommes qui ne voulurent pas entrer dans leur complot et prendre les armes ; à la faveur du tumulte, quelques-uns, auxquels la frayeur donnait des ailes, dévalèrent jusqu’au forum ; on entendait tour à tour ces deux cris : »Aux armes ! » et  » L’ennemi est dans la ville « .

Les consuls n’osaient ni armer la plèbe, ni la laisser désarmée, ne sachant quel fléau soudain s’abattait sur la ville, s’il venait du dehors ou du dedans, de la haine de la plèbe ou de Ici perfidie des esclaves…

Enfin, le jour dévoila l’ennemi et son chef. Il s’agissait des esclaves ; Appius Herdonius les appelait à la liberté, du haut du Capitole :  » Il avait pris en main la cause de tous les misérables ; son but? rendre leur patrie aux exilés injustement bannis; enlever aux esclaves leur joug accablant. Il voulait bien laisser le peuple romain s’en charger. Mais si, de ce côté, il n’y avait pas d’espoir, Volsques, Éques [peuples du Latium établis autour de Préneste], tout lui serait bon à mettre en jeu et à soulever. »
Tout devenait plus clair pour les sénateurs et les consuls… Que de craintes de toute nature ! Au premier rang, la crainte des esclaves : chacun redoutait d’avoir un ennemi chez lui. Se fier à lui ? Ou s’en méfier et lui retirer sa confiance au risque de l’irriter davantage ? Les deux partis étaient aussi peu sûrs. À grand-peine l’union [des patriciens et des plébéiens] permettrait peut-être de résister.
… Les tribuns [il s’agit des tribuns militaires, le tribunat de la plèbe n’étant pas encore institué] prétendaient que ce n’était pas une guerre, mais un simulacre de guerre qu’on avait installé au Capitole pour détourner l’attention de la plèbe… Ils convoquent donc le peuple… et lui font déposer les armes.
En apprenant que les hommes déposaient les armes et abandonnaient leur poste, Publius Valerius laisse son collègue présider le Sénat, s’élance hors de la curie et vient au lieu consacré de l’assemblée trouver les tribuns :  » Qu’est-ce que cela signifie, tribuns, dit-il ? Vous suivez les ordres et les auspices d’un Appius Herdonius pour faire une révolution ? Il a été assez heureux pour vous séduire, lui qui n’a pas été capable de soulever les esclaves. L’ennemi est sur nos têtes, et vous faites déposer les armes pour proposer des lois ?  »
S’adressant alors à la foule :  » Citoyens, si vous n’avez souci ni de Rome, ni de vous-mêmes, gardez du moins le respect de vos dieux prisonniers de l’ennemi. Jupiter très bon, très grand, Junon, reine du ciel, Minerve, les autres dieux et déesses sont assiégés : des esclaves tiennent dans leur camp les saints patrons de votre ville : et voilà la politique qui vous semble raisonnable ?  »
En terminant son discours, il déclare que lui-même prend les armes et qu’il appelle aux armes tous les citoyens et que si quelqu’un fait de l’opposition, alors il le traitera en ennemi.  »

Tite-Live, Histoire romaine, liv. III, XV-XVII. (Traduction G. Baillet)

LA RÉVOLTE DE SPARTACUS

(73-71 AV. J.-C.)

 

   » A cette même époque, parmi les gladiateurs entretenus à Capoue par les Romains et destinés aux jeux du cirque, se trouvait un Thrace, nommé Spartacus, qui avait autrefois servi dans l’armée, et avait été fait prisonnier et vendu. Il persuada 70 de ses camarades de braver la mort pour recouvrer la liberté, plutôt que de se voir réduit à servir de spectacle dans les arènes des Romains ; et, forçant ensemble la garde chargée de veiller sur eux, ils s’échappèrent. Spartacus et sa bande s’armèrent avec les armes de tout genre dont ils dépouillèrent quelques voyageurs, et se retirèrent sur le mont Vésuve. Là, plusieurs esclaves fugitifs et quelques hommes libres des campagnes vinrent se joindre à lui. La justice rigoureuse qu’il mit dans la distribution et dans le partage du butin lui attira rapidement beaucoup de monde.

  … Les Romains ne pensaient pas que ce dût être une guerre dans toutes les formes. Ils croyaient qu’il suffirait contre ces brigands d’entrer en campagne. Varinius Glaber et Publius Valerius furent successivement vaincus. Après ces succès, le nombre des adhérents de Spartacus s’accrut encore davantage, et déjà il était à la tête d’une armée de 70 000 hommes. Alors, il se mit à fabriquer des armes et à prendre des dispositions militaires dans toutes les règles.

  Rome, de son côté, fit marcher les consuls avec deux légions… Spartacus les attaqua tour à tour, les vainquit l’un après l’autre et ils furent obligés tous les deux de reculer en désordre. Spartacus immola… 300 prisonniers romains; et son armée se montant à 120.000 fantassins, il prit rapidement la route de Rome, après avoir brûlé tous les bagages dont il n’avait pas besoin, fait passer au fil de l’épée tous les prisonniers et tuer toutes les bêtes. de somme, pour ne pas ralentir sa marche. Beaucoup d’autres esclaves prirent son parti, et vinrent grossir son armée, mais il ne voulut plus admettre personne. Les consuls retournèrent à la charge contre lui dans le pays des Picènes… il furent vaincus encore une fois.. Malgré ce succès, Spartacus renonça à son projet initial de marcher sur Rome, parce qu’il sentit qu’il n’était pas assez habile dans le métier des armes, et que ses troupes n’étaient pas convenablement armées, car nulle cité ne le secondait. Toutes ses forces consistaient en esclaves fugitifs et en aventuriers…

  Il y avait déjà trois ans que durait cette guerre, dont on s’était moqué d’abord ; dont on ne parlait qu’avec mépris comme d’une guerre de gladiateurs ; mais quand il fut question de confier le commandement à d’autres chefs, nul ne se mit sur les rangs, sauf Crassus… Il marcha contre Spartacus à la tête de six nouvelles légions. A son arrivée au camp, il fit décimer les deux légions qui avaient fait la campagne précédente, pour les punir de s’être si souvent laissé vaincre…

  Spartacus fut enfin blessé à la cuisse par une flèche. Le reste de son armée, en désordre, fut mis en pièces. Le nombre des morts du côté des gladiateurs fut incalculable. Il y périt environ 1.000 Romains. Il fut impossible de retrouver le corps de Spartacus. Les nombreux fuyards cherchèrent asile dans les montagnes. Crassus les y poursuivit. Ils se partagèrent en quatre bandes, luttant alternativement jusqu’à extermination complète, à l’exception de 6.000 d’entre eux, qui, faits prisonniers, furent mis en croix le long de la route de Capoue à Rome. « 

Appien, Histoire des guerres civiles, liv. 1, chap. XIV.

 

La révolte des esclaves autour de Spartacus (73 avant J.C.).

Des bêtes sauvages et des bandits :la révolte de Spartacus racontée par un historien latin du 1er s. après J.C.

On supporterait peut-être même la honte d’une guerre contre des esclaves. Même si le sort en a fait des êtres assujettis en tout, ils n’en sont pas moins comme une seconde espèce d’hommes, et nous les associons aux avantages de notre liberté. Mais quel nom donner à la guerre provoquée par Spartacus ? Je ne sais ; car des esclaves y servirent, des gladiateurs y commandèrent. Les premiers étaient de la plus basse condition, les seconds de la pire des conditions, et de tels adversaires accrurent les malheurs de Rome par la honte dont ils les couvrirent. Spartacus, Crixus, Œnomaus, après avoir brisé les portes de l’école de Lentulus, s’enfuirent de Capoue avec trente hommes au plus de leur espèce. Ils appelèrent les esclaves sous leurs drapeaux et réunirent tout de suite plus de dix mille hommes. Non contents de s’être évadés, ils aspiraient maintenant a la vengeance. Telles des bêtes sauvages, ils s’installèrent d’abord sur le Vésuve. Assiégés là par Clodius Glaber, ils se glissèrent le long des gorges caverneuses de la montagne à l’aide de liens de sarments et descendirent jusqu’au pied ; puis s’élançant par une issue inaccessible, ils s’emparèrent tout à coup du camp de notre général qui ne s’attendait pas à une pareille attaque. Ce fut ensuite le tour du camp de Varénus, puis de celui de Thoranlus. Ils parcou-rurent toute la Campanie, et non contents de piller les fermes et les villages, ils commirent d’effroyables massacres à NoIe et à Nucérie, à Thurium et à Métaponte. Leurs troupes grossissaient chaque jour, et ils formaient déjà une véritable armée. Avec de l’osier et des peaux de bêtes, ils se fabriquèrent de grossiers boucliers ; et le fer de leurs chaînes, refondu, leur servit à forger des épées et des traits. Pour qu’il ne leur man-quât rIen de ce quI convenait à une armée régulière, ils se saisirent aussi des hordes de chevaux’qu’ils rencontrèrent, se constituèrent une cavalerie, et ils offrirent à leur chef les insignes et les faisceaux pris à nos pré-teurs. Spartacus ne les refusa point, Spartacus, un ancien Thrace tributaire devenu soldat, de soldat déserteur ensuite brigand, puis, en considération de sa force, gladiateur. Il célébra les funérailles de ses officiers morts en combattant avec la pompe réservée aux généraux, et il força des prisonniers à combattre, les armes à la main, autour de leur bûcher. Cet ancien gladiateur espérait effacer ainsi l’infamie de tout son passé en donnant à son tour des jeux de gladiateurs. Puis il osa attaquer des armées consulaires ; il écrasa celle de Len-tulus dans l’Apennin, et près de Modène il détruisit le camp de Caius Crassus. Enorgueilli par ces victoires, il songea à marcher sur Rome, et cette seule pensée suffit à nous couvrir de honte. Enfin, toutes les forces de l’empire se dressèrent contre un vil gladiateur, et Liclnius Crassus vengea l’honneur romain. Repoussés et mis en fuite, les ennemis – je rougis de leur donner ce nom – se réfugièrent à extrémité de l’Italie. Enfermés dans les environs de la pointe du Bruttium, ils se disposaient à fuir en Sicile. N’ayant pas de navires, ils construisirent des radeaux avec des poutres et attachèrent ensemble des tonneaux avec de l’osier ; mais l’extrême violence du courant fit échouer Ieur tentative. Enfin, ils se jetèrent sur les Romains et moururent en braves. Comme il convenait aux soldats d’un gladiateur, ils ne demandèrent pas de quartier. Spartacus lui-même combattit vaillamment et mourut au premier rang, comme un vrai général.

D’après Florus, Abrégé d’histoire romaine, II, 8 – III, 20.

 

Les guerres serviles

         1) Les précédents
   En 217, à Rome même ; en 198, dans le sud du Latium. Mais ces révoltes ne mettaient en cause que des prisonniers de guerre ou des otages carthaginois. En 196, on note une révolte d’esclave en Etrurie contre laquelle on envoie une légion (6 000 hommes). 143-140, dans le Latium, le brigandage de bergers serviles : là encore, on envoie l’armée.

         2) La révolte de Sicile : 135-132
   Diodore de Sicile nous indique que la cause en fut le nombre croissant d’esclaves introduits dans l’île, surtout après la Deuxième Guerre Punique. Il ajoute que cette masse se trouve aussi bien chez les propriétaires grecs que romains. Mais il poursuit que depuis les années 140, existe en Sicile une insécurité grandissante due à des bergers dans l’ouest de la Sicile, encouragés par leurs maîtres, et rejoints par des fugitifs.
   Il y eut des escarmouches et un propréteur dû en capturer plusieurs pour calmer les velléités.
   A l’est, se trouvent de nombreux esclaves d’origine syriennes, adorateurs de cultes à mystères implantés en Orient, comme celui de la déesse Atargatis, ou dea Syria, dont le sanctuaire se trouve à Héliopolis. De même pour la divinité Déméter, déesse protectrice de la fécondité qui avait son sanctuaire à Henna.
   L’un de ces Syriens, Eunous, disposait d’un réel ascendant sur ses compagnons grâce à ses dons prophétiques. Ils appartenaient à un propriétaire d’Henna, Antigénès. Son maître l’emmenait dans les dîners, il avait pour « épouse » une esclave syrienne, ce qui montre sa notabilité. Lui et sa femme sont portés à la tête de la révolte par les esclaves d’encadrement.
   Au même moment, à l’ouest, Cléon, un brigand Silicien, se fait attribuer l’élevage de chevaux : il est magister.

   La révolte commence à Henna contre un propriétaire et sa femme, tous deux cruels ; leur fille, gentille, est épargnée. Dans l’ouest, Cléon a prit le maquis et en quelques jours, des milliers d’esclaves se concentrent et prennent la ville d’Henna. Eunous est proclamé roi avec le titre d’Antiochos, et Cléon se met sous ses ordres. Eunous et ses conseillers vont créer un Etat, avec des assemblées, une capitale qui sera Henna ; on bat monnaie au nom d’Antiochos. Les habitants des villes prises furent massacrés, les artisans tournés en esclavages. Ensuite arrive les divergences : Eunous est pour la clémence, d’autre pour la répression. Ce qui est étrange est l’arrivée au sein des révoltés de petits et moyens propriétaires.
   La révolte fut difficile à mater. Deux années et deux consuls furent nécessaires pour en venir à bout. Les romains reprirent la ville de Messine et après un long siège, Henna est reprise en 132, Cléon est tué, Eunous capturé et enfermé dans une prison ou il meurt.

   Ce soulèvement est très riche par ses composantes et son esprit. Ce n’est pas un mouvement dirigé contre l’esclavage. Il a menacé l’équilibre de l’île. D’autre part, Rome a reconquis l’île et la réorganisée.

         3) La révolte de Campanie et de Sicile (104-102)
   On retrouve des similitudes. Au départ, un chevalier romain Titus Vettius tombe amoureux fou d’une esclave ; tellement qu’il décide d’armer ses esclaves et appelle les autres esclaves à le rejoindre. Ces désordres gagne la Sicile à nouveau.
   A l’Est, un certain Salvius prend le titre de Tryphon. A l’ouest un villecus, Athenion prend aussi le titre de roi, lève 10 000 hommes pour se constituer une armée. Mais il refuse d’enrôler les esclaves, les renvoyant aux champs !
   Pour les romains, il faudra plusieurs campagnes pour venir à bout des révoltés, en 101.

   4) La révolte de Spartacus (73-70)
   Elle se déroule du Sud au Nord de l’Italie, à un moment même, elle menace Rome. Les effectifs sont considérables : autour du noyau de gladiateurs se concentrent 150 000 soldats !
   A Capoue, dans une école de gladiateurs se trouve Spartacus, plus grec que Barbare. Le mouvement de révolte est spontané, et à ce titre, il va souffrir d’improvisations.
   Le noyau de gladiateurs est rejoint par des bandes d’esclaves gaulois dirigés par Crixus et des esclaves Cimbres dirigés par Hoenomanus. Ils occupèrent le cratère du Vésuve, bon site défensif, et battirent à plats de coutures le préteur chargés de les mater.
   Des bergers appenins se joignent alors à eux. Les esclaves se divisent en deux bandes, l’une dirigée par Crixus, l’autre par Spartacus. Ils occupent l’année à piller le sud d’Italie. Crixus était d’avis de saigner le pays, Spartacus voulait ramener chez eux les esclaves.
   En 72, Rome envoie contre les esclaves deux consuls. Crixus fut tué ; Spartacus remonte le pays et vainc le gouverneur de la Gaule Cisalpine à Modène.
   Le Sénat de Rome envoie alors l’armée dirigée par Licinius Crassus. Il lève 6 légions (36 000 hommes) ; il bloque Spartacus dans le Bruttium, mais ce dernier passe à travers au cours de l’hiver (72-71).
   A titre d’exemple, Crassus crucifia le long de la via appia 6 000 esclaves. Les restes de l’armée furent écrasés par Pompée de retour d’Espagne.
   C’est la dernière grande révolte servile.

   La révolte de Spartacus n’engage pas de nouvelles législations. Désormais, à chaque velléité insurrectionnelle, les romains répondront par la répression. La condition des esclaves n’est pas améliorée, au contraire. Seulement, jamais plus les esclaves ne seront une menace.
   La révolte de Spartacus est restée un mythe.

Texte établi à partir d’un cours de faculté

LA QUESTION AGRAIRE SOULEVÉE PAR TIBÉRIUS ET CAÏUS GRACCHUS

 Au IIe siècle av. J.-C., les Romains étaient déjà maîtres de l’Italie, d’une partie de l’Afrique du Nord et de l’Espagne, de la Grèce, de la Macédoine et d’une partie de l’Asie Mineure. La grande masse de la population ne tira nul profit de ces conquêtes.

 

  » Les Romains avaient coutume de vendre une partie des terres qu’ils avaient conquises sur les peuples voisins, d’annexer les autres au domaine et de les affermer aux citoyens qui ne possédaient rien, moyennant une légère redevance au trésor public. Les riches avaient enchéri et évincé les pauvres de leurs possessions : on fit donc une loi qui défendait à tout citoyen d’avoir en fonds plus de 500 arpents [125 hectares] de terre. Cette loi contint quelque temps la cupidité des riches et vint au secours des pauvres, qui par ce moyen conservèrent chacun la portion qui leur était échue dès l’origine des partages. Dans la suite, les voisins riches se firent adjuger ces fermes sous des noms empruntés; et enfin, ils les prirent ouvertement à leur nom. Alors, les pauvres, dépouillés de leur possession, ne montrèrent plus d’empressement pour faire le service militaire, et ne désirèrent plus élever d’enfants. Ainsi l’Italie allait être bientôt dépeuplée d’habitants libres, et remplie d’esclaves barbares, que les riches employaient à la culture des terres, pour remplacer les citoyens qu’ils en avaient chassés…

… Caïus Gracchus, dans un mémoire qu’il a laissé, rapporte que Tibérius son frère, en traversant la Toscane pour aller de Rome à Numance [en Espagne] vit ce beau pays désert, et n’ayant pour laboureurs et pour pâtres que des étrangers et des barbares; et que ce tableau affligeant lui donna dès lors la première pensée d’un projet qui fut pour eux la source de tant de malheurs. Mais ce fut, en fait, le peuple lui-même… qui le détermina à cette entreprise, en couvrant les portiques, les murailles et les tombeaux d’affiches par lesquelles on l’excitait à faire rendre aux pauvres les terres du domaine… « 

 Tibérius Gracchus propose donc en 133 av. J.-C. une loi agraire très modérée, ordonnant aux riches de rendre les terres sur lesquelles ils avaient mis la main abusivement, tout en les déchargeant de toute redevance pour les 500 arpents qui leur restaient.

  » Si limitée que fût cette réforme, le peuple s’en contenta et consentit à oublier le passé, pourvu qu’on ne lui fît plus d’injustice à l’avenir; mais les riches et les grands propriétaires, révoltés par avarice contre la loi et contre le législateur, par dépit et par entêtement, voulurent détourner le peuple de la ratifier ; ils lui peignirent Tibérius comme un séditieux, qui ne proposait un nouveau partage des terres que pour troubler le gouvernement et mettre la confusion dans toutes les affaires…
 Leurs efforts furent inutiles : Tibérius soutenait la cause la plus belle et la plus juste avec une éloquence qui aurait pu donner à la plus mauvaise des couleurs spécieuses. Il se montrait redoutable et invincible lorsque, du haut de la tribune, que le peuple environnait en foule, il parlait en faveur des pauvres :  » Les bêtes sauvages, qui sont répandues en Italie, disait-il, ont leurs tanières et leurs repaires, où elles peuvent se retirer, et ceux qui combattent, qui versent leur sang pour la défense de l’Italie, n’y ont d’autre propriété que la lumière et l’air qu’ils respirent; sans maison, sans établissement fixe, ils errent de tous côtés avec leurs femmes et leurs enfants. Les généraux les trompent quand ils les exhortent à combattre pour leurs tombeaux et pour leurs temples; dans un si grand nombre de Romains, en est-il un seul qui ait un autel domestique et un tombeau où reposent ses ancêtres? Ils ne combattent et ne meurent que pour entretenir le luxe et l’opulence d’autrui ; on les appelle les maîtres de l’univers et ils n’ont pas en propriété une seule motte de terre.  »
 

Plutarque, Vie de Tibérius et de Caïus Gracchus. (Traduction Ricard)

 

 Étienne Marcel et Guillaume Callé

Jean le Bon cherchait de l’argent pour continuer la guerre contre l’Angleterre et c’est à ses villes qu’il pensait surtout s’adresser. L’histoire officielle parle volontiers de ses inquiétudes mais oublie de noter qu’en échange des services que la royauté attendait des bourgeois, elle ne manquerait point de leur accorder le bénéfice de son autorité. C’est en 1350 que les maîtres des corporations obtinrent les premières mesures législatives sur le travail salarié. Ce début d’une réglementation qui ne cessera plus de se développer est bien significatif des progrès de la bourgeoisie, tant par les secours qu’en attendait le roi que pour les conditions dans lesquelles se trouvait alors l’ouvrier.

Des Etats généraux incomplets votèrent un prélèvement sur le revenu qui fut très mal accueilli. Une victoire militaire l’eût peut-être justifié aux yeux des marchands; ce fut à nouveau la défaite et la plus pitoyable qui soit. La nombreuse armée de Jean le Bon succomba près de Poitiers en 1356, devant les 8.000 hommes du Prince Noir. Les Français en perdirent autant, la noblesse s’enfuit, laissant son roi prisonnier. Les archers anglais avaient une fois de plus vaincu la féodalité française.

La révolte des marchands de Paris

Paris s’exaspère : le peuple entier est derrière le prévôt des marchands qui prend la tête du mouvement. Etienne Marcel s’était rendu populaire aux Etats généraux en soulignant la nécessité d’un contrôle sur les subsides qu’on accordait au roi. La défaite de Poitiers montrait combien ses revendications étaient justes. Le fils aîné de Jean le Bon, Charles, régent du royaume pendant la captivité de son père, dut réunir sur-le-champ de nouveaux Etats généraux et consentir à leurs conditions. Les bourgeois de Paris s’y montraient en pleine possession du sentiment de leurs intérêts. Le peuple des rues voyait dans leur résistance la lutte contre la misère et chacun coiffait le chaperon bleu et rouge du vaillant prévôt. Les Etats désignèrent une commission d’enquête, en attendant la constitution de ce conseil de surveillance qu’Etienne Marcel voulait instituer près du trône, composé de vingt-huit députés, dont douze bourgeois. Car ils tiennent à leur fortune récente. Depuis 1350, les procédés de Philippe le Bel sont devenus la règle fiscale et le marc d’argent a changé trente-neuf fois de valeur. Leur première revendication est donc une monnaie fixe. On discute partout sur les autres conditions que la prévôté veut faire triompher : les nobles ne doivent plus être dispensés de l’impôt, le droit de réquisition des seigneurs doit être aboli, les fourrages et les chevaux mis à l’abri du pillage. En échange de ces mesures les villes fourniront un homme d’arme par cent foyers. Le régent consent à tout, signe la Grande Ordonnance de 1357, mais montre aussitôt qu’il n’a point l’intention de l’appliquer. Ce conflit entre la bourgeoisie et la royauté faisait les affaires de Charles le Mauvais qui entra sans tarder en négociations avec la capitale. Il se montra digne de son passé en trahissant tour à tour les bourgeois, les Anglais et le roi. De ses infamies, on a tenté de rendre responsable Etienne Marcel qui poursuivait cependant les suites logiques de son action : pour arracher au régent le respect de son ordonnance, le peuple envahit la résidence de Charles en février 1358 et là, sous ses yeux, on abattit deux de ses conseillers qu’on tenait pour responsables de ses variations. Etienne Marcel le sauva sans doute en le couvrant du chaperon aux couleurs de la capitale. Charles, mesurant la portée future d’un tel geste, décida de quitter son hôtel Saint-Pol et s’enfuit à Compiègne. Alors, tandis que l’ennemi occupait la France, il investit Paris.

Et la révolte de «  Jacques Bonhomme  »

Les trahisons de Charles le Mauvais y poursuivaient leur besogne et la tentative des bourgeois manquant encore d’homogénéité commençait à se désagréger. La lutte avait pris des proportions qui en effrayaient la plupart et le soulèvement populaire terrifiait les amis mêmes d’Etienne Marcel. Cependant un allié inespéré venait de surgir : à leur tour, les campagnes se soulevaient. A Laon, à Soissons, dans toute la région parisienne, les paysans se dressaient contre l’autorité. Leur fureur avait les mêmes origines, plus tragiques, car pour leur extorquer de l’argent on allait jusqu’à leur brûler les pieds. Durant six semaines, ils se battirent en désespérés autour de Guillaume Callé. Ce fut la Jacquerie. De cette union subite des paysans et des bourgeois, pouvait en mai 1358 dépendre le sort de Paris. L’insurrection s’étendit à la Champagne, à la Brie et à la région d’Amiens. Des chefs populaires surgirent partout, retranchèrent les paysans dans des lieux forts, munis de palissades et de fossés, où l’on avait déjà résisté aux Anglais. L’alliance avec Etienne Marcel parut réussir lorsque les Jacques s’emparèrent du château d’Ermenonville. Les bourgeois de Meaux entraient dans la ligue qui faisait en somme l’union du monde du travail pour des revendications immédiates – toutes les idées politiques d’Etienne Marcel : faire cesser le gaspillage des deniers arrachés au pays et contrôler les responsables de cette gabegie. C’était pour les maîtres la défense de leurs premiers droits acquis. Combien plus émouvant l’espoir immense que le peuple mettait en eux, croyant par son sacrifice contribuer à la fin des souffrances du temps. Sans doute, il y avait eu déjà bien des émeutes populaires et les campagnes gardaient le souvenir de ces pastoureaux qu’on avait impitoyablement châtiés. Cette fois les Jacques font un essai de discipline et se sentent, dans leur lutte, solidaires des bourgeois de Paris. Pour une classe qui monte, c’est déjà vaincre que de se battre. Si Etienne Marcel fut si représentatif de l’essor de la bourgeoisie au XIVe siècle, c’est qu’il ne craint pas cette bataille où le régent a voulu l’amener. Mais les temps ne sont pas révolus. La bourgeoisie française peut alors fournir des personnalités audacieuses, elle n’est pas encore en état d’accomplir un acte collectif. Le sol se dérobe sous Etienne Marcel. Autour de lui, le conflit parait trop vaste et la propagande de Charles le Mauvais produit son effet. L’histoire des classes sociales a toujours commencé par celle de leurs défaites. C’est après avoir été d’abord écrasés que les esclaves se sont libérés. C’est par ses échecs que la bourgeoisie a appris à s’organiser. Sa liberté n’est pas encore inscrite dans les nécessités économiques : l’ambition d’Etienne Marcel échouera.

Trahison et Défaite

Après d’astucieux pourparlers, Charles le Mauvais trahit les Jacques et les détruisit à Meaux. Paris était livré à lui-même. Tandis que la répression la plus sanglante s’abattait sur les paysans coupables de s’être armés contre leurs seigneurs, la capitale grondait de frayeurs et de rivalités. Ne se sentant plus assez forts, les bourgeois reculaient. Etienne Marcel était perdu. Ce fut l’un de ses amis, Jean Maillard, qui l’assassina. La cour s’employa à calomnier la mémoire d’Etienne Marcel pour rendre infâme la cause qu’il avait défendue, celle des libertés bourgeoises.

De cette ébauche de révolution politique, il resta chez tous des souvenirs très vifs. Le régent Charles se rappela si bien la peur qu’il eut en février 1358 qu’il fit construire, dominant Paris, la Bastille Saint-Antoine, pour surveiller sa capitale. Cette Bastille sera pendant quatre siècles le témoin des progrès de ces bourgeois qu’elle a pour mission primitive de maintenir dans l’ordre – l’ordre féodal, auquel la bourgeoisie triomphante substituera l’ordre bourgeois : la Bastille de Charles le Sage, bâtie au lendemain d’une émeute vaincue, sera détruite par une révolution victorieuse.

 

LA GRANDE JACQUERIE (1358)

Le célèbre chroniqueur Jean Froissart, roturier écrivant pour la noblesse, est très hostile aux  » Jacques « , et même partial envers eux. On ne trouve aucun plaidoyer en leur faveur dans les écrits du temps. Nous ne les connaissons que par leurs ennemis.

 

LES CAUSES ET LES DÉBUTS

« Aucunes gens des villes champêtres, sans chef, s’assemblèrent en Beauvoisis ; et ne furent mie cent hommes les premiers ; et dirent que tous les nobles du royaume de France, chevaliers et écuyers, honnissaient et trahissaient le royaume, et que ce serait grand bien qui tous les détruirait. Et chacun d’eux dit :  » Il dit vrai ! il dit vrai ! honni soit celui par qui il demeurera que tous les gentilshommes ne soient détruits. « 

Lors se assemblèrent et s’en allèrent, sans autre conseil et sans nulles armures, fors que de bâtons ferrés et de couteaux, en la maison d’un chevalier qui près de là demeurait. Si brisèrent la maison et tuèrent le chevalier, la dame et les enfants, petits et grands, et mirent le feu à la maison… Ainsi firent-ils en plusieurs châteaux et bonnes maisons. Et multiplièrent tant qu’ils furent bien six mille ; et partout là où ils venaient leur nombre croissait, car chacun de leur semblance les suivait. Si que chacun chevalier, dames et écuyers, leurs femmes et leurs enfants, les fuyaient; et emportaient les dames et les demoiselles leurs enfants dix ou vingt lieues de loin, où ils se pouvaient garantir; et laissaient leurs maisons toutes vagues et leur avoir dedans; et ces méchants gens assemblés sans chef et sans armures volaient et brûlaient tout, et tuaient… sans pitié et sans merci, ainsi comme chiens enragés. Certes, oncques n’advint entre Chrétiens et Sarrasins telle forcenerie que ces gens faisaient, ni qui firent plus de maux et de plus vilains faits, et tels que créature ne devrait oser penser, aviser ni regarder ; et celui qui plus en faisait était le plus prisé et le plus grand maître entre eux. … Et avaient fait un roi entre eux qui était, si comme on disait adonc, de Clermont en Beauvoisis, et l’élurent le pire des mauvais ; et ce roi on l’appelait Jacques Bonhomme. Ces méchants gens brûlèrent au pays de Beauvoisis et environ Corbie et Amiens et Montdidier plus de 60 bonnes maisons et forts châteaux ; et si Dieu n’y eût mis remède par sa grâce, le meschef fût si multiplié que toutes communautés eussent été détruites, sainte église après, et toutes riches gens, par tous pays, car tout en telle manière si faite gens faisaient en pays de Brie et de Perthois. Et convint toutes les dames et demoiselles du pays et les chevaliers et les écuyers qui pouvaient leur échapper, affuir à Meaux en Brie, l’un après l’autre, en pures leurs cotes, ainsi comme elles pouvaient ; aussi bien la duchesse de Normandie et la duchesse d’Orléans, et foison de hautes dames, comme autres, si elles voulaient se garder d’être… tuées et meurtries. Tout en semblable manière si faite gens se maintenaient entre Paris et Noyon, et entre Paris et Soissons, et Ham en Vermandois et par toute la terre de Coucy. Là étaient les grands malfaiteurs. Et ravagèrent, que entre la terre de Coucy, que entre la comté de Valois, que en l’évêché de Laon, de Soissons et de Noyon, plus de cent châteaux et bonnes maisons de chevaliers et écuyers ; et tuaient et volaient ce que ils trouvaient. Mais Dieu par sa grâce y mit tel remède de quoi on le doit bien regrâcier…  »
 

Froissart, Chroniques, livre premier, chap. LXV. Ed. Buchon, f.1, p. 375.

 

LA LUTTE ET LA RÉPRESSION

 » Alors les gentilshommes vinrent chercher refuge auprès du roi de Navarre et lui demandèrent d’apporter remède à leurs peines et que ces Jacques soient attaqués, déconfits et mis à mort.

Ils lui dirent :

 » Sire vous êtes le plus gentilhomme du monde : ne souffrez pas que noblesse ne soit mise à néant. Si cette espèce qui se dit Jacques dure longtemps et que les bonnes villes viennent leur porter aide, ils mettront la noblesse à néant, et détruiront tout. « 

Lors, Charles, roi de Navarre fut d’accord pour les aider contre les Jacques. Et là lui promirent les gentilshommes que jamais ils ne seraient contre lui, et lui en reçut la promesse.

Les Jacques surent bien que le roi de Navarre et les gentilshommes venaient sur eux.

Guillaume Charles et L’Hospitalier rangèrent les Jacques et en firent deux batailles. Et en chacune mirent 4.000 hommes. Et ceux qui avaient arcs et arbalètes, ils les mirent en front aux premiers rangs et par-devant eux mirent leur charroi. Ils firent une autre bataille de leurs gens à cheval où ils mirent bien 600 hommes dont le plus grand nombre était armé et furent ainsi rangés durant deux jours.

Le roi de Navarre demanda une trêve au chef des Jacques parce qu’il voulait lui parler. Guillaume Charles y alla simplement, car il ne demanda ni otage ni quoi que ce soit et vint au roi de Navarre. Ainsi les Jacques furent sans chef.

Robert Sercot et toute sa bataille mit les Jacques en travers et leur rompit un de leurs corps à force de glaive… Ainsi les Jacques furent tout éperdus du fait de leur capitaine qui n’était point avec eux et ils furent par eux-mêmes tout déconfits et les Anglais en mirent beaucoup à mort.

Après que les Jacques furent déconfits le roi de Navarre alla à Clermont en Beauvaisis et là il fit décapiter le capitaine des Jacques.

Une troupe de gentilshommes, environ 300 glaives, qui venaient à l’aide du roi de Navarre, entendirent que les Jacques étaient déconfits. Alors ils dévalèrent à l’extrémité du Beauvaisis où se trouvaient quelques troupes de Jacques et ils assemblèrent les gentilshommes normands et ceux de la région d’Amiens et du pays de Bray. Et ils trouvèrent près de Poiz une troupe de Jacques qui se rendaient à la grande troupe que Guillaume Charles commandait. Par les gentilshommes susdits, tous furent mis à mort, sans merci, soit plus de 1300. Puis lesdits gentilshommes repartirent à cheval et ils combattirent entre Roy et Gerberay une autre troupe de Jacques et là en occirent bien 800 ; et en un moûtier en brûlèrent environ 300. Puis ils vinrent à Gaillefontaine où Madame de Valois se trouvait et ils lui firent beaucoup d’ennuis parce qu’elle avait donné des vivres aux Jacques, à ce qu’ils disaient. Et là ils occirent environ 1 000 paysans.

Ainsi les Jacques furent détruits et déconfits en Beauvoisis et dans les pays d’environ. En Brie le comte de Roussy en occit une grande foison et les fit pendre à leur porte.

Ainsi furent-ils tous détruits.  »
 

Continuateur de Guillaume de Nangis, cité et traduit par Maxime Roux,
Textes relatifs à la civilisation du Moyen Âge, p. 174-175, Nathan, 1950.

 

 

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mouvement sociaux en afrique DE 2005-2007

 

Une année de luttes ouvrières en Afrique

 

 

 

Mali

 

Juillet 2005 : Grève de la mine de Morila

L’or est le principal produit d’exportation (57 % des exportations) du Mali, qui en est le troisième producteur africain après l’Afrique du Sud et le Ghana.

Tout commence il y a quelques années quand la Banque Mondiale pousse le Mali – troisième plus grande réserve d’or d’Afrique – à privatiser son industrie aurifère. A Morila (région de Sikasso dans le sud du Mali), la société qui exploite la mine est confiée à deux grandes firmes sud-africaines, Anglogold Ashanti et Randgold Resources, qui se partagent 80% du capital de l’entreprise. L’Etat malien doit quant à lui se contenter des 20% restant, de maigres royalties et de quelques promesses de «  développement  » de la région. Une autre entreprise importante d’exploitation de l’or au Mali est la SEMOS appartenant à 38 % à AngloGold (Afrique du Sud, n° 2 mondial de l’or), 38 % à IamGold ( junior au Canada, et assez présent au niveau mondial), 18 % à l’État malien, 6 % à la Société Financière Internationale (SFI ou IFC en anglais, membre du Groupe de la Banque Mondiale, fondée en 1956 sur inspiration des États-Unis, elle se présente comme «  la plus importante source de financement sous forme de prêts et de prise de participations pour les projets du secteur privé dans les pays en développement. Elle facilite un développement durable du secteur privé  ». Cette répartition des parts sur la mine de Sadiola n’est pas la même sur celle de Yetela où est absente la SFI, ses 6 % étant repartis également entre les trois autres actionnaires. L’autre multinationale sud-africaine RandGold qui exploitait la mine de Syama l’a cédée à Resolute Mining d’Australie en 2004. L’exploitation de l’or au Mali se fait selon les experts à faible coût. Sur les conséquences sociales et écologiques de l’exploitation de l’or à Sadiola, on peut consulter le Rapport de la mission d’enquête des Amis de la Terre sur www.amisdelaterre.org

Satisfaites de cette belle répartition, les multinationales s’empressent de vider le site, inauguré début 2001, de son précieux métal. Ainsi, alors que les travaux d’excavation sont prévus pour durer jusqu’en 2011, les deux tiers des réserves – estimées à 120 tonnes – ont été extraites en seulement… quatre années. Une surproduction hâtive qui n’a aucun lien, on s’en doute, avec les exonérations fiscales dont bénéficient les multinationales pendant leurs trois premières années d’activité. Ce qui a permis, selon Jeune Afrique, Morila-SA de réaliser «  un chiffre d’affaires de 295,9 millions de dollars en 2005 pour un bénéfice net de 117,4 millions de dollars ! Un résultat qui en fait la première société minière d’Afrique de l’Ouest par les revenus et l’une des plus rentables d’Afrique par le ratio résultat net sur chiffre d’affaires.  » («  Mali, à qui profite l’or jaune ?  », 30 juillet 2006).

C’est à une filiale du groupe Bouygues que l’on doit une grande partie de cet exploit productiviste : la Somadex, Société Malienne d’Exploitation (sic), qui recrute et «  gère  » la main d’œuvre locale pour le compte des compagnies sud-africaines. Une «  gestion  » stakhanoviste et pour le moins musclée, à en croire ceux qui ont travaillé pendant des années à l’ombre des barbelés inviolables de l’usine. Les griefs abondent : travail douze heures par jour, six jours sur sept ; précarité institutionnalisée ; non-paiement des heures supplémentaires, des congés, des primes de risque ; harcèlement continuel des responsables syndicaux ; surveillance permanente des employés ; vexations en tout genre ; accidents du travail à répétition ; etc. L’ » efficacité  » économique n’est rarement qu’une opération du Saint-Esprit.

SOMADEX (Société Malienne d’Exploitation), filiale du groupe Bouygues est chargée de la «  gestion  » de la «  main-d’œuvre  » : cadences infernales, surtout au regard des conditions particulièrement hostiles de la mine (les mineurs travaillaient 12 heures par jour, 6 jours sur 7, jusqu’à 2003 où un débrayage déjà a permis de ramener l’horaire quotidien à 8 heures), licenciements abusifs, falsifications de contrats de travail, heures supplémentaires non payées, harcèlement anti-syndicats, injures raciales de la part de l’encadrement…Tel serait le lot quotidien des mineurs. A cela s’ajoute les dégâts de l’exploitation de la mine sur son environnement : pollution des sols au cyanure et à l’arsenic, troupeaux intoxiqués, etc. Mais ce qui a mis le feu aux poudres, c’est le non-paiement de quatre années de primes prévues par la convention collective de la branche lorsque la production dépasse les prévisions. Or, depuis 2000, le site de Morila dépasse réguliérement les résultats attendus, au prix donc d’une exploitation humaine et écologique insensée, mais la direction de la SOMADEX refuse obstinément de partager la moindre miette du magot aurifère.

Dans ces conditions, il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les ouvriers commencent à se rebeller contre les patrons zélés de la Somadex. Deux ans après une grève victorieuse qui avait permis de réduire les horaires de travail, le conflit larvé s’est transformé en opposition frontale à l’été 2005, lorsque les employés ont eu l’outrecuidance de réclamer leur dû : les primes de rendement, prévues par la convention d’établissement des mines en cas de surproduction, dont ils attendaient le versement depuis quatre ans.

La grève commence par un conflit de trois jours les 5,6 et 7 juillet 2005. Le lendemain de la reprise du travail, 17 mineurs sont licenciés. En solidarité avec les licenciés, tous les mineurs décident la grève illimitée. Malgré les pressions de la direction et l’attitude ambiguë du Syndicat National des Mines (SECNAMI), sensible aux pressions de la direction, le Comité syndical refuse d’arrêter l’action avant d’avoir obtenu la réintégration des licenciés. Plutôt que de faire marche arrière, la SOMADEX choisit la manière forte. Le 31 juillet, la direction raye 311 mineurs de ses effectifs pour «  abandon de poste  ». Ce nombre est rapidement porté à 530 car des ouvriers qui avaient accepté de reprendre le travail refusent les conditions de reprise que voudrait imposer la direction, c’est-à-dire la renonciation à leurs acquis. Le 12 août, la SOMADEX fait arrêter cinq dirigeants syndicaux pour «  escroquerie  ». Ils sont libérés sous caution mais le 14 septembre, deux bus servant au transport des mineurs ayant pris feu en pleine nuit, l’entreprise accuse les mineurs et 32 d’entre eux sont immédiatement arrêtés sans la moindre preuve. Ce dur conflit mériterait d’entrer dans les annales des grandes batailles ouvrières. Face à la grève, la Somadex répond par le lock-out et les licenciements massifs (plusieurs centaines de mineurs licenciés en août 2005). Pour contrer la détermination des grévistes et de leurs familles, les gendarmes du coin – subventionnés, heureux hasard, par les multinationales dans le cadre du contrat de «  développement  » local… – procèdent à l’arrestation des leaders syndicaux. Et quand, en septembre 2005, deux bus de la Somadex prennent mystérieusement feu, à quelques mètres de la gendarmerie, le mouvement de contestation est décapité : trente deux grévistes sont raflés, et emprisonnés. Une belle opération que les grévistes soupçonnent fort d’être une provocation. Neuf d’entre eux sont toujours détenus. Aucune preuve ne semble avoir été donnée de leur implication dans l’incendie des bus de la Somadex.

Ayant, depuis l’été dernier, écarté les gêneurs et remplacé la plupart des grévistes, Bouygues peut donc poursuivre tranquillement l’exploitation de la mine de Morila. Et ce n’est pas TF1, sa filiale télévisée, qui viendra l’en empêcher en enquêtant sur les agissements de la maison mère. Les chaînes concurrentes non plus d’ailleurs… Trop banal, sûrement.

Une vingtaine ont été par la suite relâchés, au moment où était arrêté (en octobre 2005), le secrétaire administratif du comité syndical, Karim Guindo. Pour échapper à cette répression, les autres dirigeants syndicaux, dont le secrétaire général, Amadou Nioutama, sont contraints à la clandestinité. Leur principal délit est d’avoir voulu perturber l’accumulation du surprofit néocolonial par cette entreprise se comportant comme en territoire conquis. Ce qui pouvait par ailleurs servir de mauvais exemple aux travailleurs des autres entreprises exploitant l’or au Mali qui ne sont pas plus soucieuses des droits des travailleurs et de l’environnement. Occupation d’autres mines d’or du Mali menant à la création d’écoles de villages.

Pourtant, cette arrogance a fini par lasser le gouvernement malien dont le projet de maintien au pouvoir à l’issue des prochaines élections pouvait être contrecarré par le non-respect, par Bouygues, à travers sa filiale Saur International, du contrat de partenariat d’Énergie du Mali (EDM) établi en 2000. En effet, Saur s’est avéré davantage intéressé par les profits à court terme (hausse des tarifs d’eau et d’électricité) que par les investissements qu’il s’était engagé à réaliser qui devaient favoriser l’extension des réseaux de distribution d’eau et d’électricité. Ainsi, l’État malien s’est vu obligé de lui retirer, en octobre 2005, son statut d’actionnaire majoritaire dans EDM, violant ainsi le sacro-saint principe néolibéral d’amaigrissement du patrimoine économique des États, alors que la réunion des ministres de l’Économie et des Finances de la Zone Franc (des 19 et 20 septembre 2005, à Paris) venait de lui recommander, entre autres, de «  poursuivre la mise en oeuvre du programme économique et financier soutenu par le FRPC, notamment les réformes structurelles dans les secteurs cotonniers et de l’électricité  ». Cet acte à motivation plutôt électoraliste lui a valu une mission spéciale de la Banque Mondiale et du FMI, dont le programme de lutte contre la pauvreté n’inclut pas la baisse des tarifs d’eau et d’électricité en faveur des pauvres, de surcroît par une entreprise majoritairement étatique.

 

Texte de la pétition des grévistes :

«  À la mine d’or de Morila, dans le Sud du Mali, 530 mineurs employés par la société malienne SOMADEX, filiale de Bouygues, sont contraints à une grève ouvrière illimitée, radiés de leurs droits, sans autorisation de l’inspection du travail. Leurs familles restent privées de revenus, d’accès aux soins et d’éducation. Tombé à point nommé, l’incendie de deux bus au sein de la gendarmerie a permis de justifier l’accusation et l’emprisonnement de 32 mineurs innocents; 9 d’entre eux sont encore incarcérés à la maison d’arrêt de Bougouni depuis le 14 sept 2005. Tous ces faits sont aussi l’oeuvre de la SOMADEX.

Les raisons de la grève sont légitimes : contrats falsifiés, conditions de travail inacceptables : salaires, primes de rendement, heures supplémentaires et congés non payés, accident de travail non pris en compte, licenciements abusifs, propos racistes et discriminatoires des expatriés français et cadres supérieurs africains, etc.

Les conséquences sociales et environnementales sont alarmantes : promesses non tenues concernant le développement des villages, construction de moulins, puits et barrages non fonctionnels, mare d’épandage des eaux usées de la mine, pollution des sols au cyanure et à l’arsenic, morts de troupeaux de moutons intoxiqués, etc. Nous appelons toutes les forces syndicalistes, progressistes, tous les mouvements citoyens, les défenseurs des droits humains, à la pression internationale sur la multinationale Bouygues pour :

- la réintégration des 530 mineurs dans l’entreprise Somadex aux postes qu’ils occupaient,

- la libération immédiate des 9 détenus et l’abandon des poursuites injustifiées à leur encontre,

- la réouverture de réelles négociations pour l’amélioration des conditions de travail et des salaires et sur le respect de l’environnement.  »

 

Début novembre, c’est l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) qui a organisé une grève d’avertissement pour la «  mise en application d’un plan social en faveur de tous les travailleurs licenciés des sociétés et entreprises d’État, la réintégration des syndicalistes mutés de manière illégale, la baisse des prix des produits de première nécessité  ».

A eu lieu également la privatisation de la Régie des Chemins de Fer du Mali (RCFM). L’actionnaire majoritaire de la nouvelle entreprise Transrail SA est au départ un consortium canado-français Canac-Getma (18). Une privatisation qui est assez caractéristique des rapports de domination impérialistes : la RCFM évaluée à 105 milliards de FCFA (160 millions d’euros) a été octroyée à 5 milliards (7,622 millions d’euros). La nouvelle entreprise ayant fait le choix du plus grand taux de profit, priorité a été accordée au transport des marchandises, sur celui des voyageurs. Ce qui a entraîné la suppression de deux-tiers des gares (26 sur 36) alors que pendant un siècle la vie s’était organisée autour de ces 36 gares (qui sont aussi des villages). Les habitants sont ainsi désemparés : les voyageurs et les familles des cheminots constituaient la clientèle pour leurs produits. Transrail a ainsi contribué au développement de la pauvreté en milieu rural. De plus, 612 cheminots ont été licenciés et certains acquis sociaux des cheminots, par exemple les pensions de retraite versées aux veuves, ont été soit revus à la baisse soit supprimés. Ce qui a suscité l’indignation et une résistance citoyenne pour le retour à la régie du rail malien. Un Collectif citoyen pour la restitution et le développement intégré du rail malien (Cocidirail) a vu le jour. Mais la répression n’a pas tardé à s’abattre sur lui. Son principal animateur, un ingénieur, ancien directeur adjoint de l’École Supérieure Africaine des Chemins de Fer, Tiécoura Traoré, a été purement et simplement licencié, en violation flagrante de la législation du travail. Le Cocidirail ne s’est pas pour autant démobilisé.

Contre-réforme agraire

D’autres secteurs importants de l’économie malienne sont victimes de cette restructuration néolibérale, avec des graves conséquences sur la vie des populations paysannes. C’est le cas de l’Office du Niger (20), productrice de riz depuis la période coloniale, nationalisée après «  l’indépendance  », soumise à une privatisation rampante depuis 1984, sous l’égide de la Banque Mondiale, avec à la clef la libéralisation de la commercialisation du paddy dès 1985, et une compression des effectifs de 70 %.

Depuis quelque temps, il y est question d’une réforme foncière qui menace les paysans jouissant de l’usufruit sur les terres de l’ON, mais aussi par leur mise en concurrence avec de gros investisseurs. Ce contre quoi ils résistent : «  On affirme que nous sommes dans un État de droit, mais nous, les cultivateurs, ne le savons pas. Nous sommes considérés comme des esclaves. A l’ON, il n’y a que la corruption, la magouille et l’injustice qui prévalent. Nous avons payé les redevances légalement dans le délai fixé par le Président de la République. Et voilà qu’on nous retire nos champs de riz pour les donner aux nouveaux bénéficiaires qui vont récolter nos produits. Nous préférons mourir que de perdre nos champs. Si les autorités ne prennent pas leurs responsabilités, advienne que pourra  » , Ces paysans qui ont travaillé et habité légalement sur ces terres pendant des décennies refusent cette perte du droit d’exploitation des terres et leur remplacement par de gros investisseurs, sous le prétexte fallacieux de ne s’être pas acquittés à temps de la redevance eau. Ils sont par ailleurs confrontés à la hausse de plus de 200 % du coût des intrants agricoles. Seuls les plus pourvus financièrement survivront dans la jungle néolibérale.

Cette réforme foncière se réalise au moment où se développe la mobilisation des femmes paysannes pour l’accès à la terre. Ce qui rend plus difficile cette lutte ; c’est que les hommes tendent à la considérer secondaire, au lieu de s’y appuyer pour mieux faire avancer la cause commune. Mais, il ne suffit pas d’être victime d’une injustice pour être en mesure de perdre ses propres privilèges, même symboliques.

Avec l’ON, l’autre cible de la néolibéralisation dans le secteur agricole est la Compagnie malienne de développement et des textiles (CMDT), l’ex-Compagnie française de développement et des textiles (CFDT). C’est la compagnie du coton, dont le Mali était le principal producteur de la sous-région. Sa privatisation est une pomme de discorde entre les institutions de Bretton Woods et le gouvernement malien qui en redoute les conséquences sociales et électorales, vu la place du coton dans la vie rurale et au-delà. Car, c’est plus du quart de la population malienne, soit environ 3,5 millions de personnes, qui vivent directement et indirectement du coton. Comme le disaient ces deux sexagénaires lors du Forum des Peuples de Fana (choisi comme site à cause de son statut de 2ème région productrice de coton), dans le cadre de la Conférence populaire paysanne (qui a aussi parlé de l’accès à la terre des femmes rurales) au cours de laquelle des échanges ont eu lieu avec des participant/es venu/es du Bénin, du Burkina : «  S’il faut maintenant vendre notre espoir en privatisant la CMDT, vraiment nous ne sommes pas d’accord.  » La vie quotidienne des petits paysans et paysannes producteurs de coton connaîtra ainsi le sort de leurs compatriotes des gares ferroviaires et de ceux confrontés à l’ON. C’est autour de la CMDT qu’est organisée la vie sociale et les infrastructures. Mais le partenaire français, Dagris, ex-CFDT (actuellement actionnaire à 60 %) est à l’affût, refusant de contribuer au financement du déficit de la CMDT, pour mieux en accélérer la privatisation complète. Car, si le prix du coton aux producteurs est en baisse ces dernières années, le coton de la région du FCFA, dont le Mali a été le principal producteur jusqu’en 2004, est absorbé à 60 % par le marché chinois. Ce qui est en soi une aubaine pour tout investisseur qui se débarrassera de maintes charges sociales, avec la privatisation complète, qui est un engagement pris par l’État malien dans le cadre de l’Initiative PPTE, d’allégement de la dette. L’actuel gouvernement malien a pu obtenir de la Banque Mondiale et du FMI son report en 2008 car l’année 2007 est une année électorale au Mali. La dernière mission de la Banque Mondiale au Mali a mis au point les modalités de privatisation. Pour satisfaire tous ceux, capitaux multinationaux et privés, qui salivent, pour les profits à réaliser, c’est la filialisation, inégalement rentable certes, qui a été retenue.

Un autre aspect de cette restructuration, libéralisation du secteur cotonnier qui est préjudiciable à la petite paysannerie, c’est l’introduction des semences génétiquement modifiées que les petits producteurs participant au Forum des Peuples à Fana ont vigoureusement dénoncée. En effet, en collaboration avec la Banque Mondiale, USAID, les multinationales productrices des semences génétiquement modifiées Dow AgroSciences, Monsanto, Syngenta (Novartis), ont initié un Projet COTI-2 de «  Développement de la culture du coton génétiquement modifié au Mali  ». Ainsi est programmée la dépendance de la petite paysannerie à l’égard des semenciers. Sous prétexte de mettre le progrès technologique au service des pauvres sont préparées en fait leur dépendance et la marginalisation des plus dépourvus ou leur transformation en simple prolétariat agricole, surexploité .

Législation du travail en danger

En effet, en échange de l’allégement de la dette, comprenant l’effacement surmédiatisé de la dette multilatérale, le Mali est tenu, comme le Niger, d’améliorer les conditions de réalisation du profit. Comme l’a dit le porte-parole du gouvernement malien, Ousmane Thiam, lors de sa visite à Paris, en septembre 2005, le Mali prépare «  une simplification des procédures et des formalités liées à la création d’entreprises le retoilettage du Code des investissements, qui est non seulement plus attractif, mais qui met l’entrepreneur étranger sur le même pied d’égalité que le malien  ». Il s’agit non seulement de confronter le petit entrepreneur malien aux multinationales, mais aussi de réduire a minima la protection sociale des travailleurs. C’est ce qui est quasi-explicitement suggéré par le gouvernement des États-Unis, en disant que «  les lois du travail sont restrictives au Mali et la difficulté de l’embauche et du licenciement sont des obstacles supplémentaires  ».

Le but est une généralisation de ce qui s’est produit à la RCFM contre les travailleurs organisés pour la défense de leurs droits.

La criminalisation de la défense des droits des travailleurs est un principe du néolibéralisme éprouvé aussi par les syndicalistes de la Société malienne d’exploitation (Somadex). Dans cette entreprise d’exploitation de l’or à Morila, appartenant à Bouygues, les travailleurs revendiquent principalement le payement de la prime de rendement indexée sur le taux de dépassement de la production. Car, par frénésie accumulatrice, la Somadex a produit, en trois ans, 83 tonnes d’or au lieu des 33 tonnes prévues par la convention d’exploitation. Ce qui signifie aussi une exploitation intensive de la force de travail. Les travailleurs revendiquent l’établissement de vrais contrat de travail, à la place des contrats de travail falsifiés, avec la complicité des nationaux, et qui ont causé le licenciement de trois cents travailleurs, sans paiement de leurs droits et indemnités. Des abus que les travailleurs n’ont pas admis, jusqu’à déclencher en juillet 2005 une grève face au refus de la direction de l’entreprise d’entendre leur demande de respect des droits. La réponse de la direction, avec la complicité de certaines autorités locales, a été la répression. Pour légitimer celle-ci aux yeux de l’opinion, divers actes de violence commis dans le village ont été attribués aux travailleurs en grève. Ainsi, une trentaine de travailleurs ont été emprisonnés par la gendarmerie. Une vingtaine ont été par la suite relâchés, au moment où était arrêté (en octobre 2005), le secrétaire administratif du comité syndical, Karim Guindo. Pour échapper à cette répression, les autres dirigeants syndicaux, dont le secrétaire général, Amadou Nioutama, sont contraints à la clandestinité. Leur principal délit est d’avoir voulu perturber l’accumulation du surprofit néocolonial par cette entreprise se comportant comme en territoire conquis. Ce qui pouvait par ailleurs servir de mauvais exemple aux travailleurs des autres entreprises exploitant l’or au Mali qui ne sont pas plus soucieuses des droits des travailleurs et de l’environnement.

Pourtant, cette arrogance a fini par lasser le gouvernement malien dont le projet de maintien au pouvoir à l’issue des prochaines élections pouvait être contrecarré par le non-respect, par Bouygues, à travers sa filiale Saur International, du contrat de partenariat d’Énergie du Mali (EDM) établi en 2000. En effet, Saur s’est avéré davantage intéressé par les profits à court terme (hausse des tarifs d’eau et d’électricité) que par les investissements qu’il s’était engagé à réaliser qui devaient favoriser l’extension des réseaux de distribution d’eau et d’électricité. Ainsi, l’État malien s’est vu obligé de lui retirer, en octobre 2005, son statut d’actionnaire majoritaire dans EDM, violant ainsi le sacro-saint principe néolibéral d’amaigrissement du patrimoine économique des États, alors que la réunion des ministres de l’Économie et des Finances de la Zone Franc (des 19 et 20 septembre 2005, à Paris) venait de lui recommander, entre autres, de «  poursuivre la mise en oeuvre du programme économique et financier soutenu par le FRPC, notamment les réformes structurelles dans les secteurs cotonniers et de l’électricité  ». Cet acte à motivation plutôt électoraliste lui a valu une mission spéciale de la Banque Mondiale et du FMI, dont le programme de lutte contre la pauvreté n’inclut pas la baisse des tarifs d’eau et d’électricité en faveur des pauvres, de surcroît par une entreprise majoritairement étatique.

Sans qu’il soit déjà question de remise en cause du «  partenariat  » privilégié avec la métropole néocoloniale, le Mali et le Niger, font partie de ces pays sensibles à la poussée états-unienne. Futurs producteurs de pétrole, ils entrent de ce fait dans ce qui est considéré à Washington comme le champ de la sécurité nationale des États-Unis. Ainsi, le gouvernement américain les a-t-il intégrés, à travers par exemple «  l’Opération Flintock 2005  » dans son programme de «  lutte contre le terrorisme  ». Toutefois ces différents aspects de la «  coopération  » états-unienne demeurent basés sur le respect des préceptes du néolibéralisme par les États «  partenaires  » africains. La soumission au Consensus de Washington demeure la condition cardinale.

 

Publié le mercredi 12 octobre 2005

Historique de notre lutte

Voici en résumé la situation que nous vivons depuis plusieurs années.
Une version plus complète sera mise en ligne dans les jours à venir.

Le 10 mars 2005, nous avons adressé une lettre au directeur de l’entreprise Somadex. Nous y faisions état du comportement du chef du personnel Ballamourrou Diarra. Nous demandions également à ce qu’on le change de poste, sinon bien que nous ne le voulions pas, le chantier risquer de s’arreter un jour par sa faute, et le directeur serait responsable de l’arrêt éventuel.

La Secnami (Section Nationale des Mines et des Industries), l’UNTM (Union Nationale des Travailleurs du Mali), le ministère des mines, la primature, ainsi que la présidence de la république ont tous reçus une copie de cette lettre, mais personne n’a réagit pour condamner les actes de Ballamourrou Diarra que nous dénonçions.

Quand le comité syndical a demandé d’annuler les faux contrats de travail que le chef du personnel de la SOMADEX a falsifié en réaction à cette demande du syndicat, la direction de la SOMADEX a adressé une demande d’autorisation de licenciement du sécretaire général du syndicat auprès de l’inspecteur régional du travail. Demande refusée par l’inspecteur. En réaction, le chef du personnel a sorti une pétition contre le secrétaire général au nom des travailleurs. Cherchant à dissoudre le comité syndical depuis l’entreprise SOMADEX a un effectif de plus 700 employés, elle n’a guère d’ambulance, de clinique, et a négligé la présence d’un médecin pour les soins des travailleurs dans un environnement à haut risque comme une mine. Nos femmes accouchent parfois dans nos maisons. Les travailleurs rendent l’âme sur leur lieux d’accident par faute d’évacuation par ambulance. Le directeur admnistratif et financier refusent la prise en charge par l’entreprise des personnes malades, qui décèdent par la suite. Devant cet abus et cette exploitation, les travailleurs ont demandé au directeur de projet d’arrêter la distribution de cette pétition contre le sécrétaire général sinon la conséquence serait soldée par l’arrêt du travail. Le directeur resta passif a cette situation, alors le cumul de tout c’est évènement entraina un préavis de grève de 72 heures le 21 juin 2005. L’incursion des agents des forces de l’odre (2 camions remplis de gendarmes) au domicile de notre secrétaire général le 25 Octobre 2005, après une reunion conjointe tenue à Bougouni, du juge et des CBs (commandant de brigades) de Bougouni et de Koumantou. Le plan initial était d’attirer le secrétaire général dans un piège au camp 1 de la gendarmerie de Bamako afin de pouvoir l’arrêter. On lui a envoyé à cet effet un gendarme de Koumantou affecté a Bamako. Mais Nioumanta, fort d’une expérience précédente, ou il avait arbitrairement été arrêté le 12 aout 2005 par le CB de koumanou, Moussa Magassa, avec quatre camarades, a déjoué le piège en refusant de se rendre au camp 1. Les arrestations du mois d’Aout visaient le but manifeste d’empêcher le comité syndical de rencontrer alors le secrétaire général de la Présidence de la république qui est Modibo Sidibé. Et il se trouve que le 25 Octobre le comité Syndical avait rendez-vous avec le président ATT!

Le gendarme conduit est alors parti, et est revenu avec du renfort. Constatant que Nioumantan était absent, Les gendarmes qui opéraient sans le moindre mandat légal, on voulut prendre en otage sa femme et son fils en vue de le forcer à se rendre. Mais la résistance de la famille et des voisins a fait échec à ce plan machiavélique.

Après de vives altercations, les gendarmes ont arrêté le secrétaire administratif du comité, Karim Guindo qui était en train de prier. Ils l’ont enlevé manu militari et conduit de force en prison à Bougouni en procédant en outre à l’enlévement : – de deux véhicules automobiles qui ont emporté une somme de trois millions quarante mille franc CFa pris dans la chambre – d’un cachet du comité syndical – de deux lettres de l’ex président à Alpha Oumar Konaré – et d’un dossier contenant 170 contrats falsifiés par Balamourou Diarra, Chef du personel de la SOMADEX

L’assaut prémédité du 25 Octobre représente a l’évidence une répétition des actes de banditismes des mêmes forces liberticides de Bougouni qui ont tout fait le 12 Aout pour empêcher une rencontre avec les pouvoirs publics nationaux, rencontre succeptible à leurs yeux de les démasquer. Mais le fait qu’ils aient trouvé au camp 1 les relais et renforts pour exécuter de Bougouni des forfaits à Bamako prouve suffisamment qu’il s’agit d’une provocation encore plus étendue au moment ou le comité syndical devait rencontrer le Président ATT. Sans cesser un instant de se demander jusqu’ou remonte cette provocation le comité syndical a réussi à rencontrer le conseiller (Mr Boue Siby) du président de la république, chargé de rencontrer le comité syndical le 26 Octobre 2005 et l’a informé de tous les faits.

Nous rappelons également que la déclaration de Mr Morange Cristophe Directeur de la communication de Bouygues est inexact, dans laquelle il écrit que la seule revendication des mineurs portait sur le départ du chef de personnel, M. Balamourou Diarra.

Il s’agit d’un combat que nous menons, nous les mineurs, depuis 2001, nous avons été licenciés pour fait de grève en juillet 2005 suite à des revendications légitimes concernant les droits fondamentaux du travail : contrats falsifiés, salaires, congés et heures supplémentaires non versés, licenciement systématique, corruption du syndicat des mines, conditions de travail déplorable, aucune protection santé, accidents de travail non reconnus, nombreuses promesses pour le développement du village non tenues, etc.

32 d’entre nous ont été arrêtés entre le 14 et le 16 septembre 2005 pour des motifs non prouvés, et aujourd’hui 9 grévistes sont encore détenus dans des conditions déplorables et illégales à la maison d’arrêt de Bougouni (région de Sikasso- sud du Mali).

: Nos revendications

- Libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus de Bougouni et radiation des forces de l’ordre liberticides du Chef de Brigade de Bougouni et Koumantou et du juge de Bougouni.

- Halte aux lock-outs frauduleux des patrons voyous et racistes qui visent à licencier des salariés et réviser à la baisse des accords pour ensuite reprendre une activité à moindres coûts.

- Reprise immédiate et inconditionnelle de tous les mineurs licenciés.

- Paiement intégral des salaires de toute la période d’interruption.

- Paiement par la SOMADEX-BOUYGUES des primes de rendement des années 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005 conformément á l’annexe 4 de la convention d’établissement et du code minier.

- Révision inconditionnelle du code minier au profit du Mali, de ces communautés, et de ces mineurs.

- Journée de 8 heures réduite à 6 heures du fait des travaux insalubres et au fond de la mine.

- Reconnaissance par la SOMADEX-BOUYGUES et ANGLOGOLD du Comité syndical d’entreprise.

- Contre les licenciements en masse des ouvriers de Morila, de Huicoma, et Itema.

- Assurance chômage au frais de l’Etat et des entrepreneurs.

- Imposition des banques, des propriétaires d’entreprise et plantations, des hauts fonctionnaires au profit des chômeurs.

- Halte à l’ingerence policiére dans les gréves. Création de commissions ouvriéres élues pour le contrôle du travail, du paiement des salaires et de l’embauche des ouvriers.

- Dehors Balamourou Diarra et tous les dirigeants expatriés racistes !

- Reconnaissance du comité syndical de la SOMADEX dirigé par le camarade secrétaire général Amadou Nioumanta qui mène une lutte juste et légitime déjà reconnus par le SYNACOME (Syndicat national de constructions civiles des mines et de l’énergie)

- Établissement de contrat de travail réel aux lieux de faux contrats ou de contrats constament falsifiés par le chef du personnel Balamourou Diarra.

- Restitution des 3.400.000 F Cfa

- Restitution des 2 mercedès et tous les documents et matériaux emportés la nuit du 25 Octobre

- Paiements des dommages et interêts et tous les biens perdus lors de leur arrestation entre 0h et 03h du matin le 14 et 16 Septembre 2005 par les CBs de Koumantou et Bougouni suite à l’incendie de 2 bus à zero mètre des gendarmes dans la gendarmerie !

- Mise en place d’un comité syndical ouvrier afilié aux syndicats européens

- Une copie du marché pour l’amélioration de nos salaires

- Et le paiement des salaires et rappel (arriérés) des travailleurs par rapport au barème du cahier du marché

 

Un comité de soutien aux grévistes s’est constitué, pour exiger la libération des emprisonnés et la réintégration de tous les grévistes. Il dénonce les conditions de travail extrêmement dures : il a fallu une grève, en 2003, pour que la journée de travail soit ramenée de douze heures à huit heures ; les mineurs travaillent encore six jours sur sept et les accidents du travail sont nombreux ; le comité dénonce aussi le non-paiement des heures supplémentaires, les méthodes brutales et les propos racistes des expatriés français et des cadres supérieurs africains, le harcèlement des syndicalistes. Il rappelle enfin que l’exploitation de la mine a pollué les sols au cyanure et à l’arsenic et a intoxiqué des troupeaux de moutons.

Ici, Bouygues a fait ses profits sur la santé et la vie des travailleurs du bâtiment. Là-bas, il continue à détruire la vie des travailleurs, et avec des méthodes encore plus brutales. Bouygues doit réintégrer immédiatement les grévistes licenciés !

 

 

Déclaration de Cocidirail

Grève unitaire chez Transrail s.a. sur l’initiative des Syndicats SYTRAIL (Mali) et FETRAIL (Sénégal)

Cocidirail – 13 juillet 2006

L’environnement du chemin de fer est sujet, depuis quelques mois, à une très forte effervescence, malgré l’attitude débonnaire des plus hautes autorités de Notre pays, caractérisée par une extrême gravité de la situation économique, sociale et simplement humaine.

La direction de Transrail dans le but suprême de dominer avec tous les moyens le personnel et les activités de transport dans les deux pays, a choisi de s’allier avec les milieux qui sont prêts à jouer leur va-tout pour servir sa cause. C’est ainsi que dans les deux pays, sur le plan social interne à Transrail, les premiers responsables des syndicats (SUTRAIL au Sénégal et SYTRAIL au Mali) ont été mis au service de la direction par divers moyens (lavage de cerveaux, corruption financière (ils ont été mensuellement arrosés par une manne de Un million de F. CFA chaque mois chacun) confiscation de l’information interne,… ) Ces deux exécutifs, soupçonnés, désavoués pour fait d’intelligence avec la direction de l’entreprise ont été mis en minorité par la création de FETRAIL (au Sénégal) et la pétition largement signée, le renouvellement des bases de SYTRAIL et la tenue d’un congrès (au Mali) qui a consacré le rejet définitif du Comité Exécutif mis en place le 05 août 2004.

Cette mesure n’aura pas suffit pour faire entendre raison à la direction Générale de Transrail et à ses suppôts du Comité Exécutif de SYTRAIL dirigé par Abdoulaye BERTHE. Une débauche d’énergie a été mise au service d’actions de diversion, de désinformation, d’obstruction de toutes sortes, de pressions policières et judiciaires, de menaces physiques et verbales, de séquestrations des responsables syndicaux régulièrement élus et déferrés par la gendarmerie devant le procureur de la république près le Tribunal de Première Instance de la Commune III de Bamako.

Encore au moment où s’écoule la première journée de grève réussie, les premiers responsables de SYTRAIL sont séquestrés par le Procureur de la République qui n’a pas hésité à leur intimer l’ordre de ne pas l’observer. La présente grève unitaire des 12, 13, 14 juillet a pour exigences :

mouvement sociaux en afrique DE 2005-2007 puce  Rejet de la nouvelle grille salariale ;
puce  Rejet du protocole d’accord du 23 mai 2005 ;
puce  Rejet de la relation de maîtres à esclaves instauré par la direction de Transrail ;
puce  Application correcte de l’accord d’établissement ;
puce  Respect des lois et règlements en vigueur au Mali et au Sénégal ;
puce  Respect des clauses de la concession ;
puce  Rejet du mépris affiché par la direction de Transrail face aux revendications des travailleurs ;
puce  Reprise des travailleurs, victimes de licenciement en violation flagrante de la Convention de Concession ;
puce  Prise en charge du mémorandum des cadres,
puce  Départ du DG François LEMIEUX.

Ces motifs montrent bien l’état déplorable de la situation dont la responsabilité incombe entièrement à la direction de Transrail et aux gouvernements qui ont décidé la privatisation des réseaux ferroviaires. Ceci justifie «  qu’en cas d’absence de compromis les 2 organisations se réservent le droit d’observer une grève générale illimitée jusqu’à l’obtention d’une solution satisfaisante.  »

Nous tenons, au nom des Citoyennes et Citoyens et des associations et syndicats du Mali, de l’Afrique, de l’Europe et d’Amérique, membres de Cocidirail, à vous apporter tout Notre soutien et Notre solidarité agissante dans la lutte que vous menez, qui risque donc de prendre une nouvelle tournure dans les prochains jours.

La démarche internationaliste que vous êtes entrain de développer nous est très proche, elle est l’une des bases essentielles du syndicalisme et le socle de la solidarité et des futures victoires des forces du progrès sur celles de la régression sociale en général et du libéralisme.

Nous restons disposés à apporter à votre lutte particulière et à la Cause du Rail malien, en général, la contribution à la mesure de nos moyens, de même qu’au succès de votre combat. Nous assurerons le relais au tant au niveau national qu’international pour faire connaître votre grève auprès des cheminot-e-s et autres travailleur-ses du monde, auprès des syndicalistes de divers pays avec qui nous travaillons régulièrement.

Bamako, le 12 juillet 2006

Pour le Comité Exécutif du COCIDRAIL, le Président du Comité Exécutif, Dr Tiècoura TRAORE

 

Le pillage de l’or au Mali

311 mineurs de la multinationale Bouygues et sa société SOMADEX en grève depuis 8 mois – 9 mineurs incarcérés

Appel urgent à la solidarité internationale

13 février 2006

A la mine d’or de Morila – Sud du Mali, 311 mineurs, contraints à une grève ouvrière illimitée, sont radiés de leurs droits, sans autorisation de l’inspection du travail. Leurs familles restent privées de revenus, d’accès aux soins et d’éducation. L’incendie délibéré de deux bus au sein de la gendarmerie à des fins de déclencher une chasse à l’homme et arrêter 32 mineurs ; 9 d’entre eux sont encore incarcérés à la maison d’arrêt de Bougouni depuis le 14 sept 2005.

Toutes ces provocations sont orchestrées par la société française Bouygues et sa société SOMADEX SAU, dirigée par le PDG Jean-Pierre Juillien, sous-traitant d’Anglogold et Randgold, avec l’appui de l’Etat Malien, actionnaire à 20%.

Les raisons de la grève sont déterminantes : contrats falsifiés, conditions de travail inacceptables, salaires, primes, heures supplémentaires et congés non payés, accident de travail non pris en compte, licenciements abusifs, propos racistes et discriminatoires des expatriés français et cadres supérieurs africains, non respect de la constitution de la République Démocratique du Mali, trahison du syndicat des mines SYNACOME, etc…

Les conséquences sociales et sur l’environnement sont alarmantes : promesses non tenues concernant le développement des villages, construction d’un barrage à l’envers, pollution des sols au cyanure et à l’arsenic, mare d’épendage des eaux usées de la mine, morts de troupeaux de moutons intoxiqués, etc…

Nous appelons tous les syndicalistes, toutes les forces progressistes, tous les mouvements de base, les défenseurs des droits humains, à la pression internationale pour la libération immédiate des 9 prisonniers et à la prise en compte des revendications des grévistes.

Création du Comité de soutien pour interpeller la multinationale Bouygues «  patrons voyous et racistes  », leurs complices maliens au gouvernement et l’Etat français, responsables de ce désastre humain, social, écologique et du pillage plus largement de l’Afrique.

Réunion du Comité de soutien en vue de préparer les initiatives : lundi 20 février 20h30 au CICP – 21 ter, rue Voltaire – 75011 Paris

Premiers signataires : No-Vox, Dal, CDSL

 

 

 

 

 

Morilla en lutte ! Soutenez notre combat pour obtenir nos droits
31 janvier 2006

Nous sommes les grévistes en lutte à Morila. Anciens travailleurs de la Somadex : Société Malienne d’Exploitation (de l’or…). Nous luttons pour nos droits : couverture sanitaire des travailleurs, régularisation des faux contrats et contrats falsifiés, le paiement des primes de rendements de 2000 (ouverture de la mine) jusqu’à nos jours…

Le 10 mars 2005, nous avons adressé une lettre au directeur de l’entreprise Somadex. Nous y faisions état du comportement du chef du personnel Ballamourrou Diarra. Nous demandions également à ce qu’on le change de poste, sinon bien que nous ne le voulions pas, le chantier risquer de s’arreter un jour par sa faute, et le directeur serait responsable de l’arrêt éventuel.

La Secnami (Section Nationale des Mines et des Industries), l’UNTM (Union Nationale des Travailleurs du Mali), le ministère des mines, la primature, ainsi que la présidence de la république ont tous reçus une copie de cette lettre, mais personne n’a réagit pour condamner les actes de Ballamourrou Diarra que nous dénonçions.

Il s’agit d’un combat que nous menons, nous les mineurs, depuis 2001, nous avons été licenciés pour fait de grève en juillet 2005 suite à des revendications légitimes concernant les droits fondamentaux du travail : contrats falsifiés, salaires, congés et heures supplémentaires non versés, licenciement systématique, corruption du syndicat des mines, conditions de travail déplorable, aucune protection santé, accidents de travail non reconnus, nombreuses promesses pour le développement du village non tenues, etc.

32 d’entre nous ont été arrêtés entre le 14 et le 16 septembre 2005 pour des motifs non prouvés, et aujourd’hui 9 grévistes sont encore détenus dans des conditions déplorables et illégales à la maison d’arrêt de Bougouni (région de Sikasso- sud du Mali).

Nos revendications :

puce  Libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus de Bougouni et radiation des forces de l’ordre liberticides du Chef de Brigade de Bougouni et Koumantou et du juge de Bougouni.

puce  Halte aux lock-outs frauduleux des patrons voyous et racistes qui visent à licencier des salariés et réviser à la baisse des accords pour ensuite reprendre une activité à moindres coûts.

puce  Reprise immédiate et inconditionnelle de tous les mineurs licenciés.

puce  Paiement intégral des salaires de toute la période d’interruption.

puce  Paiement par la SOMADEX-BOUYGUES des primes de rendement des années 2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005 conformément á l’annexe 4 de la convention d’établissement et du code minier.

puce  Révision inconditionnelle du code minier au profit du Mali, de ces communautés, et de ces mineurs.

puce  Journée de 8 heures réduite à 6 heures du fait des travaux insalubres et au fond de la mine.

puce  Reconnaissance par la SOMADEX-BOUYGUES et ANGLOGOLD du Comité syndical d’entreprise.

puce  Contre les licenciements en masse des ouvriers de Morila, de Huicoma, et Itema.

puce  Assurance chômage au frais de l’Etat et des entrepreneurs.

puce  Imposition des banques, des propriétaires d’entreprise et plantations, des hauts fonctionnaires au profit des chômeurs.

puce  Halte à l’ingerence policiére dans les gréves. Création de commissions ouvriéres élues pour le contrôle du travail, du paiement des salaires et de l’embauche des ouvriers.

puce  Dehors Balamourou Diarra et tous les dirigeants expatriés racistes !

 

Appel à soutien :

Nous appelons les organisations ou individus qui souhaitent se solidariser à notre combat à nous faire parvenir leurs messages de solidarité. Nous avons également besoin de soutiens financiers et morals, ainsi que de soutiens pour populariser et faire connaitre partout notre lutte.

Pour une pression internationale, voici le numéro de fax du procureur de Sikasso (la maison d’arrêt est à Bougouni – région de Sikasso) :

puce  Depuis l’étranger : (+223) 262 00 05

puce  et celui du président du tribunal : (+223) 262 02 69

Pétition de soutien aux grévistes de la mine d’or de Morila au Mali, licenciés et réprimés par Bouygues
Ré-intégration des 530 travailleurs licenciés – Libération immédiate des 9 grévistes emprisonnés et arrêt des poursuites – Ré-ouverture des négociations

28 février 2006

A la mine d’or de Morila – Sud du Mali, 530 mineurs employés par la société malienne SOMADEX, filiale de Bouygues, sont contraints à une grève ouvrière illimitée, radiés de leurs droits, sans autorisation de l’inspection du travail. Leurs familles restent privées de revenus, d’accès aux soins et d’éducation. Tombé à point nommé, l’incendie de deux bus au sein de la gendarmerie a permis de justifier, accuser et emprisonner 32 mineurs innocents ; 9 d’entre eux sont encore incarcérés à la maison d’arrêt de Bougouni depuis le 14 sept 2005 . Tous ces faits sont aussi l’oeuvre de la SOMADEX.

Les raisons de la grève sont légitimes : contrats falsifiés, conditions de travail inacceptables : salaires, primes de rendement, heures supplémentaires et congés non payés, accident de travail non pris en compte, licenciements abusifs, propos racistes et discriminatoires des expatriés français et cadres supérieurs africains, etc.

Les conséquences sociales et sur l’environnement sont alarmantes : promesses non tenues concernant le développement des villages, construction de moulins, puits et barrages non fonctionnels, mare d’épendage des eaux usées de la mine, pollution des sols au cyanure et à l’arsenic, morts de troupeaux de moutons intoxiqués, etc. Nous appelons toutes les forces syndicalistes, progressistes, tous les mouvements citoyens, les défenseurs des droits humains, à la pression internationale sur la multinationale Bouygues pour :

puce  la re-intégration des 530 mineurs dans l’entreprise Somadex aux postes qu’ils occupaient,

puce  la libération immédiate des 9 détenus et l’abandon des poursuites injustifiées à leur encontre,

puce  la réouverture de réelles négociations pour l’amélioration des conditions de travail, de salaires et sur le respect de l’environnement.

Nous interpellons la multinationale Bouygues, responsable de ce désastre humain, social, écologique.

 

Déclaration de Cocidirail

Grève unitaire chez Transrail s.a. sur l’initiative des Syndicats SYTRAIL (Mali) et FETRAIL (Sénégal)

Cocidirail – 13 juillet 2006

L’environnement du chemin de fer est sujet, depuis quelques mois, à une très forte effervescence, malgré l’attitude débonnaire des plus hautes autorités de Notre pays, caractérisée par une extrême gravité de la situation économique, sociale et simplement humaine.

La direction de Transrail dans le but suprême de dominer avec tous les moyens le personnel et les activités de transport dans les deux pays, a choisi de s’allier avec les milieux qui sont prêts à jouer leur va-tout pour servir sa cause. C’est ainsi que dans les deux pays, sur le plan social interne à Transrail, les premiers responsables des syndicats (SUTRAIL au Sénégal et SYTRAIL au Mali) ont été mis au service de la direction par divers moyens (lavage de cerveaux, corruption financière (ils ont été mensuellement arrosés par une manne de Un million de F. CFA chaque mois chacun) confiscation de l’information interne,… ) Ces deux exécutifs, soupçonnés, désavoués pour fait d’intelligence avec la direction de l’entreprise ont été mis en minorité par la création de FETRAIL (au Sénégal) et la pétition largement signée, le renouvellement des bases de SYTRAIL et la tenue d’un congrès (au Mali) qui a consacré le rejet définitif du Comité Exécutif mis en place le 05 août 2004.

Cette mesure n’aura pas suffit pour faire entendre raison à la direction Générale de Transrail et à ses suppôts du Comité Exécutif de SYTRAIL dirigé par Abdoulaye BERTHE. Une débauche d’énergie a été mise au service d’actions de diversion, de désinformation, d’obstruction de toutes sortes, de pressions policières et judiciaires, de menaces physiques et verbales, de séquestrations des responsables syndicaux régulièrement élus et déferrés par la gendarmerie devant le procureur de la république près le Tribunal de Première Instance de la Commune III de Bamako.

Encore au moment où s’écoule la première journée de grève réussie, les premiers responsables de SYTRAIL sont séquestrés par le Procureur de la République qui n’a pas hésité à leur intimer l’ordre de ne pas l’observer. La présente grève unitaire des 12, 13, 14 juillet a pour exigences :

puce  Rejet de la nouvelle grille salariale ;

puce  Rejet du protocole d’accord du 23 mai 2005 ;

puce  Rejet de la relation de maîtres à esclaves instauré par la direction de Transrail ;
puce  Application correcte de l’accord d’établissement ;

puce  Respect des lois et règlements en vigueur au Mali et au Sénégal ;
puce  Respect des clauses de la concession ;

puce  Rejet du mépris affiché par la direction de Transrail face aux revendications des travailleurs ;
puce  Reprise des travailleurs, victimes de licenciement en violation flagrante de la Convention de Concession ;
puce  Prise en charge du mémorandum des cadres,

puce  Départ du DG François LEMIEUX.

Ces motifs montrent bien l’état déplorable de la situation dont la responsabilité incombe entièrement à la direction de Transrail et aux gouvernements qui ont décidé la privatisation des réseaux ferroviaires. Ceci justifie «  qu’en cas d’absence de compromis les 2 organisations se réservent le droit d’observer une grève générale illimitée jusqu’à l’obtention d’une solution satisfaisante.  »

Nous tenons, au nom des Citoyennes et Citoyens et des associations et syndicats du Mali, de l’Afrique, de l’Europe et d’Amérique, membres de Cocidirail, à vous apporter tout Notre soutien et Notre solidarité agissante dans la lutte que vous menez, qui risque donc de prendre une nouvelle tournure dans les prochains jours.

La démarche internationaliste que vous êtes entrain de développer nous est très proche, elle est l’une des bases essentielles du syndicalisme et le socle de la solidarité et des futures victoires des forces du progrès sur celles de la régression sociale en général et du libéralisme.

Nous restons disposés à apporter à votre lutte particulière et à la Cause du Rail malien, en général, la contribution à la mesure de nos moyens, de même qu’au succès de votre combat. Nous assurerons le relais au tant au niveau national qu’international pour faire connaître votre grève auprès des cheminot-e-s et autres travailleur-ses du monde, auprès des syndicalistes de divers pays avec qui nous travaillons régulièrement.

Bamako, le 12 juillet 2006

Pour le Comité Exécutif du COCIDRAIL, le Président du Comité Exécutif, Dr Tiècoura TRAORE

Législation du travail en danger

En effet, en échange de l’allégement de la dette, comprenant l’effacement surmédiatisé de la dette multilatérale, le Mali est tenu, comme le Niger, d’améliorer les conditions de réalisation du profit. Comme l’a dit le porte-parole du gouvernement malien, Ousmane Thiam, lors de sa visite à Paris, en septembre 2005, le Mali prépare «  une simplification des procédures et des formalités liées à la création d’entreprises… le « retoilettage » du Code des investissements, qui est non seulement plus attractif, mais qui met l’entrepreneur étranger sur le même pied d’égalité que le malien  » [24]. Ils’agit non seulement de confronter le petit entrepreneur malien aux multinationales, mais aussi de réduire a minima la protection sociale des travailleurs. C’est ce qui est quasi-explicitement suggéré par le gouvernement des États-Unis, en disant que «  les lois du travail sont restrictives au Mali et la difficulté de l’embauche et du licenciement sont des obstacles supplémentaires  » [25]. Le but est une généralisation de ce qui s’est produit à la RCFM contre les travailleurs organisés pour la défense de leurs droits. La criminalisation de la défense des droits des travailleurs est un principe du néolibéralisme éprouvé aussi par les syndicalistes de la Société malienne d’exploitation (Somadex). Dans cette entreprise d’exploitation de l’or à Morila, appartenant à Bouygues, les travailleurs revendiquent principalement le payement de la prime de rendement indexée sur le taux de dépassement de la production [26]. Car, par frénésie accumulatrice, la Somadex a produit, en trois ans, 83 tonnes d’or au lieu des 33 tonnes prévues par la convention d’exploitation [27]. Ce qui signifie aussi une exploitation intensive de la force de travail. Les travailleurs revendiquent l’établissement de vrais contrat de travail, à la place des contrats de travail falsifiés, avec la complicité des nationaux, et qui ont causé le licenciement de trois cents travailleurs, sans paiement de leurs droits et indemnités. Des abus que les travailleurs n’ont pas admis, jusqu’à déclencher en juillet 2005 une grève face au refus de la direction de l’entreprise d’entendre leur demande de respect des droits [28]. La réponse de la direction, avec la complicité de certaines autorités locales, a été la répression. Pour légitimer celle-ci aux yeux de l’opinion, divers actes de violence commis dans le village ont été attribués aux travailleurs en grève. Ainsi, une trentaine de travailleurs ont été emprisonnés par la gendarmerie. Une vingtaine ont été par la suite relâchés, au moment où était arrêté (en octobre 2005), le secrétaire administratif du comité syndical, Karim Guindo. Pour échapper à cette répression, les autres dirigeants syndicaux, dont le secrétaire général, Amadou Nioutama, sont contraints à la clandestinité [29]. Leur principal délit est d’avoir voulu perturber l’accumulation du surprofit néocolonial par cette entreprise se comportant comme en territoire conquis. Ce qui pouvait par ailleurs servir de mauvais exemple aux travailleurs des autres entreprises exploitant l’or au Mali qui ne sont pas plus soucieuses des droits des travailleurs et de l’environnement [30].
Pourtant, cette arrogance a fini par lasser le gouvernement malien dont le projet de maintien au pouvoir à l’issue des prochaines élections pouvait être contrecarré par le non-respect, par Bouygues, à travers sa filiale Saur International, du contrat de partenariat d’Énergie du Mali (EDM) établi en 2000. En effet, Saur s’est avéré davantage intéressé par les profits à court terme (hausse des tarifs d’eau et d’électricité) que par les investissements qu’il s’était engagé à réaliser qui devaient favoriser l’extension des réseaux de distribution d’eau et d’électricité. Ainsi, l’État malien s’est vu obligé de lui retirer, en octobre 2005, son statut d’actionnaire majoritaire dans EDM, violant ainsi le sacro-saint principe néolibéral d’amaigrissement du patrimoine économique des États, alors que la réunion des ministres de l’Économie et des Finances de la Zone Franc (des 19 et 20 septembre 2005, à Paris) venait de lui recommander, entre autres, de «  poursuivre la mise en œuvre du programme économique et financier soutenu par le FRPC, notamment les réformes structurelles dans les secteurs cotonniers et de l’électricité  ». Cet acte à motivation plutôt électoraliste lui a valu une mission spéciale de la Banque Mondiale et du FMI, dont le programme de lutte contre la pauvreté n’inclut pas la baisse des tarifs d’eau et d’électricité en faveur des pauvres, de surcroît par une entreprise majoritairement étatique.

 

Tchad

 

Du 5 juin au 20 juillet 2006 grève de tous les fonctionnaires et des gisements de pétrole

 

Grève générale des travailleurs tchadiens    Tchad    (14H16)

Les travailleurs tchadiens ont commencé ce lundi une grève générale, suite au mot d’ordre lancé par l’Union des syndicats du Tchad (UST), annonce Irin. Ils exigent les 5% d’augmentation de salaire promis par le Président de la République l’année dernière et des meilleures conditions de travail. Le gouvernement n’a pas encore réagi.

 

Publié le samedi 25 juin 2005

TCHAD: Grève générale des travailleurs tchadiens

NDJAMENA, le 5 juin (IRIN) – Suite au mot d’ordre de grève lancé par la plus puissante centrale syndicale du pays pour réclamer une augmentation de salaire, l’administration tchadienne tourne au ralenti depuis ce matin et les hôpitaux n’offrent qu’un service minimum.
 » On nous a dit de ne laisser entrer que les cas de saignement ou d’accouchement. Pas de consultation « , a indiqué un des gardiens de la maternité de Ndjaména.

Les commerces, l’administration et les banques ont ouvert, mais sans l’affluence qu’on leur connaît, après que l’Union des syndicats du Tchad (UST) ait demandé aux travailleurs d’observer une semaine de grève pour exiger les cinq pour cent d’augmentation de salaire promis par le président de la République l’année dernière.

La grève  » sera renouvelable si le dialogue n’est pas établi avec le gouvernement « , a indiqué Djibrine Assali, le secrétaire général de l’UST.

Michel Barka, président de l’UST a rappelé que sont syndicat avait demandé une augmentation de salaire de 50 pour cent pour les agents de l’Etat à cause des revenus pétroliers que le pays allait engranger en 2005.

 » Le président nous a demandé d’attendre 2007 et entre temps, il a promis une augmentation de cinq pour cent qui n’est jamais arrivée « , a expliqué M. Barka.

Le gouvernement n’a pas encore réagi à cette grève.

Le Tchad a connu une série de grèves cette année, les syndicats exigeant de meilleurs salaires et conditions de travail, les fonctionnaires demandant le règlement de plusieurs mois d’impayés, et les retraités, le règlement de près d’un an d’arriérés de pension.

En début d’année, le gouvernement tchadien avait débloqué 5,5 milliards de francs CFA (10,3 millions de dollars américains) pour régler les deux années d’arriérés de salaires des fonctionnaires.

TCHAD: Le parlement vote en faveur de la fin de la grève générale (8 jours)

NDJAMENA, le 20 juillet (IRIN) – Le parlement tchadien s’est prononcé mercredi en faveur de l’augmentation de salaire de cinq pour cent revendiquée par le principal syndicat du pays, mettant ainsi fin à la grève déclenchée le 12 juin dernier, qui a paralysé l’administration et les hôpitaux de N’djamena, la capitale.

 » Le ministre des finances a partagé les préoccupations de la commission financière du parlement et compte tenu de l’environnement social malsain, il a accepté de concéder les cinq pour cent d’augmentation à partir de janvier 2005 « , a annoncé le président de l’Assemblée nationale, Nassour Guélengdouksia.
 » Il faut que les syndicalistes aient pitié du peuple qui souffre et reprennent le travail « , a-t-il ajouté.
Le responsable de la branche médicale de l’Union des syndicats du Tchad (UST), François Djondang, a indiqué que sa base allait soigneusement examiner la proposition du gouvernement avant de donner son accord.

 » Le gouvernement veut nous punir en payant les salaires seulement à ceux qui ont assuré le service minimum. C’est inadmissible et nous ne reprendrons pas le travail tant que tout le monde n’aura pas été payé « , prévient-il.

La décision du parlement a été prise lorsque le budget adopté par les députés a révélé que le gouvernement a investi plus de 60 millions de dollars américains pour contenir l’attaque lancée sur N’Djamena par des rebelles hostiles au Président Idriss Deby qui avait modifié la constitution en mai pour briguer un troisième mandat consécutif.

Le 5 juin dernier, l’UST avait déclenché une grève d’une semaine pour exiger l’augmentation de salaire de cinq pour cent que le gouvernement avait, selon eux, promis aux fonctionnaires et au personnel hospitalier.

Les représentants syndicaux avaient demandé l’an dernier une augmentation de salaire de 50 pour cent. Le gouvernement leur ayant demandé de patienter jusqu’en 2007, les syndicats ont accepté, à condition de recevoir une première augmentation de cinq pour cent en 2006.
Le gouvernement a par la suite refusé d’appliquer la hausse de salaire promise, arguant que sa première priorité était la défense du pays et du gouvernement contre les attaques armées.
A la suite de la décision du parlement, le Premier ministre Pascal Yoadimnadji annonçait la bonne nouvelle sur les ondes de la radio nationale tout en fustigeant le comportement des grévistes.
 » Ce que nous avons vu dans les hôpitaux est inadmissible et il faut que cela cesse « , a-t-il exprimé.
Les mouvements de grève pour des revendications salariales sont fréquents au Tchad, cinquième pays le plus pauvre de la planète selon les Nations unies, compte tenu des faibles niveaux de l’accès aux soins de santé, de l’espérance de vie et de l’éducation.

 

Violations des droits syndicaux au Tchad

Union des Syndicats du Tchad (UST) – 5 août 2006

A l’appel de l’Union des Syndicats du Tchad (UST), les travailleurs et travailleuses des secteurs publics avaient observé une grève du 05 juin au 20 juillet 2006. Outre la revendication du paiement des arriérés de salaire, le refus du Gouvernement d’appliquer une augmentation générale des salaires promise par le Président de la République et qui devait prendre effet à compter du 1er janvier 2005, était à l’origine de cette grève.

Le fait que celle-ci avait été très bien suivie malgré un décret présidentiel qui avait réquisitionné bon nombre d’entre eux a provoqué la colère du Gouvernement qui, depuis lors, a pris une série de mesures aussi bien à l’encontre de l’UST que de ses militants. C’est ainsi qu’on peut, entre autres relever :

puce  1° l’abrogation par un arrêté du 19 juillet 2006, de l’acte qui avait désigné l’UST comme seule centrale représentative pour l’année 2004, conformément aux dispositions de l’article 310 du code du travail ; D’après le Gouvernement, il va désormais considérer toutes les organisations syndicales, qu’il s’agisse des centrales syndicales ou des fédérations professionnelles selon la règle un syndicat, une voix. Autrement dit, il traitera dorénavant tous les syndicats sur le même pied d’égalité. Il s’agit là d’une violation flagrante des dispositions du code du travail qui ont expressément défini des critères de représentativité, critères que seule l’UST remplit jusqu’à ce jour ;

puce  2° limogeage de leur poste de responsabilité deux responsables de l’UST en l’occurrence :

  • a) Haroun Khagair, précédemment nommé Directeur de l’Office National pour la Promotion de l’Emploi (ONAPE) en application du point 19 du protocole d’accord conclu en 2002 avec l’UST par lequel le Gouvernement s’était engagé à réhabiliter les responsables de l’UST licenciés pour fait de grève ;
  •  

  • b) Andekezou Vaïdandi Simon, qui était le greffier en chef de la Cour d’Appel et de ce fait, chargé de l’exécution d’une sentence arbitrale en vertu de laquelle une société sous-traitante de ESSO (EXXON) doit verser une somme de six milliards deux cent douze millions trois cent trente deux mille quatre cent cinquante un (6 212 332 451) francs CFA à ses ex-travailleurs ;
  •  

puce  3° l’adoption dans la précipitation d’un projet de loi règlementant le droit de grève dans la fonction publique qui, s’il avait été adopté par l’assemblée nationale allait tout simplement rendre inopérant le droit de grève reconnu aux fonctionnaires et autres agents de l’Etat. Fort heureusement, les parlementaires ont été assez vigilants en prenant, lors de leur séance du 02 août 2006, une sage décision en rejetant purement et simplement ce projet inique ;

puce  4° la suspension sine die des négociations sociales entamées depuis octobre 2004 en vue de conclure un nouveau protocole d’accord ;

puce  5° la goutte d’eau qui a débordé le vase est la bastonnade dont ont été victimes le jeudi 03 août 2006, les ex-travailleurs de TCC qui observaient un sit-in pacifique devant les bureaux de la société ESSO pour réclamer les sommes qui leur sont dues en vertu de l’arrêt rendu par Cour Suprême confirmant la sentence arbitrale susmentionnée. Suite à cette bastonnade, sept (7) camarades ont été blessés. Il s’agit de :

  • ATCHENEMBEL TAISSOU ;
  •  

  • BOURA GUEDDOUI ;
  •  

  • YAHOUDA GUILOUNA ;
  •  

  • AHMAT MOUSSA ;
  •  

  • AHMAT MOUSTAPHA ;
  •  

  • WANA KOURTA ;
  •  

  • BABA ELHADJ MALLOUM Il est à signaler que ce dernier avait été arrêté et conduit dans les locaux de la police avant d’être libéré à la suite de l’intervention de l’UST. Tous les blessés avaient été conduits par l’UST à l’hôpital où ils ont reçu les premiers soins avant de regagner leurs domiciles. Quatre autres blessés qui avaient disparus lors de la débandade se sont manifestés ce vendredi 04 août 2006 et dont les noms vous seront communiqués ultérieurement. Ainsi donc, il y a eu au total onze (11) blessés.
  •  

puce  6° Enfin, il est à noter que le Gouvernement est en train de mener des démarches auprès des certaines organisations affiliées de la centrale en vue d’obtenir leur désaffiliation en leur promettant certains avantages. En effet un membre très influent du Gouvernement vient de contacter le Syndicat National des Travailleurs de la Santé et des Affaires Sociales pour lui faire des propositions dans ce sens. Il a du reste rappelé à cette occasion que le Gouvernement avait procédé de la même manière pour obtenir la désaffiliation du Syndicat des Enseignants du Tchad en 1997.

Voilà autant des violations graves des droits syndicaux que nous dénonçons et pour lesquelles nous comptons introduire une plainte auprès du Bureau International du Travail.

 

 

 

Chad’s Oil Workers Target ExxonMobil for Strike Action

ICEM – 10 July 2006

Oil fields workers’ in southern Chad launched a three-day strike against Esso-Tchad, US-based ExxonMobil’s operating unit there, over wage discrimination and neglect over implementation of a career development plan by the oil and gas supermajor. Oil workers in Chad are also upset that the money produced through their labours is not reflected in their socioeconomic standing.

The strike by over 400 workers lasted from 4 to 6 July in the Doba oil fields of Kome, Miandoum, and Bolobo. Oil workers served notice that future strikes would occur, possibly production of the 200,000 barrel-a-day output sent through the three-year-old Chad-Cameroon pipeline, unless workers’ demands are met. The strike was caused by Esso-Tchad when it placed an inferior pay offer before the workers a day before the walkout began.

Management offered a pay increase of only 7.5%, while workers are seeking 25% in order to bring pay levels closer to oil workers on the transit side of the upstream development in Cameroon. Chad’s national labour centre, Union des Syndicats de Tchad (UST), is assisting oil workers in talks.

In March, the union representing the workers issued demands in the form of a statement that called out the unequal pay practices between oil workers in Chad and Cameroon, and charged that a phantom « career progression plan had never been seen by the Chadian personnel, who continue to receive a salary that is not equivalent to the services rendered or the socioeconomic situation. » Esso-Tchad made no response to those demands.

The Doba fields, connected to the Cameroon port of Kribi by a 1,063-kilometre pipeline, belong to a consortium of oil companies, with ExxonMobil holding 40%, Malaysia’s Petronas 35%, and US-based Chevron a 25% stake. The World Bank-funded development project became mired in controversy when, in January 2006, Chad’s government changed the bank’s financial arrangements, and diverted monies away from poverty relief and social programmes to counter civil strife, leading to a mass of refugees entering eastern Chad from the Sudan.

With a stalemate brought by the World Bank’s dispute with Chad’s government, ExxonMobil decided to stop royalty payments to the government of Chad, worth some US$20 million per month, which further choked resources in one of the world’s poorest countries.

The World Bank-sponsored Chad-Cameroon pipeline has been plagued by other labour and human rights problems as well. In September 2005, Chad’s national gendarmerie broke up peaceful protests by contract workers who had been denied overtime pay while employed by Chad-Cameroon Constructors, the oil companies’ consortium building the pipeline. The police action left three dead and three seriously injured.

 

ExxonMobil Workers in Chad Launch Renewed Strikes

ICEM – 24 July 2006

Oil fields workers in Chad again hit Esso-Tchad, lead company in a West African energy consortium, with a three-day strike last week. The workers, organized behind Chad’s national labour centre, UST, are seeking salary parity with oil workers in neighbouring Cameroon, connected to them by a 200,000-barrel-per-day pipeline.

The Chad-Cameroon Pipeline, fully operational now and reaping rich rewards for ExxonMobil, Petronas of Malaysia, and Chevron of the US, has been wrapped in a contentious funding dispute between the World Bank and the government of Chad, which only recently was tentatively resolved. The oil companies have used the high-profile stalemate over development monies to take holiday on many of their own social commitments.

 

Case in point is the difficulty oil workers in the Doha fields of southern Chad have in getting management at Esso-Tchad to respond to good-faith efforts to resolve salary differences and other work terms. An important matter in Doha that employers have ignored is a career development programme for oil workers, a plan that was promised when production began in 2003 but has not been delivered.

The 420 oil workers, behind the UST, said that if Esso-Tchad is not forthcoming in meeting their demands, they will launch a 10-day strike, which could come as early as this week. Workers struck initially from 4-6 July, and last week’s strike ran from 18-20 July.

The dispute between the World Bank and Chad was over a legislative change made to the country’s Petroleum Revenue Management Law last year. In effect, it changed the bank’s financial terms. The World Bank responded by halting all loans and development monies. On 14 July, the two parties reached an agreement that lending would resume once the government makes amendments to the law, including a requirement that 70% of oil revenues be used for anti-poverty measures.

The Chad-Cameroon Pipeline has been plagued by labour and human rights problems dating back to its construction between 2000 and 2003. To cite one social consequence, credible research done in 2004 reveals that the prevalence rate of those infected with HIV/AIDS was 19.8% in the bordering populations of the 1,063 kilometre pipeline, compared to a 5.5% average on the national level.

 

Niger

 

Pendant 2 mois au Niger (Niamey) mouvement «  pays mort  » contre la vie chère mai-juin-juillet 2006

Exigeant une baisse de 30 à 40% du prix des carburants, frais de scolarité et

Niger grévistes manœuvres, taxi-brousse transports étudiants petits commerçants étudiants enseignants infirmiers boulangers

Pendant le premier semestre 2005, trois millions de personnes de tous âges ont été exposées à la famine et abandonnées à leur sort au Niger. Des centaines de victimes surtout parmi les enfants qui mourraient au rythme d’une dizaine par jour de la sécheresse et de l’invasion des criquets ayant détruit les champs. Situation que le gouvernement de ce pays sahélien n’a pu contrecarrer par quelque dispositif préventif, hésitant même d’en accepter la réalité. Quant à la «  communauté internationale  », elle a attendu des mois et des morts, avant de se mobiliser, malgré l’alarme lancée par des associations locales et par maints observateurs (1).

L’invasion des criquets et la sécheresse de l’année n’ont fait qu’aggraver une situation déjà déplorable due aux politiques économico-sociales exécutées par les différents régimes néocoloniaux qui se sont succédés depuis l’indépendance. Le passage du néocolonialisme classique des trois premières décennies à la néolibéralisation présentée comme solution n’a nullement produit l’effet promis (2). Bien au contraire, malgré sa mise sous tutelle des institutions de Bretton Woods, sous forme de Programme d’ajustement structurel, depuis 1981, le Niger est ainsi, de nos jours, le pays le plus pauvre de la planète, selon les Indicateurs du développement humain (IDH) du PNUD : 63 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté , environ 83 % sont analphabètes, la mortalité infantile atteint 121,69.

Le fardeau de la dette publique extérieure, dont l’encours en 2005 s’élève à 832,1 milliards de Francs CFA (1,27 milliard d’euros), soit 66,3 % du PIB nominal est l’une des raisons de l’incapacité de l’État nigérien d’éviter ou de parer à cette catastrophe sociale. S’il était objectivement impossible d’agir sur la pluviométrie, au moins la lutte contre l’invasion des acridiens aurait été menée avec quelque efficacité, si l’État nigérien n’avait pour priorité le respect de l’échéancier du service de la dette publique extérieure, qui représentait 22,4 % des recettes budgétaires en 2004. Embarqué dans l’Initiative pays pauvre très endetté (PPTE), censée réduire le fardeau de la dette, l’État nigérien ne connaît, ces dernières années (à l’exception de l’an 2001), aucun arriéré de paiement du service de la dette. Ceci au détriment des secteurs sociaux, comme la santé et l’éducation dans lesquels l’économie des coûts a, par exemple, conduit au recrutement massif des volontaires sans formation et faiblement rémunérés, en remplacement d’une grande partie du personnel formé, qualifié (3). Même pour répondre à l’urgence sociale d’éviter ou réduire l’impact de la crise alimentaire, il ne pouvait y avoir dérogation à l’exigence du «  renforcement de la gestion publique pour aider à bien cibler et hiérarchiser les dépenses  » (4) du programme de facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance, dont l’État nigérien est «  bénéficiaire  ».

Humanisme néolibéral

Les victimes de cette famine ne correspondaient pas, sans doute, au profil du pauvre dessiné par le FMI et la Banque Mondiale. Ainsi, a-t-il fallu attendre la mise en spectacle médiatique du drame pour que soit, en partie, entendue la revendication de la distribution gratuite des vivres aux affamés. Une revendication de bon sens qui semblait une énormité pour le gouvernement et ses partenaires de la «  communauté internationale  » (États-Unis Union européenne), car leurs options c’était la vente des vivres à prix «  modérés  » aux affamés ou l’échange des vivres contre du travail.

Les familles qui avaient encore quelques têtes de bétail, décharnées, les vendaient à des prix on ne peut plus dérisoires. D’autres arrivaient à s’endetter, à défaut d’avoir la force de travailler. «  Trade, not aid  » (5), tel est le principe de la politique de «  coopération  » du gouvernement des États-Unis sur lequel veillait USAID, soutenu par l’Union Européenne et le Programme alimentaire mondial. Ce drame a été l’occasion de consolider les rapports marchands dans la société et l’individualisme qui les accompagne, amplifiés à l’époque néolibérale.

Il va de soi que cet humanisme néolibéral et spectaculaire ne pouvait que réduire l’ampleur du désastre, non lui apporter une solution radicale. Le projet de la «  communauté internationale  » tant répété est la «  réduction de la pauvreté  » à long terme, non pas son éradication, pourtant objectivement possible. Ainsi la crise alimentaire perdure : «  Les prix sont toujours très élevés sur les marchés, ce qui empêche de nombreuses familles d’acheter la nourriture, à cause de la décapitalisation subie pendant la crise : pour rembourser les dettes contractées, les familles empiètent sur la récolte d’octobre, alors que seulement 2/3 de la terre ont pu être cultivés par manque de semences et de main-d’oeuvre, ce qui accroît leur vulnérabilité et le risque de malnutrition. Les effets de la crise vont se prolonger pendant l’année 2006  » (6). Dans certaines régions, la situation des enfants s’est même aggravée. La «  communauté internationale  » manque de volonté pour réunir les 80 millions de dollars qu’exige la situation : seulement 16 millions de dollars ont été réunis au premier semestre 2005, alors que «  les guerres d’Irak et d’Afghanistan coûtent aujourd’hui 5,6 millions de dollars par mois, soit, à quelques décimales près, l’équivalent du produit intérieur brut du Niger en un an. Et une rallonge de 202 milliards (pour les six prochaines années) vient d’être accordée au Département de la sécurité intérieure, chargé de protéger le territoire et les intérêts américains  ».

On est tenté de parler de «  famine néolibérale  » comme Mike Davis parle de «  famines coloniales  ». Car, une famine déclarée c’est pour les généreux «  donateurs  » un futur marché possible. De façon classique, il s’agissait de faire changer les habitudes alimentaires des sinistrés. Par exemple, à une population traditionnellement consommatrice de mil, les «  donateurs  » offraient plutôt du maïs ou du riz qui deviendrait ainsi, subséquemment, un produit de consommation courante à importer.

Mais, de nos jours, il s’agit plus d’une opportunité à saisir pour faire accepter les produits génétiquement modifiés. Ainsi, la position du gouvernement nigérien en la matière a connu une évolution assez rapide depuis la reconnaissance officielle de la crise alimentaire. Alors que le Cadre national de biosécurité, élaboré en 2005, exprime une certaine prudence, en novembre 2005, Niamey, la capitale du Niger, est le lieu choisi pour organiser un séminaire régional sur «  La couverture médiatique de la biotechnologie agricole – Contraintes et opportunités pour la presse en Afrique de l’Ouest  ». Un séminaire organisé par l’Institut international de recherche sur les cultures en zones tropicales et semi-arides (ICRISAT), l’International Service for Acquisition of Agribiotech Applications (ISAAA) et l’UNESCO. L’ISAAA est un organisme qui a pour vocation la lutte contre la faim et la pauvreté dans les pays dits en développement, surtout par la promotion des cultures transgéniques. Ses principaux financiers sont Cargill, Dow AgroSciences, Monsanto, Pionneer Hi-Bred, Syngenta qui sont aussi les principales multinationales des OGM. A l’occasion de cette opération de consolidation de l’endoctrinement des journalistes (9), a été ôté le cache-sexe sur l’expérimentation des céréales génétiquement modifiées dans la station de recherche de l’ICRISAT, à quelques kilomètres de Niamey, visitée par les séminaristes. A quelque chose malheur est bon pour les marchands d’OGM. Ainsi, cette crise alimentaire va légitimer un processus de mise en dépendance agricole accentuée, en matière de semences, de la paysannerie nigérienne, voire de disparition des plus pauvres, en tant que petits agriculteurs et petites agricultrices indépendants qui iront grossir les rangs du lumpen-prolétariat.

Vu qu’il s’agissait d’une ancienne colonie française, restée dans le giron de la Françafrique (10), il y avait une générosité très intéressée. Celle de la Compagnie générale des matières nucléaires (Cogema, du groupe Areva). Celle-ci est en grande partie redevable à l’uranium nigérien, pillé de façon jalousement monopolistique pendant longtemps. Mais les forfaits de la Cogema-Areva sont désormais exposés publiquement, grâce à la relative «  ouverture démocratique  » locale et au développement de la conscience antinucléaire, par l’ONG locale Agherin’man (bouclier de l’âme), la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD, France) et l’Association Sherpa (des juristes contre l’impunité dont jouissent les multinationales en matière de violation des droits des travailleurs en particulier, des droits humains et de l’écologie en général). Cette mise à nu des conditions de travail dans les mines (faible rémunération, exposition des travailleurs à la radioactivité sans véritable système de protection et de contrôle médical), de la pollution de l’environnement aux conséquences fâcheuses sur les populations voisines et l’environnement risque d’aboutir à une réduction des profits en cas de conformité aux normes internationales.

La néolibéralisation s’est en grande partie déroulée dans le respect des rapports françafricains. C’est par exemple Vivendi qui a pris le contrôle de la distribution d’eau. Cependant, la privatisation des télécommunications du Niger a plutôt bénéficié à la firme chinoise ZTE en progression sur le marché africain. Ce malgré l’appartenance du Niger à la zone monétaire du Franc CFA. Cette concurrence parfois défavorable risque de se reproduire concernant l’exploitation à venir de l’or, des phosphates et du pétrole. C’est sans doute pour maintenir les relations privilégiées, quelque peu érodées, que l’État français semble accorder une grande importance à la bonne organisation des 5ème Jeux de la Francophonie (7-17 décembre, Niamey). Alors que 2 millions de Nigériens risquent de manquer de «  pain  » pendant le déroulement des jeux . La Francophonie, sauf pour les gogos, est en fait la vitrine culturelle d’une affaire plutôt politico-économique, pour l’État du capital français. Mais, avant ces jeux et pendant le calvaire des enfants et adultes malnutris, les projecteurs de l’actualité françafricaine vont être tournés sur le pays voisin, aussi bien géographiquement que dans le classement en matière sociale ou d’indifférence de la part d’une grande partie de l’humanité, comme le dit cet animateur d’Action contre la faim : «  Le Mali et le Niger sont des pays oubliés par la Communauté internationale, qui réagit aux crises de manière ponctuelle et non sur le long terme.  »

 

 

Confédération générale du travail – CGT – 31 mars 2005

Le gouvernement nigérien qui doit faire face depuis quelques semaines à un mouvement social sans précédent, ne trouve d’autre réponse que la répression.

Pour protester contre l’augmentation de la TVA sur les produits de première nécessité (lait farine, eau, etc.), plus de 70 000 personnes ont manifesté dans les rues de Niamey le 15 mars dernier. Une nouvelle manifestation, prévue le 22 mars pour la journée mondiale de l’eau, a été interdite par le gouvernement. La «  coalition contre la vie chère  », à l’origine du mouvement, a alors appelé à une grève générale et à une journée ville morte. Celle-ci a été massivement suivie à travers tout le pays, notamment à Niamey, Zinder ou Dosso.

Depuis, les arrestations se multiplient au sein des responsables de la coalition, qui rassemble organisations syndicales, mouvements de consommateurs et associations. Le gouvernement du Niger se retranche derrière les critères de convergence de l’Union économique et monétaire ouest Africaine (UEMOA) et les exigences du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale pour justifier ses choix fiscaux. Ceux-ci ne touchent que les travailleurs et les populations les plus pauvres.

La Cgt, en contact permanent avec ses partenaires syndicaux sur place, manifeste sa solidarité envers les mouvements sociaux nigériens. Elle exige la libération des personnes interpellées, l’arrêt des poursuites et l’ouverture de négociations.

Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent à travers le monde pour demander aux pays les plus riches et aux institutions financières internationales de respecter leurs engagements à lutter contre la pauvreté. La situation du Niger démontre une nouvelle fois que les politiques libérales imposées par le FMI et la Banque mondiale et le poids de la dette extérieure sont des entraves à la lutte contre la pauvreté et au développement des pays du Sud.

 

Le CADTM exige des mesures radicales pour sauver un Niger affamé et endetté

CADTM – 26 août 2005

Il est de notoriété publique que le Niger a faim. Plusieurs millions de personnes sont menacés par une famine pour laquelle les conditions climatiques ou les invasions de criquets sont loin d’être les seules causes.

A en croire les institutions financières internationales, le Niger est un élève modèle et docile. Il a atteint le point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) en avril 2004, lui donnant droit théoriquement à une réduction de dette. Pour cela, le Niger a dû passer toutes les étapes habituelles imposées par le FMI et la Banque mondiale : réduction drastique des budgets sociaux et des subventions aux produits de base ; augmentation de la TVA ; privatisations ; libéralisation commerciale et mise en concurrence déloyale des producteurs locaux avec des sociétés transnationales… Le discours officiel était rassurant : les sommes libérées allaient servir au développement humain.

Les luttes sociales de mars 2005 ont prouvé le contraire. Les conditions de vie des populations continuent de se détériorer. Leur mobilisation a permis de faire reculer le gouvernement dans certains de ses funestes projets : la TVA à 19 % n’a pas été appliquée sur le lait et la farine, l’eau et l’électricité ne sont plus concernées que pour les tranches de consommation les plus fortes.

La logique de l’ajustement structurel, imposée via le mécanisme de la dette, continue de toucher le Niger de plein fouet. Les annonces tonitruantes sur l’allègement de la dette, comme celles de juin 2005 par les dirigeants des pays du G8, n’y changent rien car elles ne touchent pas aux fondements même du modèle économique.

Aujourd’hui, le Niger souffre plus que jamais de la faim et de la dette. A cause de la dette, la plupart des décisions économiques concernant le Niger ne sont plus prises à Niamey et servent les intérêts des grandes puissances du Nord et des potentats locaux. Le rôle de l’Etat a été réduit à la portion congrue avec la complicité du gouvernement nigérien. L’Etat n’est pas en mesure de garantir le respect des droits humains fondamentaux.

 

 

 

 

Face à la grève générale, propagande mensongère du gouvernement

Coordination démocratique de la société civile nigérienne (CDSCN) – 22 mars 2005

Le Bureau de la Coordination Démocratique de la Société Civile Nigérienne (CDSCN) a suivi avec beaucoup d’indignation la déclaration faite hier, 21 mars 2005, par le ministre Ben Omar Mohamed, porte-parole du gouvernement, en réaction au gigantesque mouvement citoyen de rejet des mesures anti-sociales contenues dans la loi des finances rectificative 2005.

Notre indignation est d’autant plus grande que le ministre, porte-parole du gouvernement qui, hier encore, demandait à la société civile de faire des propositions alternatives aux mesures contenues dans la loi des finances rectificative, n’a rien trouvé de mieux face à l’ampleur de la mobilisation citoyenne que de déclarer la guerre à la société civile nigérienne. Outre le ton désinvolte du discours du ministre Ben Omar, la Coordination Démocratique de la Société Civile Nigérienne a été particulièrement choquée par la propagande mensongère orchestrée par le gouvernement.

S’il est vrai que depuis longtemps le gouvernement en place s’est singularisé comme l’un des plus dévoués de la sous-région aux institutions financières internationales, notamment au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, on ignorait jusqu’à hier soir que l’imposition des tristement célèbres critères de convergence de l’UEMOA était pour lui « une question de vie ou de mort ». Les propos du porte-parole du gouvernement ont le mérite de la clarté : les autorités en place ne sont pas prêtes à revenir sur les mesures adoptées dans le cadre de la loi des finances rectificative 2005, car tout recul sur la question de la TVA reviendrait pour lui à renoncer à l’appui financier du Fonds monétaire international. Comme si cet appui peut changer la vie des femmes et des hommes de ce pays dans le sens positif.

Face à cette attitude de mépris royal et aux entraves à la liberté de manifestation, la Coordination Démocratique de la Société Civile Nigérienne :

1- conteste les propos du porte-parole du gouvernement tendant à faire croire aux Nigériennes et aux Nigériens que l’application de la TVA sur les produits de première nécessité vise à mobiliser des ressources pour les secteurs sociaux, la construction des infrastructures routières et les 5èmes Jeux de la francophonie ;

2- rappelle que les dépenses auxquelles le porte-parole du gouvernement faisait allusion dans sa déclaration figuraient déjà dans la loi des finances adoptée avant les élections présidentielles de 2004 ;

3- constate que le porte-parole du gouvernement a soigneusement omis de souligner que les fonds politiques des principaux responsables de l’Etat ont aussi été gonflés dans le cadre de la loi des finances rectificative 2005 ;

4- constate que la mobilisation des ressources internes se fait seulement par le biais de la TVA et de l’IUTS, qui ne touchent que les pauvres et les travailleurs, alors que les plus riches échappent au fisc, du fait que les capitaux et les biens immobiliers ne sont pas assujettis à l’impôt ou le sont faiblement ;

5- constate également que les commerçants véreux liés au régime en place se soustraient allègrement au fisc et s’enrichissent sur le dos du contribuable, à travers des marchés de gré à gré, des surfacturations, et autres procédés dont les médias nigériens n’ont de cesse de nous révéler depuis l’an 2000 ;

6- se félicite du succès total, tant à Niamey qu’à l’intérieur du pays, du mot d’ordre de ville morte et de manifestation, lancé par les organisations de la société civile et les centrales syndicales et exhorte les citoyennes et les citoyens à persévérer dans la lutte ;

7- condamne énergiquement la confiscation par le Ministre de l’intérieur, les gouverneurs et les préfets des prérogatives légalement dévolues aux autorités locales élues en matière de la réglementation de la liberté constitutionnelle de manifestation ;

8- invite les autorités locales élues à défendre leurs prérogatives légales et à rejeter le coup d’état orchestré contre elles par le Ministre de l’intérieur et de la décentralisation ;

9- rappelle au gouvernement qu’aucune menace ou chantage ne saurait amener les citoyennes et les citoyens à accepter des nouveaux sacrifices, alors que les plus hautes autorités n’hésitent pas à renflouer leurs poches par toutes sortes de procédés scandaleux et honteux ;

10- estime que les critères de convergence de l’UEMOA et les prescriptions des institutions financières internationales ne sont pas opposables à l’aspiration légitime du peuple nigérien au bien-être et au respect des droits sociaux, économiques et culturels proclamés par la constitution ;

11- rappelle au gouvernement nigérien que notre adhésion à l’UEMOA et à ses critères de convergence n’ont jamais l’objet d’une consultation populaire, et que donc rien ne peut justifier que ces critères soient érigés en principes sacro-saints ;

12- tient à rappeler que l’adoption de la loi de finances rectificative 2005 est non seulement illégale dans sa forme, mais aussi déloyale vis-à-vis du peuple nigérien, vu que le gouvernement a attendu la fin des élections présidentielles et législatives pour prendre les mesures anti-sociales dont nous demandons l’abrogation ;

13- réaffirme sa détermination à poursuivre et à intensifier la lutte pour l’abrogation pure et simple des mesures à caractère fiscal contenues dans la loi de finances rectificative 2005 ;

14- invite l’ensemble de ses organisations membres à prendre toutes les dispositions utiles afin que, dans les plus brefs délais, les citoyennes et les citoyens manifestent dans les rues de toutes les villes du pays, avec ou sans l’autorisation des autorités ;

15- réaffirme que la lutte des organisations de la société civile est une action citoyenne résolument démocratique, dont le seul but est d’amener les gouvernants de ce pays à placer les préoccupations sociales au centre de toute réforme économique, conformément à leurs promesses électorales et aux dispositions de l’article 4 de la Constitution proclamant que la République du Niger est une « république démocratique et sociale » ;

16- tient le gouvernement responsable de tout ce qui adviendra du fait de sa décision d’entraver l’exercice par les citoyennes et les citoyens de leur droit constitutionnel de manifester et de son entêtement à maintenir les mesures anti-sociales contenues dans la loi des finances rectificative 2005.

Vive la CDSCN ! Vive la démocratie ! Vive le Niger !

La lutte continue !

Fait à Niamey le 22 Mars 2005

Pour le Bureau de la CDSCN, Le Coordonnateur, Kassoum Issa

 

 

 

 
Le Niger est en grève, dénonçons la répression !

mardi 5 avril 2005

Depuis le 14 mars 2005, un mouvement social historique s’est développé au Niger contre l’augmentation de la TVA sur les produits de première nécessité. Il associe toutes les couches de la population. Le gouvernement est en crise et n’a trouvé d’autre réponse que d’arrêter les responsables des mouvements sociaux. Face à cette répression, nous devons apporter toute notre solidarité à la population nigérienne dans ses revendications légitimes et exiger la libération des militants interpellés.

* Mobilisation générale contre la vie chère ! Le 14 mars 2005, conformément aux exigences aveugles du FMI et de la Banque mondiale, le gouvernement nigérien a décidé d’augmenter la TVA sur les produits de première nécessité. En réaction à cette nouvelle attaque néolibérale, la population nigérienne, soutenue par les mouvements sociaux, a exprimé de manière claire son mécontentement : manifestation de 150 000 personnes dans les rues de Niamey le 15 mars, opération  » villes mortes  » dans les grandes villes le 22, meeting le 31 et grève le 5 avril. Comme d’habitude, les responsables politiques ont tenté de justifier ces choix politiques, destructeurs d’un point de social et -humain, au nom d’une mondialisation inéluctable. Face à cette mobilisation historique associant toutes les couches de la population, le gouvernement est en crise. Il n’a trouvé d’autre réponse que d’arrêter les responsables des mouvements sociaux. Ces arrestations se sont faites sans le moindre mandat et au détriment des principes démocratiques élémentaires. Morou Amadou, Nouhou Arzika, Kassoum Issa, Moustafa Kadi, responsables de la Coalition Equité contre la vie chère, ainsi que Moussa Tchangari, responsable d’Alternatives Espace Citoyen, sont déjà sous les verrous. Les autres responsables de la coalition sont recherchés par les forces de l’ordre et les responsables syndicaux sous surveillance (le secrétaire général de la Confédération démocratique des travailleurs du Niger a été convoqué par la police). Le gouvernement a choisi son camp : il préfère s’aligner sur les politiques néolibérales préconisées par les gouvernements et les institutions du Nord, -plutôt que d’écouter les revendications légitimes de sa -population. Cela est inacceptable.

* Une répression ciblée et  » préventive » Cinq dirigeants de la Coalition contre la vie chère au Niger, arrêtés entre les 25 et 27 mars, ont été inculpés mardi de  » complot contre la sûreté de l’État et provocation d’attroupements non armés « , puis écroués dans deux prisons civiles près de la capitale. Nouhou Arzika, président de la Coalition, et Kassoum Issa, coordinateur de la CDSN et secrétaire général du Syndicat national des enseignants du Niger, ont été écroués au Camp pénal de Say (sud de Niamey), tandis que Morou Amadou, président de Croisade - ?une association de défense des droits de l’Homme ?-, Moustapha Kadi président de SOS Kandadji - ?une association de défense des consommateurs ?- et Moussa Tchangari - ?responsable d’Alternatives Espace Citoyen ?- ont été conduits au Camp pénal de Daïkaïna (ouest de Niamey). Cette condamnation fait suite aux  » appels aux manifestations de rue et à des prières collectives », lancés par la coalition pour les jeudi 31 mars et le mardi 5 avril prochains, a annoncé le porte-parole du gouvernement nigérien, Mohamed Ben Omar. La coalition a, en effet, lancé un appel à observer le 5 avril prochain une grève générale dans tout le pays.

* Appel à mobilisation et solidarité

 Nous exigeons la libération immédiate des personnes interpellées et l’arrêt des poursuites ;
 Nous exigeons l’abandon des politiques d’ajustement structurel qu’elle implique ;
 Nous exigeons l’annulation de la dette extérieure publique du Niger ;
 Nous exigeons la satisfaction des revendications légitimes du peuple nigérien.

Protestez auprès de la Présidence de la République du Niger :

Par Fax : (227) 72 33 96

Par mail : en envoyant vos noms, profession (et syndicats ou associations d’appartenance) à afrique21@altern.org

Afrique XX1 s’engage à diffuser, avec les associations intéressées et acceptant ces quatre revendications, cette liste de soutien afin de faire pression le plus largement possible sur le gouvernement nigérien.

Le Niger en quelques chiffres

Source : Banque mondiale 2004

Superficie : 1 267 000 km

Population : 11,8 millions d’habitants

Capitale : Niamey

Langue officielle : Français

Monnaie : Franc CFA (100 FCFA = 0,15€)

Espérance de vie : 46 ans

PIB : 2,7 milliards de dollars en 2003 (France : 1 ?520,8 milliards d’euros en 2002)

PIB par habitant : 200 dollars (France : 24 837 euros en 2002)

 

 

Déclaration de la CGT

Mouvement social et répression

Face à la grève générale, propagande mensongère du gouvernement

Coordination démocratique de la société civile nigérienne (CDSCN) – 22 mars 2005

Le Bureau de la Coordination Démocratique de la Société Civile Nigérienne (CDSCN) a suivi avec beaucoup d’indignation la déclaration faite hier, 21 mars 2005, par le ministre Ben Omar Mohamed, porte-parole du gouvernement, en réaction au gigantesque mouvement citoyen de rejet des mesures anti-sociales contenues dans la loi des finances rectificative 2005.

Notre indignation est d’autant plus grande que le ministre, porte-parole du gouvernement qui, hier encore, demandait à la société civile de faire des propositions alternatives aux mesures contenues dans la loi des finances rectificative, n’a rien trouvé de mieux face à l’ampleur de la mobilisation citoyenne que de déclarer la guerre à la société civile nigérienne. Outre le ton désinvolte du discours du ministre Ben Omar, la Coordination Démocratique de la Société Civile Nigérienne a été particulièrement choquée par la propagande mensongère orchestrée par le gouvernement.

S’il est vrai que depuis longtemps le gouvernement en place s’est singularisé comme l’un des plus dévoués de la sous-région aux institutions financières internationales, notamment au Fonds monétaire international et à la Banque mondiale, on ignorait jusqu’à hier soir que l’imposition des tristement célèbres critères de convergence de l’UEMOA était pour lui « une question de vie ou de mort ». Les propos du porte-parole du gouvernement ont le mérite de la clarté : les autorités en place ne sont pas prêtes à revenir sur les mesures adoptées dans le cadre de la loi des finances rectificative 2005, car tout recul sur la question de la TVA reviendrait pour lui à renoncer à l’appui financier du Fonds monétaire international. Comme si cet appui peut changer la vie des femmes et des hommes de ce pays dans le sens positif.

Face à cette attitude de mépris royal et aux entraves à la liberté de manifestation, la Coordination Démocratique de la Société Civile Nigérienne :

1- conteste les propos du porte-parole du gouvernement tendant à faire croire aux Nigériennes et aux Nigériens que l’application de la TVA sur les produits de première nécessité vise à mobiliser des ressources pour les secteurs sociaux, la construction des infrastructures routières et les 5èmes Jeux de la francophonie ;

2- rappelle que les dépenses auxquelles le porte-parole du gouvernement faisait allusion dans sa déclaration figuraient déjà dans la loi des finances adoptée avant les élections présidentielles de 2004 ;

3- constate que le porte-parole du gouvernement a soigneusement omis de souligner que les fonds politiques des principaux responsables de l’Etat ont aussi été gonflés dans le cadre de la loi des finances rectificative 2005 ;

4- constate que la mobilisation des ressources internes se fait seulement par le biais de la TVA et de l’IUTS, qui ne touchent que les pauvres et les travailleurs, alors que les plus riches échappent au fisc, du fait que les capitaux et les biens immobiliers ne sont pas assujettis à l’impôt ou le sont faiblement ;

5- constate également que les commerçants véreux liés au régime en place se soustraient allègrement au fisc et s’enrichissent sur le dos du contribuable, à travers des marchés de gré à gré, des surfacturations, et autres procédés dont les médias nigériens n’ont de cesse de nous révéler depuis l’an 2000 ;

6- se félicite du succès total, tant à Niamey qu’à l’intérieur du pays, du mot d’ordre de ville morte et de manifestation, lancé par les organisations de la société civile et les centrales syndicales et exhorte les citoyennes et les citoyens à persévérer dans la lutte ;

7- condamne énergiquement la confiscation par le Ministre de l’intérieur, les gouverneurs et les préfets des prérogatives légalement dévolues aux autorités locales élues en matière de la réglementation de la liberté constitutionnelle de manifestation ;

8- invite les autorités locales élues à défendre leurs prérogatives légales et à rejeter le coup d’état orchestré contre elles par le Ministre de l’intérieur et de la décentralisation ;

9- rappelle au gouvernement qu’aucune menace ou chantage ne saurait amener les citoyennes et les citoyens à accepter des nouveaux sacrifices, alors que les plus hautes autorités n’hésitent pas à renflouer leurs poches par toutes sortes de procédés scandaleux et honteux ;

10- estime que les critères de convergence de l’UEMOA et les prescriptions des institutions financières internationales ne sont pas opposables à l’aspiration légitime du peuple nigérien au bien-être et au respect des droits sociaux, économiques et culturels proclamés par la constitution ;

11- rappelle au gouvernement nigérien que notre adhésion à l’UEMOA et à ses critères de convergence n’ont jamais l’objet d’une consultation populaire, et que donc rien ne peut justifier que ces critères soient érigés en principes sacro-saints ;

12- tient à rappeler que l’adoption de la loi de finances rectificative 2005 est non seulement illégale dans sa forme, mais aussi déloyale vis-à-vis du peuple nigérien, vu que le gouvernement a attendu la fin des élections présidentielles et législatives pour prendre les mesures anti-sociales dont nous demandons l’abrogation ;

13- réaffirme sa détermination à poursuivre et à intensifier la lutte pour l’abrogation pure et simple des mesures à caractère fiscal contenues dans la loi de finances rectificative 2005 ;

14- invite l’ensemble de ses organisations membres à prendre toutes les dispositions utiles afin que, dans les plus brefs délais, les citoyennes et les citoyens manifestent dans les rues de toutes les villes du pays, avec ou sans l’autorisation des autorités ;

15- réaffirme que la lutte des organisations de la société civile est une action citoyenne résolument démocratique, dont le seul but est d’amener les gouvernants de ce pays à placer les préoccupations sociales au centre de toute réforme économique, conformément à leurs promesses électorales et aux dispositions de l’article 4 de la Constitution proclamant que la République du Niger est une « république démocratique et sociale » ;

16- tient le gouvernement responsable de tout ce qui adviendra du fait de sa décision d’entraver l’exercice par les citoyennes et les citoyens de leur droit constitutionnel de manifester et de son entêtement à maintenir les mesures anti-sociales contenues dans la loi des finances rectificative 2005.

Vive la CDSCN ! Vive la démocratie ! Vive le Niger !

La lutte continue !

Fait à Niamey le 22 Mars 2005

Pour le Bureau de la CDSCN, Le Coordonnateur, Kassoum Issa

 

NIGER: Le mouvement de grève contre la cherté de la vie paralyse la capitale

NIAMEY, le 23 juin (IRIN) – L’opération journée ville morte a largement été suivie jeudi à Niamey, la capitale nigérienne, après le mouvement de grève générale décrété par les syndicats pour protester contre la cherté de la vie.

A l’exception des banques, et des grandes sociétés privées qui fonctionnaient normalement, l’ensemble des activités économiques de la capitale était paralysé.

 » Niamey a perdu de son animation quotidienne, les rues sont quasi désertes ; les gens, même quand ils veulent circuler, sont obligés de rester chez eux car les taxis ont massivement répondu au mot d’ordre de grève. Nous sommes vraiment satisfaits du suivi de la population de Niamey « , a déclaré Moussa Idrissa, un dirigeant syndicaliste.

Selon la coalition  » Equité-qualité contre la vie chère « , initiatrice de l’opération journée ville morte, la politique économique du gouvernement rend certains services de base dont la santé, l’eau et l’électricité inaccessibles à bon nombre de Nigériens.

D’après l’indice de développement humain des Nations unies, le Niger est le pays le plus pauvre du monde, avec une espérance de vie de 44 ans, et seuls 14 pour cent de sa population adulte savent lire et écrire.

La coalition exige du gouvernement une baisse de l’ordre de 30 à 50% des tarifs de l’électricité, du téléphone, de l’eau ainsi que la réduction du train de vie de l’Etat et de ses dirigeants.

Ce mouvement de grève fait suite aux récentes manifestations qui ont eu lieu à l’université de Niamey où des étudiants ont accusé le gouvernement d’avoir détourner leurs bourses.

En Guinée, une grève illimitée déclenchée par des syndicats avait paralysé le pays pendant un peu plus d’une semaine. Les travailleurs exigeaient une augmentation des salaires et une réduction des prix du riz et du carburant.

La grève a pris fin après que le gouvernement se soit engagé à réduire le prix du riz et à augmenter de 25 pour cent les salaires de certaines catégories de fonctionnaires. En revanche, l’Etat s’est montré inflexible sur la question du prix du carburant.

Cette semaine, ce sont les fonctionnaires de la Guinée Bissau qui ont décidé de se mettre en grève pour protester contre le non paiement de trois mois d’arriérés de salaire.

Au Niger, le mouvement de grève a largement été suivi, en dépit de l’appel au boycott lancé par les autorités.

Jeudi, des forces de sécurité patrouillaient dans le centre-ville et dans certains quartiers de la capitale, mais aucun incident n’a été signalé.

L’année dernière, une coalition de travailleurs avait appelé la population à descendre dans la rue pour protester contre la nouvelle TVA de 19 pour cent imposée sur les marchandises et les services. Les manifestations avaient paralysé la capitale pendant un mois et contraint le gouvernement à augmenter de dix pour cent le salaire de 40 000 fonctionnaires.

Niger: Des milliers de personnes ont manifesté au Niger contre l’arrêt des expulsions des Arabes Mahamides tchadiens du Niger

NIAMEY, 31 oct 2006 – Plusieurs milliers de personnes ont manifesté mardi pour la seconde fois en moins d’une semaine à Diffa, dans l’extrême est du Niger, contre l’arrêt des expulsions des Arabes Mahamides du Niger, a rapporté la radio privée Anfani. Confirmée par une source proche de la gendarmerie, la marche s’est terminée dans le calme devant le gouvernorat de Diffa. Une déclaration, lue par les organisateurs et retransmise à la radio, demande « l’expulsion immédiate des Arabes Mahamides du territoire du Niger ». « Les Arabes Mahamides doivent être expulsés, autrement les populations se verraient contraintes de prendre les mesures adéquates pour défendre leurs biens et leur territoire », déclare la pétition. La marche était organisée par l’association des producteurs agro-pastoraux de la région. Mercredi, le Niger avait annoncé son intention d’expulser rapidement quelques dizaines de milliers de nomades Arabes Mahamides, en majorité des éleveurs, vers le Tchad, pays dont ils sont originaires, en raison des tensions portant sur l’exploitation des points d’eau et des pâturages avec les populations nigériennes de la région frontalière désertique de Diffa, aux confins du Niger, du Tchad et du Nigeria. Le gouvernement a annulé cette décision vendredi, expliquant que les Mahamides seraient redirigés vers des zones pastorales plus vastes et plus aptes à alimenter leurs grands troupeaux de chameaux qui menacent l’écosystème dans la région de Diffa. Le gouverneur de Diffa Oumarou Yacouba a promis de faire « fidèlement » remonter les revendications des manifestants au gouvernement central et a appelé la population au calme. Une autre manifestation est prévue mercredi à Mainé Soara, petite ville dans la région de Diffa dont est originaire le président Mamadou Tandja. L’association Nigérienne des Droits de l’Homme, l’ANDDH, a dénoncé dans un communiqué la « politisation de la situation des Arabes Mahamides » et demande au gouvernement de « tout mettre en ouvre pour faciliter la cohabitation entre peuples ».

 

 

Niger: Après rassemblement de soutien au Président nigérien samedi par ses partisans, des ONG et associations ont appelé une nouvelle fois à une grève générale pour dénoncer « la misère »

NIAMEY, 1 août 2006 – Des ONG et associations nigériennes ont appelé à une nouvelle « opération pays mort » ce mercredi au Niger, la deuxième en un mois, pour dénoncer « la misère » et les difficultés d’accés de la population aux services sociaux, selon un responsable associatif. « Nous avons appelé à une +journée pays mort+ pour dénoncer la misère et l’inaccessibilité aux services sociaux vitaux (…) », a déclaré Nouhou Arzika, président de la Coalition contre la vie chère au Niger, qui regroupe plusieurs ONG, associations et syndicats locaux. « Fonctionnaires, commerçants, paysans, chômeurs, tous les citoyens des villes, des villages et des hameaux sont invités à observer demain (mercredi) une journée sans travail », a poursuivi M. Arzika. Il a expliqué qu’ »aucune manifestation de rue » n’était prévue, contrairement à d’autres mouvements déjà initiés par la Coalition, et a exhorté les Nigériens à rester chez eux « pour protester en silence contre le malaise social dans le pays ». M. Arzika a précisé que ce mouvement avait été programmé conjointement avec la Coordination démocratique de la société civile (CDSN) du Niger. Ces deux organisations ont déjà organisé plusieurs grèves et manifestations ces derniers mois, ainsi que des « journées ville morte » bien suivies le 22 mars et le 6 juillet derniers, pour exiger la baisse des prix des hydrocarbures d’au moins 35%, des frais médicaux et de scolarité d’au moins 50%, des prix de l’eau et de l’électricité d’au moins 40%. Le gouvernement nigérien a rejeté à plusieurs reprises ces revendications, qu’il considère comme « irréalistes », et s’est contenté depuis de prôner le dialogue, tout en dénonçant les conséquences de ces mouvements sur l’économie et les revenus de l’Etat. Le président Mamadou Tandja a mis en place le 13 juillet un comité chargé de négocier avec ces organisations, qui de leur côté indiquent toujours « attendre l’invitation du gouvernement ». Le 29 juillet, la CDSN avait annulé une « opération ville morte » à Niamey, son président Kassoum Issa ayant souhaité « éviter des affrontements » avec les militants de la coalition des partis au pouvoir, qui ont organisé le même jour une marche de soutien au régime ayant rassemblé des dizaines de milliers de personnes.

Niger: Pour soutenir le régime du Président Mamadou Tandja, des dizaines de milliers de manifestants ont tenu un rassemblement, ce samedi, devant le siège de l’assemblée nationale 

NIAMEY, 29 juil 2006 – Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi à Niamey pour soutenir le régime du président Mamadou Tandja, confronté depuis deux mois à des mouvements de grèves contre la cherté de la vie, selon des estimations des organisateurs. Aucune autre estimation n’était disponible de source indépendante. Brandissant des pancartes et scandant des slogans favorables au régime, les manifestants, en majorité des militants des partis au pouvoir ont tenu un rassemblement devant le siège de l’assemblée nationale, avant de se rendre au palais présidentiel, où les attendait le président Tandja. « Nous avons pris l’engagement de travailler pour le bonheur des plus pauvres, qu’on nous laisse alors travailler », a lancé à la foule M. Tandja qui s’exprimait en langue haoussa. « J’ai besoin de votre soutien pour bâtir le Niger qui retrouve une crédibilité à l’extérieur », a ajouté le chef de l’Etat, tout en prônant « le dialogue et la concertation » pour « surmonter les difficultés du pays ». Vendredi, une trentaine de formations favorables au chef de l’Etat, a appelé à des « manifestations de soutien » au régime, en réponse à la série de grèves lancée depuis juin par une coalition de société civile pour dénoncer « la misère grandissante dans le pays ». Après l’appel de ces partis, Kassoum Issa, président de la Coordination démocratique de la société civile (CDSN) du Niger, a annulé un mot d’ordre « d’opération ville morte » prévu samedi à Niamey. « Pour éviter des affrontements inutiles avec les militants de ces partis (de la coalition au pouvoir), nous avons préféré annuler un mot d’ordre +d’opération ville morte+ que nous avions aussi prévue samedi », a indiqué M. Issa à l’AFP. Depuis le 15 juin, la société civile du Niger a lancé plusieurs grèves et organisé des marches et meetings pour « exiger » la baisse des prix des hydrocarbures d’au moins 35%, des frais médicaux et de scolarité d’au moins 50%, des prix de l’eau et de l’électricité d’au moins 40%. Le président Tandja a été élu en 1999 et réélu en décembre 2004 pour un second et dernier mandat de cinq ans à la tête du Niger, un des Etats le plus pauvre au monde.

Niger:  En plus du pont Kennedy, seul passage existant pour se rendre du centre de Niamey à la rive droite du fleuve, la Chine va financer la construction d’un deuxième pont sur le fleuve Niger à hauteur d’un montant de près de 3 millions d’euros

NIAMEY, 25 juil 2006 – La République populaire de Chine va financer la construction d’un deuxième pont sur le fleuve Niger à Niamey, a-t-on appris mardi de source diplomatique nigérienne. L’accord pour la réalisation d’un second pont a été conclu le 18 juillet lors d’une visite à Pékin de la ministre nigérienne des Affaires étrangères Aïchatou Mindaoudou, selon le service de presse du ministère. D’après les termes de l’accord, la Chine a accordé une enveloppe de 20 millions de yuans (1,980 million d’euros) et un prêt sans intérêt de 30 millions de yuans (2,977 millions d’euros) pour financer la construction de ce deuxième pont sur le Niger, précise le ministère. Pékin va bientôt dépêcher au Niger des experts pour lancer les études de faisabilité de cette infrastructure, selon la même source. Le pont Kennedy, construit dans les années 1970 par les Etats-Unis, est le seul passage existant pour se rendre du centre de Niamey à la rive droite du fleuve, abritant de nombreux quartiers ainsi que plusieurs institutions, dont l’unique université du pays. Il est également incontournable pour les voyageurs désirant se rendre au Ghana et au Bénin (via le Burkina Faso), dont les ports maritimes sont indispensables au désenclavement du Niger. Etroit et vétuste, le pont Kennedy est victime d’embouteillages monstres aux heures de pointe. Le Niger, qui entretenait des relations diplomatiques avec Pékin dès son indépendance en 1960, les avait rompues en 1994 avant de les renouer en 1997 au détriment de Taiwan.

Niger: Pour aider le Niger à réduire la malnutrition, la mortalité infantile ou encore améliorer les soins médicaux pour les enfants en bas âge et leurs mères, la Commission de l’Union européenne a débloqué 10 millions d’euros d’aides humanitaire

BRUXELLES, 19 juil 2006 – La Commission européenne a décidé mercredi de débloquer 10 millions d’euros d’aide humanitaire pour les enfants nigériens, face à la crise alimentaire que traverse le pays depuis l’an dernier. Les fonds communautaires doivent aider à réduire la malnutrition, la mortalité infantile ou encore améliorer les soins médicaux pour les enfants en bas âge et leurs mères, a expliqué Bruxelles dans un communiqué. Depuis le début de l’année, plus de 150.000 enfants ont été admis dans des centres de nutrition, relève la Commission qui a déjà débloqué 8,3 millions d’euros depuis le début de la crise en 2005. Un demi-million d’enfants souffrent de malnutrition au Niger et plus de 10% d’entre eux de malnutrition grave, selon des chiffres relayés par l’exécutif européen. L’apparition de la grippe aviaire n’a fait qu’aggraver les choses: Nombre de familles nigériennes les plus pauvres dépendaient des volailles soit comme source de revenu, soit pour se nourrir.

Niger: Des anomalies ont été découvertes dans les bases de données des fichiers de la fonction publique nigérienne faisant ressortir plus de 4 milliards de F CFA payés par an, à titre de salaires à des agents fictifs ou comme indemnités à des fonctionnaires

NIAMEY, 16 juil 2006 – Quelque 7 millions d’euros sont versés annuellement de manière illégale à des fonctionnaires « décédés ou licenciés » au Niger, d’après de récentes investigations, a affirmé dimanche le gouvernement. « Un montant de 4.596.331.372 Fcfa (plus de 7 millions d’euros) sont payés par an, à titre de salaires à des agents +fictifs+, décédés ou licenciés ou comme indemnités à des fonctionnaires qui ne devaient pas en bénéficier », indique un communiqué du conseil des ministre. Le communiqué ne précise pas le nombre des fonctionnaires concernés par ces versements, ni depuis quand ces versements se font. Il indique que les anomalies » ont été découvertes par un comité technique chargé depuis le janvier « d’assainir les bases de données des fichiers » de la fonction publique. L’enquête a révélé que la Fonction publique nigérienne compte 33.253 agents (27.585 cadres, 692 contractuels et 4.976 auxiliaires), alors que ses effectifs sont estimés depuis des années à quelque 40.000 fonctionnaires. Les autorités nigériennes évoquent régulièrement le manque de ressources financières pour justifier leur incapacité à assurer le versement régulier des salaires aux agents de l’Etat. Confronté à des tensions de trésorerie, le gouvernement a lancé en mars dernier une « opération coup de poing » menée par les forces de l’ordre pour recouvrer quelque 26 milliards de francs CFA (environ 40 millions d’euros) d’arriérés d’impôts et taxes diverses accumulés depuis 1998

 

Niger: La BAD a accordé au Niger un prêt de 15,1 millions d’euros pour le financement d’un projet visant à assurer une meilleure maîtrise des eaux en réalisant notamment dix ouvrages hydro-agricoles sur une durée de cinq ans

TUNIS, 6 juil 2006 – Le Niger va bénéficier d’un prêt de 19,23 millions de dollars (15,1 millions d’euros) d’aide du groupe Banque africaine de développement (BAD) pour financer un projet de valorisation des eaux pour l’agriculture dans le Sud-ouest du pays, a annoncé la BAD jeudi à Tunis. D’une durée de cinq ans, ce projet dans les régions de Dosso et de Tillabéri vise à assurer une meilleure maîtrise des eaux en réalisant notamment dix ouvrages hydro-agricoles. Il prévoit également de renforcer douze autres ouvrages, a indiqué la BAD dans un communiqué. Il doit permettre de développer 1.200 ha de cultures de décrue et 680 ha de cultures irriguées et de régénérer près de 9.500 ha de terres dégradées. Le groupe BAD, dont le siège est à Tunis, a effectué 61 opérations d’un montant global de 486,9 millions de dollars (382,43 millions d’euros) au Niger depuis 1970

Niger: Espérant réduire de 50% la mortalité des enfants et celle de leurs mères d’ici 2010, le Niger bénéficie d’une aide de la France de 15 millions d’euros pour la promotion du secteur de la santé

NIAMEY, 29 juin 2006 – La France a décaissé jeudi quelque 15 millions d’euros pour « promouvoir » le secteur de la santé au Niger, où la majorité de la population n’a pas accès aux soins de source diplomatique française. « La convention a été signée en mai 2006 et l’autorisation de décaisser a été faite aujourd’hui (jeudi) », a indiqué l’ambassade de France à Niamey. L’aide française vise « à promouvoir la présence d’un personnel médical mieux formé en zone rurale et à doter les formations sanitaires de moyens suffisants en médicaments et en matériels », a précisé la même source. D’après le ministère nigérien de la Santé, l’appui français est destiné au Programme quinquennal de développement sanitaire (PDS), qui doit élargir l’accès aux soins de santé principalement aux enfants et aux femmes, touchés par une très forte mortalité. L’insuffisance d’infrastructures sanitaires, les frais élevés des soins obstétricaux et les accouchements domestiques sont les principaux facteurs favorisant la mortalité infantile et maternelle au Niger. Le Niger détient un des plus forts taux de mortalité maternelle et néo-natales soit 7 pour 1.000 femmes et 278 pour 1.000 enfants, selon les statistiques officielles. Pour espérer « réduire de 50% » la mortalité des enfants et celle de leurs mères d’ici 2010, le gouvernement nigérien a décrété la gratuité des soins de santé pour tous les enfants âgés de 0 à 5 ans grâce un Plan appuyé par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) et l’Unicef. Depuis octobre 2005, il a également annoncé la gratuité de la césarienne afin d’inciter les femmes à accoucher dans les maternités publiques.

Niger: Pays ne disposant que d’une saison des pluies et touché par une crise alimentaire due à la sécheresse, le Niger vient de bénéficier de 12 millions d’euros accordés par l’Union européenne pour reconstituer son stock de sécurité alimentaire

NIAMEY, 28 juin 2006 – L’Union européenne (UE) a accordé au Niger une enveloppe de plus de 12 millions d’euros pour reconstituer son stock de sécurité alimentaire, a-t-on annoncé mercredi de source officielle. En 2005, le gouvernement avait épuisé les réserves vivrières nationales pour nourrir les paysans victimes d’une sévère crise alimentaire due à la sécheresse et une invasion de criquets pèlerins qui ont dévoré les récoltes en 2004. La convention d’assistance a été signée mardi par Jeremy Lester, chef de la délégation de la Commission européenne et le ministre nigérien des Finances, Ali Lamine Zeine, selon la radio nigérienne. D’après M. Lester l’aide permettra au Niger de « reconstituer son stock de sécurité » et lui « éviter une reproduction » de la crise de 2005. Face à la rareté de l’eau, des séances de prières collectives ont été organisées mercredi dans tout le pays afin « d’implorer Allah pour qu’il fasse tomber la pluie ». Pays sahélien, le Niger ne dispose que d’une saison des pluies (juin à septembre) et tout retard prolongé des pluies peut compromettre les récoltes céréalières dont dépendent plus de 80% de la population

Niger: Le ministre de l’Education et celui de la Santé ont été limogés pour leur implication présumée dans des malversations relatives à des fonds européens destinés à l’éducation selon un communiqué de la présidence nigérienne

NIAMEY, 27 juin 2006 – Le président nigérien Mamadou Tandja a limogé mardi par décret le ministre de l’Education et le ministre de la Santé pour leur implication présumée dans des malversations relatives à des fonds européens destinés à l’éducation, selon la radio nationale. Selon un communiqué lu à la radio nationale par Laouel Kader, secrétaire général du gouvernement, le ministre de l’Education, Hamani Harouna, est remplacé par Ousmane Samba Mamadou, tandis que celui de la Santé, Ari Ibrahim, cède son poste à Mahamane Kabaou. MM. Mamadou et Kabaou ne faisaient pas partie de l’équipe gouvernementale. Dans un bref commentaire, M. Kader a précisé que le départ des deux ministres devait leur permettre de préparer « des réponses » à un « rapport provisoire d’audit » récemment diligenté par l’Union européenne. Ce rapport évoque leur « responsabilité » présumée dans des détournements d’appuis financiers européens à l’Education nationale nigérienne entre 2000 et 2005. Ari Ibrahim avait occupé le poste de ministre de l’Education de 2000 à 2004 avant d’être remplacé par Hamani Harouna. « (…) Nous procèderons à la poursuite légale prévue afin que ceux qui seront éventuellement reconnus coupables de détournements soient sanctionnés », avait déclaré la semaine dernière le Premier ministre nigérien Hama Amadou dans un entretien paru dans l’hebdomadaire officiel Sahel-Dimanche. D’après l’hebdomadaire privé nigérien Le Républicain, l’audit a porté sur des appuis de Partenaires techniques et financiers (PTF, européens) de 4 milliards Fcfa (plus de 6 millions d’euros) pour la période 2004/2005 destinés au Programme décennal du développement de l’éducation (PDDE) au Niger. L’audit diligenté en mars a été publié le 6 juin dernier, et a mis en cause la mauvaise gestion des fonds grâce à des « passations des marchés de gré à gré » et des « surfacturations », selon le journal qui a eu accès au rapport

Niger: Une coalition d’ONG et d’association a organisé jeudi au Niger une journée « pays mort » qui a été largement suivi par la population

NIAMEY, 22 juin 2006 – L’opération « pays mort » organisée par une coalition d’ONG et d’associations locales au Niger, en lutte contre « l’inaccessibilité aux services vitaux » à la majorité des habitants, a été largement suivie jeudi à Niamey. L’appel de la coalition n’a cependant pas été suivi d’effets dans les principales villes de l’intérieur. A Maradi (sud-est), capitale économique, le mouvement n’a pas été observé en raison d’un deuil décrété par les autorités religieuses locales à la suite d’un accident de la route tandis qu’à Zinder (est), la seconde ville où ce jeudi est jour de marché, aucune perturbation n’a été constatée, selon un responsable syndical de la région, Mamane Galadima, L’appel n’a pas été suivi non plus à Diffa (extrême sud-est), région d’origine du président Amadou Tandja, selon des journalistes locaux. A Niamey, à l’exception des banques, sociétés d’assurance et grandes sociétés privées qui fonctionnaient normalement, la quasi totalité des activités commerciales était paralysée. « Les rues sont quasiment désertes: les taxis ne circulent pas, les commerces sont fermés, les unités de santé sont complètement paralysées », a déclaré Hassane Atamo, un dirigeant du Syndicat unique des agents de la santé et de l’action sociale (SUSAS). Les établissements scolaires étaient fermés. Les activités sont également suspendues à l’université de Niamey, théâtre de violents heurts entre étudiants et force de l’ordre il y a deux semaines. Dans les établissements sanitaires, où seul un service minimum était en vigueur pour les cas d’urgence, l’opération « pays mort » coïncide avec une grève de deux jours des personnels de santé de la capitale qui a débuté mercredi. Les personnels de santé protestent contre la « privatisation sauvage » des unités de soins à l’hôpital national de Niamey, « privant ainsi les plus pauvres de ses soins ». Le mouvement de protestation coïncide avec une grève de quatre jour observée depuis mardi dans l’ensemble des services d’impôt du pays, dont les agents exigent des augmentations de salaires et l’annulation d’une campagne « forcée » de recouvrement de taxes et impôts par les forces de l’ordre. Des patrouilles des forces de l’ordre étaient visibles dans le centre-ville de la capitale. Nouhou Arzika, le président de la Coalition, initiateur de l’opération a appelé mercredi « toutes les couches sociales » du Niger « à rester chez elles pour protester en silence contre le malaise social dans le pays ». L’ampleur de la contestation avait paralysé le Niger durant un mois, obligeant le gouvernement à annuler la Loi de finances et à consentir des hausses de 10% sur les salaires des 40.000 fonctionnaires à partir de janvier 2006.

 

Niger: Le gouvernement nigérien dément un rapport de l’Unicef estimant qu’au moins 50% des enfants nigériens de moins de 5 ans souffrent de retard de croissance

NIAMEY, 21 juin 2006 – Le Premier ministre du Niger Hama Amadou a rejeté mercredi des statistiques de l’Unicef indiquant qu’au moins 50% des enfants nigériens de moins de 5 ans souffrent de retard de croissance, en raison de carences alimentaires et en soins médicaux. « Je ne crois pas qu’on puisse dire 50% d’enfants (…) les 90% des enfants nigériens ne présentent pas cette morphologie », a nié Hama Amadou sur Radio France internationale (RFI). Il a estimé que la persistance de la malnutrition dans certaines régions de son pays est « liée à des tabous alimentaires plus qu’à l’absence d’aliments ». Des tabous alimentaires persistent toujours dans certaines régions du Niger, où il est interdit aux femmes enceintes et aux nourrissons de consommer des aliments tels les oeufs ou les poissons, sous prétexte qu’ils « nuisent à leur santé », selon le ministère nigérien de la Santé. Fin mai, l’Unicef a publié un rapport affirmant qu’au moins 15% des enfants nigériens âgés de 0 à 5 ans souffrent de malnutrition sévère et 50% souffrent de retard de croissance », en raison de carences alimentaires et en soins de santé. Pour vaincre l’état de malnutrition, cette organisation onusienne a lancé un ambitieux programme de prise en charge de 15.200 enfants malnutris dans une vingtaine de centres de santé et quatre hôpitaux de la capitale nigérienne. Depuis la grave crise alimentaire qui a éprouvé plus de 3 millions de personnes en 2005 au Niger, les autorités de Niamey manifestent un véritable blocage sur ce sujet, et ont récemment interdit aux journalistes internationaux et locaux de faire des reportages sur la situation alimentaire. D’après le Programme alimentaire mondial (PAM), les pays du Sahel, et en particulier le Niger, risquent cette année de faire face à une pénurie alimentaire. Une éviter une répétition de la dernière crise alimentaire le gouvernement multiplie la création de banques céréalières afin de ravitailler les zones déficitaires, a assuré Hama Amadou

Niger: Après le récent soulèvement de touaregs maliens, qui ont attaqué fin mai trois camps militaires dans le nord-est et l’est du Mali, les autorités nigériennes redoutent que les quelque 3.000 anciens combattants touaregs nigériens, démobilisés et cantonnés depuis onze ans dans le nord désertique du pays, n’imitent leurs voisins, M. Tandja demande aux ex-rebelles touaregs de « préserver la paix »

NIAMEY, 17 juin 2006 – Le président Mamadou Tandja a demandé vendredi aux combattants de l’ex-rébellion touarègue de son pays, cantonnés dans le nord, de « continuer à préserver la paix », selon une source présidentielle. Après le récent soulèvement de touaregs maliens, qui ont attaqué fin mai trois camps militaires dans le nord-est et l’est du Mali, les autorités nigériennes redoutent que les quelque 3.000 anciens combattants touaregs nigériens, démobilisés et cantonnés depuis onze ans dans le nord désertique du pays, n’imitent leurs voisins. D’autant que ces anciens combattants touaregs attendant toujours la reconversion économique promise, conformément aux accords de paix conclus le 24 avril 1995 et qui ont mis fin à des hostilités entamées en 1991. Conscient du fait que les évènements au Mali peuvent avoir des répercussions au Niger, le président Tandja « nous a demandé de continuer à oeuvrer à la consolidation de la paix au Niger », a indiqué Ag Boula, représentant de la rébellion touarègue nigérienne lors de la signature des accords de paix de 1995 avec le gouvernement de Niamey. Une réunion de « consultation » a eu lieu le 2 juin à Niamey entre le président Tandja et Ag Boula, chef du plus radical des ex-fronts touaregs nigériens et qui dirige depuis août 2005 l’Union pour la démocratie et le socialisme (UPDS), proche de la communauté touarègue et prônant le fédéralisme au Niger. Des rebelles touaregs ont attaqué le 23 mai deux camps militaires de Kidal, dans le nord-est du Mali, avant de se retirer, relançant les craintes de violences dans cette région, déjà théâtre d’une rébellion touarègue dans les années 1990. Comptant de 1 à 1,5 millions d’individus, le peuple touareg se répartit de façon très inégale entre quatre Etats à l’intérieur desquels il occupe un territoire immense de 2 millions de km2. 30 000 en Libye, 50 000 en Algérie, 500 000 à 600 000 au Mali, 700 000 à 750 000 au Niger

Niger: Le Président Tandja a consulté Rhissa Ag Boula, représentant de la rébellion nigérienne en 1995 pendant la signature de l’accord de paix, pour qu’il apporte sa contribution dans la consolidation de la paix au Niger

NIAMEY, 8 juin 2006 – Le président nigérien Mamadou Tandja s’est entretenu avec Rhissa Ag Boula, figure de proue de l’ex-rébellion armée touarègue au Niger pour discuter du récent soulèvement de touaregs maliens, selon l’hebdomadaire privé Le Républicain. Dans sa parution de jeudi, Le Républicain, proche de la communauté touarègue nigérienne, précise que l’entretien entre le président Tandja et M. Ag Boula, également ancien ministre, a eu lieu le 2 juin au palais présidentiel à Niamey et est consécutif « à la tension née du réveil de la rébellion armée au nord du Mali voisin ». « Le président Tandja a consulté Rhissa Ag Boula pour qu’il apporte sa contribution dans la consolidation de la paix au Niger et souhaite surtout l’intervention de son interlocuteur pour éviter la contagion, en raison particulièrement de la porosité de la frontière entre le Mali et le Niger », souligne Le Républicain. Des rebelles touaregs avaient attaqué le 23 mai deux camps militaires de Kidal, dans le nord-est du Mali, avant de se retirer, relançant les craintes de violences dans une région qui avait été le théâtre d’une rébellion touarègue dans les années 1990. Rhissa Ag Boula, représentait la rébellion touarègue nigérienne lors de la signature des accords de paix de 1995 avec le gouvernement de Niamey. Nommé ministre de l’Artisanat et du Tourisme en 1996, il avait été limogé en février 2004 et incarcéré près de Niamey pour « complicité » du meurtre d’un militant du parti au pouvoir à Agadez (nord), sa région d’origine. Sa libération en mars 2005 avait été négociée sous l’égide de la Libye. Rhissa Ag Boula a depuis démissionné du parti au pouvoir et été élu en août 2005 président de l’Union pour la démocratie et le socialisme (UPDS), proche de la communauté touarègue et prônant le fédéralisme au Niger. Une rébellion touarègue du Niger avait été déclenchée en 1991 dans le nord désertique du pays (frontalier de la Libye et de l’Algérie), par des jeunes touaregs ayant auparavant servi dans la Légion islamique en Libye, animée par Tripoli.

Niger: interdiction aux journalistes étrangers de couvrir  des sujets comme la crise alimentaire au Niger

NIAMEY, 4 avr 2006 – Le gouvernement nigérien ne délivrera plus d’accréditations aux journalistes venant de l’étranger et désirant travailler sur le thème de la crise alimentaire, a annoncé mardi Aboubacar Foguié, secrétaire général du ministère de la Communication. « On ne veut plus qu’on se serve du Niger et nous n’accorderons plus d’accréditations pour couvrir ces sujets », a-t-il déclaré au lendemain de l’annonce par la BBC qu’une de leurs équipes s’était vue retirer ses autorisations d’enquêter sur la situation humanitaire au Niger. « La BBC n’a pas été chassée du Niger, et ils pouvaient très bien faire d’autres reportages sur des sujets autres que la crise alimentaire », a réagi M. Foguié. « On veut toujours présenter le Niger comme étant en état de crise, mais pour nous, la crise alimentaire c’est du passé », a-t-il poursuivi. Selon le site internet BBC Online, lundi, les autorités nigériennes ont retiré la semaine dernière à une équipe de la BBC l’autorisation de réaliser des reportages sur la malnutrition et les problèmes d’approvisionnement alimentaire. « Des responsables ont affirmé qu’il n’y avait pas problème avec notre reportage, mais que le gouvernement ne voulait pas que les médias locaux ou étrangers parlent de malnutrition ou d’approvisionnement alimentaire », a rapporté la journaliste Orla Guerin

 

Niger

Opération « pays mort »

 

Le président Mamadou Tandja veut rompre avec l’image d’un Niger famélique.
(Photo : AFP )

Après les manifestations et les grèves qui l’ont émaillé, le mois de juin tire à sa fin avec une opération « pays mort« . Jeudi, une très active Coalition d’ONG et d’associations avait en effet appelé les Nigériens à « rester chez eux pour protester en silence » contre les prix excessifs voire l’inexistence des « services vitaux » dans le domaine de l’eau, de la santé, de l’éducation ou du transport. Ulcérées, les autorités dénoncent « un complot » destiné à déstabiliser le pays. Pour occulter l’image internationale d’un Niger famélique, au dernier rang du développement humain, Niamey dénie tout fondement à la grogne sociale.

Jeudi, alors que les forces de l’ordre patrouillaient dans les rues désertées de la capitale, le porte-parole du gouvernement nigérien, Mohamed Ben Omar, assurait que l’opération était « un nouvel échec retentissant« . En fait, il reproche surtout à la société civile de descendre dans la rue « pour la moindre revendication« . Celle d’aujourd’hui est pourtant de taille puisque la société civile demande la baisse des prix des hydrocarbures d’au moins 35%, la réduction des frais médicaux et de scolarité d’au moins 50% et celle des prix de l’eau et de l’électricité d’au moins 40%. Mais le porte-parole juge ces revendications « irréalistes« . Il dénonce aussi des mouvements sociaux qui « distraient » les populations. Car pour Mohamed Ben Omar, « il n’y a que le travail qui libère« .

Niamey : « l’Etat n’a rien à voir« 

Jeudi dernier, quelque 2 000 habitants de la capitale étaient descendus dans les rues de Niamey à l’appel de la Coalition. Aujourd’hui, celle-ci leur demandait de renoncer à utiliser leurs portables et de boycotter les stations d’essence. En réponse, le gouvernement dit tout net qu’il s’en lave les mains. L’eau et le téléphone sont du ressort du secteur privé, « l’Etat n’a rien à voir« , répète le porte-parole du gouvernement. « Quant au carburant, le Niger n’étant pas pays producteur de pétrole, il n’a aucune influence sur le prix du baril« , ajoute-t-il. D’ailleurs, plaide Mohamed Ben Omar, « demander aux sociétés et compagnies de consentir ces baisses, c’est leur demander purement et simplement de mettre la clé sous le paillasson et ce sont des milliers de personnes qui se retrouveraient en chômage« .

Le Niger, qui compte quelque 12 millions d’âmes dont une bonne moitié d’actifs virtuels, recensait seulement 70 000 salariés en 2002, parmi lesquels 60% d’employés dans le secteur public. Or ce dernier n’est pas plus florissant que ses clients. Selon Niamey, la société nigérienne d’électricité qui importe le courant du Nigeria, la Nigelec, serait incapable de supporter la réduction de 40% des prix exigée par les consommateurs. Le déficit immédiat se chiffrerait à quelque 12 milliards de francs CFA (plus de 18,2 millions d’euros), assurent les autorités. Celles-ci estiment d’ailleurs qu’en matière d’électricité les augmentations ont été raisonnables, à raison de 7 francs CFA depuis la dévaluation de la monnaie ouest-africaine en 1994.

En 2003, le Niger a importé chaque jour quelque 5 400 barils de pétrole. En dehors du minerai d’uranium, d’un peu de bétail ou d’oignons, il n’a pas exporté grand-chose. Plus de la moitié de son budget provient de l’aide extérieure. Et si les cours de l’uranium sont à la hausse ces dernières années, il devra encore compter sur les bailleurs de fonds internationaux pour boucler ses fins de mois. Et cela, malgré la remise totale de sa dette multilatérale consentie en décembre dernier par le Fonds monétaire international (FMI). En 2005, sécheresse et criquets ont affamé quelque 3 millions de Nigériens, au grand dam du président Tandja. Niamey interdit désormais tout reportage sur ce sujet.

Mercredi, alors qu’il était en France pour présenter des produits d’artisanat nigérien à la bourse du commerce de Paris, le Premier ministre, Hama Amadou a rejeté les dernières statistiques de l’Unicef qui font état d’un retard de croissance affectant un enfant nigérien sur deux, pour cause de carences alimentaires et de manque de soins médicaux. Selon Hama Amadou, ces chiffres sont faux. Et si la malnutrition perdure au Niger (à un niveau très sévère pour 15 % des moins de cinq ans selon l’Unicef), le Premier ministre l’attribue « à des tabous alimentaires plus qu’à l’absence d’aliments« . Ce n’est pas vraiment l’avis du Programme alimentaire mondial (PAM) qui estime que, cette année encore, le Niger court le risque d’une pénurie alimentaire.

Impossible de serrer davantage la ceinture

Hama Amadou entend donner du Niger « une autre image que celle de l’Etat le plus pauvre du monde » car, dit-il, « un pays peut être pauvre et choisir résolument le chemin du progrès et de la création de richesses« . En attendant ces jours meilleurs, les Nigériens font régulièrement savoir dans la rue qu’il leur est impossible de serrer leur ceinture d’un cran supplémentaire. En 2005, la Coalition contre la vie chère est parvenue à repousser un projet de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 19% sur les produits de consommation courante. De leur côté, les 40 000 fonctionnaires ont arraché 10% d’augmentation à partir de janvier 2006. Mais les agents des impôts poursuivaient jeudi une « grève générale de quatre jours » lancée mardi contre la décision du gouvernement de faire lever l’impôt par les forces de l’ordre, c’est-à-dire, « par un autre corps que celui légalement désigné« , selon eux.

Fin mars, le président Tandja avait lancé une « opération coup de poing » pour recouvrer quelque 26 milliards de francs CFA (environ 40 millions d’euros) d’arriérés fiscaux accumulés entre 1998 et 2005, selon le ministère des Finances. Cette méthode fiscale musclée aurait été payante, selon les autorités, rapportant au Trésor public près de dix milliards de francs CFA (plus de 15 millions d’euros) en mai 2006 et près de 9 milliards en avril. Mais les agents du fisc sont furieux et inquiets pour leur avenir. Ils ne sont pas les seuls. Etudiants, enseignants, syndicats et partis d’opposition se sont également mobilisés ces dernières semaines pour réclamer de meilleures « conditions de vie et de travail » à l’Université Abdou Moumouni Dioffo, l’unique université du pays.

Les activités académiques ont repris récemment dans la faculté et une vingtaine d’étudiants ont été relâchés après les violentes manifestations du 1er juin. Mais le campus est toujours fermé. Aujourd’hui, les universitaires réclament sa réouverture. Ils exigent aussi « l’arrêt du pillage des maigres ressources » affectées à l’éducation et la promotion d’une « école de qualité« . « Pour ramener le calme, le Premier ministre a ordonné le paiement des six mois d’arriérés de bourses à tous les étudiants bénéficiaires, soit quelque 182 millions de francs CFA« , indiquent les autorités. Mais, « depuis la fermeture du campus, les étudiants sont réduits à la clochardisation, à la merci des moustiques et de la pluie« , déplorent les syndicats.

A la mi-juin, ce sont les 5 000 infirmiers et agents de l’action sociale qui faisaient « une grève de deux jours dans tout le pays » pour obtenir le paiement de « 3 à 4 mois d’arriérés de salaires et d’heures supplémentaires datant de 2004 et 2005 et estimés à plus de 80 millions de francs CFA« . Le président de la Coalition contre la vie chère, Nouhou Arzika, ne désarme pas. Au nom des mal-payés et des sans-emploi, il demande au gouvernement de « créer les conditions pour rendre accessibles à tout le monde des biens et des services aussi vitaux que ceux qui concernent la santé, l’éducation et l’eau« . « La misère est accablante et indescriptible pour la grande majorité de mes concitoyens« , renchérit un membre de la coalition.

L’année dernière, le gouvernement a dû faire des concessions. Aujourd’hui, il invoque la remontée des cours de l’uranium (de 10 dollars en 2003 à 45 en juin 2006) pour promettre une embellie. De son côté, la Banque mondiale a approuvé le 13 juin un crédit de 50 millions de dollars pour un projet de « réforme des politiques rurales et sociales » visant à « améliorer la gestion des ressources et les prestations de services en faveur des pauvres du Niger ». En attendant, la société civile demande des comptes à ses élus.

par Monique  Mas

Article publié le 22/06/2006

Mali & Niger : la mondialisation néolibérale contre les plus pauvres

par Jean Nanga

L’une des caractéristiques de l’année qui s’achève est qu’elle a été riche de promesses concernant l’avenir de l’Afrique. Les grandes institutions des métropoles capitalistes ont presque rivalisé d’intentions généreuses à son égard, de la Commission pour l’Afrique de Tony Blair à la Société du Compte du Millénaire de G.W. Bush, de la Banque Mondiale sous la direction de Paul Wolfovitz au G8 réuni à Gleneagles, des Objectifs du Millénaire pour le Développement onusiens à l’engagement japonais lors du Sommet sur les Affaires Asie-Afrique (avril 2005, Djakarta). La manifestation la plus médiatisée de cette générosité a été l’annonce de l’effacement de 40 milliards de dollars de dette multilatérale, de 18 pays parmi les plus pauvres, presque tous africains.
Cependant toute cette générosité semble être sans effet sur la réalité. L’Afrique subsaharienne demeure soumise aux mécanismes ravageurs de la mondialisation néolibérale, que nous présentons à partir des cas du Niger et du Mali, deux pays des plus pauvres de la planète, selon le Programme des Nations Unies pour le Développement, dont les peuples ne font pas preuve de résignation.

Niger, pays le plus pauvre

Pendant le premier semestre 2005, trois millions de personnes de tous âges ont été exposées à la famine et abandonnées à leur sort au Niger. Des centaines de victimes – surtout parmi les enfants qui mourraient au rythme d’une dizaine par jour – de la sécheresse et de l’invasion des criquets ayant détruit les champs. Situation que le gouvernement de ce pays sahélien n’a pu contrecarrer par quelque dispositif préventif, hésitant même d’en accepter la réalité. Quant à la «  communauté internationale  », elle a attendu des mois et des morts, avant de se mobiliser, malgré l’alarme lancée par des associations locales et par maints observateurs [1].
L’invasion des criquets et la sécheresse de l’année n’ont fait qu’aggraver une situation déjà déplorable due aux politiques économico-sociales exécutées par les différents régimes néocoloniaux qui se sont succédés depuis l’indépendance. Le passage du néocolonialisme classique des trois premières décennies à la néolibéralisation présentée comme solution n’a nullement produit l’effet promis [2]. Bien au contraire, malgré sa mise sous tutelle des institutions de Bretton Woods, sous forme de Programme d’ajustement structurel, depuis 1981, le Niger est ainsi, de nos jours, le pays le plus pauvre de la planète, selon les Indicateurs du développement humain (IDH) du PNUD : 63 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté , environ 83 % sont analphabètes, la mortalité infantile atteint 121,69 ‰… Le fardeau de la dette publique extérieure, dont l’encours en 2005 s’élève à 832,1 milliards de Francs CFA (1,27 milliard d’euros), soit 66,3 % du PIB nominal est l’une des raisons de l’incapacité de l’État nigérien d’éviter ou de parer à cette catastrophe sociale. S’il était objectivement impossible d’agir sur la pluviométrie, au moins la lutte contre l’invasion des acridiens aurait été menée avec quelque efficacité, si l’État nigérien n’avait pour priorité le respect de l’échéancier du service de la dette publique extérieure, qui représentait 22,4 % des recettes budgétaires en 2004. Embarqué dans l’Initiative pays pauvre très endetté (PPTE), censée réduire le fardeau de la dette, l’État nigérien ne connaît, ces dernières années (à l’exception de l’an 2001), aucun arriéré de paiement du service de la dette. Ceci au détriment des secteurs sociaux, comme la santé et l’éducation dans lesquels l’économie des coûts a, par exemple, conduit au recrutement massif des « volontaires » sans formation et faiblement rémunérés, en remplacement d’une grande partie du personnel formé, qualifié [3]. Même pour répondre à l’urgence sociale d’éviter ou réduire l’impact de la crise alimentaire, il ne pouvait y avoir dérogation à l’exigence du «  renforcement de la gestion publique pour aider à bien cibler et hiérarchiser les dépenses  » [4] du programme de facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance, dont l’État nigérien est «  bénéficiaire  ».

Humanisme néolibéral

Les victimes de cette famine ne correspondaient pas, sans doute, au profil du pauvre dessiné par le FMI et la Banque Mondiale. Ainsi, a-t-il fallu attendre la mise en spectacle médiatique du drame pour que soit, en partie, entendue la revendication de la distribution gratuite des vivres aux affamés. Une revendication de bon sens qui semblait une énormité pour le gouvernement et ses partenaires de la «  communauté internationale  » (États-Unis Union européenne…), car leurs options c’était la vente des vivres à prix «  modérés  » aux affamés ou l’échange des vivres contre du travail.
Les familles qui avaient encore quelques têtes de bétail, décharnées, les vendaient à des prix on ne peut plus dérisoires. D’autres arrivaient à s’endetter, à défaut d’avoir la force de travailler. «  Trade, not aid  » [5], tel est le principe de la politique de «  coopération  » du gouvernement des États-Unis sur lequel veillait USAID, soutenu par l’Union Européenne et le Programme alimentaire mondial. Ce drame a été l’occasion de consolider les rapports marchands dans la société et l’individualisme qui les accompagne, amplifiés à l’époque néolibérale.
Il va de soi que cet humanisme néolibéral et spectaculaire ne pouvait que réduire l’ampleur du désastre, non lui apporter une solution radicale. Le projet de la «  communauté internationale  » tant répété est la «  réduction de la pauvreté  » à long terme, non pas son éradication, pourtant objectivement possible. Ainsi la crise alimentaire perdure : «  Les prix sont toujours très élevés sur les marchés, ce qui empêche de nombreuses familles d’acheter la nourriture, à cause de la décapitalisation subie pendant la crise : pour rembourser les dettes contractées, les familles empiètent sur la récolte d’octobre, alors que seulement 2/3 de la terre ont pu être cultivés par manque de semences et de main- d’œuvre, ce qui accroît leur vulnérabilité et le risque de malnutrition. Les effets de la crise vont se prolonger pendant l’année 2006  » [6]. Dans certaines régions, la situation des enfants s’est même aggravée. La «  communauté internationale  » manque de volonté pour réunir les 80 millions de dollars qu’exige la situation : seulement 16 millions de dollars ont été réunis au premier semestre 2005, alors que «  les guerres d’Irak et d’Afghanistan coûtent aujourd’hui 5,6 millions de dollars par mois, soit, à quelques décimales près, l’équivalent du produit intérieur brut du Niger … en un an. Et une rallonge de 202 milliards (pour les six prochaines années) vient d’être accordée au Département de la sécurité intérieure, chargé de protéger le territoire et les intérêts américains  » [7].
On est tenté de parler de «  famine néolibérale  » comme Mike Davis parle de «  famines coloniales  » [8]. Car, une famine déclarée c’est pour les généreux «  donateurs  » un futur marché possible. De façon classique, il s’agissait de faire changer les habitudes alimentaires des sinistrés. Par exemple, à une population traditionnellement consommatrice de mil, les «  donateurs  » offraient plutôt du maïs ou du riz qui deviendrait ainsi, subséquemment, un produit de consommation courante à importer.
Mais, de nos jours, il s’agit plus d’une opportunité à saisir pour faire accepter les produits génétiquement modifiés. Ainsi, la position du gouvernement nigérien en la matière a connu une évolution assez rapide depuis la reconnaissance officielle de la crise alimentaire. Alors que le Cadre national de biosécurité, élaboré en 2005, exprime une certaine prudence, en novembre 2005, Niamey, la capitale du Niger, est le lieu choisi pour organiser un séminaire régional sur «  La couverture médiatique de la biotechnologie agricole – Contraintes et opportunités pour la presse en Afrique de l’Ouest  ». Un séminaire organisé par l’Institut international de recherche sur les cultures en zones tropicales et semi-arides (ICRISAT), l’International Service for Acquisition of Agribiotech Applications (ISAAA) et l’UNESCO. L’ISAAA est un organisme qui a pour vocation la lutte contre la faim et la pauvreté dans les pays dits en développement, surtout par la promotion des cultures transgéniques. Ses principaux financiers sont Cargill, Dow AgroSciences, Monsanto, Pionneer Hi-Bred, Syngenta qui sont aussi les principales multinationales des OGM. A l’occasion de cette opération de consolidation de l’endoctrinement des journalistes [9], a été ôté le cache-sexe sur l’expérimentation des céréales génétiquement modifiées dans la station de recherche de l’ICRISAT, à quelques kilomètres de Niamey, visitée par les séminaristes. A quelque chose malheur est bon pour les marchands d’OGM. Ainsi, cette crise alimentaire va légitimer un processus de mise en dépendance agricole accentuée, en matière de semences, de la paysannerie nigérienne, voire de disparition des plus pauvres, en tant que petits agriculteurs et petites agricultrices indépendants qui iront grossir les rangs du lumpen-prolétariat.
Vu qu’il s’agissait d’une ancienne colonie française, restée dans le giron de la Françafrique [10], il y avait une générosité très intéressée. Celle de la Compagnie générale des matières nucléaires (Cogema, du groupe Areva) [11]. Celle-ci est en grande partie redevable à l’uranium nigérien, pillé de façon jalousement monopolistique pendant longtemps. Mais les forfaits de la Cogema-Areva sont désormais exposés publiquement, grâce à la relative «  ouverture démocratique  » locale et au développement de la conscience antinucléaire, par l’ONG locale Agherin’man (bouclier de l’âme), la Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (CRIIRAD, France) et l’Association Sherpa (des juristes contre l’impunité dont jouissent les multinationales en matière de violation des droits des travailleurs en particulier, des droits humains et de l’écologie en général) [12]. Cette mise à nu des conditions de travail dans les mines (faible rémunération, exposition des travailleurs à la radioactivité sans véritable système de protection et de contrôle médical…), de la pollution de l’environnement aux conséquences fâcheuses sur les populations voisines et l’environnement risque d’aboutir à une réduction des profits en cas de conformité aux normes internationales.
La néolibéralisation s’est en grande partie déroulée dans le respect des rapports françafricains. C’est par exemple Vivendi qui a pris le contrôle de la distribution d’eau [13]. Cependant, la privatisation des télécommunications du Niger a plutôt bénéficié à la firme chinoise ZTE en progression sur le marché africain. Ce malgré l’appartenance du Niger à la zone monétaire du Franc CFA. Cette concurrence parfois défavorable risque de se reproduire concernant l’exploitation à venir de l’or, des phosphates et du pétrole. C’est sans doute pour maintenir les relations privilégiées, quelque peu érodées, que l’État français semble accorder une grande importance à la bonne organisation des 5ème Jeux de la Francophonie (7-17 décembre, Niamey ). Alors que 2 millions de Nigériens risquent de manquer de «  pain  » pendant le déroulement des jeux [14]. La Francophonie, sauf pour les gogos, est en fait la vitrine culturelle d’une affaire plutôt politico-économique, pour l’État du capital français. Mais, avant ces jeux et pendant le calvaire des enfants et adultes malnutris, les projecteurs de l’actualité françafricaine vont être tournés sur le pays voisin, aussi bien géographiquement que dans le classement en matière sociale ou d’indifférence de la part d’une grande partie de l’humanité, comme le dit cet animateur d’Action contre la faim : «  Le Mali et le Niger sont des pays oubliés par la Communauté internationale, qui réagit aux crises de manière ponctuelle et non sur le long terme.  » [15]

Privatisations au Mali

Le Mali a été moins affecté par l’invasion acridienne et la faible pluviométrie dans la région. Toutefois, il partage avec le Niger presque les mêmes Indicateurs du développement humain, qui font de lui le 174ème pays sur 177 [16]. Ce qui s’explique aussi par le statut commun de pays pauvre très endetté [17] respectant aussi scrupuleusement l’échéancier, autrement dit sans arriérés de paiement. Ainsi, la mauvaise fiche sociale est aussi la conséquence de la politique de l’État malien pendant la phase néocoloniale précédente, l’ayant placé sous la coupe du FMI et de la Banque Mondiale. Une décennie de «  démocratie  » n’a nullement amélioré la situation sociale héritée de la période dite non-démocratique. Bien au contraire. La succession des gouvernements élus c’est aussi la continuité de l’État en matière d’Ajustement structurel néolibéral, malgré la différence des rythmes en ce qui concerne aussi bien la privatisation que la libéralisation des marchés et autres préceptes néolibéraux de la Banque Mondiale et du FMI. L’actuelle équipe gouvernante, dirigée par le général Amadou Toumani Touré, semble plus déterminée que la précédente à satisfaire les institutions gestionnaires de la néolibéralisation, malgré des conséquences sociales dramatiques. Ce au profit des investisseurs dits stratégiques qui prennent le contrôle des secteurs les plus rentables de l’économie dite malienne.
C’est en effet dans le cadre de cette néolibéralisation qu’a eu lieu la privatisation de la Régie des Chemins de Fer du Mali (RCFM). L’actionnaire majoritaire de la nouvelle entreprise Transrail SA est au départ un consortium canado-français Canac-Getma [18]. Une privatisation qui est assez caractéristique des rapports de domination impérialistes : la RCFM évaluée à 105 milliards de FCFA (160 millions d’euros) a été octroyée à 5 milliards (7,622 millions d’euros). La nouvelle entreprise ayant fait le choix du plus grand taux de profit, priorité a été accordée au transport des marchandises, sur celui des voyageurs [19]. Ce qui a entraîné la suppression de deux-tiers des gares (26 sur 36) alors que pendant un siècle la vie s’était organisée autour de ces 36 gares (qui sont aussi des villages). Les habitants sont ainsi désemparés : les voyageurs et les familles des cheminots constituaient la clientèle pour leurs produits. Transrail a ainsi contribué au développement de la pauvreté en milieu rural. De plus, 612 cheminots ont été licenciés et certains acquis sociaux des cheminots, par exemple les pensions de retraite versées aux veuves, ont été soit revus à la baisse soit supprimés. Ce qui a suscité l’indignation et une résistance citoyenne pour le retour à la régie du rail malien. Un Collectif citoyen pour la restitution et le développement intégré du rail malien (Cocidirail) a vu le jour. Mais la répression n’a pas tardé à s’abattre sur lui. Son principal animateur, un ingénieur, ancien directeur adjoint de l’École Supérieure Africaine des Chemins de Fer, Tiécoura Traoré, a été purement et simplement licencié, en violation flagrante de la législation du travail. Le Cocidirail ne s’est pas pour autant démobilisé.

Contre-réforme agraire

D’autres secteurs importants de l’économie malienne sont victimes de cette restructuration néolibérale, avec des graves conséquences sur la vie des populations paysannes. C’est le cas de l’Office du Niger [20], productrice de riz depuis la période coloniale, nationalisée après «  l’indépendance  », soumise à une privatisation rampante depuis 1984, sous l’égide de la Banque Mondiale, avec à la clef la libéralisation de la commercialisation du paddy dès 1985, et une compression des effectifs de 70 %.
Depuis quelque temps, il y est question d’une réforme foncière qui menace les paysans jouissant de l’usufruit sur les terres de l’ON, mais aussi par leur mise en concurrence avec de gros investisseurs. Ce contre quoi ils résistent : «  On affirme que nous sommes dans un État de droit, mais nous, les cultivateurs, ne le savons pas. Nous sommes considérés comme des esclaves. A l’ON, il n’y a que la corruption, la magouille et l’injustice qui prévalent. Nous avons payé les redevances légalement dans le délai fixé par le Président de la République. Et voilà qu’on nous retire nos champs de riz pour les donner aux nouveaux bénéficiaires qui vont récolter nos produits. Nous préférons mourir que de perdre nos champs. Si les autorités ne prennent pas leurs responsabilités, advienne que pourra  » [21], Ces paysans qui ont travaillé et habité légalement sur ces terres pendant des décennies refusent cette perte du droit d’exploitation des terres et leur remplacement par de gros investisseurs, sous le prétexte fallacieux de ne s’être pas acquittés à temps de la redevance eau. Ils sont par ailleurs confrontés à la hausse de plus de 200 % du coût des intrants agricoles. Seuls les plus pourvus financièrement survivront dans la jungle néolibérale.
Cette réforme foncière se réalise au moment où se développe la mobilisation des femmes paysannes pour l’accès à la terre. Ce qui rend plus difficile cette lutte ; c’est que les hommes tendent à la considérer secondaire, au lieu de s’y appuyer pour mieux faire avancer la cause commune. Mais, il ne suffit pas d’être victime d’une injustice pour être en mesure de perdre ses propres privilèges, même symboliques.
Avec l’ON, l’autre cible de la néolibéralisation dans le secteur agricole est la Compagnie malienne de développement et des textiles (CMDT ), l’ex-Compagnie française de développement et des textiles (CFDT). C’est la compagnie du coton, dont le Mali était le principal producteur de la sous-région. Sa privatisation est une pomme de discorde entre les institutions de Bretton Woods et le gouvernement malien qui en redoute les conséquences sociales et électorales, vu la place du coton dans la vie rurale et au-delà. Car, c’est plus du quart de la population malienne, soit environ 3,5 millions de personnes, qui vivent directement et indirectement du coton. Comme le disaient ces deux sexagénaires lors du Forum des Peuples de Fana (choisi comme site à cause de son statut de 2ème région productrice de coton), dans le cadre de la Conférence populaire paysanne (qui a aussi parlé de l’accès à la terre des femmes rurales) au cours de laquelle des échanges ont eu lieu avec des participant/es venu/es du Bénin, du Burkina… : «  S’il faut maintenant vendre notre espoir en privatisant la CMDT, vraiment nous ne sommes pas d’accord.  » [22] La vie quotidienne des petits paysans et paysannes producteurs de coton connaîtra ainsi le sort de leurs compatriotes des gares ferroviaires et de ceux confrontés à l’ON. C’est autour de la CMDT qu’est organisée la vie sociale et les infrastructures. Mais le partenaire français, Dagris, ex-CFDT (actuellement actionnaire à 60 %) est à l’affût, refusant de contribuer au financement du déficit de la CMDT, pour mieux en accélérer la privatisation complète. Car, si le prix du coton aux producteurs est en baisse ces dernières années, le coton de la région du FCFA, dont le Mali a été le principal producteur jusqu’en 2004, est absorbé à 60 % par le marché chinois. Ce qui est en soi une aubaine pour tout investisseur qui se débarrassera de maintes charges sociales, avec la privatisation complète, qui est un engagement pris par l’État malien dans le cadre de l’Initiative PPTE, d’allégement de la dette. L’actuel gouvernement malien a pu obtenir de la Banque Mondiale et du FMI son report en 2008 car l’année 2007 est une année électorale au Mali. La dernière mission de la Banque Mondiale au Mali a mis au point les modalités de privatisation. Pour satisfaire tous ceux, capitaux multinationaux et privés, qui salivent, pour les profits à réaliser, c’est la filialisation, inégalement rentable certes, qui a été retenue.
Un autre aspect de cette restructuration, libéralisation du secteur cotonnier qui est préjudiciable à la petite paysannerie, c’est l’introduction des semences génétiquement modifiées que les petits producteurs participant au Forum des Peuples à Fana ont vigoureusement dénoncée. En effet, en collaboration avec la Banque Mondiale, USAID, les multinationales productrices des semences génétiquement modifiées Dow AgroSciences, Monsanto, Syngenta (Novartis), ont initié un Projet COTI-2 de «  Développement de la culture du coton génétiquement modifié au Mali  ». Ainsi est programmée la dépendance de la petite paysannerie à l’égard des semenciers. Sous prétexte de mettre le progrès technologique au service des pauvres sont préparées en fait leur dépendance et la marginalisation des plus dépourvus ou leur transformation en simple prolétariat agricole, surexploité [23].

 

Concurrence inter-impérialiste

C’est aussi une opération maladroite du gouvernement malien, organisateur du XXIIIème Sommet Afrique-France. Surtout en une période caractérisée par la poussée états-unienne sur le continent dans le secteur pétrolier en particulier et bien d’autres, dans le cadre de l’AGOA [31]. Le 4ème Forum Afrique-États-Unis (juillet 2005 à Dakar ) a été, entre autres, une phase de l’avancée des États-Unis sur le continent. Le Secrétaire américain à l’Agriculture, Mike Johanns, y a même prêché la communauté d’intérêts qui existerait entre les États-Unis d’Amérique et l’Afrique subsaharienne à l’OMC, contre l’Europe : «  nous devrions serrer nos rangs pour dire aux Européens et aux autres qu’il est temps d’ouvrir leurs marchés à nos produits  ». La promotion des OGM aussi s’inscrit dans le cadre de cette cause commune contre l’Europe, aussi peu soucieuse que les États-Unis du sort des pauvres et affamés d’Afrique subsaharienne [32]. Des délégations africaines du pré carré français y ont été sensibles. Déjà dans son discours d’ouverture, le chef de l’État sénégalais, l’économiste libéral Abdoulaye Wade, avait affirmé avec assurance : «  L’AGOA symbolise une nouvelle vision des relations internationales (…) le chemin qui conduit l’Afrique vers la mondialisation  » [33].
Sans qu’il soit déjà question de remise en cause du «  partenariat  » privilégié avec la métropole néocoloniale, le Mali et le Niger, font partie de ces pays sensibles à la poussée états-unienne [34]. Futurs producteurs de pétrole, ils entrent de ce fait dans ce qui est considéré à Washington comme le champ de la sécurité nationale… des États-Unis. Ainsi, le gouvernement américain les a-t-il intégrés, à travers par exemple «  l’Opération Flintock 2005  » [35] dans son programme de «  lutte contre le terrorisme  ». Toutefois ces différents aspects de la «  coopération  » états-unienne demeurent basés sur le respect des préceptes du néolibéralisme par les États «  partenaires  » africains. La soumission au Consensus de Washington demeure la condition cardinale.

Résistances

La reproduction de la pauvreté n’est pas une fatalité. L’année qui s’achève a été aussi une année de résistance à l’ordre qu’imposent aux peuples les maîtres de la mondialisation néolibérale et leurs relais locaux. Dans l’indifférence générale de l’opinion publique internationale, certaines organisations de la société civile nigérienne se sont alliées pour mobiliser, malgré les intimidations et la répression, contre la vie chère symbolisée par l’instauration d’une TVA de 19 % sur les denrées de première nécessité. Une mesure antisociale inscrite dans le cadre de l’intégration régionale de l’Afrique de l’Ouest. Si l’actuel président en exercice de l’Union Africaine, le chef de l’État nigérien, le Général Olosegun Obasanjo, n’a pas la cynique franchise de son collègue sénégalais Abdoulaye Wade exprimant son adhésion aux valeurs du capital états-unien [36], il n’en est pas moins un partisan. Ce qu’il ne cesse de prouver non seulement en confiant le département de l’Économie et des Finances à une technocrate de la Banque Mondiale, mais aussi en persévérant dans le projet de hausse du prix de l’essence et du pétrole lampant. Ce, malgré le succès à répétition des appels à la mobilisation, lancés par certaines centrales syndicales alliées au mouvement démocratique [37], contre cette mesure résultant d’une aliénation des ressources pétrolières au profit des multinationales et de quelques capitaux privés nigérians et qui ne ferait qu’aggraver la pauvreté de la majorité de la population nigériane. Quant à Thabo Mbeki, sa réélection en 2004 n’a pas empêché la contestation populaire de sa politique sociale, y compris par la centrale syndicale Cosatu, allié de l’ANC. Contre les revendications sociales dans les townships il a même envisagé d’envoyer la police. Ce qui n’aurait pas manqué de rappeler un passé récent. Ainsi, derrière son discours nationaliste sur la «  Renaissance Africaine  » se révèle plutôt un projet d’intégration d’une partie de l’élite noire dans les circuits du capital néolibéral [38].
Les élites gouvernantes africaines appliquent les préceptes du néolibéralisme aussi pour leurs intérêts privés. Elles préparent l’asphyxie de la petite paysannerie en articulant réformes foncières néolibérales et introduction des semences génétiquement modifiées. Ce que les associations paysannes présentes au Forum des Peuples à Fana, sommet alternatif au G7 (juin, Mali) ont vigoureusement dénoncé [39]. Malheureusement, la présence des associations paysannes d’autres régions d’Afrique, au-delà de l’Afrique de l’Ouest, a été faible. Il en a été autant des syndicats africains et d’autres composantes du Forum Social Africain, dont est pourtant membre le Forum des Peuples. Alors qu’il s’agit d’une occasion particulière : un forum à vocation continentale qui se tient toujours en zone rurale, qui permet aux paysans et paysannes de la localité choisie d’être présents plutôt que représentés, d’échanger avec ceux et celles d’ailleurs. Le voisinage du Mali et du Niger devrait être mis à profit pour consolider les solidarités permanentes, encore embryonnaires, à étendre dans la sous-région, pour commencer, où sévissent parfois les mêmes multinationales de distribution d’eau, d’électricité, d’exploitation minière, de vente des OGM. Ainsi, par exemple, entre cheminots du Mali et du Sénégal contre leurs États et les acquéreurs privés des chemins de fer nationaux. A l’instar des syndicats africains des dockers, de l’Afrique du Sud au Nigeria, se coordonnant pour la lutte contre les pavillons de complaisance.
L’organisation au Mali d’un sommet alternatif au 23ème Sommet France-Afrique est une initiative qui devrait se poursuivre. Non seulement contre la Françafrique, mais aussi contre les autres messes d’organisation de la paupérisation des peuples. Contre l’opinion favorable que semble avoir l’AGOA dans certains milieux, que semble illustrer le dialogue de la confédération des ONG du Sénégal (Congad) avec l’AGOA, il faut aussi rappeler la nature du capital états-unien, qui n’est ni moins impérialiste ni moins criminel socialement que le capital français. Pour mémoire, la récente intervention des États-Unis au Libéria, contre le régime oligarchique du seigneur de guerre Charles Taylor – qui bénéficiait du soutien du capital français – a favorisé l’exploitation par Firestone, en toute impunité, «  de manière quasi-esclavagiste la main-d’œuvre employée dans sa plantation d’hévéas au Liberia  », dont dix mille enfants [40].
C’est donc contre les différentes facettes de cet ordre qu’il faut s’organiser. Pour un autre monde possible débarrassé de l’exploitation des êtres humains par d’autres, de toutes les oppressions, il faut construire des solidarités permanentes, surtout avec les plus pauvres, pour une alternative radicale. Une radicalité altermondialiste africaine en solidarité avec les radicalités extra-africaines, sans les hiérarchies héritées des passés esclavagiste et colonial. Mais aussi sans négrisme, car l’alternative au racisme ne peut être un racialisme. Ainsi, un projet tel celui de l’African People’s Socialist Party, appelant à une Internationale Socialiste Africaine nous semble encore très marqué par le panégrisme de Marcus Garvey et risque de nourrir le racialisme, plutôt que le socialisme comme alternative démocratique à l’ordre multidimensionnel du Capital [41]. L’organisation du Forum social mondial polycentrique à Bamako, par la proximité géographique, est une opportunité à saisir, pour organiser la discussion collective et démocratique sur la solidarité permanente, pour une alternative africaine radicalement altermondialiste.

Jean Nanga est le correspondant d’Inprecor pour l’Afrique subsaharienne.

Notes:

[1] Cf. Jean Nanga, « Famine et marchandisation de la charité au Niger« , juin 2005, www.solidarites.ch/ ; Claude Quémar, « Niger : vraie crise, fausses réponses« , octobre 2005, www.cadtm.org/

[2] Cf. « Niger, La mondialisation capitaliste impose un nouvel internationalisme« , entretien avec Mamane Sani Adamou, Inprecor, n° 497, septembre 2004.

[3] ibid.

[4] http://www.imf.org/external/np/exr/facts/fre/prgff.htm

[5] «  Commerce et non assistance  »

[6] Amador Gomez (directeur technique d’Action contre la faim, Espagne), « Pas de répit pour le Niger : la malnutrition infantile continue d’augmenter« , Communiqué de presse du 14 novembre 2005.

[7] Claude Angeli, « La gênante franchise des généraux de Bush« , Le Canard enchaîné, mercredi 20 juillet 2005.

[8] M. Davis, Génocides tropicaux : catastrophes naturelles et famines coloniales (1870-1900), Aux origines du sous-développement, Paris 2003, éd. La Découverte. Ce qui peut aussi relativement s’appliquer à la situation dans le Darfour au Soudan

[9] En juin 2005, a été créé à Bamako (Mali) le Réseau des Communicateurs Ouest-Africains en Biotechnologie Agricole (RECOAB).

[10] Cf. Inprecor n° 497, op. cit.

[11] « Le Niger ou le devoir de négligence« , Le Canard enchaîné du 3 août 2005.

[12] CRIIRAD, « Impact de l’exploitation de l’uranium par les filiales de Cogema-Areva au Niger. Bilan des analyses effectuées par le laboratoire de la CRIIRAD en 2004 et début 2005″ ; Almoustapha Alhacen, « Déclaration du président de l’ONG Aghirin’man aux participants du colloque international sur la prévision des risques, Contaminations radioactives et protection des populations » Lyon, avril 2005. Bien que principal actionnaire sur l’uranium du Niger, la Cogema est accompagnée par les entreprises espagnole ENUSA, japonaise OURD et l’État nigérien.

[13] Sur les conséquences de cette appropriation privée de la distribution d’eau on peut lire le Rapport de la Mission Internationale d’Enquête du FIDH, « Droit à l’eau potable au Niger« , octobre 2002.

[14] L’annonce persistante, ces dernières semaines, d’une nouvelle crise alimentaire dès le mois de décembre par des ONG et organismes de l’ONU est gênante pour le gouvernement nigérien qui tient à s’offrir en spectacle dans le monde francophone, à travers ces jeux. Selon certains observateurs, c’est, entre autres, pour empêcher que ne lui soit retirée l’organisation des dits jeux qu’il ne voulait reconnaître officiellement la situation de famine au début de l’année 2005. Alors que des enfants mourraient de faim… les villas devant héberger les sportifs étaient construites… Ainsi au moins 15 millions d’euros ont été investis pour la construction et la réfection des infrastructures !

[15] Action contre la faim, « Mali/Niger : un silencieux scandale », Dossier de presse 2005.

[16] Population en dessous du seuil de pauvreté : 63,8 % ; espérance de vie à la naissance : 48,6 % ; mortalité infantile : 116,79 ‰ ; analphabétisme : 53,6 % (Source CIA, The World Factbook )

[17] Encours de la dette publique extérieure : 1746,1 milliards de francs CFA en 2002 ; 1646,7 en 2003 ; 1725 en 2004 ; 1802 en 2005. Rapporté au PIB nominal : 81,1 % ; 69,9 % ;70 % ; 65,9 % ; Service de la dette : 12 % des recettes budgétaires en 2005 contre 12,4 % en 2004 .

[18] Le consortium CANAC-GETMA a cédé ses actions au Français J. Lefebvre et à l’Américain Savage Companies.

[19] Les bénéfices mensuels du transport des marchandises sont d’un milliard de FCFA (1,524 million d’euros)

[20] Situé au centre du Mali, l’Office du Niger (ON) est un projet d’aménagement hydro-agricole. Créé en 1932 après la découverte au centre du Mali en 1925 d’un delta fossile, le Delta central nigérien, il prévoyait initialement l’aménagement d’environ un million d’hectares en cinquante ans. Ses objectifs principaux étaient : «  de satisfaire le maximum des besoins en coton de l’industrie textile française et d’assurer la sécurité alimentaire en riz des régions sahéliennes de l’Empire Français d’Afrique de l’Ouest  ».

[21] Oumar Traoré, 63 ans, porte-parole des paysans de Niono, dans la région de Ségou, lors de la Conférence de presse du 4 août 2005, au siège du parti SADI et de Radio Kayira, à Bamako.

[22] Awa et Kadia Coulibaly dans Le Messager de Fana, journal du Forum, juin 2005.

[23] Un argumentaire concis contre les OGM en Afrique : Zachary Majanya, du réseau d’Afrique australe et orientale de l’Association Participatory Ecological Land Use Management (PELUM), « 12 raisons pour l’Afrique de rejeter les OGM« ,

[24] « Les investisseurs seront toujours bien reçus au Mali« , Marchés tropicaux, n° 3122, du 7 octobre 2005.

[25] AGOA, Competitiveness Report, p. 23.

[26] L’or est le principal produit d’exportation (57 % des exportations) du Mali, qui en est le troisième producteur africain après l’Afrique du Sud et le Ghana.

[27] Cf. Marie-Eve Tejedor, « Mali : or, pillage et répression… des travailleurs résistent ! », , novembre 2005

[28] Début novembre, c’est l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM) qui a organisé une grève d’avertissement pour la «  mise en application d’un plan social en faveur de tous les travailleurs licenciés des sociétés et entreprises d’État, la réintégration des syndicalistes mutés de manière illégale, la baisse des prix des produits de première nécessité  ».

[29] D’après certaines sources, la gendarmerie a pris en otage sa compagne et leurs enfants, afin de le sortir de sa cachette. Ce qui n’est sans rappeler les pratiques du temps colonial.

[30] Une autre entreprise importante d’exploitation de l’or au Mali est la SEMOS appartenant à 38 % à AngloGold (Afrique du Sud, n° 2 mondial de l’or), 38 % à IamGold ( « junior » au Canada, et assez présent au niveau mondial), 18 % à l’État malien, 6 % à la Société Financière Internationale (SFI ou IFC en anglais, membre du Groupe de la Banque Mondiale, fondée en 1956 sur inspiration des États-Unis, elle se présente comme «  la plus importante source de financement sous forme de prêts et de prise de participations pour les projets du secteur privé dans les pays en développement. Elle facilite un développement durable du secteur privé…  ». Cette répartition des parts sur la mine de Sadiola n’est pas la même sur celle de Yetela où est absente la SFI, ses 6 % étant repartis également entre les trois autres actionnaires. L’autre multinationale sud-africaine RandGold qui exploitait la mine de Syama l’a cédée à Resolute Mining d’Australie en 2004. L’exploitation de l’or au Mali se fait selon les experts à faible coût. Sur les conséquences sociales et écologiques de l’exploitation de l’or à Sadiola, on peut consulter le Rapport de la mission d’enquête des Amis de la Terre sur www.amisdelaterre.org

[31] African growth and opportunity act (AGOA, accord de croissance et d’opportunité africaine) est un accord commercial qui lie, jusqu’en 2015, une quarantaine de pays d’Afrique subsaharienne aux États-Unis.

[32] Avant le séminaire réservé aux journalistes sur la biotechnologie agricole à Niamey, le gouvernement états-unien, avec le soutien de la FAO, avait organisé en fin juin 2004 à Ouagadougou (Burkina Faso) une Conférence internationale intitulée «  Maîtriser la science et la technologie en vue d’accroître la productivité agricole : perspective ouest-africaine  ». Monsanto y avait déjà obtenu l’autorisation d’introduire des produits génétiquement modifiés. Le président de l’Association cotonnière africaine, Ibrahim Malloum, est favorable aux OGM. Cf. son interview : « Quels défis pour l’Afrique cotonnière en 2005-2006 ?« , Marchés tropicaux, n° 3121 du 30 septembre 2005.

[33] L’hebdomadaire français L’Express du 10 novembre 2005 publie un entretien avec le président sénégalais. A la question «  En France, on sent poindre la crainte d’une distension du lien entre Dakar et Paris, au profit d’un flirt américano-sénégalais. Cette crainte est-elle fondée ?  », Abdoulaye Wade répond : «  J’ai toujours été un grand admirateur des États-Unis. Ils fournissent à l’Afrique un modèle de développement rapide que ni la France ni l’Europe ne peuvent lui procurer. Mais cela n’a rien à voir avec le lien traditionnel qui nous unit à la France, et qui demeure  ».

[34] En guise d’illustration : à la veille du sommet France-Afrique, Ikatel (dont sont actionnaires France Télécom et la Sonatel du Sénégal ; France Télécom étant l’actionnaire majoritaire de Sonatel…) vient d’obtenir la licence GSM, accompagnée «  d’exonération de TVA et de droits et taxes de douane  », semble-t-il avec l’aide de France Télécom, selon la Revue de Presse du CEFIB, qui souligne «  Inutile de revenir sur le caractère « illégal  » de cette faveur que les autorités compétentes ont tout de même tenu à souligner même si, pour des raisons obscures d’État, elles ont fini par accéder à cette requête. Ce qui est tout de même curieux dans cette affaire, c’est que cette demande d’exonération a été faite avant même que la jouissance de la licence d’exploitation ne soit effective, celle-ci étant intervenue en août 2002, deux mois seulement après l’élection du général Amadou Toumani Touré à la magistrature suprême en juin 2002. L’exonération était-elle la condition sine qua non pour l’installation d’Ikatel au Mali ou est-ce que, en la matière, il y eut délit d’initié pour lui accorder cette faveur par anticipation ?  », Sékouba Samake et Seydina Oumar Diarra-Sod, « Licence d’exploitation : France Télécom n’est pas derrière Ikatel« , la Revue de Presse du CEFIB du 25 novembre 2005.

[35] Il s’agit de manœuvres militaires conjointes de l’armée états-unienne avec les armées de huit États sahéliens dont le Mali, le Niger, le Sénégal… Lors de la visite de Bush au Sénégal en 2003, il a été question d’y installer une base militaire états-unienne. Alors qu’au Mali a été ouvert le bureau le plus important de la CIA dans la région. Quant au Niger, la formation de ses officiers pilotes de chasse est depuis quelque temps effectuée aux États-Unis…

[36] Selon le Cocidirail, Abdoulaye Wade serait l’un des bénéficiaires de la privatisation de la RCFM, à travers un prête-nom français.

[37] La dernière mobilisation sociale organisée à la mi-septembre l’a été par la Labour and Civil Society Coalition (Lasco) regroupant les centrales syndicales (Nigeria Labour Congress, Trade Union Congress, Congress of Free Trade Union) et des organisations de la société civile (Joint Action Forum). Des organisations politiques, comme le Democratic Socialist Movement, section nigériane du Comité pour une Internationale des Travailleurs, ont toujours soutenu les appels à la grève générale, à la mobilisation lancés principalement par le Nigeria Labour Congress. Le prix Nobel de littérature, Wole Soyinka, a aussi appelé et participé à cette mobilisation.

[38] La lecture de l’ouvrage de William Mervin Gumede, sur Mbeki (Thabo Mbeki and the Battle of the Soul of the ANC, éd. Zebra Press, Cape Town 2005 ) est instructive à ce sujet.

[39] Sekou Diarra, « Revendications citoyennes au Mali« , Manière de voir, «  En lutte. État des résistances dans le monde  », décembre 2005-janvier 2006.

[40] « Labour group sues Bridgestone on Liberia rubber plantation« , Reuters, 18 novembre 2005. www.za.today.reuters.com. Firestone sévit au Liberia depuis 1926.

   
Le Niger est en grève, dénonçons la répression !

Lu sur Samizdat.net : « Depuis le 14 mars 2005, un mouvement social historique s’est développé au Niger contre l’augmentation de la TVA sur les produits de première nécessité. Il associe toutes les couches de la population. Le gouvernement est en crise et n’a trouvé d’autre réponse que d’arrêter les responsables des mouvements sociaux. Face à cette répression, nous devons apporter toute notre solidarité à la population nigérienne dans ses revendications légitimes et exiger la libération des militants interpellés.

Mobilisation générale contre la vie chère !
Le 14 mars 2005, conformément aux exigences aveugles du FMI et de la Banque mondiale, le gouvernement nigérien a décidé d’augmenter la TVA sur les produits de première nécessité. En réaction à cette nouvelle attaque néo-libérale, la population nigérienne, soutenue par les mouvements sociaux, a exprimé de manière claire son mécontentement : manifestation de 150 000 personnes dans les rues de Niamey le 15 mars, opération  » villes mortes  » dans les grandes villes le 22, meeting le 31 et grève le 5 avril. Comme d’habitude, les responsables politiques ont tenté de justifier ces choix politiques, destructeurs d’un point de social et humain, au nom d’une mondialisation inéluctable.

Face à cette mobilisation historique associant toutes les couches de la population, le gouvernement est en crise. Il n’a trouvé d’autre réponse que d’arrêter les responsables des mouvements sociaux. Ces arrestations se sont faites sans le moindre mandat et au détriment des principes démocratiques élémentaires. Morou Amadou, Nouhou Arzika, Kassoum Issa, Moustafa Kadi, responsables de la Coalition Equité contre la vie chère, ainsi que Moussa Tchangari, responsable d’Alternatives Espace Citoyen, sont déjà sous les verrous. Les autres responsables de la coalition sont recherchés par les forces de l’ordre et les responsables syndicaux sous surveillance (le secrétaire général de la Confédération démocratique des travailleurs du Niger a été convoqué par la police) .

Le gouvernement a choisit son camp : il préfère s’aligner sur les politiques néo-libérales préconisées par les gouvernements et les institutions du Nord, -plutôt que d’écouter les revendications légitimes de sa -population. Cela est inacceptable. Une répression ciblée et  » préventive  » Cinq dirigeants de la Coalition contre la vie chère au Niger, arrêtés entre les 25 et 27 mars, ont été inculpés mardi de  » complot contre la sûreté de l’État et provocation d’attroupements non armés « , puis écroués dans deux prisons civiles près de la capitale.

Nouhou Arzika, président de la Coalition, et Kassoum Issa, coordinateur de la CDSN et secrétaire général du Syndicat national des enseignants du Niger, ont été écroués au Camp pénal de Say (sud de Niamey), tandis que Morou Amadou, président de Croisade – une association de défense des droits de l’Homme –, Moustapha Kadi président de SOS Kandadji – une association de défense des consommateurs – et Moussa Tchangari – responsable d’Alternatives Espace Citoyen – ont été conduits au Camp pénal de Daïkaïna (ouest de Niamey).

Cette condamnation fait suite aux  » appels aux manifestations de rue et à des prières collectives « , lancés par la coalition pour les jeudi 31 mars et le mardi 5 avril prochains, a annoncé le porte-parole du gouvernement nigérien, Mohamed Ben Omar. La coalition a, en effet, lancé un appel à observer le 5 avril prochain une grève générale dans tout le pays.

Appel à mobilisation et solidarité
Nous exigeons la libération immédiate des personnes interpellées et l’arrêt des poursuites ; Nous exigeons l’abandon des politiques d’ajustement structurel qu’elle implique ; Nous exigeons l’annulation de la dette extérieure publique du Niger ; Nous exigeons la satisfaction des revendications légitimes du peuple nigérien.

Protestez auprès de la Présidence de la République du Niger :
Par Fax : (227) 72 33 96
Par mail : en envoyant vos noms, profession (et syndicats ou associations d’appartenance) à afrique21 (a) altern.org
Afrique XX1 s’engage à diffuser, avec les associations intéressées et acceptant ces quatre revendications, cette liste de soutien afin de faire pression le plus largement possible sur le gouvernement nigérien.

Le Niger en quelques chiffres Source : Banque mondiale 2004
Superficie : 1 267 000 km
Population : 11,8 millions d’habitants
Capitale : Niamey
Langue officielle : Français
Monnaie : Franc CFA (100 FCFA = 0,15 euros )
Espérance de vie : 46 ans
PIB : 2,7 milliards de dollars en 2003 (France: 1 520,8 milliards d’euros en 2002)
PIB par habitant : 200 dollars (France: 24 837 euros en 2002)

Qui sommes-nous ?
Afrique XX1 est une revue à but non lucratif réalisée par des bénévoles. Elle a pour objectif de se faire l’écho d’analyses, d’informations et d’initiatives d’organisations associatives et syndicales qui luttent afin d’obtenir une réelle alternative pour les peuples africains. Afrique XX1 est et restera indépendante financièrement et dans son fonctionnement de toutes les institutions politiques, économiques et religieuses. Son comité de rédaction est composé d’associations, de syndicats et de personnes se reconnaissant dans sa ligne éditoriale et dans son mode de gestion collectif.
Afrique XX1 c/o CNT, 33, rue des Vignoles, 75 020 Paris.

 

 

Guinée

 

Opération «  pays mort  » en Guinée Conakry

Juin 2006

le 8 juin 2006 débutait la grève générale en Guinée. deux mois de grève générale des dizaines de morts

Human Rights Watch – 6 juillet 2006

En réponse à une grève nationale dénonçant l’augmentation des prix du riz et de l’essence, les forces de sécurité ont commis des meurtres et des viols. Elles ont aussi frappé et détroussé manifestants et passants, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Le gouvernement guinéen doit immédiatement enquêter sur les responsables de ces abus et les traduire en justice. Les faits se sont déroulés pendant la semaine du 12 juin, peu de temps après l’appel à la grève nationale lancé par les principaux syndicats guinéens. Human Rights Watch a interrogé plus de 50 victimes et témoins des abus commis dans la capitale guinéenne, Conakry et dans l’une des capitales régionales, Labé.

Les témoins de 13 meurtres à Conakry et Labé ont rapporté à Human Rights Watch comment les forces de sécurité avaient tiré directement sur la foule des manifestants non armés. La police et les gendarmes ont également battu d’autres manifestants avec des matraques et des crosses de fusil.

«   Le gouvernement guinéen ne peut pas laisser ses forces de sécurité tuer des manifestants non armés et attaquer des passants,  » a déclaré Peter Takirambudde, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. «  Le recours à une force meurtrière contre les manifestants était totalement disproportionné et inadapté aux circonstances.  »

Alors que les manifestants se dispersaient dans les quartiers avoisinants, la police et les gendarmes les ont poursuivis, saccageant les habitations et les commerces des habitants des alentours, frappant non seulement les manifestants mais aussi beaucoup d’autres personnes dont des femmes, des enfants et des vieillards qui n’avaient pas pris part aux manifestations. Deux femmes ont affirmé à Human Rights Watch qu’elles avaient été violées par des membres des forces de sécurité à leur domicile. De nombreux témoins ont décrit comment à la fois pendant les manifestations et au cours des jours qui ont suivi, la police et les gendarmes avaient dérobé des biens de valeur, à des manifestants et des passants, sous la menace de leurs armes dont des téléphones portables, de l’équipement électronique et de l’argent.

Nombre des personnes interrogées par Human Rights Watch ont été arrêtées et emmenées par la police dans des centres de détention dans lesquels elles ont déclaré avoir été battues avec des bâtons, emprisonnées pendant plusieurs jours et libérées seulement après le versement de pots-de-vin aux officiers de police par des membres de leur famille, en échange de leur libération.

Le lundi 12 juin, quatre jours après l’appel à la grève nationale lancé par les principaux syndicats guinéens pour protester contre la hausse des prix des biens de première nécessité, des étudiants du secondaire qui devaient passer l’examen du baccalauréat sont arrivés dans les écoles et ont découvert que personne n’était présent pour surveiller les examens parce le syndicat des professeurs s’était joint à la grève. En réponse, des milliers d’étudiants sont descendus dans les rues de Conakry, Labé, N’zérékore et d’autres villes dans tout le pays pour protester, en scandant des slogans anti-gouvernementaux et en appelant à la démission du gouvernement.

Dans certains endroits, des étudiants et d’autres civils ont monté des barricades, brûlé des pneus, jeté des pierres aux forces de sécurité et brûlé des voitures. A Labé, des étudiants ont commis des actes de vandalisme contre plusieurs installations gouvernementales, brisant des vitres et endommageant les murs des bureaux du gouverneur, du maire et du préfet. Un témoin interrogé par Human Rights Watch à Labé a décrit avoir vu un groupe de civils en colère frapper un soldat et débattre pour savoir s’ils devaient ou non brûler sa motocyclette.

Si le bilan officiel des victimes s’élève à 11 morts, un groupe d’organisations de la société civile affirme que 21 personnes ont été tuées par les tirs des forces de sécurité guinéennes pendant les démonstrations dans tout le pays. Lors d’une intervention radiophonique le 12 juin, le gouvernement guinéen a exprimé ses condoléances aux familles des victimes mais a accusé les partis d’opposition de tenter de déstabiliser le gouvernement en fournissant finances et équipement à des individus ayant participé aux manifestations.

Le gouvernement guinéen a des obligations, dans le cadre de plusieurs traités internationaux et africains relatifs aux droits humains, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, qui exigent qu’il respecte le droit à la vie et les libertés d’expression et de rassemblement. Les actions des forces de sécurité lors des premières semaines de juin ont constitué une violation de ces obligations. Human Rights Watch a appelé le gouvernement à garantir qu’aucune autre violation ne se produirait et que les victimes de toutes les violations se verraient dédommager.

Human Rights Watch a également appelé les forces de sécurité guinéennes à respecter les Principes de base des Nations unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois lorsqu’elles accomplissent des tâches de police lors de démonstrations. Ces principes exigent que les responsables de l’application des lois, dans l’accomplissement de leurs fonctions, aient recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force. Lorsque l’usage légitime de la force est inévitable, les responsables de l’application des lois doivent en user avec modération et leur action doit être proportionnelle à la gravité de l’infraction.

Les abus commis début juin, cependant, ne sont que les derniers événements dans une série d’incidents au cours desquels les forces de sécurité guinéennes ont tiré sur des manifestants non armés. Human Rights Watch a interrogé des victimes et des témoins d’une manifestation à Conakry, en février, au cours de laquelle des soldats ont tiré sur des manifestants, faisant deux blessés et un mort, lors d’une grève nationale antérieure pour protester contre la hausse des prix des produits de première nécessité. En novembre, trois manifestants dans la ville de Télimélé, au centre du pays, auraient été tués après que des soldats eurent ouvert le feu sur des étudiants qui demandaient davantage de professeurs. En septembre, deux individus dans la ville de Kouroussa au Nord du pays auraient été gravement blessés après que les gardes du préfet eurent ouvert le feu sur une foule qui dénonçait la corruption du gouvernement.

«  Le recours à une force meurtrière contre des manifestants est devenu un problème fréquent en Guinée,  » a déclaré Takirambudde. «  Le gouvernement guinéen doit montrer qu’il prend au sérieux la sécurité de tous les Guinéens en enquêtant rapidement sur ces abus.  »

Récits en provenance de Conakry et Labé :

«  Le lundi matin, on est parti pour passer nos examens nationaux. Le principal de notre lycée est venu et il a dit qu’ils auraient lieu mais il ne savait pas quand. On était tellement en colère qu’on a décidé de marcher vers le bureau du gouverneur. On criait : «  On veut du changement  » et «  On en a marre de la mauvaise gouvernance.  » Il y avait environ 50 soldats dans la cour du bureau du gouverneur. Ils ont commencé à fouetter les gens avec leur ceinture pour nous faire partir. On a quitté la cour en courant et on a commencé à brûler des pneus dans la rue. Puis on a tous marché vers la prison. Il y avait des soldats devant la prison. Ils tiraient en l’air avec leurs armes mais ils ont vu que cela ne nous faisait plus peur. Un soldat a visé et a tiré sur un étudiant et l’a touché au ventre. Il était dans ma classe. Avec six autres, j’ai pris le corps et on l’a emmené à l’hôpital. Un médecin a confirmé sa mort.  » Lycéen, témoin des meurtres de manifestants par l’armée, à Labé le 12 juin.

«   Les policiers étaient en tenue anti-émeute complète avec des boucliers et des casques. Quand ils sont arrivés, ils ont sauté de leurs véhicules et ont immédiatement commencé à frapper avec leurs matraques toute personne qu’ils pouvaient attraper. Les étudiants ont commencé à prendre la fuite. C’était la panique totale. Puis, certains étudiants sont revenus et ont commencé à jeter des pierres. La police a répliqué en tirant directement dans la foule. Je ne sais pas s’il y avait juste un policier qui tirait ou plusieurs. Les étudiants ont de nouveau pris la fuite et la police les a poursuivis, frappant ceux qu’elle pouvait et donnant des coups de pied à ceux qui étaient à terre. J’ai vu quatre morts.  » Chauffeur de taxi à Conakry, témoin de meurtres et d’actes de brutalité commis par la police à Conakry, le 12 juin.

«   Je préparais le repas de midi pour la famille lorsqu’un important groupe de policiers est entré dans notre cour. On pensait que parce qu’on était resté à la maison, on n’aurait pas de problèmes. Je les ai vus frapper certains de mes frères et j’ai couru à la maison. L’un des policiers est venu dans ma chambre. Comme les autres, il était habillé en noir et portait un gilet pare-balles. Il m’a poussée contre l’armoire. Avec sa main, il a déchiré le devant de ma chemise. Puis, il m’a violée. Son fusil appuyait contre mon épaule. Après, il est revenu et il a appuyé un couteau contre ma tête. J’ai pensé qu’il allait me tuer.  » Lycéenne de 19 ans violée par un policier à Conakry, le 13 juin.

«  J’étais assis à côté de la mosquée pour la prière du soir. J’ai vu un groupe de gamins qui m’a dépassé en courant. Deux policiers m’ont ensuite dépassé puis ils ont fait demi-tour quand apparemment ils ne pouvaient plus rattraper les gamins. L’un d’eux a commencé à me frapper avec une matraque. Un groupe de voisins est venu pour m’aider. L’autre policier a tiré en l’air et certains des voisins ont pris la fuite. La police m’a emmené dans son camion. L’un d’eux m’a frappé à l’œil avec son poing. Puis ma tante est venue et a donné 200 000 francs guinéens [environ 40 USD] à la police et ils m’ont laissé descendre du camion. Sinon, ils vous emmènent au poste de police.  » Electricien de 45 ans battu par la police à Conakry, le 16 juin.

 

La guinée est paralysée par la grève générale

27 Février – Angry trade unionists brought the Guinean capital Conakry to a standstill today, the first of a five-day general strike called to wrest longstanding demands for a four-fold rise in wages and pensions. The demands are based on years of high inflation, effectively reducing Guinean workers’ purchase power.

Two of the West African nation’s most powerful unions, the National Confederation of Guinean Workers (CNTG), and the Guinean Workers Trade Union (USTG), called the strike action after months of talks broke down. The two trade unions between them boast around 80,000 workers, it is estimated.
There was little traffic on the streets of Conakry as most taxis and minibuses remained at home, while shops and businesses stayed closed and government workers largely deserted offices.
The Guinean government itself on Sunday ordered the closure until further notice of all educational institutions across the country, including schools and universities. « The government realised by last night that it was battling a lost cause, » a trade union member told the UN media ‘IRIN’ today, a day after negotiations broke down.

Daily life has become tougher and tougher in past years for the average Guinean. Rice, the staple food for the West African nation’s eight million people, almost doubled between January 2004 and November 2005, with the free-market price of a 50 kg bag of rice increasing from 50,000 francs to about 85,000 francs. Today a bag costs a whopping 100,000 Guinean francs or US$ 22, which equates to more than half the average monthly salary of a civil servant.

As the Guinea franc tumbles against the dollar on a near day by day basis, petrol prices have also risen sharply in recent months fuelling inflation and adding to Guinean’s woes.
Inflation, which was running at just below 28 percent in 2003, up from single digits two years earlier, was at over 30 percent in the second term of 2005, according to the Conakry Economy and Finance Ministry.
Guinean Employment Minister Ibrahima Keira has threatened action against government workers who fail to turn up for work without a legitimate reason. But leading trade unionist Louis Mbemba Souma, Secretary-General of the Teachers’ Union, told ‘IRIN’ today that « We are determined to carry on this strike. »
« For too long we’ve been taken for a ride, » Mr Souma said. « This time, if even it takes us months, we will pursue and get what we demand from this government, » the trade unionist added.
As the stoppage bit, stalls remained empty at Conakry’s main Madina Market while there was little activity at the government-run Donka hospital in town. « We are observing the strike by giving limited services, » one medical officer said. « But if within the next few days the impasse is not broken, we will have little choice but to close that down as well. »

The decision is controversial, also among the striking workers. « I know that as professionals we shouldn’t, but … enough is enough, » the medical officer said.

By UN media IRIN

La grève à durée illimitée est appelée par les syndicats

A general strike over falling living standards paralysed Guinea on Thursday, 8 June with activity grinding to a halt in spite of government warnings and the presence of armed riot police on the streets.

A general strike over falling living standards paralysed Guinea on Thursday, 8 June with activity grinding to a halt in spite of government warnings and the presence of armed riot police on the streets.

Banks, businesses, schools and offices shut while streets were virtually deserted as a result of industrial action aimed at forcing a reduction in the price of oil-based fuels and the quadrupling of wages, among other demands.

Armed with tear gas launchers, helmeted anti-riot police units were deployed along roads, especially in working-class suburbs, after the government warned Wednesday that any troublemakers would be dealt with mercilessly. The situation, however, remained calm with no notable incidents as the work stoppage began.

The indefinite strike was called by unions in the poverty-stricken West African country to protest against deepening economic hardship and maladministration by the government of President Lansana Conte. The country’s two leading trade unions organised the strike in a bid to sanction Conte’s government, which they accused of being « blind to the systematic misery of the population ».

« Workers do not have any other choice but to start this strike, » said Ibrahima Fofana, spokesperson for the movement which brings together the National Confederation of Guinea Workers (CNTG) and the Public Service Union of Guinea (USTG).

The unions want in particular a reduction in the price of fuel, which rose by 30 percent last month, and a four-fold hike in wages and salaries of government workers. In a statement labour movement described the strike as a « success ». The strike action is the second the unions, which represent more than 90 percent of Guinean workers, have organised this year.

Late February they staged a five-day highly successful industrial action. A series of talks resumed afterwards with Conte’s government, but the unions said they had not yielded any positive outcome.

« Negotiations carried out between the government and the trade unions over the past two weeks have failed », said Fofana.

The government has said that while it recognises the right to strike, those not willing to take part in the action should be not be forced to do so. « If the right to strike is recognised for workers in Guinea, the right to work must be recognised for those who want to go to work, » said Decentralisation Minister and government spokesperson Moussa Solano.

« The government will take all measures at its disposal to protect workers (who want to go to work) and will be merciless to troublemakers » he said.

Unions also complain that rampant corruption, nepotism, bad management, demagogy and underhand dealings are endemic in the Guinea government. Guinea has been under the iron grip of Conte since 1984 when he seized power in a bloodless coup days after the death of the West African country’s founding president Sekou Toure. His poor health over the years and lack of an obvious successor have fuelled fears of a power vacuum that could plunge the former French colony into chaos in the event of his sudden death.

 

Guinea Un mouvement de grève générale paralyse la ville de Conakry

UN Integrated Regional Information Networks

17 Novembre 2005

Conakry

- Alors que la population manifeste de plus en plus son mécontentement face à la grave crise économique que traverse le pays, des affrontements ont opposé mardi des étudiants aux forces de l’ordre pendant la grève générale de 48 heures décrétée par la confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), le plus ancien syndicat du pays, et qui a paralysé les écoles et contraint les hôpitaux au service minimum.

 » Depuis l’augmentation des prix de l’essence en mai dernier, qui a entraîné une augmentation des prix des produits et services de base, le salaire des travailleurs n’a pas été augmenté d’un centime », a déclaré à IRIN Yamoussa Touré, le secrétaire général adjoint de la CNTG.

La CNTG avait appelé mardi à une grève de 48 heures pour exiger que la multiplication des salaires et des pensions par quatre, l’instauration d’un salaire minimum interprofessionnel garanti et d’un tribunal administratif pour les travailleurs de la fonction publique, et une réduction du coût des transports publics.

Soutenue par un autre des trois syndicats du pays, l’Union syndicale des travailleurs guinéens (USTG), la grève a paralysé les écoles et services administratifs et contraint les hôpitaux à assurer un service minimum, de nombreux patients se trouvant obligés de faire la queue devant l’hôpital Donka, le plus important de la capitale, pour solliciter une assistance médicale.

 » C’est maintenant notre dernier recours « , a déclaré un fonctionnaire du ministère des Affaires sociales.  » Il y a trop longtemps que le régime du président Lansana Conté ne nous prend pas au sérieux « .

Au pouvoir depuis 21 ans, le président Conté fait face depuis deux ans à la colère de la population qui doit composer avec une inflation galopante qui hypothèque les maigres revenus de ces quelques Guinéens qui peuvent s’estimer heureux d’avoir un emploi.

Et lorsque le prix de l’essence a augmenté de 55 pour cent, au mois de mai, entraînant une hausse importante du prix des transports publics, les syndicats ont exigé une multiplication par quatre de leurs salaires. Mais les négociations avec les autorités n’ayant pas abouti, la CNTG a décidé de déclencher cette semaine un mouvement de grève de 48 heures.

 » Ce n’est pas une action politique « , a déclaré El Hadj Mamadou Bah de la CNGT.  » Nous défendons les intérêts moraux et matériels des travailleurs pour que nous puissions vivre décemment « .

Le prix du riz, la denrée de base de ce pays de 8 millions d’habitants, a presque doublé entre janvier 2004 et novembre 2005, le sac de 50 kg passant de 50 000 francs à environ 85 000 francs, soit environ la moitié du salaire moyen mensuel d’un fonctionnaire de l’Etat.

L’inflation, qui se situait juste en dessous des 28 pour cent en 2003, était de plus de 30 pour cent au second trimestre de 2005, selon le ministère de l’économie et des finances.

La grève de mardi s’est également étendue aux provinces de Leluma, Mali, Faranah, Dinguirai, Koubia et Fria où de nombreux travailleurs sont restés chez eux.

Selon certains témoignages, des étudiants en colère ont saccagé des véhicules et plusieurs jeunes manifestants ont été interpellés par la police dans les rues de Conakry. A Madina, des heurts ont également opposé les commerçants du centre commercial aux forces de l’ordre.

A en croire la centrale syndicale, le mot d’ordre de grève a été largement suivi et le mouvement prendra fin le 16 novembre, comme prévu. Toutefois, la centrale n’a pas écarté une possible reconduite le mouvement de grève si les exigences des travailleurs n’étaient pas satisfaites.

La Guinée détient un tiers des réserves mondiales de bauxite, le minerai utilisé pour produire de l’aluminium. Le pays possède également des réserves d’or, de diamants et de fer, largement inexploitées. Sa forte pluviométrie lui donne aussi un vaste potentiel agricole.

Mais selon les diplomates et les travailleurs humanitaires, la mauvaise gouvernance et la corruption ont précipité le déclin économique du pays et nombreux sont ceux qui se demandent ce qui arrivera lorsque le président Conté, qui a 71 ans et est diabétique, quittera finalement la scène politique.

 

 

La Guinée en transition

11 avril 2006

Depuis bien trop longtemps, les personnalités publiques en Afrique et ailleurs rechignent à examiner les profonds problèmes de la Guinée. La forte position anti-impérialiste que le pays a adoptée depuis les années 60 lui a fait gagner le respect des pan-africanistes, mais l’attitude de non-intervention qui en résultait a depuis longtemps laissé place à l’indifférence et au cynisme. Il est désormais fort probable que le mandat de Lansana Conté s’achèvera par un coup d’État militaire, que certains semblent déjà prêts à accepter avant même que celui-ci ne se produise, comme s’ils y voyaient un moyen de préserver la souveraineté de la Guinée. Cependant, certains membres de l’élite civile guinéenne commencent enfin à considérer l’avenir du pays comme un sujet de préoccupation collective les concernant directement et ne devant pas être laissée entre les mains de tiers, qu’il s’agisse de l’armée ou de diplomates étrangers. Ils devraient être encouragés sur cette voie, notamment par les acteurs internationaux concernés.

Le mélodrame du 4-5 avril demande encore à être pleinement éclairés. La seconde annonce sur les ondes de la radio nationales d’un remaniement profond du cabinet fut interrompue par des soldats, puis le décret présidentiel y référant fut annulé et le premier ministre congédié. D’aucuns racontent que le premier ministre aurait falsifié une partie ou tout de ce décret, visiblement signé par le président, et qui aurait renforcé la position du premier ministre face à un clan rival proche du président. D’autres pensent que le clan autour du secrétaire de la présidence, Fodé Bangoura, auraient simplement convaincu le président de faire volte-face. Il importe peu de savoir laquelle de ces versions est la bonne. Toutes deux illustrent la décrépitude fondamentale du centre du gouvernement, proche de l’anarchie, incapable de prendre des décisions autrement que par les décrets d’un individu au mieux inconstant et qui pourrait désormais ne plus être entièrement apte à gouverner.

Au milieu de cette lutte peu reluisante pour le pouvoir, la société civile commence à formuler une vision pour l’avenir de la Guinée qui se base sur une succession civile pacifique. Les bailleurs de fonds devraient avoir honte de ne pas avoir fait davantage. L’Agence américaine pour le développement international (USAID) a réduit de deux tiers son budget, le Canada a fermé son ambassade et l’argent de l’Union européenne (UE), après une suspension des aides de plusieurs années pour cause de mauvaise gouvernance, commence tout juste à arriver au compte-gouttes. Alors que la société civile avance, les Guinéens sont accablés par la faim, le manque d’électricité et d’eau, le délabrement des infrastructures de communication et l’absence de services de santé et de soins.

Afin de permettre à ce nouvel élan d’autonomie de se généraliser à l’ensemble de la population, les organisations de la société civile, la presse et les syndicats ont besoin de recevoir dès à présent un soutien des bailleurs de fonds. Ces derniers devraient immédiatement se mettre au travail pour corriger les problèmes rencontrés lors des élections municipales de décembre 2005. Celles-ci ont été bien préparées mais se sont mal déroulées, en particulier à cause des cartes d’électeurs inappropriées et de l’absence de pouvoir de la commission électorale.

Les propositions formulées à la fin du mois de février et au début du mois de mars 2006 par la Concertation nationale, qui rassemble les partis politiques, les organisations de la société civile, les syndicalistes, les groupes de femmes et les jeunes, doivent également mieux prendre en compte les réalités du terrain. Or, seule une transition civile permettra leur application. Les appels à l’abolition de toutes les institutions existantes, depuis la Cour suprême jusqu’à l’Assemblée nationale, risquent plus probablement de pousser les hommes politiques civils du gouvernement dans les bras de l’armée plutôt que de les inciter, ainsi que les généraux et les colonels, à envisager une transition légale. La clé de l’avenir réside dans l’aptitude à combiner une situation idéale avec la situation actuelle. Il faudra construire en s’appuyant sur les modestes réformes politiques réalisées en 2005 et faire la distinction entre les interventions techniques nécessaires pour une plus grande transparence des élections et un dialogue à plus long terme, indispensable pour effectuer des changements de taille dans les pratiques politiques, tels que la mise en place d’un pouvoir judiciaire plus indépendant, la réalisation de réformes constitutionnelles et une réflexion sur les injustices du passé qui hantent la société guinéenne.

Le fait que le Président Conté, gravement malade, se soit rendu en Suisse pour y recevoir un traitement médical pendant la Concertation nationale fut une nouvelle illustration d’un fait déjà avéré: depuis deux ans, le président se désengage de plus en plus de la gestion quotidienne du gouvernement. L’opportunisme et le désarroi que ce désengagement provoque apparurent au grand jour les 4 et 5 avril. La grève générale, en revanche, profila la société civile comme un possible contrepoids à la « guerre des clans » qui domine le gouvernement. Pour reprendre les termes qu’un observateur a utilisés récemment au sujet de la Guinée, « le génie est sorti de sa lampe ».

Afin d’aider les Guinéens, qui commencent pour la première fois depuis plusieurs années à se tourner vers l’avenir,

  • les bailleurs de fonds devraient accompagner leurs subventions de signaux diplomatiques clairs visant à établir qu’un gouvernement issu d’un coup d’État militaire (même si celui-ci comprenait un élément civil), serait isolé, ne serait pas reconnu et ne recevrait aucune aide internationale;
  •  

  • les acteurs internationaux devraient soutenir le dialogue amorcé au cours de la Concertation nationale suivant deux axes distincts mais complémentaires: tout d’abord, la préparation d’élections dans la transparence, qu’il s’agisse d’élections présidentielles, ou des élections législatives prévues pour 2007; le deuxième axe de discussion viserait à mettre en place une Conférence Nationale pour définir des objectifs sociaux, politiques et de gouvernance, et notamment des recommandations en matière de réforme constitutionnelle;
  •  

  • le Vatican devrait autoriser Msgr Robert Sarah, prêtre engagé très respecté, à diriger la Conférence nationale, si celle-ci devait l’élire à sa tête; et
  •  

  • en cas de vacance soudaine de la présidence, les acteurs internationaux devraient faire pression sur le président de la Cour suprême pour qu’il prolonge la période transitoire de 60 jours d’une durée suffisante pour permettre la révision des listes électorales, la préparations de cartes d’identité avec photographie pour les électeurs, et pour permettre aux partis politiques d’organiser leur campagne électorale; par ailleurs, l’UE devrait libérer des fonds provenant du Fonds de développement européen pour rendre tout cela possible.
  •  

 

Menaces contre des syndicalistes

CMT, CISL – ICFTU – 8 juin 2006

Alors que l’intersyndicale CNTG-USLG appelle à une nouvelle grève générale, la situation se dégrade en République de Guinée. Les responsables syndicaux des deux centrales syndicales les plus représentatives sont menacés.

La situation se dégrade en République de Guinée. Les principes établis dans les conventions 87 et 98 de l’OIT en République de Guinée ont été violés alors que ces deux conventions ont été ratifiées par ce pays en 1959.

La CISL et la CMT sont extrêmement inquiètes de la situation des droits syndicaux dans ce pays. L’’intégrité de plusieurs syndicalistes est en danger. Les personnes concernées sont les principaux dirigeants des deux centrales syndicales les plus représentatives de Guinée (la Confédération nationale des Travailleurs de Guinée – CNTG- et l’Union syndicale des Travailleurs de Guinée -USTG-). Il s’agit en l’occurrence de Hadja Serah Rabiatou DIALLO, Secrétaire générale de la Confédération nationale des Travailleurs de Guinée – CNTG- et membre du conseil d’administration du BIT ; Ibrahima FOFANA, Secrétaire général de l’Union syndicale des Travailleurs de Guinée -USTG- ; Ahmadou DIALLO, premier Secrétaire général adjoint de la CNTG et Louis Mbemba SOUMAH, premier Secrétaire général adjoint de l’USTG et Secrétaire général du Syndicat libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (Slecg).

Les faits indiquent que le 24 mai dernier, Me Kanfy CAMARA a été assassinée. Cette personne se déplaçait à bord d’un véhicule semblable à celui de Mme Diallo, habitait à proximité du domicile de celle-ci et lui ressemblait. Au vu des circonstances de cet homicide, il y a lieu de craindre que Mme Diallo était en fait la personne visée. Il s’est également produit alors qu’elle venait de rentrer dans son pays à la suite d’une absence prolongée.

Par ailleurs, depuis les mobilisations du 1er mai dernier, Ibrahima Fofana a été suivi par un groupe d’individu. Deux de ces personnes sont même allées jusqu’au domicile du syndicaliste. Un d’entre eux, identifié comme Yacouba Camara, un agent de la DTS, s’est finalement rendu le 26 mai 2006 à la banque où M. Fofana travaille. Il a été appréhendé par les vigiles de la Banque alors qu’il attendait Mr. Fofana. Un pistolet automatique aurait été retrouvé sur lui.

Le jour précédent, M. Fofana, accompagné de Ahmadou Diallo et de Louis Mbemba Soumah, avait reçu des menaces de M. Fodé Bangoura, Ministre d’Etat chargé des Affaires présidentielles.

Ces faits se produisent après le déclenchement d’une grève générale en février dernier. La CNTG et l’USTG avaient alors lancé un mot d’ordre de grève en protestation contre la décision unilatérale du gouvernement de majorer le prix des produits pétroliers, une mesure qui a débouché sur l’augmentation de tous les prix dans un pays où le pouvoir d’achat est déjà très affaibli. Un accord avait été conclu entre le gouvernement et les partenaires sociaux, lequel avait ainsi permis de lever la grève. Le 22 mai dernier, l’Intercentrale CNTG-USTG avait demandé aux autorités de respecter l’accord signé quelques mois plus tôt en menaçant, le cas échéant, de lancer un nouveau mot d’ordre de grève, laquelle a débuté en date d’aujourd’hui en raison de l’absence de réaction positive. Ces faits permettent de mettre en relation les activités syndicales menées par les dirigeants de l’Intercentrale avec les faits de menaces contre leur intégrité.

Les 4 dirigeants syndicaux concernés par ces faits se trouvent à la Conférence de l’OIT qui se tient en ce moment même à Genève. La CISL et la CMT ont demandé à Juan Somavia, Directeur général de l’OIT, d’intervenir d’urgence auprès des autorités guinéennes afin d’obtenir de leur part la garantie que les menaces contre les quatre syndicalistes cessent immédiatement, qu’une protection spéciale soit accordée à ces quatre personnes et que les conventions 87 et 98 de l’OIT soient pleinement respectées et promues en Guinée.

 

Lansana Conté s’accroche au pouvoir

FIDH – 19 novembre 2003

A quelques semaines des élections présidentielles prévues le 21 décembre 2003, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) a mandaté une mission internationale d’enquête en Guinée-Conakry, du 8 au 15 novembre 2003. La mission a eu pour objectif de : dresser un état des lieux de la situation politique et sociale au regard des droits de l’Homme ; s’informer de la situation de l’administration de la justice ; s’enquérir de la situation des défenseurs des droits de l’Homme, ainsi que du sort des réfugiés.

Les chargés de mission ont rencontré les représentants des autorités officielles, les dirigeants des partis politiques d’opposition, les acteurs de la société civile et les représentants de missions diplomatiques.

Au cours de sa mission, la FIDH a pu constater de vives crispations et tensions à la veille des élections présidentielles :

puce  Le 10 novembre, les enseignants sont entrés en grève après l’échec des négociations visant à la mise en œuvre des promesses signées en janvier 2002 par les autorités guinéennes compétentes. Il s’agissait d’une revalorisation salariale sensible pour faire face à l’augmentation du coût de la vie. Dès le premier jour de la grève, Louis M’Bemba Soumah, dirigeant syndical, a été interpellé par la police afin d’être entendu. ) Le lendemain, six dirigeants syndicaux (membres du SLECG et de la FSPE ont été interpellés. Ils ont passé une nuit au poste de gendarmerie avant d’être libérés.

puce  Le 13 novembre 2003, Jean-Marie Dore, président de l’Union pour le Progrès , a été arrêté. Cette interpellation a) de la Guinée (UPG – opposition fait suite à une interview sur Radio France International le matin même, lors de laquelle M. Jean-Marie Dore a évoqué la maladie du Président Lansana Conte et accusé ses médecins d’avoir produit un faux certificat médical pour son dossier de candidature. L’annonce de cette interpellation, illégale au regard du droit guinéen, a provoqué un début de rassemblement qui a été promptement dispersé par les forces de l’ordre. Le 14 novembre, une demande de levée d’immunité parlementaire de Jean-Marie Dore a été adressée au Président de l’Assemblée Nationale. Toutefois, cette question n’a pas été mise à l’ordre du jour de l’Assemblée. Jean-Marie Dore a été libéré dans la nuit du 14 au 15 novembre, à la suite d’une forte mobilisation.

puce  S’agissant de la préparation des élections, la FIDH a constaté la décision des partis d’opposition de boycotter l’élection présidentielle. Cette situation est le résultat direct de la rupture du dialogue national, initié en juillet 2003, sur les questions électorales et générales. Ce dialogue, auquel avait pris part des membres du gouvernement, des représentants des partis politiques (mouvance présidentielle et et des représentants de la société civile, a été) opposition définitivement suspendu fin octobre après l’annonce unilatérale, par les autorités, de l’adoption d’un décret fixant la date des élections présidentielles pour le 21 décembre 2003.

Enfin, sur huit candidatures présentées (pratiquement , la Cour Suprême n’en a) toutes issues de la mouvance présidentielle retenu que deux écartant les autres arguant de vices de procédure. Ainsi, cette élection se jouera uniquement entre Lansana Conte, président actuel, et Mamadou Boyhé Barry, député de l’Assemblée Nationale.

Cette situation confirme les craintes de la FIDH s’agissant de la volonté du pouvoir actuel de se maintenir en place à tout prix. Les quelques signes positifs que constituaient l’amorce de dialogue national et la loi d’amnistie du 9 novembre 2003 – au bénéfice des opposants politiques et notamment d’Alpha Condé, leader du Rassemblement du peuple de Guinée – seront restés au final lettre morte.

Les récents événements témoignent d’un climat de vive tension politique, aggravé par une situation économique préoccupante (pauvreté croissante, inflation en forte augmentation…) et un climat de violence lié la présence de groupes armés en Guinée forestière.

Cette situation est d’autant plus inquiétante qu’elle s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu dans la sous-région, dû notamment aux conflits en Côte d’Ivoire, Libéria et Sierra Leone [, la Guinée devant en outre accueillir chaque jour un nombre croissant de réfugiés] (partie supprimée).

La FIDH craint, au regard des faits constatés au cours de sa mission, une dégradation de la situation à l’approche de l’élection présidentielle.

La FIDH appelle les autorités guinéennes à instaurer les conditions nécessaires à la reprise du dialogue national et à garantir le déroulement d’élections présidentielles libres et démocratiques dans le respect des valeurs inhérentes à un Etat de droit. La FIDH les appelle en outre à garantir, en toutes circonstances, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales en Guinée.

 

Guinée : Grève massive, incidents meurtriers

13 Juin 2006

Au moins dix personnes ont été tuées lors des incidents qui ont opposé lundi des jeunes manifestants aux forces de l’ordre à Conakry et dans d’autres villes guinéennes. Le gouvernement a regretté les pertes humaines et a accusé l’opposition, tandis que la grève générale se poursuivait dans le pays.

Des incidents violents ont éclaté à Conakry et dans plusieurs autres villes entre jeunes manifestants et forces de l’ordre. Ces incidents ont provoqué au moins dix morts, alors que la grève générale était très suivie, notamment dans les banques, les commerces, les écoles et l’administration. Le gouvernement a ainsi décidé d’annuler les épreuves du baccalauréat, ce qui a déclenché des mouvements de protestation des jeunes lycéens qui ont dégénéré. Les forces de l’ordre ont utilisé du gaz lacrymogène contre les jeunes qui avaient érigé des barricades et jeté des pierres. Ces incidents ont touché mardi plusieurs quartiers populaires de la capitale : Hamdalaye, Gbessia, Simbaya et Taouiyah.

Les incidents les plus graves s’étaient produits lundi à Enta, dans la banlieue sud de Conakry, quand un militaire de la garde présidentielle a tiré sur la foule tuant cinq personnes selon des témoins cités par l’AFP. De même source trois étudiants ont été abattus par des militaires dans la ville de Labé, située à 400 kilomètres au nord de la capitale.

Des incidents ont été aussi signalés à Nzerekore, à 970 kilométres au sud-est de Conakry, où selon Reuters un commissariat de la police a été attaqué par les étudiants qui ont libéré des détenus. A Conakry les forces de l’ordre étaient intervenues lundi pour disperser une manifestation d’étudiants qui ont tenté de gagner le centre-ville, se dirigeant vers le palais du président Lansana Conté.

Le porte-parole du gouvernement, Moussa Solano, a déclaré mardi que « le gouvernement regrette les incidents et les pertes en vies humaines », mais il a accusé l’opposition d’avoir « financé et armé des manifestants ». Un des principaux dirigeants de l’opposition, Jean-Marie Doré, secrétaire général de l’UPG (Union pour le progrès de la Guinée) a qualifié cette déclaration de  » diversion  » et de « manipulation », soulignant qu’ « il n’ y a eu qu’un ras-le-bol de la population éprouvée par toutes sortes de misères ». Huit militants d’un autre parti de l’opposition – l’UFR (Union des Forces Républicaines) de l’ancien Premier ministre Sidya Touré – ont été arrêtés dans la nuit de lundi à mardi à Conakry.

Dans un communiqué diffusé à Paris, mardi, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) affirme que les forces de l’ordre guinéennes « ont tiré à balles réelles sur de jeunes manifestants faisant au moins 15 morts et plusieurs dizaines de blessés à travers le pays « . La FIDH considère que cette répression est « manifestement excessive et disproportionnée » et demande l’ouverture immédiate d’une enquête impartiale.

Crise sociale liée aux augmentations des prix des carburants
Les incidents enregistrés dans plusieurs villes guinéennes sont une conséquence de la crise sociale avec une grève générale très suivie qui paralyse le pays depuis cinq jours. Les deux principales centrales syndicales exigent de fortes augmentations de salaires, notamment des fonctionnaires de l’éducation nationale, ce qui a entraîné le report sine die des épreuves du baccalauréat. La Féderation syndicale professionnelle de l’éducation (FSPE) et le Syndicat libre des enseignants et chercheurs (SLECG) sont très actifs au sein de l’Intercentrale guinéenne qui accuse le gouvernement « d’ignorer systématiquement la misère de la population ». Les centrales syndicales exigent le quadruplement des salaires des fonctionnaires et une baisse du prix des carburants.

Les syndicats guinéens protestent depuis le jeudi 8 juin contre la hausse de 30% des prix des carburants qui avait été appliquée il y a un mois environ. Un litre d’essence coûte maintenant 1,20 dollar en Guinée, où plus de la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour. Le président Lansana Conté, toujours souffrant, a reçu lundi soir les dirigeants de l’Intercentrale. Il leur a demandé de « travailler sur les revendications ».

En marge de la grève générale en cours en Guinée, des violents heurts entre jeunes manifestants et forces de l’ordre ont provoqué une dizaine de morts.

 

RFI : Par Antonio Garcia

13/06/2006

Les forces de sécurité répondent aux manifestations par des meurtres
Le gouvernement doit enquêter sur les responsables d’abus et les traduire en justice

Human Rights Watch – 6 juillet 2006

En réponse à une grève nationale dénonçant l’augmentation des prix du riz et de l’essence, les forces de sécurité ont commis des meurtres et des viols. Elles ont aussi frappé et détroussé manifestants et passants, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Le gouvernement guinéen doit immédiatement enquêter sur les responsables de ces abus et les traduire en justice. Les faits se sont déroulés pendant la semaine du 12 juin, peu de temps après l’appel à la grève nationale lancé par les principaux syndicats guinéens. Human Rights Watch a interrogé plus de 50 victimes et témoins des abus commis dans la capitale guinéenne, Conakry et dans l’une des capitales régionales, Labé.

Les témoins de 13 meurtres à Conakry et Labé ont rapporté à Human Rights Watch comment les forces de sécurité avaient tiré directement sur la foule des manifestants non armés. La police et les gendarmes ont également battu d’autres manifestants avec des matraques et des crosses de fusil.

«   Le gouvernement guinéen ne peut pas laisser ses forces de sécurité tuer des manifestants non armés et attaquer des passants,  » a déclaré Peter Takirambudde, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. «  Le recours à une force meurtrière contre les manifestants était totalement disproportionné et inadapté aux circonstances.  »

Alors que les manifestants se dispersaient dans les quartiers avoisinants, la police et les gendarmes les ont poursuivis, saccageant les habitations et les commerces des habitants des alentours, frappant non seulement les manifestants mais aussi beaucoup d’autres personnes dont des femmes, des enfants et des vieillards qui n’avaient pas pris part aux manifestations. Deux femmes ont affirmé à Human Rights Watch qu’elles avaient été violées par des membres des forces de sécurité à leur domicile. De nombreux témoins ont décrit comment à la fois pendant les manifestations et au cours des jours qui ont suivi, la police et les gendarmes avaient dérobé des biens de valeur, à des manifestants et des passants, sous la menace de leurs armes dont des téléphones portables, de l’équipement électronique et de l’argent.

Nombre des personnes interrogées par Human Rights Watch ont été arrêtées et emmenées par la police dans des centres de détention dans lesquels elles ont déclaré avoir été battues avec des bâtons, emprisonnées pendant plusieurs jours et libérées seulement après le versement de pots-de-vin aux officiers de police par des membres de leur famille, en échange de leur libération.

Le lundi 12 juin, quatre jours après l’appel à la grève nationale lancé par les principaux syndicats guinéens pour protester contre la hausse des prix des biens de première nécessité, des étudiants du secondaire qui devaient passer l’examen du baccalauréat sont arrivés dans les écoles et ont découvert que personne n’était présent pour surveiller les examens parce le syndicat des professeurs s’était joint à la grève. En réponse, des milliers d’étudiants sont descendus dans les rues de Conakry, Labé, N’zérékore et d’autres villes dans tout le pays pour protester, en scandant des slogans anti-gouvernementaux et en appelant à la démission du gouvernement.

Dans certains endroits, des étudiants et d’autres civils ont monté des barricades, brûlé des pneus, jeté des pierres aux forces de sécurité et brûlé des voitures. A Labé, des étudiants ont commis des actes de vandalisme contre plusieurs installations gouvernementales, brisant des vitres et endommageant les murs des bureaux du gouverneur, du maire et du préfet. Un témoin interrogé par Human Rights Watch à Labé a décrit avoir vu un groupe de civils en colère frapper un soldat et débattre pour savoir s’ils devaient ou non brûler sa motocyclette.

Si le bilan officiel des victimes s’élève à 11 morts, un groupe d’organisations de la société civile affirme que 21 personnes ont été tuées par les tirs des forces de sécurité guinéennes pendant les démonstrations dans tout le pays. Lors d’une intervention radiophonique le 12 juin, le gouvernement guinéen a exprimé ses condoléances aux familles des victimes mais a accusé les partis d’opposition de tenter de déstabiliser le gouvernement en fournissant finances et équipement à des individus ayant participé aux manifestations.

Le gouvernement guinéen a des obligations, dans le cadre de plusieurs traités internationaux et africains relatifs aux droits humains, notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, qui exigent qu’il respecte le droit à la vie et les libertés d’expression et de rassemblement. Les actions des forces de sécurité lors des premières semaines de juin ont constitué une violation de ces obligations. Human Rights Watch a appelé le gouvernement à garantir qu’aucune autre violation ne se produirait et que les victimes de toutes les violations se verraient dédommager.

Human Rights Watch a également appelé les forces de sécurité guinéennes à respecter les Principes de base des Nations unies sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois lorsqu’elles accomplissent des tâches de police lors de démonstrations. Ces principes exigent que les responsables de l’application des lois, dans l’accomplissement de leurs fonctions, aient recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force. Lorsque l’usage légitime de la force est inévitable, les responsables de l’application des lois doivent en user avec modération et leur action doit être proportionnelle à la gravité de l’infraction.

Les abus commis début juin, cependant, ne sont que les derniers événements dans une série d’incidents au cours desquels les forces de sécurité guinéennes ont tiré sur des manifestants non armés. Human Rights Watch a interrogé des victimes et des témoins d’une manifestation à Conakry, en février, au cours de laquelle des soldats ont tiré sur des manifestants, faisant deux blessés et un mort, lors d’une grève nationale antérieure pour protester contre la hausse des prix des produits de première nécessité. En novembre, trois manifestants dans la ville de Télimélé, au centre du pays, auraient été tués après que des soldats eurent ouvert le feu sur des étudiants qui demandaient davantage de professeurs. En septembre, deux individus dans la ville de Kouroussa au Nord du pays auraient été gravement blessés après que les gardes du préfet eurent ouvert le feu sur une foule qui dénonçait la corruption du gouvernement.

«  Le recours à une force meurtrière contre des manifestants est devenu un problème fréquent en Guinée,  » a déclaré Takirambudde. «  Le gouvernement guinéen doit montrer qu’il prend au sérieux la sécurité de tous les Guinéens en enquêtant rapidement sur ces abus.  »

Récits en provenance de Conakry et Labé :

«  Le lundi matin, on est parti pour passer nos examens nationaux. Le principal de notre lycée est venu et il a dit qu’ils auraient lieu mais il ne savait pas quand. On était tellement en colère qu’on a décidé de marcher vers le bureau du gouverneur. On criait : «  On veut du changement  » et «  On en a marre de la mauvaise gouvernance.  » Il y avait environ 50 soldats dans la cour du bureau du gouverneur. Ils ont commencé à fouetter les gens avec leur ceinture pour nous faire partir. On a quitté la cour en courant et on a commencé à brûler des pneus dans la rue. Puis on a tous marché vers la prison. Il y avait des soldats devant la prison. Ils tiraient en l’air avec leurs armes mais ils ont vu que cela ne nous faisait plus peur. Un soldat a visé et a tiré sur un étudiant et l’a touché au ventre. Il était dans ma classe. Avec six autres, j’ai pris le corps et on l’a emmené à l’hôpital. Un médecin a confirmé sa mort.  » Lycéen, témoin des meurtres de manifestants par l’armée, à Labé le 12 juin.

«   Les policiers étaient en tenue anti-émeute complète avec des boucliers et des casques. Quand ils sont arrivés, ils ont sauté de leurs véhicules et ont immédiatement commencé à frapper avec leurs matraques toute personne qu’ils pouvaient attraper. Les étudiants ont commencé à prendre la fuite. C’était la panique totale. Puis, certains étudiants sont revenus et ont commencé à jeter des pierres. La police a répliqué en tirant directement dans la foule. Je ne sais pas s’il y avait juste un policier qui tirait ou plusieurs. Les étudiants ont de nouveau pris la fuite et la police les a poursuivis, frappant ceux qu’elle pouvait et donnant des coups de pied à ceux qui étaient à terre. J’ai vu quatre morts.  » Chauffeur de taxi à Conakry, témoin de meurtres et d’actes de brutalité commis par la police à Conakry, le 12 juin.

«   Je préparais le repas de midi pour la famille lorsqu’un important groupe de policiers est entré dans notre cour. On pensait que parce qu’on était resté à la maison, on n’aurait pas de problèmes. Je les ai vus frapper certains de mes frères et j’ai couru à la maison. L’un des policiers est venu dans ma chambre. Comme les autres, il était habillé en noir et portait un gilet pare-balles. Il m’a poussée contre l’armoire. Avec sa main, il a déchiré le devant de ma chemise. Puis, il m’a violée. Son fusil appuyait contre mon épaule. Après, il est revenu et il a appuyé un couteau contre ma tête. J’ai pensé qu’il allait me tuer.  » Lycéenne de 19 ans violée par un policier à Conakry, le 13 juin.

«  J’étais assis à côté de la mosquée pour la prière du soir. J’ai vu un groupe de gamins qui m’a dépassé en courant. Deux policiers m’ont ensuite dépassé puis ils ont fait demi-tour quand apparemment ils ne pouvaient plus rattraper les gamins. L’un d’eux a commencé à me frapper avec une matraque. Un groupe de voisins est venu pour m’aider. L’autre policier a tiré en l’air et certains des voisins ont pris la fuite. La police m’a emmené dans son camion. L’un d’eux m’a frappé à l’œil avec son poing. Puis ma tante est venue et a donné 200 000 francs guinéens [environ 40 USD] à la police et ils m’ont laissé descendre du camion. Sinon, ils vous emmènent au poste de police.  » Electricien de 45 ans battu par la police à Conakry, le 16 juin.

 

GUINEA: Students, military clash as general strike bites

CONAKRY, 12 Jun 2006 (IRIN) – Security forces fired teargas and plastic bullets at hundreds of student protesters on Monday who were demanding that the government resign amidst deepening economic hardship and a general strike that entered its fifth day.

« Change today or never, » read placards held by some of the roughly 500 student demonstrators. They demanded that the government negotiate in good faith with workers’ unions that are leading the strike action to demand lower prices for fuel and rice.

The students clashed with about 200 security forces who used batons to beat them back before they reached parliament. At least three people were seriously injured and about 20 others were arrested, according to eyewitnesses.

By Monday afternoon, Conakry’s city centre was calm, but violence erupted in the northern neighbourhoods of Bambeto, Matoto and Kipe where unemployed youths rioted and looted. Unrest was also reported in the northern town of Labe, where youths ransacked the local government administrative office.

« This is a continued feature of Guinean public life, » West Africa analyst Bram Posthumus, who has reported extensively on Guinea, told IRIN. « What would be more worrying is if this became generalised chaos. »

Although fighting occasionally spilled across the border into Guinea from Sierra Leone and Liberia, the country has largely been spared from the conflict that wracked its neighbours. There have been persistent fears that a bloody power struggle could ensue should ailing President Lansana Conte die suddenly. However, Fode Bangoura surfaced as a possible heir apparent during a government reshuffle in May that saw hardliners replace reformers. Bangoura, who has been close to Conte for years, was appointed to head the powerful Ministry of State for Presidential Affairs.

With the reappearance of the hardliners, an impasse between the administration and strike leaders appears more likely than a compromise in the short term. It is the second time Guineans have undertaken a general strike this year. Unions claimed victory when the government promised salary increases for government workers and a new minimum wage for everyone else.

But inflation has flattened those gains.

Trade unions have taken over from a fractured and weak political opposition as the national voice of discontent. As a result of the strike, which includes some 12,000 teachers, students are unable to take their final exams for their diplomas. They blame the government for failing to compromise with the unions, thus threatening to derail their entry into an increasingly disadvantaged workforce.
Teachers are demanding higher salaries than those they were allocated in 2003.
« That old salary is only equivalent to the cost of a bag of rice nowadays and nothing more so we want the government to pay us a legitimate salary, » one striking teacher told IRIN by telephone from the town of Gueckedou.

The government said in a statement on Saturday that it was pursuing negotiations with the unions and proposed measures including paying a year’s worth of pension arrears to 236 retired teachers. But by Monday, the leading Confederation of Guinean Workers (CNTG) and the Union Syndicate of Guinean Workers (USTG) had not yet responded.

The government had offered wage rises for government workers last week, but the increases were rejected as they translated into an increment of less than US $1 a month for most civil servants.
The price hike on fuel is due in part to the rising cost of oil worldwide. But it is also due to a rollback of subsidies for basic goods, including rice, as Guinea attempts to adhere to economic reform measures set forth by the International Monetary Fund (IMF).

Guinea, despite vast natural resources, is one of the world’s poorest countries. With inflation at nearly 30 percent and the local currency’s value falling daily, the cost of a 50-kilogram sack of rice is spiralling out of control to over US $25 – more than half of a civil servant’s monthly wage. Daily life has become tougher and tougher in past years for Guinea’s eight million people.
Under IMF policy, Guinea adopted a floating exchange rate on 1 March 2005, and as a result the Guinean Franc has free-fallen, losing 38 percent of its value against currencies like the dollar, according to the IMF.

 

GUINÉE: Conakry retrouve son calme, mais la grève générale se poursuit

CONAKRY, le 14 juin (IRIN) – Deux jours après les incidents qui ont éclaté entre des élèves, des jeunes chômeurs et les forces de sécurité, le calme est revenu mercredi à Conakry, la capitale guinéenne, mais le mouvement de grève générale se poursuit.

Au septième jour de grève, seules quelques commerçantes sont revenues au marché pour vendre des denrées alimentaires et divers produits, mais les boutiques, banques et autres commerces sont restés fermés. Quelques voitures circulaient dans les rues de Conakry désertées par les véhicules de transport public.

Si les soldats ont disparu du centre ville, ils continuent en revanche à patrouiller dans les quartiers périphériques, notamment à Matoto et Bambeto où les émeutes ont éclaté lundi et mardi.
Certains témoins disent avoir vu treize corps de victimes des affrontements entre les soldats et les élèves manifestants.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan s’est dit très préoccupé par les informations faisant état de la mort d’une dizaine d’élèves pendant les manifestations. Et dans un communiqué publié mardi à New York, M. Annan a appelé les autorités guinéennes à faire preuve de retenue.
Les manifestations des élèves ont commencé lundi après que quelque 12 000 membres du syndicat des enseignants aient rejoint le mouvement de grève générale, empêchant ainsi les élèves de passer leurs examens de fin d’année. En réaction à cette décision des enseignants, le gouvernement a décidé d’annuler définitivement les examens.

M. Annan a également appelé toutes les composantes de la société guinéenne à engager un dialogue constructif pour mettre fin à la crise.

Les négociations ont repris entre le gouvernement du Président Lansana Conté et leaders de l’intersyndicale CNTG (Confédération des travailleurs guinéens) – USTG (Union syndicale des travailleurs guinéens) qui exigent entre autres la réduction des prix du riz et du carburant.
Le gouvernement pour sa part a accusé les partis de l’opposition de manipuler les jeunes manifestants et a mis en garde les leaders politiques contre toute tentative de déstabilisation.
Pour l’opposant Mamadou Ba, il ne s’agit pas d’infiltrer les élèves, parce qu’en réalité, les partis politiques sont déjà impliqués dans le mouvement qui manifeste contre le gouvernement.
 » Nous faisons partie de ce mouvement de protestation ; nous travaillons avec les syndicats « , a-t-il déclaré.
M. Ba a rappelé par ailleurs l’importance de la table ronde organisée en mars par une coalition de 5 partis politiques, des membres de la société civile et des organisations religieuses. Cette réunion a permis de passer en revue les problèmes de la Guinée et de trouver les voies et moyens pour y remédier. Elle a été l’amorce d’une action collective visant à exercer une pression sur le gouvernement.
Au pouvoir depuis 1984, le Président Conté est actuellement très malade. Et selon les observateurs internationaux, les élections présidentielles et législatives organisées en Guinée au cours des dernières années n’étaient ni transparentes, ni justes.

 

 

Juger et Punir les responsables de la répression sanglante du 12 juin 2006

RADDHO – 13 juin 2006

La Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO) exprime sa grave préoccupation par rapport à la rapide dégradation de la situation politique et sociale mais surtout la répression sanglante de la manifestation des élèves le 12 juin 2006 par les forces de l’ordre en Guinée.

Les forces de l’ordre ont réprimé sans ménagement et de façon aveugle la manifestation, faisant selon des sources dignes de foi, vingt et un (21) morts dont dix (10) à Conakry, et onze à l’intérieur du pays (Kankan, N’ Zerekore, Labé etc. ), des dizaines de blessés et de nombreuses arrestations.

Tout est parti de la grève générale et illimitée lancée par l’intersyndical CNTG – USTG le 08 juin 2006 qui estime que le gouvernement guinéen ignore systématiquement la misère de la population, aucune de leurs revendications n’ayant été satisfaite. C’est ainsi qu’ils ont décidé de boycotter l’examen du baccalauréat. Les élèves n’ayant pas de surveillant le premier jour des épreuves du BAC, ont vivement manifesté leur colère dans la rue.

La semaine dernière déjà, trois étudiants de l’université de Foulaya à Kindia avaient été tués et plusieurs autres blessés dans des incidents similaires. La passivité de la communauté africaine est scandaleuse, le Président de la CEDEAO Mamadou TANDJA et le Secrétaire Général Mohamed Ibn CHAMBAS doivent absolument rompre le silence.

Le Président de l’Union Africaine Denis Sassou Nguesso et Alpha Omar KONARE Président de la Commission de l’Union Africaine doivent sortir de leur réserve pour condamner la répression et trouver des solutions de sortie de crise pour la Guinée.

La RADDHO :

puce  Condamne la répression sanglante et exprime son indignation et sa réprobation la plus totale face à cette situation ;

puce  exige la création d’une commission d’enquête internationale, comme ce fut le cas lors du massacre des enfants de Berengo en 1979 sous le règne de Bocassa Ier (en Centrafrique). Les auteurs de cette répression doivent rendre compte devant la justice de leur pays ou à défaut la Justice Pénale Internationale.

puce  en appelle une fois de plus à la communauté africaine et internationale pour créer les moyens d’une sortie de crise en Guinée avant qu’il ne soit trop tard ;

Aujourd’hui, les menaces de répression obligent les leaders syndicaux à vivre dans la clandestinité pour leur propre sécurité.

Il faut aider la Guinée à asseoir le dialogue national pour un Pacte Républicain réunissant les acteurs politiques et la société civile. Il est temps d’agir pour éviter le chaos en Guinée Conakry !

 

Menaces contre des syndicalistes

CMT, CISL – ICFTU – 8 juin 2006

Alors que l’intersyndicale CNTG-USLG appelle à une nouvelle grève générale, la situation se dégrade en République de Guinée. Les responsables syndicaux des deux centrales syndicales les plus représentatives sont menacés.

La situation se dégrade en République de Guinée. Les principes établis dans les conventions 87 et 98 de l’OIT en République de Guinée ont été violés alors que ces deux conventions ont été ratifiées par ce pays en 1959.

La CISL et la CMT sont extrêmement inquiètes de la situation des droits syndicaux dans ce pays. L’’intégrité de plusieurs syndicalistes est en danger. Les personnes concernées sont les principaux dirigeants des deux centrales syndicales les plus représentatives de Guinée (la Confédération nationale des Travailleurs de Guinée – CNTG- et l’Union syndicale des Travailleurs de Guinée -USTG-). Il s’agit en l’occurrence de Hadja Serah Rabiatou DIALLO, Secrétaire générale de la Confédération nationale des Travailleurs de Guinée – CNTG- et membre du conseil d’administration du BIT ; Ibrahima FOFANA, Secrétaire général de l’Union syndicale des Travailleurs de Guinée -USTG- ; Ahmadou DIALLO, premier Secrétaire général adjoint de la CNTG et Louis Mbemba SOUMAH, premier Secrétaire général adjoint de l’USTG et Secrétaire général du Syndicat libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (Slecg).

Les faits indiquent que le 24 mai dernier, Me Kanfy CAMARA a été assassinée. Cette personne se déplaçait à bord d’un véhicule semblable à celui de Mme Diallo, habitait à proximité du domicile de celle-ci et lui ressemblait. Au vu des circonstances de cet homicide, il y a lieu de craindre que Mme Diallo était en fait la personne visée. Il s’est également produit alors qu’elle venait de rentrer dans son pays à la suite d’une absence prolongée.

Par ailleurs, depuis les mobilisations du 1er mai dernier, Ibrahima Fofana a été suivi par un groupe d’individu. Deux de ces personnes sont même allées jusqu’au domicile du syndicaliste. Un d’entre eux, identifié comme Yacouba Camara, un agent de la DTS, s’est finalement rendu le 26 mai 2006 à la banque où M. Fofana travaille. Il a été appréhendé par les vigiles de la Banque alors qu’il attendait Mr. Fofana. Un pistolet automatique aurait été retrouvé sur lui.

Le jour précédent, M. Fofana, accompagné de Ahmadou Diallo et de Louis Mbemba Soumah, avait reçu des menaces de M. Fodé Bangoura, Ministre d’Etat chargé des Affaires présidentielles.

Ces faits se produisent après le déclenchement d’une grève générale en février dernier. La CNTG et l’USTG avaient alors lancé un mot d’ordre de grève en protestation contre la décision unilatérale du gouvernement de majorer le prix des produits pétroliers, une mesure qui a débouché sur l’augmentation de tous les prix dans un pays où le pouvoir d’achat est déjà très affaibli. Un accord avait été conclu entre le gouvernement et les partenaires sociaux, lequel avait ainsi permis de lever la grève. Le 22 mai dernier, l’Intercentrale CNTG-USTG avait demandé aux autorités de respecter l’accord signé quelques mois plus tôt en menaçant, le cas échéant, de lancer un nouveau mot d’ordre de grève, laquelle a débuté en date d’aujourd’hui en raison de l’absence de réaction positive. Ces faits permettent de mettre en relation les activités syndicales menées par les dirigeants de l’Intercentrale avec les faits de menaces contre leur intégrité.

Les 4 dirigeants syndicaux concernés par ces faits se trouvent à la Conférence de l’OIT qui se tient en ce moment même à Genève. La CISL et la CMT ont demandé à Juan Somavia, Directeur général de l’OIT, d’intervenir d’urgence auprès des autorités guinéennes afin d’obtenir de leur part la garantie que les menaces contre les quatre syndicalistes cessent immédiatement, qu’une protection spéciale soit accordée à ces quatre personnes et que les conventions 87 et 98 de l’OIT soient pleinement respectées et promues en Guinée.

 

 

La Guinée doit remplir ses engagements dans la lutte contre le travail des enfants, contre le travail forcé, contre la discrimination et pour les libertés syndicales

CISL – ICFTU – 12 octobre 2005

La CISL a appelé aujourd’hui le gouvernement guinéen à mettre en pratique les nombreux engagements qu’il a pris au cours de la période 1996-2001, aux termes des Déclarations ministérielles de l’OMC, pour débarrasser le pays du travail des enfants et du travail forcé et pour améliorer la condition des travailleurs à travers une négociation collective effective.

Dans sa soumission à l’examen de la politique commerciale de la Guinée par le Conseil général de l’OMC, les 12 et 14 octobre, la CISL insiste sur le fait que, bien qu’elle ait ratifié les huit conventions fondamentales du travail de l’OIT, il reste encore énormément à faire de la part de la Guinée pour concrétiser ces engagements dans la pratique.

D’après l’OIT, environ 309.000 enfants sont économiquement actifs en Guinée, soit plus de 31,1% des enfants guinéens, dans des industries comme l’agriculture, le petit commerce, le travail de maison et les petites exploitations minières. Bien qu’elle soit inscrite dans la législation nationale, l’interdiction du travail forcé n’est pas appliquée dans la pratique.

Le harcèlement de syndicalistes et l’ingérence dans les affaires syndicales sont monnaie courante. En 2003, lorsque les travailleurs de l’entreprise Kindia Bauxite ont organisé une action collective pour réclamer une augmentation salariale, la police s’est rendue aux domiciles des grévistes et a emmené de force leurs épouses et leurs enfants ; les femmes ont été rouées de coups et dix d’entre elles ont subi des blessures au visage.

Les inégalités entre hommes et femmes commencent dès l’école, où le taux d’inscription à l’enseignement secondaire atteint à peine 7% chez les filles (20% chez les garçons), et se prolongent dans la vie professionnelle sous forme d’un écart salarial important entre hommes et femmes ; les employeurs préfèrent embaucher des hommes, et aucune mesure concrète n’a été prise par le gouvernement à ce jour pour combler cet écart.

 

 

Conjurer la descente aux enfers

International Crisis Group – 14 juin 2005

La Guinée court le risque de devenir le prochain État africain en faillite à moins que son gouvernement et la communauté internationale ne fassent de la mise en oeuvre des réformes la priorité de l’heure.

Le dernier rapport de l’International Crisis Group Guinée : conjurer la descente aux enfers, examine la situation d’un pays qui est au bord du gouffre. Pendant que des intrigues se nouent autour de la succession du Président malade et autoritaire, Lansana Conté, l’économie guinéenne s’effondre, les services publics ne sont quasiment plus assurés, le pays a été marqué par une série de manifestations isolées et il doit par ailleurs faire face à des menaces externes.

«  La classe politique est préocuppée par la santé fragile de Conté, mais les mesures que le pays doit prendre dans les prochains mois restent les mêmes, que le Président se rétablisse ou non  », explique Mike McGovern, Directeur du Projet Afrique de l’Ouest de Crisis Group. «  Tous les acteurs doivent soutenir le programme convenu de réformes sans qu’il ne soit tenu compte des questions de personnes.  »

L’ensemble des réformes politiques et économiques qui ont été récemment adoptées par le gouvernement exige des Guinéens qu’ils assument un niveau de responsabilité inédit dans la gestion de leur pays. Ils devraient s’assurer de la mise en place d’institutions solides et des indispensables contre-pouvoirs.

Ces réformes -qui comprennent la révision des listes électorales, la libéralisation des ondes, la garantie de la liberté de mouvement et d’association pour les partis d’opposition et la création d’une commission électorale indépendante- sont nécessaires et urgentes. Leur mise en œuvre devrait précéder la tenue des prochaines élections municipales et celle d’un éventuel scrutin présidentiel anticipé en cas de vacance du pouvoir.

Face à la résistance de ceux qui, agglutinés autour de la présidence, défendront farouchement leurs intérets acquis, la voie des réformes sera difficile, lente et imparfaite. Il est improbable qu’elle réussisse si les militaires n’y trouvent pas leur intérêt, d’où la nécessité de se pencher sur les questions de salaires et d’évolution de carrière au sein de l’armée. L’opposition devra également adopter une nouvelle attitude, poser un acte de foi et participer au processus électoral même si le progrès ne se fera que par à coups.

Les forces de sécurité et les fonctionnaires peuvent se voir imposer de nouvelles règles, mais leurs activités au quotidien restent encore trop souvent dictées par des habitudes acquises au cours de 47 années de régime autoritaire. Plutôt que de se désengager au premier signe de répression, les partis de l’opposition doivent maintenir la pression et faire en sorte que le gouvernement tienne ses promesses. Les média et la société civile ont aussi un rôle important à jouer à cet égard.

«  Si ces réformes sont mises en place, la bataille à venir pour la succession pourra être résolue de manière consensuelle, et la Guinée pourrait prendre un virage important au cours des 12 à 24 prochains mois  », affirme Nancy Soderberg, Vice-Présidente de Crisis Group et Directrice intérimaire du Programme Afrique. «  Sinon, la succession pourrait se révéler sanglante et la gestion catastrophique de ces 21 dernières années aurait toutes les chances de se poursuivre  ».

 

Lansana Conté s’accroche au pouvoir

FIDH – 19 novembre 2003

A quelques semaines des élections présidentielles prévues le 21 décembre 2003, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) a mandaté une mission internationale d’enquête en Guinée-Conakry, du 8 au 15 novembre 2003. La mission a eu pour objectif de : dresser un état des lieux de la situation politique et sociale au regard des droits de l’Homme ; s’informer de la situation de l’administration de la justice ; s’enquérir de la situation des défenseurs des droits de l’Homme, ainsi que du sort des réfugiés.

Les chargés de mission ont rencontré les représentants des autorités officielles, les dirigeants des partis politiques d’opposition, les acteurs de la société civile et les représentants de missions diplomatiques.

Au cours de sa mission, la FIDH a pu constater de vives crispations et tensions à la veille des élections présidentielles :

puce  Le 10 novembre, les enseignants sont entrés en grève après l’échec des négociations visant à la mise en œuvre des promesses signées en janvier 2002 par les autorités guinéennes compétentes. Il s’agissait d’une revalorisation salariale sensible pour faire face à l’augmentation du coût de la vie. Dès le premier jour de la grève, Louis M’Bemba Soumah, dirigeant syndical, a été interpellé par la police afin d’être entendu. ) Le lendemain, six dirigeants syndicaux (membres du SLECG et de la FSPE ont été interpellés. Ils ont passé une nuit au poste de gendarmerie avant d’être libérés.

puce  Le 13 novembre 2003, Jean-Marie Dore, président de l’Union pour le Progrès , a été arrêté. Cette interpellation a) de la Guinée (UPG – opposition fait suite à une interview sur Radio France International le matin même, lors de laquelle M. Jean-Marie Dore a évoqué la maladie du Président Lansana Conte et accusé ses médecins d’avoir produit un faux certificat médical pour son dossier de candidature. L’annonce de cette interpellation, illégale au regard du droit guinéen, a provoqué un début de rassemblement qui a été promptement dispersé par les forces de l’ordre. Le 14 novembre, une demande de levée d’immunité parlementaire de Jean-Marie Dore a été adressée au Président de l’Assemblée Nationale. Toutefois, cette question n’a pas été mise à l’ordre du jour de l’Assemblée. Jean-Marie Dore a été libéré dans la nuit du 14 au 15 novembre, à la suite d’une forte mobilisation.

puce  S’agissant de la préparation des élections, la FIDH a constaté la décision des partis d’opposition de boycotter l’élection présidentielle. Cette situation est le résultat direct de la rupture du dialogue national, initié en juillet 2003, sur les questions électorales et générales. Ce dialogue, auquel avait pris part des membres du gouvernement, des représentants des partis politiques (mouvance présidentielle et et des représentants de la société civile, a été) opposition définitivement suspendu fin octobre après l’annonce unilatérale, par les autorités, de l’adoption d’un décret fixant la date des élections présidentielles pour le 21 décembre 2003.

Enfin, sur huit candidatures présentées (pratiquement , la Cour Suprême n’en a) toutes issues de la mouvance présidentielle retenu que deux écartant les autres arguant de vices de procédure. Ainsi, cette élection se jouera uniquement entre Lansana Conte, président actuel, et Mamadou Boyhé Barry, député de l’Assemblée Nationale.

Cette situation confirme les craintes de la FIDH s’agissant de la volonté du pouvoir actuel de se maintenir en place à tout prix. Les quelques signes positifs que constituaient l’amorce de dialogue national et la loi d’amnistie du 9 novembre 2003 – au bénéfice des opposants politiques et notamment d’Alpha Condé, leader du Rassemblement du peuple de Guinée – seront restés au final lettre morte.

Les récents événements témoignent d’un climat de vive tension politique, aggravé par une situation économique préoccupante (pauvreté croissante, inflation en forte augmentation…) et un climat de violence lié la présence de groupes armés en Guinée forestière.

Cette situation est d’autant plus inquiétante qu’elle s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu dans la sous-région, dû notamment aux conflits en Côte d’Ivoire, Libéria et Sierra Leone [, la Guinée devant en outre accueillir chaque jour un nombre croissant de réfugiés] (partie supprimée).

La FIDH craint, au regard des faits constatés au cours de sa mission, une dégradation de la situation à l’approche de l’élection présidentielle.

La FIDH appelle les autorités guinéennes à instaurer les conditions nécessaires à la reprise du dialogue national et à garantir le déroulement d’élections présidentielles libres et démocratiques dans le respect des valeurs inhérentes à un Etat de droit. La FIDH les appelle en outre à garantir, en toutes circonstances, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales en Guinée.

 

Les forces de sécurité doivent respecter le droit à la liberté d’expression et d’association
Amnesty International – 6 novembre 2001

A la veille du référendum constitutionnel, Amnesty International dénonce les arrestations arbitraires et les mauvais traitements dont sont victimes les opposants politiques.

«  Il doit être mis fin aux arrestations arbitraires et aux mauvais traitements dont sont victimes les opposants politiques pacifiques  », a déclaré Amnesty International aujourd’hui (mardi 6 novembre 2001) alors qu’un référendum constitutionnel doit avoir lieu en Guinée le 11 novembre. «  Le gouvernement doit veiller à ce que ses forces de sécurité respectent pleinement le droit à la liberté d’expression et d’association  ».

Plus l’échéance du référendum approche et plus Amnesty International est préoccupée par le recours excessif à la force et les autres violations des droits humains imputables aux forces de sécurité guinéennes. Selon certaines informations, le 3 novembre 2001 des membres des forces de sécurité ont arrêté et détenu pendant de courtes périodes des dirigeants de partis politiques de l’opposition et ont utilisé des matraques et du gaz lacrymogène contre des civils pour empêcher la tenue de manifestations pacifiques à Conakry, la capitale. Des manifestants auraient également été arrêtés de manière arbitraire et frappés dans la ville de Kankan située dans le nord-est du pays le 30 octobre 2001. Amnesty International craint que la situation des droits humains ne se détériore encore si des mesures préventives ne sont pas prises de toute urgence avant le référendum et au cours des semaines qui suivront.

Les forces de sécurité guinéennes ont régulièrement recours à la violence, y compris des actes de torture, et à d’autres manœuvres d’intimidation pour réprimer les membres de l’opposition politique. L’élection présidentielle de décembre 1998, à l’issue de laquelle le président Lansana Conté a été réélu, avait été entachée d’actes de violence imputables aux forces de sécurité. Les partis d’opposition avaient qualifié le scrutin d’irrégulier et avaient accusé le gouvernement d’avoir truqué l’élection. Des députés de l’opposition, des conseillers des gouvernements locaux et quantité d’autres personnes, dont des femmes et des jeunes filles, avaient été arrêtés. Un grand nombre d’entre eux avaient été torturés en détention, des femmes et des jeunes filles ont notamment été violées. Certaines des personnes arrêtées ont été détenues sans inculpation pendant des mois ou ont été condamnées à de longues peines d’emprisonnement à l’issue de procès iniques. Les allégations de violations des droits humains imputables aux forces de sécurité n’ont pas fait l’objet d’enquête formelle de la part des autorités et personne n’a été déféré à la justice pour ces infractions. Les forces de sécurité continuent d’agir en toute impunité.

«  Il existe de toute évidence une pratique bien établie de violation des droits humains au sein des forces de sécurité guinéennes. Le gouvernement de la Guinée devrait donner immédiatement et publiquement des instructions claires à ses forces pour qu’elles cessent d’arrêter arbitrairement et de soumettre à des actes de violence des manifestants non violents. Le droit fondamental à la liberté d’expression et d’association doivt être pleinement respecté  », a souligné Amnesty International.

L’organisation appelle également les pays donateurs et les organisations intergouvernementales telles que l’Union européenne à évoquer la question des droits humains avec le président Conté et son gouvernement. Le gouvernement des États-Unis, l’Union européenne et d’autres instances ont déjà exprimé leurs préoccupations en ce qui concerne le référendum qui, s’il est adopté, étendrait le mandat actuel du président Conté et lui permettrait de se faire élire pour un troisième mandat. Une coalition de partis d’opposition guinéens mène campagne contre le référendum depuis des mois et appelle les électeurs à boycotter ce scrutin.

Complément d’information

Le président Conté a pris le pouvoir en 1984 à la faveur d’un coup d’état militaire. Le bilan catastrophique de son gouvernement et des forces de sécurité en matière de droits humains a fait l’objet de plusieurs rapports de la part d’Amnesty International et d’autres organisations de défense des droits de la personne. Le gouvernement vient de reprendre les exécutions judiciaires après plus de quinze ans d’interruption. Alors qu’aucune exécution n’avait eu lieu depuis 1984, sept personnes ont été exécutées depuis février 2001. Vingt-deux autres personnes ont été condamnées à mort depuis le début de l’année. Amnesty International appelle le président Conté à commuer toutes les condamnations à mort déjà prononcées et à abolir ce châtiment dans la loi et la pratique.

Le dirigeant de l’opposition et ancien prisonnier d’opinion Alpha Condé se voit toujours empêché de reprendre ses activités de membre de l’Assemblée nationale. Amnesty International considère que cette situation constitue une nouvelle violation de son droit à la liberté d’expression. Alors que cet homme a été libéré en mai 2001, le gouvernement a invoqué le fait que son «  passé criminel  » lui interdisait de prendre part à la vie politique. Alpha Condé a été incarcéré pendant presque deux ans et demi à la suite de l’élection présidentielle de décembre 1998, à laquelle il était candidat.

 

Vive tension en Guinée Forestière
GUINÉE – 27 octobre 2006 – PANAPRESS

La Coordination des associations et groupements de N’Zérékoré, chef-lieu de la Guinée Forestière, dans le sud du pays, a organisé, jeudi, une marche pacifique au cours de laquelle les manifestants ont exigé des pouvoirs publics l’amélioration de leurs conditions socio-économiques.

Selon la Radio nationale guinéenne (RTG), la coordination a remis aux autorités locales une plate-forme revendicative s’articulant sur dix points, dont la réhabilitation « immédiate » de la Route nationale Sérédou-Kissidougou et de la voirie urbaine de N’Zérékoré, ainsi que la régularisation de la vente des produits pétroliers dans les stations service.

Les manifestants ont aussi demandé la suppression de la tarification éclatée des soins dans les hôpitaux, la réfection du Stade du 3 avril de N’zérékoré, l’alimentation de la ville en courant électrique, la construction d’une université, la normalisation du réseau téléphonique dans la région.

Les populations exigent aussi la révision des prix de l’essence, dont le litre est vendu à 17.000 Francs guinéens (1 dollar US = 7.000 FG) dans leur localité contre 5.500 FG à Conakry, du sac de riz vendu à 200.000 FG contre 85.000 à 120.000 FG dans la capitale.

Les manifestants ont décidé de procéder au blocage de toutes les voies de communication terrestres et aériennes et à la suspension de tout paiement d’impôt ou taxe, « si leurs revendications ne sont pas prises en compte dans les 72 heures ».

 

 

Sénégal

 

grèves étudiantes pendant un mois fac morte du fait que la rumeur disait qu’ils avaient vendu aux étudiants du poulet malade de la grippe aviaire

Février – mars

 

Sénégal: Rétention des notes dans les lycées et colléges – Les enseignants restent intransigeants

Wal Fadjri (Dakar)

14 Août 2006

Le Cusems a réitéré sa décision de retenir les notes et de boycotter les conseils de classe. La décision a été prise à l’issue de leur réunion d’évaluation. Ce qui semble, pourtant, laisser de marbre le gouvernement qui n’a pas daigné ouvrir les discussions.

Le cadre unitaire des syndicats de l’enseignement moyen secondaire (Cusems) n’est pas prêt à mettre fin, de sitôt, à sa lutte. Ceci, nonobstant sa rencontre du mercredi 9 août dernier avec une délégation gouvernementale. En réunion d’évaluation, vendredi dernier, Mamadou Mbodj et ses camarades restent plus que jamais intransigeants. Ils maintiennent la rétention des notes et le boycott du conseil de classe. A l’origine, la décision du gouvernement de reporter les discussions jusqu’au mois de septembre, suite à leur rencontre de mercredi dernier. ‘Le report des discussions jusqu’en septembre, sous prétexte de vacances gouvernementales, montre la volonté manifeste du gouvernement de faire perdre du temps. Et ce, pour saper les fondements de la mobilisation’, explique Mbaye Fall Lèye, porte-parole du Cusems que nous avons joint, hier, par téléphone. Selon lui, le gouvernement fait du dilatoire. M. Lèye ne comprend pas que ‘face à la gravité de la situation, il (le gouvernement, Ndlr) se cache derrière les vacances ministérielles pour ne pas engager des discussions avec le Cusems’.

Par ailleurs, le porte-parole de ce cadre renseigne qu’à l’issue de cette rencontre, ‘mandat a été donné au directoire pour imaginer des stratégies efficaces pour bloquer systématiquement la rentrée des classes prochaine’. De l’avis de M. Lèye, les syndicats regroupés dans le Cusems ont déploré, par la même occasion, ‘l’attitude méprisante’ du ministre de l’Education, Moustapha Sourang à l’égard de leur structure. A l’en croire, ‘Sourang est dans une logique de vengeance. Il est le principal facteur de blocage des négociations entre le Cusems et le gouvernement’, accuse-t-il. A ce propos, le porte-parole du Cusems indique que sa structure est désormais déterminée à en découdre avec le Pr Sourang. ‘Nous n’hésiterons plus un seul instant à le combattre. Des actions vont d’ailleurs être menées dans ce sens, à savoir des campagnes de pétition et d’autres formes d’actions’, menace Mbaye Fall Lèye. Qui, explique par ailleurs que malgré la menace de coupure des salaires, brandie par le ministre de l’Educatio, Moustapha Sourang, les enseignants, pour l’essentiel, n’ont pas rendu les notes. Pis, ‘dans presque 80 % des lycées et collèges du Sénégal, il est presque quasi impossible de tenir les conseils de classe’, a-t-il ajouté.

Sur la décision du Cusems de traduire l’Etat devant le Bureau international du travail (Bit) et le conseil d’administration de l’Unesco, M. Lèye informe que la procédure sera enclenchée d’ici la semaine prochaine. Et d’indiquer, en outre, que le Cusems a pris langue avec la société civile et les partis politiques pour mettre sur pied un ‘front de défense de l’école’.

Congo-Kinshasa: Kananga – recherche des solutions à la situation de la SNCC

 

 

Sao Tome et Principe

 

Ressources naturelles, mercenaires et pressions géopolitiques

Fièvre pétrolière à São-Tomé-et-Príncipe

Le vin blanc, un chardonnay Chamonix, vient de ses propres vignobles sud-africains. Et il se boit facilement dans la chaleur équatoriale de São-Tomé-et-Príncipe. Mais M. Christian Hellinger est amer :  » Ici, ce n’est plus que corruption et jalousie parmi les responsables politiques. A cause du pétrole.  » M. Hellinger sait de quoi il parle. A la tête de la compagnie Island Oil Exploration, une société enregistrée aux Bahamas, cet homme au passé trouble (1) fut l’un des premiers à en chercher à la fin des années 1980, en vain, sur l’archipel – l’un des plus petits pays d’Afrique : cent quarante mille habitants sur deux îles de la taille d’Andorre, au large du Gabon. Indépendante depuis le 12 juillet 1975 et dirigée par le président Manuel Pinto da Costa, l’ancienne colonie portugaise quittait alors le marxisme pour s’ouvrir au multipartisme, à l’issue d’une conférence nationale historique : la première du continent africain.
Les recherches effectuées dans les profondeurs des eaux territoriales du nord de l’archipel, à la lisière des hydrocarbures marins du Nigeria, ont porté leurs fruits au tournant des années 2000 : avec des réserves avérées de onze milliards de barils de brut, le pays pourrait devenir d’ici à 2010 le Brunei du golfe de Guinée et produire près de quatre-vingt mille barils par jour.
Mais le pétrole est en train de pourrir le climat national. Depuis l’élection du président Fradique de Menezes en 2001, le pays n’a cessé de s’enfoncer dans l’instabilité. Il y eut d’abord la tentative de putsch de juillet 2003, lorsque cet ancien entrepreneur en cacao, mis au pouvoir par son prédécesseur Miguel Trovoada, fut provisoirement renversé. Vinrent ensuite les crises à répétition sur fond de luttes de pouvoir souvent virulentes entre le chef de l’Etat et sa coalition gouvernementale menée par l’ex-parti unique, le Mouvement de libération de São-Tomé-et-Príncipe – Parti social-démocrate (MLSTP-PSD). Là aussi, chaque claquement de porte se fit dans une odeur d’or noir, autour de l’attribution des concessions pétrolières à des sociétés étrangères, dans le cadre de la zone de développement conjoint – la JDZ – cogérée depuis 2001 par l’archipel et par son puissant voisin nigérian (2).

Durant la dernière crise, où l’on sentit pour la première fois percer la colère des Santoméens – comme l’illustre la première manifestation de lycéens organisée en trente ans d’indépendance –, M. de Menezes perdit son cinquième gouvernement. Ce 2 juin 2005, le premier ministre Damião Vaz d’Almeida remit en effet sa démission au chef de l’Etat. Le parti jugeait  » frauduleuse  » la procédure d’attribution de milliers de kilomètres carrés d’océan à d’étranges compagnies dispensées des examens techniques préalables. Dans cette nouvelle page de la tragi-comédie santoméenne, réprimandes et noms d’oiseaux furent à la hauteur des enjeux : avant même que le pétrole coule, l’Etat allait recevoir 113,2 millions de dollars tirés de l’attribution des concessions, soit trois fois plus que son produit national brut (PNB), dépendant jusqu’alors de la culture de rente du cacao.
A cette ambiance délétère s’ajouta le désarroi d’une population qui vit avec moins de 300 euros par an. Depuis la fin 2004, les dividendes des premières adjudications – quelque 49 millions de dollars – demeurent bizarrement bloqués, et sans intérêts, dans les coffres de la filiale locale d’une banque d’Abuja (Nigeria), la banque Hallmark, liée à l’ancien président du Sénat nigérian remercié pour corruption. Le rappel à l’ordre musclé du président nigérian Olusegun Obasanjo, venu, lors d’une visite-éclair à São-Tomé, régler  » des questions techniques transformées en problèmes politiques « , plongea un peu plus le pays dans le désarroi et les rumeurs. Le 31 mai 2005, sur fond de demande d’augmentation de salaires du secteur public, une grève générale paralysait le pays.
A São-Tomé, il faut savoir lire entre les lignes. Dans ce micro-Etat du golfe de Guinée, colonisé par le Portugal dès le XVIe siècle, la petite élite politique constituée avec l’indépendance n’a cessé de s’enrichir sur le dos d’une population qui continue à manquer d’électricité et de routes sitôt qu’on sort de la très placide capitale São-Tomé (3). Après avoir contribué à détourner de larges parties de l’aide internationale – le pays demeure l’un des plus assistés de la planète –, la plupart des membres de la classe dirigeante n’ont pas mis longtemps à comprendre qu’il était de leur intérêt de jouer leurs poulains dans la course à l’or noir. Et qu’importe qu’on change de flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse des pétrodollars.
Une société joue ici un rôle aussi trouble que déterminant : Environmental Remediation Holding Corporation (ERHC). En 1997, cette entreprise américaine signa des droits d’exclusivité particulièrement avantageux avec São- Tomé. Depuis, malgré les renégociations et le doute qui continue à planer sur sa viabilité, l’entreprise s’est incrustée dans les affaires de l’Etat, passant entre les filets techniques, éthiques, et surtout les vœux pieux de  » transparence  » prônés par la commission bilatérale gérant la JDZ. Jusqu’à s’attribuer la plus grosse part du gâteau des concessions d’exploration : associée à de petites compagnies américaines d’ores et déjà impliquées dans les gisements de la dictature équato-guinéenne, ERHC est désormais, sur les cinq blocs de concessions qui viennent d’être attribués, l’actionnaire majoritaire des deux plus prometteurs.
ERHC a été recapitalisée en 2001 par la société Chrome Energy du Nigérian Emeka Offor, millionnaire et  » parrain  » de la politique de l’Etat d’Anambra au Nigeria. Président d’un conseil d’administration où l’on retrouve aussi M. Howard F. Jeter, ancien ambassadeur des Etats-Unis à Lagos, M. Offor est par ailleurs l’un des principaux financiers de la réélection en 2003 du président nigérian Obasanjo… Alors que celui-ci termine son second et dernier mandat (les prochaines élections générales auront lieu en avril 2007), assisterait-on à un  » hold-up nigérian  » sur le pétrole santoméen via ERHC et plusieurs autres sociétés minoritaires ?

 

Confondante réussite

Un éditorial au vitriol du Washington Post, publié le 1er juin 2005, le laisse entendre :  » Cette attribution des droits d’exploration sent mauvais.  » Plus sèchement encore, M. Nicolas Shaxson, analyste britannique du Royal Institute of International Affairs, estime que  » les Américains d’abord, et les Nigérians ensuite, ont berné cet étonnant petit pays avec ERHC. Pour débloquer l’argent tiré des premières adjudications, São-Tomé ne pouvait qu’accepter les propositions nigérianes concernant les secondes attributions de blocs « . M. Patrice Trovoada, fils de l’ancien président et qui a travaillé pour ERHC, raconte :  » Au moment des négociations visant à établir la JDZ, les membres de la délégation nigériane ne voulaient rien accepter. Nous avons commencé les discussions sur la base de 90 % des parts pour les Nigérians et 10 % pour nous. Mais on n’a pas lâché. Et leurs prétentions ont été finalement réduites d’un tiers [60 % pour les Nigérians, 40 % pour l’archipel]. De toute façon, 140 millions d’habitants contre 140 000… « 
Il n’empêche. La confondante réussite d’ERHC, tout comme la gestion de la JDZ, semble on ne peut plus emblématique de l’appétit du voisin nigérian. La JDZ est gérée par une autorité commune (la Joint Developpment Authority [JDA]) qui siège à Abuja. Le Nigeria  » semble de plus en plus se comporter avec nous comme l’Irak de Saddam le fit avec le Koweït, estime un journaliste de São-Tomé. Avec tout ce que cela sous-entend d’impatiences populaires « . La population ne comprend pas que l’argent du pétrole tarde à venir.  » Comment voulez-vous expliquer ça au peuple, conclut M. Patrice Trovoada, lorsque vous-même vous ne suivez pas les mécanismes de transparence ? Maintenant, on en arrive à un point où un type un peu malin et démagogue peut très facilement installer une dictature ici. « 

Avant de se plier aux diktats d’ERHC, le président de Menezes n’avait ainsi cessé de dénoncer les contrats signés avec cette dernière. C’était pourtant l’époque où le président semblait avoir les yeux de Chimène pour les compagnies américaines désormais très critiques de sa gestion. Au point que c’est une conseillère américaine installée dans le pays qui lui écrivit son discours historique prononcé devant le président George W. Bush, en 2003, à Washington. A cette époque, l’archipel paraissait sur le point d’accueillir une base de la marine américaine destinée à sécuriser les gisements offshore d’un golfe de Guinée dont Washington envisage d’importer 25 % de son brut d’ici à 2015. Cela ne semble plus d’actualité.

De son côté, le MLSTP-PSD est historiquement lié à la Sonangol, la compagnie nationale pétrolière angolaise, qui comptait elle aussi tirer son épingle du jeu. Il y a également les Brésiliens de Petrobras – le président Luiz Inácio Lula da Silva a déjà effectué deux voyages officiels à São-Tomé-et-Príncipe – et, bien sûr, dans les environs, un peu dépassés, les opérateurs français. Quant à la Chine populaire, elle est aux aguets, dans l’espoir que São-Tomé, qui reconnaît Taïwan depuis les années 1990, renoue prochainement avec elle, partenaire historique de l’après-indépendance. Cela ne devrait plus tarder, comme en témoigne la participation de représentants du Parti communiste chinois en 2005 au dernier congrès du MLSTP-PSD, et ce au grand courroux de l’ambassadeur de Taïwan.
 » Ce pétrole devrait être pris pour un don des dieux. Mais, au lieu de nous unir, il nous sépare.  » Auteur du coup d’Etat raté de juillet 2003, le major Fernando Pereira aimerait que le monde se rappelle d’un putsch  » sans violence et destiné à envoyer un message à la communauté internationale concernant la réalité de São-Tomé : une démocratie de façade où l’Etat n’existe pas, avec une armée contrôlée par une classe d’hommes politiques faisant passer leurs intérêts avant ceux de la nation, où la corruption s’intensifie alors que le peuple s’appauvrit « . Mais c’est plutôt la junte entourant cet officier aujourd’hui âgé de 53 ans qui restera dans les mémoires. Menés par M. Alersio Costa, quatorze anciens  » buffalos  » santoméens – supplétifs des troupes de choc antimarxistes de l’Afrique du Sud de l’apartheid, et initialement engagés contre le régime communiste du président Pinto da Costa dans les années 1970 – faisaient partie du complot visant à renverser la IIIe République de São-Tomé.
 » Formés par Pretoria et engagés en Namibie et en Angola, les « buffalos » sont de véritables professionnels de la guerre, poursuit l’officier, qui revendique 80 euros de solde pour vingt-neuf ans d’ancienneté. Et ils sont toujours aussi dangereux. Rien n’a été résolu depuis 2003. Plutôt que de s’attaquer aux problèmes de gestion, c’est comme si on avait cherché à se venger sur l’armée. Nos gardes-côtes n’ont même pas de bateaux ! Vous vous rendez compte…  » Et d’avertir :  » Maintenant que l’or noir arrive et que la classe politique se déchire autour des attributions de blocs, le prochain coup de force sera beaucoup plus sanglant. « 
Réélu, devant M. Patrice Trovoada, le 30 juillet 2006, le président de Menezes a commencé par remercier le procureur de la république Adelino Pereira, qui enquêtait sur les malversations ayant entaché les attributions de concessions pétrolières, au grand courroux de Nigérians qui avaient boycotté les convocations du juge (4). Plus que de São-Tomé, c’est peut-être de Príncipe, la sœur jumelle, que pourraient surgir prochainement les premiers réels problèmes de l’archipel.
C’est de cette île, peuplée essentiellement de contradores (5) d’origine cap-verdienne, que partirent pour le Gabon la plupart des opposants au président Pinto da Costa, dans les années 1970-1980. C’est également Príncipe, cent cinquante kilomètres plus au nord, qui est baignée par les eaux de la JDZ. Pourtant, avec cinq mille habitants, Príncipe est encore plus oubliée que São-Tomé. Sur les 40 % des bénéfices de la JDZ que l’archipel empochera, 7 % seulement lui reviendront. A Santo Antonio, la plus grande ville de l’île, les rares Nigérians présents s’inquiètent de la montée de la xénophobie. Et la jeunesse grogne.
A l’instar de Cabinda, province pétrolière de l’Angola oubliée par le pouvoir central (6), Príncipe pourrait-elle chercher à faire sécession ? Début 2005, justement, un défenseur des droits civiques de Cabinda, M. Raul Danda, en visite à São-Tomé, mettait en garde ses hôtes :  » Les hommes politiques feront de ce pétrole leur richesse personnelle, réservant à la population le cauchemar de la misère.  » A São-Tomé-et-Príncipe, le brut ne devrait commencer à couler qu’à la fin de la décennie. Mais la mauvaise fièvre du pétrole s’y propage déjà.

 

 

Zambie

 

Grève fonction publique Zambie deux mois pour des augmentations de salaires de 30 à 50%

 

 

 

Cameroun

 

Cameroun: Les syndicats s’attaquent aux privatisations

Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

30 Juillet 2006

Le fait est suffisamment inhabituel pour être relevé. Pour dénoncer le processus de scissions, de liquidations et autres privatisations des sociétés d’Etat, en général, et particulièrement de la Camair, les présidents et secrétaires généraux des organisations syndicales des travailleurs du Cameroun ont décidé de taire leurs divergences.

Ce qui s’est d’ailleurs traduit par la signature de chacun d’eux sur le communiqué ayant sanctionné leur rencontre du 17 juillet 2006 avec le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Robert Nkili. Il s’agit notamment de Maximilien Ntone Diboti de la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (Cstc), Flaubert Moussole de l’Union des syndicats libres du Cameroun (Uslc), René Bernard Ekedi de la Confédération générale des travailleurs-Liberté (Cgt-L), Isaac Bissala de l’Union générale des travailleurs du Cameroun (Ugtc), Oumarou Mougoue de la Confédération des syndicats indépendants du Cameroun (Csic ) et Louis Sombes de la Confédération des syndicats autonomes (Csac).

 

 

Togo

 

Publié le mercredi 12 octobre 2005

Grève d’avertissement de 24 heures le 30 novembre TOGO – 26 novembre 2006 – XINHUA Les fonctionnaires togolais ont décidé d’observer une grève d’avertissement de 24 heures le 30 novembre pour exiger notamment le paiement d’arriérés de salaire, a rapporté dimande le site web de la République togolaise citant une source syndicale.

« Nous doutons de la bonne foi du gouvernement six mois après la signature de l’accord que nous avons signé avec lui, car rien n’est encore réalisé », a déclaré le porte-parole de l’Intersyndicale des travailleurs du Togo (ISTT), Mathias Hlomador.

Le gouvernement avait pris en mai l’engagement d’apurer tous les arriérés de salaires et pensions des agents de l’Etat dans un délai de 12 mois à l’issue d’un dialogue social.

Les travailleurs réclament trois mois d’arriérés de salaires et six mois d’arriérés d’allocations familiales.

Outre le paiement des arriérés de salaire, l’Etat togolais s’est engagé à commanditer une étude, dont les résultats seront soumis au patronat, pour la réévaluation du salaire minimum interprofessionnel garanti (smig), fixé depuis plusieurs années à 13.875 FCFA (21,14 euros).

L’administration togolaise compte plus de 33 000 personnes.

Les travailleurs en grève de 24 heures le 30 novembre au Togo
TOGO – 24 novembre 2006 – PANAPRESS

L’Intersyndicale des travailleurs du Togo (ISTT), qui regroupe 5 organisations syndicales, a décidé d’observer une grève générale d’avertissement de 24 heures le 30 novembre courant, pour protester contre la non mise en oeuvre, par l’Etat des engagements pris dans le cadre du Protocole d’accord tripartite entre le gouvernement, le patronat et les organisations de travailleurs, indique un communiqué parvenu vendredi à la PANA à Lomé.

Ce préavis de grève concerne tous les secteurs public, parapublic, privé et informel, indique le communiqué, qui précise que la revendication porte sur le paiement « immédiat » de deux mois d’arriérés de salaires et de pensions et de six mois d’arriérés d’allocations familiales.

Outre ces points, les travailleurs demandent la réduction « rapide » du prix des produits pétroliers.

Lors d’une Assemblée générale tenue le 17 novembre dernier à Lomé, les travailleurs ont affiché leurs colères vis-à-vis de l’Etat à qui il est reproché de n’avoir pas pris en compte leurs doléances inscrites dans le Protocole d’Accord tripartite signé le 11 mai 2006, suite au Dialogue social qui a rassemblé Gouvernement, patronat et syndicats.

La dernière grande grève des travailleurs togolais, qui remonte à novembre 1992, avait duré 9 mois sans interruption.

 

L’Etat tente de désamorcer une grève des travailleurs au Togo
TOGO – 28 novembre 2006 – PANAPRESS

Le gouvernement togolais tente de désamorcer la grève générale des travailleurs prévu pour le jeudi 30 novembre en accordant quelques avantages aux fonctionnaires, à l’issue d’une rencontre, mardi, entre le président Faure Essozimna Gnassingbé et les responsables de l’Intersyndicale des travailleurs du Togo (ISTT), a appris la PANA de sources syndicales.

Lors de la rencontre, le chef de l’Etat togolais s’est notamment engagé à augmenter de 5% les salaires et à payer un mois d’arriérés de salaires et de pensions à partir de janvier 2007. Il s’est aussi engagé à réduire de 20 à 25 francs CFA le prix des produits pétroliers.

Outre ces mesures, le président Faure Gnassingbé a décidé de créer, dès la semaine prochaine, un Conseil national du dialogue social qui entretiendra un dialogue social permanent entre travailleurs, patronat et gouvernement.

Accusant le gouvernement de n’avoir pas respecté les engagements pris lors de la signature, dans le cadre du « dialogue social » le 11 mai dernier, d’un protocole d’accord tripartite entre le gouvernement, le patronat et les syndicats, cinq centrales syndicales regroupées au sein de l’ISTT ont lancé, le 20 novembre dernier, un préavis de grève de 24 heures pour le jeudi prochain.

Ces syndicats réclamaient notamment le paiement de deux mois d’arriérés de salaires et de pensions et 6 mois d’arriérés d’allocations familiales.

Les syndicats n’ont pas encore fait de déclarations sur l’annulation ou non de leur préavis de grève.

Prix des produits pétroliers: les syndicats toujours exigeants TOGO – 4 décembre 2006 – XINHUA Le Secrétaire général de la Confédération des Travailleurs du Togo (CSTT), Adrien Béliki Akueté a, dans une interview diffusée lundi par la presse locale, affirmé que les syndicats ne baisseront pas les bras sur la questiond des prix des produits pétroliers qui connaîssent depuis la semaine dernière une légère baisse suite à une grogne syndicale.

M. Akuété reconnaît d’ailleurs que les Togolais ne sont pas du tout satisfaits de cette baisse. En effet, l’essence super sans plomb qui coûtait 525 FCFA le litre par exemple n’a connu qu’une baisse de 20 FCFA, coûtant donc actuellement 505 FCFA.

Le carburant est devenu depuis ces trois dernières années presque un luxe pour le Togolais.

Les conducteurs de taxis et de moto-taxis se plaignent quotidiennnement de tourner à la perte en raison du coût élevé du carburant.

Grève d’avertissement de 24 heures le 30 novembre TOGO – 26 novembre 2006 – XINHUA Les fonctionnaires togolais ont décidé d’observer une grève d’avertissement de 24 heures le 30 novembre pour exiger notamment le paiement d’arriérés de salaire, a rapporté dimande le site web de la République togolaise citant une source syndicale.

« Nous doutons de la bonne foi du gouvernement six mois après la signature de l’accord que nous avons signé avec lui, car rien n’est encore réalisé », a déclaré le porte-parole de l’Intersyndicale des travailleurs du Togo (ISTT), Mathias Hlomador.

Le gouvernement avait pris en mai l’engagement d’apurer tous les arriérés de salaires et pensions des agents de l’Etat dans un délai de 12 mois à l’issue d’un dialogue social.

Les travailleurs réclament trois mois d’arriérés de salaires et six mois d’arriérés d’allocations familiales.

Outre le paiement des arriérés de salaire, l’Etat togolais s’est engagé à commanditer une étude, dont les résultats seront soumis au patronat, pour la réévaluation du salaire minimum interprofessionnel garanti (smig), fixé depuis plusieurs années à 13.875 FCFA (21,14 euros).

L’administration togolaise compte plus de 33 000 personnes.

 

Burkina Faso

 

Entre 1994 et 2004, les prix ont flambé : essence (+67,42%), pétrole lampant (+165%), huiles de cuisine (+50%), sucre (+54,92%), ciment (+96%). Le 30 décembre 2004, le gouvernement a annoncé des hausses de salaires de 4,5% à 8% des salaires des fonctionnaires, estimées dérisoires.

Manifestation des fonctionnaires : décembre 2004 et février 2005

Grève générale des fonctionnaires (60.000 grévistes) avec la capitale Ouagadougou complètement bloquée 10 mai 2005 pour exiger des hausses de salaires de 25%, la baisse des prix des hydrocarbures, de l’électricité, du ciment, des transports, et la réduction des taxes et des impôts.

Grève générale 27 septembre 2005 pour protester contre la vie chère (augmentation du coût des hydrocarbures, de l’eau, de l’électricité, des frais de scolarité, du sucre…) et contre le non-lieu dans l’affaire Norbert Zongo

Le gouvernement recule le 1er octobre 2005 : baisse du prix de l’essence mélange de 10 francs, subventions aux établissements scolaires pour baisser les frais de scolarité (alors que les syndicats appelaient à la grève générale pour les 26 et 27 septembre 2005

Les revendications liées au renchérissement des produits de première nécessité de grande consommation (céréales et pétrole notamment) : augmentation des salaires et pensions de 25% avec effet rétroactif depuis 2001, réduction des taxes sur les produits de grande consommation, notamment pétrole, eau et électricité, application au secteur privé des augmentations obtenues en 2004 pour le public.

Le climat d’agitation au Burkina Faso est lié à la fois à la dégradation sociale et à la dégradation politique. La première se manifeste, à partir de l’adoption du PAS (plan d’ajustement structurel imposé par le FMI et la banque mondiale) qui s’est traduit par privatisations et licenciements massifs. La seconde par les dérapages du régime comme l’assassinat de Norbert Zongo, directeur du journal L’Indépendant, assassiné en décembre 1998 alors qu’il enquêtait sur un assassinat dans lequel était impliqué le frère du dictateur Blaise Compaoré.

Les années 90 ont été marquées par des agressions patronales (milices cagoulées), l’extension de la précarité et du chômage, le retour des maladies endémiques (paludisme, méningite), de la soif et de la faim.

 

Soutien à la grève générale

CISL – ICFTU – 4 février 2005

La CISL soutient pleinement ses organisations affiliées burkinabé, à savoir la CSB et l’ONSL, dans leur appel à un arrêt de travail de 24h ce vendredi 4 février portant notamment sur une revendication de revalorisation salariale.

60.000 fonctionnaires participent à cette «  grève d’avertissement  » dans tout le pays, tandis que quelque 5.000 travailleurs et travailleuses ont défilé dans les rues de Ouagadougou transformée en ville morte ce matin pour protester contre la «  vie chère  » et l’attitude du gouvernement.

Lancé en front commun de six centrales syndicales et 12 syndicats autonomes, une unité dont se réjouit la CISL, ce mot d’ordre d’arrêt de travail est la suite logique des marches et meetings qui se sont tenues à travers tout le pays le 18 décembre dernier à l’appel des mêmes acteurs syndicaux pour revendiquer entre autres une augmentation de 25% des salaires et pensions, une diminution des impôts et taxes, notamment sur les produits pétroliers, ou encore la reconstruction rapide du marché central de Ouagadougou, ravagé par un incendie en 2003.

Suite à cette mobilisation syndicale du 18 décembre, le gouvernement avait annoncé le 29 décembre dernier diverses mesures, notamment en matière d’augmentation salariale. Mais les syndicats avaient jugé ces mesures vraiment dérisoires (de 4,5 à 8% d’augmentation salariale) en regard de leurs revendications basées sur le coût réel de la vie quotidienne auquel font de plus en plus difficilement face les travailleurs et travailleuses burkinabé.

 

 

Publié le samedi 25 juin 2005

Burkina. Appel à la grève générale.

 Voici le texte d’appel à la grève des syndicats burkinabés pour les 26 et 27 octobre prochains.

Préavis de grève pour les 26 et 27 octobre 2005

Les Secrétaires généraux des centrales syndicales et des syndicats autonomes ont adressé le préavis de grève ci-dessous au président du Faso. Ils annoncent un arrêt de travail les 26 et 27 octobre 2005.

Excellence Monsieur le Président du Faso,

Le 20 mai 2005, s’est tenue au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Jeunesse une concertation gouvernement/syndicats autour de la plate-forme minimale des organisations syndicales. Au terme de la rencontre, les deux parties avaient convenu : – de mettre en place immédiatement un comité paritaire chargé de la mise à plat de tous les dossiers de justice qui attendent d’être exécutés, – de se retrouver en début juillet autour d’un certain nombre de préoccupations exprimées par les syndicats. Il s’agissait notamment de la question des tarifs de l’ONEA et de la SONABEL, des taxes sur les hydrocarbures et des dossiers pendants en justice.

A ce jour, la rencontre prévue depuis juillet ne s’est pas encore tenue malgré les interpellations des organisations syndicales. Alors que le comité paritaire chargé de la mise à plat des dossiers de justice, a, depuis le 14 juin, déposé les conclusions de ses travaux, nous n’avons noté aucune réaction de la part des autorités. Une fois encore donc, le gouvernement fait fi des engagements qu’il prend avec les organisations syndicales et manifeste sa volonté de toujours gagner du temps. Pendant ce temps, la situation des travailleurs ne fait que se dégrader avec le renchérissement des prix des produits de grande consommation particulièrement ceux des céréales et des produits pétroliers. Par le présent préavis, nous portons à votre connaissance que nos organisations syndicales appellent les travailleurs des secteurs public et para- public à observer un arrêt de travail de 48 heures allant du mercredi 26 octobre 2005 à 00 heure au jeudi 27 octobre 2005 à 24 heures pour exiger du gouvernement et du patronat la satisfaction des cinq points de la plate-forme minimale ci-après : – L’augmentation des salaires et pensions de 25% et ce pour compter de janvier 2001. – Le traitement des différents dossiers pendants relatifs à la mise en œuvre des jugements et arrêts de juridiction ; – La réduction des taxes sur les produits de grande consommation notamment les produits pétroliers, l’eau et l’électricité ; – L’application au niveau du privé des augmentations de salaires décidées par le gouvernement en décembre 2004. – La reconstruction diligente du marché central de Ouagadougou Rood Woko) En cas de non- satisfaction, des actions se poursuivront pour l’aboutissement de nos légitimes revendications.

 

Burkina. Solidarité avec les ouvrières d’Yves Rocher

  »La Gacilienne » est une filiale du groupe cosmétique Yves Rocher basée à Ouagadougou. 133 ouvrières y travaillaient. Elles fabriquaient et conditionnaient les billets de tombola pour les loteries publicitaires que le groupe distribue à ses clientes en Europe. En août dernier, le groupe Yves Rocher a prononcé la liquidation de l’entreprise et les ouvrières ont été licenciées sans préavis ni indemnités. Texte d’explication modalités de soutien

9 ans durant, elles ont été payées au rabais. Le droit à l’allaitement leur a été nié, alors que c’est le principal et le plus sûr moyen de nourrir un enfant en Afrique. Le code du travail du Burkina Faso n’était pas respecté. Ces femmes confectionnaient pendant des heures des rouleaux de tombola, sur des bancs de bois. Dans ces conditions difficiles, des gestes comme s’étirer, bâiller, lever le regard n’étaient pas tolérés. Plusieurs d’entre elles ont été sanctionnées par une mise à pied pour simple bavardage. Pour faire respecter leurs droits et défendre leurs intérêts, elles se sont organisées.

Aujourd’hui, le groupe Yves Rocher les licencie !

Premier leader mondial de la cosmétologie d’origine végétale, présent dans 88 pays, le groupe Yves Rocher affiche un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros en 2003. Le Burkina Faso est un des pays les plus pauvres du monde, en matière de développement humain. Il occupe la 172e place sur 174 pays (selon le CNUD). 45,3 % des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté. L’espérance de vie des femmes est de 47 ans.

Au Burkina Faso le chômage tue !

Les témoignages des syndicalistes burkinabè l’attestent, les premières années et même les premiers mois sont particulièrement meurtriers pour les travailleurs et les travailleuses qui perdent leur emploi. Alors que le groupe Yves Rocher sait qu’aucune couverture sociale n’existe au Burkina Faso, qu’il est pratiquement impossible pour ces ouvrières de trouver du travail ailleurs, que la survie de leurs familles est gravement compromise… Y Rocher condamne 133 ouvrières au chômage. Mais, déterminées, les ouvrières ne plient pas. Elles dénoncent leur licenciement comme étant abusif et exigent des indemnités conséquentes pour tous les dommages qu’elles ont subis. Alors que les moyens financiers de son groupe sont à des années lumière des exigences des ouvrières de La Gacilienne, Y. Rocher leur propose… 76 € d’indemnité de fin de contrat !

Au Burkina comme dans de nombreux pays d’Afrique

Ce sont les femmes qui constituent majoritairement le lot des travailleurs pauvres. C’est souvent seules, qu’elles doivent affronter la famine, la maladie et les conséquences des conflits militaires. C’est souvent seules, qu’elles doivent prendre en charge les parents et les enfants. En l’absence de travail dans le pays, leurs conjoints n’ont d’autre issue que l’expatriation pour chercher un emploi et des revenus. Ils sont confrontés à des situations de guerre en Afrique, comme c’est le cas dans plusieurs pays de la région. Quant à l’Europe qui s’érige en forteresse, elle les rejette aux frontières.

Le premier groupe de cosmétologie d’origine végétale dit construire son image de marque sur « le respect des femmes, l’attention et la confiance qu’elles méritent » ! Comment le groupe Yves Rocher peut-il se comporter de la sorte à l’encontre d’ouvrières africaines ?

Nous sommes solidaires des ouvrières de « La Gacilienne » qui exigent le paiement immédiat d’indemnités de licenciement, celui des indemnités de chômage technique non payées, ainsi que des dommages et intérêts. Le groupe Yves Rocher doit prendre ses responsabilités et satisfaire leurs revendications.

Burkina. Solidarité avec les ouvrières d’Yves Rocher

  »La Gacilienne » est une filiale du groupe cosmétique Yves Rocher basée à Ouagadougou. 133 ouvrières y travaillaient. Elles fabriquaient et conditionnaient les billets de tombola pour les loteries publicitaires que le groupe distribue à ses clientes en Europe. En août dernier, le groupe Yves Rocher a prononcé la liquidation de l’entreprise et les ouvrières ont été licenciées sans préavis ni indemnités. Texte d’explication modalités de soutien

9 ans durant, elles ont été payées au rabais. Le droit à l’allaitement leur a été nié, alors que c’est le principal et le plus sûr moyen de nourrir un enfant en Afrique. Le code du travail du Burkina Faso n’était pas respecté. Ces femmes confectionnaient pendant des heures des rouleaux de tombola, sur des bancs de bois. Dans ces conditions difficiles, des gestes comme s’étirer, bâiller, lever le regard n’étaient pas tolérés. Plusieurs d’entre elles ont été sanctionnées par une mise à pied pour simple bavardage. Pour faire respecter leurs droits et défendre leurs intérêts, elles se sont organisées.

Aujourd’hui, le groupe Yves Rocher les licencie !

Premier leader mondial de la cosmétologie d’origine végétale, présent dans 88 pays, le groupe Yves Rocher affiche un chiffre d’affaires de 2 milliards d’euros en 2003. Le Burkina Faso est un des pays les plus pauvres du monde, en matière de développement humain. Il occupe la 172e place sur 174 pays (selon le CNUD). 45,3 % des ménages vivent en dessous du seuil de pauvreté. L’espérance de vie des femmes est de 47 ans.

 

Au Burkina Faso le chômage tue !

Les témoignages des syndicalistes burkinabè l’attestent, les premières années et même les premiers mois sont particulièrement meurtriers pour les travailleurs et les travailleuses qui perdent leur emploi. Alors que le groupe Yves Rocher sait qu’aucune couverture sociale n’existe au Burkina Faso, qu’il est pratiquement impossible pour ces ouvrières de trouver du travail ailleurs, que la survie de leurs familles est gravement compromise… Y Rocher condamne 133 ouvrières au chômage. Mais, déterminées, les ouvrières ne plient pas. Elles dénoncent leur licenciement comme étant abusif et exigent des indemnités conséquentes pour tous les dommages qu’elles ont subis. Alors que les moyens financiers de son groupe sont à des années lumière des exigences des ouvrières de La Gacilienne, Y. Rocher leur propose… 76 € d’indemnité de fin de contrat !

Au Burkina comme dans de nombreux pays d’Afrique.

Ce sont les femmes qui constituent majoritairement le lot des travailleurs pauvres. C’est souvent seules, qu’elles doivent affronter la famine, la maladie et les conséquences des conflits militaires. C’est souvent seules, qu’elles doivent prendre en charge les parents et les enfants. En l’absence de travail dans le pays, leurs conjoints n’ont d’autre issue que l’expatriation pour chercher un emploi et des revenus. Ils sont confrontés à des situations de guerre en Afrique, comme c’est le cas dans plusieurs pays de la région. Quant à l’Europe qui s’érige en forteresse, elle les rejette aux frontières.

Le premier groupe de cosmétologie d’origine végétale dit construire son image de marque sur « le respect des femmes, l’attention et la confiance qu’elles méritent » ! Comment le groupe Yves Rocher peut-il se comporter de la sorte à l’encontre d’ouvrières africaines ?

Nous sommes solidaires des ouvrières de « La Gacilienne » qui exigent le paiement immédiat d’indemnités de licenciement, celui des indemnités de chômage technique non payées, ainsi que des dommages et intérêts. Le groupe Yves Rocher doit prendre ses responsabilités et satisfaire leurs revendications.

 

 

Publié le mercredi 12 octobre 2005

par Afrique21

Burkina. Appel à la grève générale.

Voici le texte d’appel à la grève des syndicats burkinabés pour les 26 et 27 octobre prochains.

-  Préavis de grève pour les 26 et 27 octobre 2005

Les Secrétaires généraux des centrales syndicales et des syndicats autonomes ont adressé le préavis de grève ci-dessous au président du Faso. Ils annoncent un arrêt de travail les 26 et 27 octobre 2005.

Excellence Monsieur le Président du Faso,

Le 20 mai 2005, s’est tenue au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Jeunesse une concertation gouvernement/syndicats autour de la plate-forme minimale des organisations syndicales. Au terme de la rencontre, les deux parties avaient convenu : – de mettre en place immédiatement un comité paritaire chargé de la mise à plat de tous les dossiers de justice qui attendent d’être exécutés, – de se retrouver en début juillet autour d’un certain nombre de préoccupations exprimées par les syndicats. Il s’agissait notamment de la question des tarifs de l’ONEA et de la SONABEL, des taxes sur les hydrocarbures et des dossiers pendants en justice.

A ce jour, la rencontre prévue depuis juillet ne s’est pas encore tenue malgré les interpellations des organisations syndicales. Alors que le comité paritaire chargé de la mise à plat des dossiers de justice, a, depuis le 14 juin, déposé les conclusions de ses travaux, nous n’avons noté aucune réaction de la part des autorités. Une fois encore donc, le gouvernement fait fi des engagements qu’il prend avec les organisations syndicales et manifeste sa volonté de toujours gagner du temps. Pendant ce temps, la situation des travailleurs ne fait que se dégrader avec le renchérissement des prix des produits de grande consommation particulièrement ceux des céréales et des produits pétroliers. Par le présent préavis, nous portons à votre connaissance que nos organisations syndicales appellent les travailleurs des secteurs public et para- public à observer un arrêt de travail de 48 heures allant du mercredi 26 octobre 2005 à 00 heure au jeudi 27 octobre 2005 à 24 heures pour exiger du gouvernement et du patronat la satisfaction des cinq points de la plate-forme minimale ci-après : – L’augmentation des salaires et pensions de 25% et ce pour compter de janvier 2001. – Le traitement des différents dossiers pendants relatifs à la mise en œuvre des jugements et arrêts de juridiction ; – La réduction des taxes sur les produits de grande consommation notamment les produits pétroliers, l’eau et l’électricité ; – L’application au niveau du privé des augmentations de salaires décidées par le gouvernement en décembre 2004. – La reconstruction diligente du marché central de Ouagadougou Rood Woko) En cas de non- satisfaction, des actions se poursuivront pour l’aboutissement de nos légitimes revendications. Veuillez agréer, Excellence M. le Président du Faso, l’expression de notre très haute considération.

Ont signé :

Pour les Centrales syndicales : CGTB-B, CNTB, CSB, FO/UNSL, ONSL, USTB

Pour les Syndicats Autonomes : SAIB, SATEB, SNEAB, SYNATEB, SYNTRAPOST, SYNTAS, SYNAPAGER, SYNATIC, SYNATIPB, SYNATRAD, SYSFMAB

-  

 

Communiqué de presse

Victoire des ouvrières de la Gacilienne

CGT-B – 24 janvier 2006

Le vendredi 19 janvier 2006, le dossier des ouvrières de la Gacilienne a connu un dénouement à travers la signature d’un procès-verbal de règlement à l’amiable.

L’accord signé à la Bourse du Travail de Ouagadougou entre d’une part les ex -travailleuses de la Gacilienne assistées de leur syndicat la CGT-B et d’autre part l’Employeur représenté par le Liquidateur et deux représentants des Laboratoires Yves Rocher prévoit :

puce  le paiement en plus des six mois de salaires déjà consentis d’une somme de 700 000 FCFA ;
puce  l’allocation d’une somme de 5 850 000F à répartir entre les sous-traitants, les ayants droit des travailleuses décédées et les travailleuses démissionnaires déclarées au cours des négociations ;
puce  la mise en place d’une association dénommée Association Burkinabè pour la Promotion Economique et Sociale de la Femme impliquant les ex-employées et leur syndicat ;
puce  La renonciation par les ex-employés de la Gacilienne à toute autre réclamation ou prétention à l’égard de la Gacilienne et de son associé le groupe Yves Rocher ;
puce  L’information par la CGT-B de ses partenaires de la résolution définitive du différend de la Gacilienne.

Au plan matériel, cet accord équivaut à environ 30 mois de salaires, résultat presque inédit dans les négociations du genre ;

Au plan moral, la CGT-B considère cet accord comme une victoire de la lutte menée par les ex-travailleuses de la Gacilienne dans le cadre de leur comité syndical CGT-B mais aussi et surtout comme celle de la solidarité ouvrière internationale. En effet, la lutte des ex-travailleuses a été fortement soutenue par des partenaires de la CGT-B et des personnes de bonne volonté qui ont mené sans relâche une vaste campagne de soutien aux ouvrières de la Gacilienne, ainsi qu’une campagne d’interpellation du Groupe Yves Rocher, associé à la Gacilienne. A ce titre, nous nous devons de citer :

puce  l’Association «  Egalité  » de France ;
puce  l’Association Kebayina des Femmes du Burkina ;
puce  la CGT/ France et ses structures professionnelles et locales ;
puce  l’association «  Peuples Solidaires  » de France ;
puce  des personnes individuellement engagées et tous les signataires des pétitions et des cartes postales dans cette lutte, en France notamment.

C’est le lieu pour le Comité Confédéral National de la CGT-B de remercier, au nom des ex-employées de la Gacilienne, des responsables de l’Union Provinciale CGT-B du Kadiogo (qui ont conduit le dossier), de l’ensemble des militant(e)s de la CGT-B, les organisations et toutes les personnes qui, de façon ouverte ou discrète, ont soutenu la lutte des ex – travailleuses de la Gacilienne et obligé le Groupe Yves Rocher à négocier et à conclure un accord désintéressant ces braves ouvrières.

Les résultats de cette lutte confirment s’il en était encore besoin, la justesse du slogan «  seule la lutte paye  ». Ils montrent toute l’importance de la solidarité internationale des travailleurs et de toute la classe ouvrière surtout en cette ère dite de la mondialisation, marquée par la mise en place progressive d’accords et autres instruments juridiques régionaux (OHADA) et internationaux (les règles de l’OMC, les conditionnalités de la Banque mondiale et du FMI,…) qui font tomber toutes les frontières, éloignent les centres de décisions des travailleurs et de leurs organisations, précarisent les emplois, et fragilisent les droits des travailleurs.

La CGT-B ne doute pas que toutes les organisations et personnes ayant pris une part active à cette lutte, sauront tirer les enseignements nécessaires pour poursuivre la lutte pour de meilleures conditions d’existence des travailleurs et des peuples.

Fait à Ouagadougou, le 24 janvier 2006

P/ le Comité Confédéral National de la CGT-B, Norbert OUANGRE, Secrétaire Confédéral, chargé des questions sociales

 

Appel à la grève générale

Préavis de grève pour les 26 et 27 octobre 2005

13 octobre 2005

Les Secrétaires généraux des centrales syndicales et des syndicats autonomes ont adressé le préavis de grève ci-dessous au président du Faso. Ils annoncent un arrêt de travail les 26 et 27 octobre 2005.

Excellence Monsieur le Président du Faso,

Le 20 mai 2005, s’est tenue au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Jeunesse une concertation gouvernement/syndicats autour de la plate-forme minimale des organisations syndicales. Au terme de la rencontre, les deux parties avaient convenu : – de mettre en place immédiatement un comité paritaire chargé de la mise à plat de tous les dossiers de justice qui attendent d’être exécutés, – de se retrouver en début juillet autour d’un certain nombre de préoccupations exprimées par les syndicats. Il s’agissait notamment de la question des tarifs de l’ONEA et de la SONABEL, des taxes sur les hydrocarbures et des dossiers pendants en justice.

A ce jour, la rencontre prévue depuis juillet ne s’est pas encore tenue malgré les interpellations des organisations syndicales. Alors que le comité paritaire chargé de la mise à plat des dossiers de justice, a, depuis le 14 juin, déposé les conclusions de ses travaux, nous n’avons noté aucune réaction de la part des autorités. Une fois encore donc, le gouvernement fait fi des engagements qu’il prend avec les organisations syndicales et manifeste sa volonté de toujours gagner du temps. Pendant ce temps, la situation des travailleurs ne fait que se dégrader avec le renchérissement des prix des produits de grande consommation particulièrement ceux des céréales et des produits pétroliers.

Par le présent préavis, nous portons à votre connaissance que nos organisations syndicales appellent les travailleurs des secteurs public et para- public à observer un arrêt de travail de 48 heures allant du mercredi 26 octobre 2005 à 00 heure au jeudi 27 octobre 2005 à 24 heures pour exiger du gouvernement et du patronat la satisfaction des cinq points de la plate-forme minimale ci-après :
puce  L’augmentation des salaires et pensions de 25% et ce pour compter de janvier 2001.
puce  Le traitement des différents dossiers pendants relatifs à la mise en œuvre des jugements et arrêts de juridiction ;
puce  La réduction des taxes sur les produits de grande consommation notamment les produits pétroliers, l’eau et l’électricité ;
puce  L’application au niveau du privé des augmentations de salaires décidées par le gouvernement en décembre 2004.
puce  La reconstruction diligente du marché central de Ouagadougou Rood Woko) En cas de non- satisfaction, des actions se poursuivront pour l’aboutissement de nos légitimes revendications. Veuillez agréer, Excellence M. le Président du Faso, l’expression de notre très haute considération.

Ont signé :

Pour les Centrales syndicales : CGTB-B, CNTB, CSB, FO/UNSL, ONSL, USTB

Pour les Syndicats Autonomes : SAIB, SATEB, SNEAB, SYNATEB, SYNTRAPOST, SYNTAS, SYNAPAGER, SYNATIC, SYNATIPB, SYNATRAD, SYSFMAB

 

Une victoire emblématique

25 janvier 2006

4 mois de lutte des ouvrières de «  La Gacilienne  » 4 mois de campagne de solidarité : Yves Rocher a payé, la solidarité internationale a gagné !

Exploitées, méprisées pendant 9 ans, les ouvrières de «  La Gacilienne  », groupe Yves Rocher, usine de Ouagadougou, n’avaient pas baissé les bras après leur licenciement, en août dernier.

Grâce à une lutte exemplaire de ces femmes et à une campagne de solidarité internationale, elles ont obligé le groupe Yves Rocher à entendre leurs revendications. Le 19 janvier, un accord a été conclu entre les représentants des travailleuses (déléguées et représentants de la CGT-B) et les représentants du Groupe Yves Rocher. Ce dernier a dû revoir à la hausse ses premières propositions. Yves Rocher a dû négocier et payer ! Les ouvrières de «  La Gacilienne  » l’ont contraint à respecter leur dignité ! Avec elles, nous considérons cet accord comme une victoire !

Yves Rocher est un Groupe français : nous avions la possibilité et la responsabilité de soutenir leur lutte courageuse.

4 mois durant, nos organisations ont mené campagne ensemble pour informer l’opinion publique en France et créer un rapport de force capable de faire céder le Groupe Yves Rocher. Nos actions, notamment la signature des pétitions et des cartes postales, ont reçu un accueil massif : des milliers de personnes ont donné leur signature ou ont fait un geste de solidarité.

Les ouvrières de «  La Gacilienne  », qui vivent dans un des pays les plus pauvres du monde, se sont affrontées au mépris d’un groupe français, sûr de sa puissance. Elles ne se sont pas contentées de subir, elles se sont organisées pour l’obliger à les considérer.

Notre combat coude à coude, en France et au Burkina Faso, à des milliers de kilomètres de distance, nous a permis de faire entendre les revendications.

La solidarité internationale a gagné !

Signataires : Coordination des Groupes de Femmes «  Egalité  », Commission Genre, Femmes et Mondialisation ATTAC, , Collectif Féministe Ruptures, SOS Sexisme, Association Femmes Solidarité (Strasbourg), Femmes Solidaires (Nantes), MNPF 43, Marche Mondiale de Femmes, AFASPA, COFANZO, MBDHP, Peuples Solidaires, SURVIE, Réseau International CADTM, Centre d’Information Inter Peuples (Grenoble), Union des Familles Laïques, UL CGT Massy, Syndicat CGT Yves Rocher SA La Gacilly, UL CGT du Grésivaudan (38), CGT Tyco Electronics France, Sud ANPE Rhône Alpes CNT Interco de Nantes, SNAD CGT Pays de la Loire, Collectif Egalité – Mixité CNT (International)

 

Communiqué des secrétariats généraux des centrales syndicales
24 mai 2006

Faisant le bilan de la grève de 48 heures des 23 et 24 mai 2006, les secrétaires généraux des centrales et des syndicats autonomes se sont réjouis de la grande mobilisation des travailleurs des différents secteurs d’activités, sur l’ensemble du territoire national, et ce malgré la grande campagne d’intimidation et de démobilisation entreprise par le gouvernement, l’administration du travail et le patronat.

Ils saluent tout particulièrement la grande mobilisation à Ouagadougou, des taximen, des élèves et étudiants et des femmes. Ils saluent et remercient également les commerçants, les organisations de la société civile qui ont appelé leurs membres à soutenir les actions des syndicats et participé à la marche du 23 mai 2006. Le gouvernement n’ayant encore pas donné de réponse favorable à notre plate-forme, les secrétaires généraux invitent leurs militantes et militants, l’ensemble des travailleuses et des travailleurs de tous les secteurs d’activités, les commerçantes et commerçants, les actrices et les acteurs du secteur informel à maintenir et à renforcer leur mobilisation pour les actions qu’impose la situation. D’ores et déjà, les secrétaires généraux invitent tous les travailleurs, les élèves et étudiants, les travailleurs de l’économie informelle, les taximen, à descendre de nouveau dans les rues le samedi 10 juin avec des marches- meetings sur l’ensemble du pays en attendant l’organisation en fin juin début juillet d’une marche- meeting nationale. Cette marche- meeting rassemblera à Ouagadougou les militants et les travailleurs de Ouagadougou et des représentants des structures des provinces et départements.

Les responsables des structures à tous les niveaux sont invités à poursuivre le travail de sensibilisation et de mobilisation pour des actions encore plus massives et plus déterminées en juin et dans les mois à venir.

En avant pour des actions plus massives ! En avant pour la satisfaction de la plate-forme revendicative des organisations syndicales !

Les centrales syndicales du Burkina Faso : CGT-B – CNTB – CSB – FO/UNSL -ONSL – USTB

Les syndicats autonomes : SAIB -SNEAB -SATEB- SYNATEB – SYNTRAPOST SYNTAS SYNATIC- SNEP-SYNATIPB- SYNATRAD- SYSFMAB -SYNAPAGER-SYNATEL

 

 

Graves violations des normes fondamentales du travail au Bénin, au Burkina Faso et au Mali

CISL – ICFTU – 30 juin 2004

La CISL a publié aujourd’hui un nouveau rapport sur les normes fondamentales du travail au Bénin, au Burkina Faso et au Mali. Ce rapport pointe du doigt les problèmes auxquels sont confrontés les travailleurs et les syndicats dans ces trois pays.

Le rapport, dont la publication devait coïncider avec celle de l’examen des politiques commerciales de l’OMC cette semaine, souligne les violations répétées de droits fondamentaux des travailleurs tels que le droit de former des syndicats et de négocier collectivement. Des restrictions légales existent sur le droit de grève, notamment pour les fonctionnaires, qui se trouvent confrontés à de graves limitations quant à l’exercice de ce droit. On peut citer par exemple des restrictions excessives quant à la période de préavis exigée avant le lancement des grèves. La majorité de la population active dans ces trois pays est employée dans l’économie informelle, principalement dans l’agriculture de subsistance, et aucun des gouvernements ne prend les mesures nécessaires pour garantir le respect des droits fondamentaux des travailleurs concernés.

Au Bénin, au Burkina Faso et au Mali, les femmes sont généralement employées dans des emplois peu qualifiés et mal rémunérés. On les trouve souvent dans le secteur informel, en particulier dans l’agriculture de subsistance. Le rapport de la CISL dénonce les problèmes de discrimination et d’égalité des salaires. Les écarts de salaires sont de l’ordre de 30% dans le secteur public au Mali et de 15% dans le secteur privé. Le taux d’alphabétisation des femmes est très bas dans l’ensemble de ces trois pays : il se limite à 12% au Mali, 9% au Burkina Faso et 18% au Bénin.

Le travail des enfants est largement répandu dans l’ensemble des trois pays et la mise en application de la législation se limite souvent au secteur formel. La plupart des enfants travaillent dans le domaine informel, surtout dans l’agriculture (fermes et plantations familiales), mais aussi comme vendeurs et domestiques. Selon les statistiques provenant du ministère du Travail du Burkina Faso, 50% des enfants étaient employés dans l’une ou l’autre activité en 2000. Le taux de fréquentation scolaire est très faible dans les trois pays, en particulier chez les filles. Très peu d’enfants poursuivent leur scolarité au niveau secondaire, et les enfants qui habitent en zone rurale n’ont souvent qu’un accès limité à l’enseignement.

Bien que le Bénin, le Burkina Faso et le Mali aient ratifié les normes fondamentales sur le travail forcé, cette pratique continue à exister. De nombreuses femmes et enfants font l’objet de trafics et sont contraintes à la prostitution, au travail forcé dans les plantations et au travail domestique. En outre, beaucoup d’enfants sont vendus à des pays avoisinants (tels que le Togo et la Côte d’Ivoire) et contraints de travailler dans des plantations ou comme domestiques dans des conditions extrêmement précaires et dangereuses, en échange d’un salaire dérisoire ou en absence de toute rémunération.

Le rapport fait également état de l’importance vitale des exportations de coton pour les trois pays d’Afrique de l’Ouest, tant en termes de développement et de diminution de la pauvreté qu’en termes de stabilité sociale et politique. Il appelle à la suppression des subsides versés aux producteurs de coton par les USA et l’ Union européenne.

En conclusion, la CISL demande instamment aux gouvernements du Bénin, du Burkina Faso et du Mali d’appliquer les normes fondamentales du travail qu’ils ont ratifiées et d’adapter leur législation en vertu des conventions 87 et 138 de l’Organisation internationale du travail. De plus, les gouvernements doivent mettre en oeuvre des mesures effectives visant à augmenter la participation des femmes dans l’économie formelle, y compris pour les postes à responsabilité, et à améliorer le niveau de formation des femmes. La CISL met l’accent sur l’obligation des gouvernements d’abolir le travail des enfants tout en augmentant le taux de fréquentation scolaire et l’accès à l’enseignement. Les trois gouvernements doivent mettre en oeuvre les mesures nécessaires pour abolir le travail forcé (en particulier le trafic d’enfants contraints de travailler dans les plantations ou comme domestiques) et enregistrer des progrès significatifs dans l’éradication des trafics de femmes et d’enfants vers les pays voisins.

 

25/07/2006 : grève contre la privatisation des télécommunications (cession de 51% à un partenaire privé)

 

 

 

 

Afrique du sud

La police sud-africaine est intervenue violemment durant tout la fin du mois de mai 2005 pour disperser des manifestations massives d’habitants des townships, les anciens ghettos noirs devenus des ceintures de la misère. Cela fait plus de deux mois que des troubles ont lieu non seulement dans un grand nombre de townships de la ville du Cap (avec de véritables soulèvements à Blackheath, Khayelitsha et Gugulethu) et de l’Etat de Western Cape (Sud-Ouest du pays) dont la ville du Cap fait partie mais touchent également d’autres Etats comme l’Eastern Cape (région sud-est) ou de Free State (une région du centre). A Harrismith (Free State) et à Port Elisabeth (Eastern Cape) où les affrontements ont duré quatre jours, les forces de l’ordre ne peuvent plus circuler sans être prises à partie. Des responsables locaux ont été escortés vers la sortie par la population révoltée. La population pauvre, lasse d’attendre des logements décents et des services sociaux de base, s’est révoltée. A Kommitjie (un bidonville à 45 km au sud du Cap), les émeutes ont explosé le lundi 30 mai.

Le mouvement a débuté en février 2005 dans deux townships de la région de Free State, près de Ventersburg (région de Free State), avant de s’étendre à Harrismith, Warden et Vrede (townships également de Free State). Il n’a cessé de se développer, atteignant en avril les bidonvilles de la ville du Cap. Le 27 avril, des centaines d’habitants de plusieurs townships proches du Cap, dont Langa, Gugulethu et Nyanga, ont marché sur la ville. Un leader du bidonville de Gugulethu déclarait : «  Des maisons maintenant ou des terres. Sinon, nous sommes prêts à mourir pour cette cause.  » Les manifestants ont réussi à faire reculer le gouvernement local qui a proposé quelques logements et ont été suivis par de nombreux autres township qui ont affronté les forces de l’ordre dans de véritables batailles rangées impliquant parfois un grand nombre de gens. Pneus brûlés, jets de pierre contre les véhicules de police, barricades, tirs contre les émeutiers et arrestations massives, on se croirait revenu à l’époque où le parti raciste blanc imposait la dictature des blancs sur les noirs. Devant le Parlement du Cap, le président Thabo Mbeki déclarait que «  ce n’est pas encore un danger immédiat pour notre démocratie. Mais ils (les mouvements) reflètent les failles dont nous avons hérité du passé et qui, s’ils s’enracinaient et gagnaient un véritable soutien populaire, ils représenteraient une menace pour la stabilité de l’Afrique du sud démocratique.  »

 

27 juin manif nationale Cosatu contre le chômage et la pauvreté et mouvement sur plusieurs mois

 

COSATU condemns police again against demonstrators

COSATU – 14 July 2006

The Congress of South African Trade Unions is shocked at the overreaction of the Cape Town police, who opened fire on strikers employed by Lithotech Africa Mail on 12 July and arrested more than 200 of them.

We send our best wishes to the four workers who are still in hospital and hope that they make a full recovery from their injuries. We also convey our solidarity and support to CEPPWAWU, whose press statement is attached below.

COSATU demands the immediate release of all the workers arrested and the dropping of all charges against them.

This is not the first time that the SAPS have responded with excessive force against trade union demonstrators. In Cape Town during the security guards’march on 16 May 2006 police also opened fire and arrested the COSATU and SATAWU Provincial Secretaries. At the Swaziland borders on 12 April 2006, police opened fire on COSATU members and arrested COSATU leaders who tried to negotiate with police, and over 20 other demonstrators.

COSATU endorses CEPPWAWU’s call on the Western Cape MEC for Safety & Security to take steps to ensure « the safety of striking members from the brutality of the police who are abusing their power ». The right to strike and demonstrate is enshrined in our democratic constitution and we will not allow these hard-won rights to be attacked and negated by trigger-happy police and mass arrests of strikers and demonstrators.

 

 

 

La grève persiste en Afrique du Sud
Rédigé le 25-11-06 à 19:03

 

Malgré les négociations entre les dirigeants de Mines d’Or et le gouvernement d’Afrique du Sud, la grêve persiste et s’étend dans tout le pays. La grêve s’étend désormais à tous les secteurs d’activité du pays et plus seulement au secteur minier.

Pierre Detroit a décidé de fermer l’accès à la mine d’or de Gold Corporation, pour éviter tout dérapage.

Source : World Agency of Press

 

L’Afrique du Sud connaît la plus grande grève dans les mines d’or depuis 18 ans. 10 000 mineurs blancs affiliés au syndicat Solidarity se sont joints aux 100 0000 mineurs noirs du NUM qui ont commencé la grève, il y a trois jours. Les mineurs demandent une augmentation de salaires de 7 à 8%. La grève paralyse les mines des compagnies AngloGoldAshanti, GoldFields, Harmony et South Deep, soit près de 90% de la production d’or du pays. Source Cosatu

Centurion Gold Mine workers down tools in protest
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Johannesburg, South Africa transpix
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07 December 2006 04:15

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Hundreds of mineworkers at the Centurion Gold Mine in Primrose, Germiston, have downed tools in protest against their working conditions.

The National Union of Mineworkers (NUM) said on Thursday that about 600 workers had gone on strike since Wednesday. This is because the new management of Centurion Gold Mine had reneged over the working conditions agreed with the former employers when the mine was still under JC Mining.

NUM spokesperson Mike Fafuli said some of the worker complaints included the nullification of any death benefits, the decrease of annual leave days and the scrapping of allowances.

Fafuli said workers want a salary increase as they were currently being paid a meagre R1 000 per month.

« When the new management took over three years ago, they promised to keep all standing agreements that the employees had with their former bosses, but they reneged on their promises.

« When a worker died while on duty the company provided R7 400 towards funeral costs. The new management removed this arrangement. They even cut the annual leave days from 24 to just 18 days. Workers demand the reinstatement of these agreements, » said Fafuli.

Instead of being open to negotiations, Fafuli said, management is evicting workers from the hostel and having their water and electricity cut off.

« The new management is not recognising the union and as such is not prepared to negotiate with it. We will tomorrow [Friday] solicit legal advice and make a court application to get an interdict, which opposes the removal of mineworkers from the hostels, » said Fafuli.

When contacted, Centurion Gold Mine manager and CEO Keith Hart declined to comment on the strike. — Sapa

 

 

 

22 août 2005 ICEM InBrief Afrique du Sud

Grève sud-africaine d’extraction de l’or de fin de gains salariaux

La première grève industrielle à l’échelle industrielle dans le secteur sud-africain d’or en 18 ans a fini le 10 août quand une offre améliorée de salaire a été acceptée par les membres de l’union nationale de filiale d’ICEM des mineurs (NUMÉRIQUES) et de deux autres plus petits syndicats. Participant à une grève pour laquelle l’appui accablait ainsi qu’il n’y avait aucun besoin de piquet de grève, autour 110.000 ouvriers étaient restés du travail, affectant toutes les grandes entreprises dans le secteur, tel que Goldfields, harmonie et AngloGold Ashanti. Le compromis a été atteint entre la chambre sud-africaine des mines, négociant au nom des compagnies d’or, et les syndicats, convenant sur une élévation de salaire entre 6 et 7%.

10 aout 2005

Some 100,000 South African gold miners are on indefinite strike in the first national stoppage in 18 years.

The strikers, members of the National Union of Mineworkers (NUM), are protesting about both pay and living conditions in the industry.

Management is offering pay rises of 5%-6%, but the union says this fails to take into account rising gold prices.

Talks on Tuesday failed to bridge the gap between the two sides although the there was some progress reported.

About 80,000 municipal workers are also on strike over pay, amid reports of clashes with police.

Talks between the municipal workers’ union, Samwu, and the South African Local Government Association are continuing despite the action.

The union called the « indefinite » strike after three days of action earlier in August and another day in July failed to produce an improved offer.

Costs

The mining stoppage could cost about $12m in lost revenue a day, analysts estimate.

It is one of the biggest labour disputes since the end of apartheid.

o start_quote_rbI don’t think the industry can afford a strike, but am absolutely convinced the industry cannot afford the wage increases Image1
Bernard Swanepoel, chief executive, Harmony Gold

« I don’t think the industry can afford a strike, but am absolutely convinced the industry cannot afford the wage increases, » said Bernard Swanepoel, chief executive of Harmony Gold.

But the NUM says that since both gold prices and the value of the rand have shot up over the past two years, the miners – who often work in 40C heat up to 3km below ground – deserve a bigger share of the returns.

And a second union, Solidarity, looks set to join the dispute.

Most Solidarity members are white and it is rare for it to take industrial action alongside the mainly black NUM.

Negotiations

South Africa is still the world’s biggest producer of gold bullion – accounting for around 15% of world gold output – and the sector accounts for approximately 8% of the country’s gross domestic product.

But its share of the world gold market has declined sharply in the last few decades from 80%, as other producers in developing countries have come on stream.

The strike action began on Sunday at 1600 GMT after the NUM terminated talks with the Chamber of Mines, representing the employers.

The meeting that day had produced a higher pay offer, up from the previous 4.5%-5%, as well as the promise of bonuses to the union paid as the price of gold rose.

But that was « not good enough », NUM negotiators said. The union is calling for a 12% pay rise.

Hostels

A key part of the union’s dissatisfaction is that it says the big mining firms – AngloGold Ashanti, Gold Fields and South Deep – have yet to address long-standing problems with miners’ living conditions.

Under apartheid laws miners were forced to live in barracks, leaving their families in townships far away.

Even though the racial zoning laws were struck down by 1991, ahead of 1994′s landmark multi-racial elections, about three out of four of South Africa’s 200,000 miners still live in hostels.

AngloGold Ashanti says there is an average of six men per room in its hostels, down from 12 a decade ago. Harmony says its hostels average 4.2 men per room.

The union now wants the « living-out allowance » for finding family accommodation to be doubled, whereas the mining firms are offering only a 10% rise.

The employers say they are working to improve hostels, but cannot move faster without jeopardising jobs.

« It’s a tremendously expensive exercise, » Mr Barker told Reuters.

The NUM says the crowded hostels are a breeding ground for tuberculosis.

It also warns that South Africa’s Aids pandemic is worsened by the system, since miners far from home are more likely to visit prostitutes.

La vendetta des  » privés  » en Afrique du Sud

Article publié le 06 Juin 2006 Le Monde

Extrait : Une atmosphère de vendetta plane sur l’industrie de la sécurité, l’un des secteurs les plus prospères de l’économie sud-africaine. La grève des agents de sécurité, qui dure depuis deux mois, a déjà fait 21 morts parmi les non-grévistes et des centaines de milliers de rands de dégâts lors de manifestations qui ont dégénéré. Mardi 30 mai, un garde qui n’avait pas suivi le mouvement a été pendu, plusieurs agents chargés de la sécurité dans les trains ont été jetés sur les voies, d’autres ont été froidement abattus. Les non-grévistes ne portent plus leur uniforme de travail et évitent de se déplacer en train.

 

 

 

Nigéria

 

mi septembre 2005 : La dernière mobilisation sociale organisée à la mi-septembre l’a été par la Labour and Civil Society Coalition (Lasco) regroupant les centrales syndicales (Nigeria Labour Congress, Trade Union Congress, Congress of Free Trade Union) et des organisations de la société civile (Joint Action Forum).

 

Le Nigéria en grève

 

Lancée à l’appel du Nigerian Labour Congress (NLC) puissante confédération syndicale, mais aussi d’associations civiles, la grève générale s’est déroulée du 11 au 14 octobre. Un mouvement massivement suivi contre l’augmentation de 25 % des prix de l’essence à la pompe décrétée le 23 septembre par le gouvernement. Il s’agit de la sixième grève générale sur ce même motif depuis l’accession d’Olusegun Obasanjo à la tête de l’état le plus peuplé d’Afrique.

Sixième exportateur mondial de pétrole et cinquième fournisseur des états-Unis (15 %), le Nigéria a enregistré une hausse du prix de l’essence qui a créé une situation difficilement supportable pour les 130 millions de Nigérians, dont 80 % vivent selon l’Onu avec moins d’un dollar par jour. Le baril de pétrole flirta alors avec la barre des 50 dollars sur les marchés internationaux : un envol des prix du brut qui aurait dû profiter à la population. Or, il se traduisit une nouvelle fois par une hausse de l’essence qui affecta les transports de vivres, de matériels, entraînant l’inflation des prix des denrées et suscitant une incompréhension légitime de la population. Durant les trois jours de grève d’octobre, le secteur pétrolier fut épargné. S’en suivirent des négociations et des polémiques qui décidèrent les leaders syndicalistes, Adams Oshiomhole en tête, à poser un préavis de grève pour la mi-novembre. Le mot d’ordre fut retiré au dernier moment, le gouvernement jugeant la grève illégale. On peut penser toutefois que la question juridique ne fut pas au centre de ce mouvement. Le syndicat Pengassang, qui représente les cadres du secteur, et le syndicat des ouvriers du pétrole, le Nupeng, avaient en effet annoncé quelques jours avant son déclenchement qu’ils se joignaient à l’appel à la grève générale et illimitée du NLC, à partir du mardi 16 novembre. Ces deux structures auraient par conséquent touché l’un des secteurs clés du pays. Le président Obasanjo a finalement abaissé le prix de l’essence de 10 % et a créé un comité chargé de prendre des mesures afin d’amortir l’augmentation des prix des carburants. Selon lui, la croissance prévue pour 2005 mais aussi le niveau élevé du prix du baril de pétrole brut permettraient de résoudre la crise. Une cagnotte de 4,6 milliards de dollars serait mise de côté en cas de chute des cours. Des dispositions que les syndicats ont accueilli avec prudence, voire défiance. Il faut dire que le gouvernement a tout de même arrêté à plusieurs reprises des militants syndicaux et étudiants1. Les organisations de la société civile, dont le Lasco2, ont également dénoncé la mort d’un jeune manifestant à Kaduna (nord du pays) durant la grève d’octobre. Sans compter le fameux projet dénommé Trade union bill qui vise, selon la NLC et le Lasco, à restreindre l’activité syndicale sous couvert, selon le gouvernement, de respect de la démocratie ! Cette «  démocratie  » s’est d’ailleurs exprimée une fois de plus récemment pour réprimer les populations au Nigéria. Début décembre, neuf personnes ont trouvé la mort lors de violents affrontements avec les forces de l’ordre dans le delta du Niger, la principale zone de production du pétrole du pays. Les manifestants ont une nouvelle fois dénoncé les conditions d’extraction de l’or noir et ses ravages sur des indigènes qui ne profitent guère de cette exploitation. Le 7 décembre, près de 300 villageois du delta ont évacué des plates-formes pétrolières de Shell3 et de Chevron-Texaco qu’ils occupaient depuis trois jours. Des ravages terribles, donc, pour les populations… et des pertes d’argent momentanées pour les compagnies pétrolières qui ne les empêchent pas de se maintenir voire de se développer au Nigéria, comme l’atteste la signature récente d’un nouveau contrat entre Chevron-Texaco et l’état nigérian.

David, Afrique XX1

1. Le secrétaire général du NLC, fut arrêté au début du mois de novembre «  par erreur  », disent les autorités. 2. Le Labour and Civil Society Coalition (Lasco) est un rassemblement d’organisations, de tendances allant de l’extrême gauche au centre gauche, qui a appelé à la grève générale d’octobre. Elle organise par ailleurs une campagne pour l’amélioration des droits syndicaux et démocratiques. Voir le site : www.nigeriasolidarity.org 3. Shell exporte près de la moitié de la production de pétrole du Nigéria.

 

Publié le samedi 25 juin 2005

par afrique21

Article au format PDF

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LES ARCHIVES 2004 DU NIGERIA

 

Samedi 3 janvier 2004 : Après les protestations de chefs locaux de 3 états du nord du pays, à majorité musulmane, qui affirmaient que la « vaccination contre la polio faisait partie d’une campagne secrète occidentale visant à la stérilisation de l’Afrique » , l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) avait dû interrompre sa campagne dans l’attente des conclusions d’un comité d’experts nigérians. Ce dernier a rendu vendredi ses conclusions : le vaccin est dangereux pour la fertilité des jeunes filles et a indiqué qu’il recommanderait de ne pas reprendre cette campagne de vaccination. L’OMS s’est dite très déçue. Elle avait en effet estimé que si l’épidémie de polio n’était pas maîtrisée au plus vite, elle pourrait s’étendre aux pays voisins et présenter un risque de mort ou d’handicap pour plus de 15 millions d’enfants. Plus de détails : UNICEF : un monde sans polio ; Qu’est-ce que la poliomyélite ?.

Lundi 23 février 2004 : Alors que l’OMS et l’UNICEF doivent débuter lundi une campagne de vaccination contre la poliomyélite (voir notre édition du 21 février 2004, Afrique), les gouverneurs de l’état de Kano, dans le nord du pays, où est appliquée la loi islamique, ont une nouvelle fois refusé la vaccination des populations par les organismes des Nations Unies, estimant que ce vaccin est dangereux et provoque la fertilité chez les filles. Le porte-parole de l’UNICEF, Gerrit Berger, a indiqué que « Tout retard dans la vaccination va entraîner une propagation rapide du virus et risque de handicaper d’avantage d’enfants innocents au Nigeria et dans les pays voisins ».

Lundi 8 mars 2004 : Les évêques catholiques ont, dans un communiqué publié au terme de la Conférence des Evêques du Nigéria, qui regroupe 40 prélats, accusé le président Obasanjo de « ne pas faire assez pour assurer la sécurité dans le pays. »

Samedi 20 mars 2004 : Les autorités de l’Etat du Kano dans le nord du pays, à majorité musulmane, qui applique la loi islamique (charia) ont indiqué qu’elles ne lèveraient pas l’interdiction contre la vaccination contre la poliomyélite organisée par les Nations Unies alors que les autorités fédérales soutiennent qu’elle est sans risque après un rapport d’un comité d’experts qui certifie que « le vaccin contre la polio par voie orale, utilisé selon les recommandations du Programme mondial contre l’éradication de la polio, ne présente aucun danger. Il le lave de tout soupçon de contamination au VIH/sida et de présence d’agents cancéreux ou provoquant l’infertilité ». L’ONU considère que l’attitude des Etats du nord du Nigeria pourrait compromettre son plan d’éradication de la poliomyélite qui touche principalement les enfants de moins de cinq ans. Dans l’état de Kano, 89 cas de malades de poliomyélite, soit 25 % du total national estimé à 327 cas à la fin janvier, ont été recensés. ** Le groupe pétrolier anglo-néerlandais Shell, qui connaît depuis plusieurs mois des difficultés économiques, a annoncé qu’il allait supprimer environ un millier d’emplois au Nigeria, sur un effectif total de 5 000 salariés dans le pays. 30 % des effectifs seraient concernés par cette mesure. Shell Petroleum Development Company, filiale de Royal Dutch/Shell, est le plus important producteur de pétrole au Nigeria. Il représente, à lui seul, plus d’un tiers de la production du pays qui est de 22 millions de barils par jour. Le groupe Shell avait révélé en janvier que le montant de ses réserves de gaz et de pétrole était surévalué de 20 %. Début mars, le président de Shell, Phil Watts, a été poussé à démissionner, laissant sa place à Jeroen van der Veer, jusqu’alors vice-président du groupe. Shell a annoncé vendredi une nouvelle réduction de 500 millions de barils le montant de ses réserves prouvées, deux mois après avoir avoué qu’elles étaient surévaluées de 4 milliards de barils.

Mardi 23 mars 2004 : La porte-parole du président Obasanjo a annoncé lundi que le Nigéria a donné son accord à la demande de la Caricom (Communauté des Caraïbes) à accorder un asile « temporaire de quelques semaines » au président haïtien Jean-Bertrand Aristide « jusqu’à ce qu’il gagne un autre pays ».

Samedi 27 mars 2004 : Un groupe armé a attaqué le village de Wase, dans l’Etat du Plateau, dans le centre du pays tuant 18 civils et 2 policiers. Les Nigérians sont appelés samedi aux urnes pour des élections locales où ils doivent élire les présidents des 774 parlements locaux. Les observateurs affirment craindre des flambées de violence dans des zones où persistent des dissensions inter-ethniques.

Jeudi 1er avril 2004 : Ce pays a ratifié la Convention des Nations Unies sur la corruption (format pdf) qui lui permettra de récupérer des centaines de millions de dollars détournés par d’anciens dirigeants et déposés sur des comptes à l’étranger.

Vendredi 2 avril 2004 : Toutes les stations étrangères ont été interdites d’émettre dans le pays par les autorités qui leur reprochent de « ne pas respecter la réglementation locale rappelant qu’elles avaient été autorisées par erreur ».

28 officiers de l’armée ont été interrogés en deux semaines dans le cadre d’une enquête au sein de l’armée selon laquelle « un nombre considérable d’officiers » étaient impliqués dans la préparation d’un coup d’état.

Mardi 6 avril 2004 : Des heurts entre Chrétiens et Musulmans ont éclaté samedi à Makarfi (nord), ville natale du gouverneur de l’état de Kaduna, Ahmed Makarfi, après qu’un adolescent qui souffrirait de troubles mentaux, soit entré dans une école islamique et endommagé un livre du Coran provoquant la colère des jeunes Musulmans qui ont brûlé 10 églises et saccagé le poste de police où le jeune Chrétien et sa mère s’étaient réfugiés.

Mardi 20 avril 2004 : Les autorités helvétiques ont annoncé la restitution au Nigéria de 60 millions de dollars bloqués sur des comptes en Suisse de l’ancien président et dictateur Sani Abacha. En décembre 2003, la Suisse avait déjà restitué 85 millions de dollars. 500 millions de dollars restent bloqués. Une décision pour la restitution de cette somme devrait être prise dans le courant de l’année. Le président Obasanjo a indiqué que cette somme servirait à financer des projets dans le domaine social, de la santé et de l’éducation. Sani Abacha, décédé en 1998, est soupçonné d’avoir détourné 2,2 milliards de dollars, au préjudice de la Banque centrale du Nigeria, alors qu’il était au pouvoir entre 1993 et 1998. Plus de détails : La Suisse et son secret bancaire

Samedi 1er mai 2004 : Selon le quotidien « The Guardian », des accrochages entre les membres de la tribu Tarok de l’Etat de Plateau et leurs rivaux Ibi de l’Etat voisin de Taraba se sont produits jeudi faisant 120 morts. 20 000 personnes ont été déplacées et 6 villages ont été complètement détruits au cours de ces affrontements qui ont duré plusieurs heures.

Mardi 4 mai 2004 : Une manifestation des partis d’opposition et de la société civile prévue à Abuja a été déclarée « illégale » lundi par la police. 2 millions de personnes étaient attendues. La manifestation a été annulée par les organisateurs qui ont convoqué une conférence de presse demandant la démission du président Olesegun Obasanjo et dénonçant les résultats de l’élection présidentielle d’avril 2003 qualifiés de « frauduleux ». La police est intervenue à coups de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants.

Jeudi 6 mai 2004 : Selon un dernier bilan les affrontements interreligieux entre Chrétiens et Musulmans dans l’Etat du Plateau (centre du pays) ont fait au moins 72 morts parmi les Musulmans selon les autorités. Selon la Jama’atu Nasril Islam, principale association islamique du Nigeria, ces heurts ont fait plus de 200 victimes, 120 disparus et une centaine de blessés. 600 policiers ont été envoyés sur place pour rétablir l’ordre et un couvre-feu a été instauré. Dimanche, des membres de l’ethnie chrétienne des Tarok ont attaqué dans le village de Yelwa, les membres musulmans de la communauté Haoussa. Le gouverneur adjoint de l’Etat du Plateau, Michaël Bothmang, a indiqué que le « gouvernement avait donné ordre aux forces de sécurité de tirer à vue sur les personnes ou les groupes qui fomentent ces troubles ». 10 000 personnes ont été tuées dans des violences interethniques ou interreligieuses depuis l’arrivée au pouvoir en 1999 du président Olusegun Obasanjo.

Vendredi 7 mai 2004 : Selon le CICR (Comité International de la Croix Rouge), les attaques menées par des Chrétiens contre des Musulmans du village de Yelwa dans l’Etat du Plateau (centre du pays) ont fait entre 500 à 600 morts.

Mercredi 12 mai 2004 :Environ 10 000 personnes ont manifesté mardi dans l’Etat de Kano dans le nord du pays pour protester contre les attaques perpétrées la semaine dernière par des Chrétiens contre des Musulmans dans le village de Yelwa dans le centre du pays. Les chefs religieux ont lancé un ultimatum de 7 jours au président Olusegun Obasanjo pour qu’il punisse les coupables. Des émeutes ont suivi faisant au moins 10 morts selon un bilan provisoire. Des magasins appartenant à des Chrétiens ont été brûlés. Le couvre-feu a été instauré.

Jeudi 13 mai 2004 : Des violences à l’encontre des populations chrétiennes ont éclaté dans la ville de Kano dans le nord du pays faisant au moins une trentaine de morts selon un bilan provisoire en réponse aux massacres de plus de 600 musulmans dans le village de Yelwa, dans le centre du Nigéria. Une quarantaine de personnes ont été également blessées. La police a procédé à une quarantaine d’arrestations. Environ 10 000 personnes ont fui les violences et se sont réfugiées dans le poste de police de Kano. La sécurité a été renforcée dans la capitale économique du pays, Lagos, dans la crainte de la propagation des violences.

Lundi 17 mai 2004 : Lors d’une manifestation à Lagos, la capitale, contre le gouvernement et en faveur de la démocratie, organisée dans le cadre des activités des partis d’opposition et de militants des droits de l’Homme qui contestent les résultats des élections générales d’avril 2003 dispersée à coups de gaz lacrymogènes par la police, le prix Nobel de Littérature 1986, Wole Soyinka, a été arrêté ainsi que Femi Aborisade, secrétaire général du Parti de la conscience nationale (NCP).

Mardi 18 mai 2004 : L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch a accusé lundi la police nigériane d’avoir fait un usage « intempestif de la force » lors d’une manifestation jeudi 13 mai à Kano dans le nord du pays, la police a ouvert le feu sur la foule tuant une quarantaine de personnes. ** Un collectif de partis d’opposition et d’associations réuni à Lagos a appelé lors d’une conférence de presse à la démission du président Olusegun Obasanjo dénonçant « la dictature civile » du président réélu en avril 2003 pour un second mandat de 4 ans.

Mercredi 19 mai 2004 : Dans un discours à la radio officielle, le président Olusegun Obasanjo a proclamé l’état d’urgence dans l’Etat du Plateau où le 2 mai dernier des Chrétiens avaient massacré les habitants musulmans du village de Yelwa. Voir notre édition du 6 mai 2004 (Nigéria). Il a annoncé le limogeage du gouverneur Joshua Dariye et la dissolution du parlement de l’Etat, estimant que les officiels de l’Etat du Plateau avaient « sciemment encouragé des actes mettant à mal la paix et la tranquillité ». 10 000 personnes ont été tuées dans des violences interethniques ou interreligieuses depuis l’arrivée au pouvoir en 1999 du président Olusegun Obasanjo.

Jeudi 20 mai 2004 : Le Ministre des transports, Ojo Maduekwe, a rendu public mardi son numéro de téléphone portable (234 803 31 15 872) pour que ses concitoyens puissent, directement, lui faire des réclamations quant à l’état des routes du pays. Il a indiqué : « Notre réseau routier est fantastique. Nous avons réhabilité près de 12 000 km de routes en 6 mois. Nous sommes attachés au service public et nous considérons nos concitoyens comme des clients. L’Etat doit donc fournir des services appropriés. Et si c’est vraiment le cas, le ministre concerné doit être lui-même disponible si les usagers cherchent pour rapporter un accident ou un problème, de jour comme de nuit, même s’il s’agit d’un nid-de-poule sur la route « .

Jeudi 27 mai 2004 : Le principal syndicat du pays, le Congrès du travail du Nigeria (NLC), a convoqué mercredi une réunion urgente de son comité central pour discuter d’une stratégie après une forte augmentation des prix du carburant à la suite de la flambée des cours du pétrole sur le marché mondial.

Mardi 1er juin 2004 : Dans une allocution télévisée le président Obasanjo a indiqué que le Nigéria est « dans l’incapacité de payer sa dette extérieure de 30 milliards de dollars » ajoutant « La dette est devenue un instrument supplémentaire d’intimidation et de contrôle. Nous le rejetons… les dettes que nous avons sont trop lourdes, elles ne sont pas soutenables et ne peuvent être remboursées ». Plus des trois quarts des 130 millions de Nigérians vivent dans une extrême pauvreté, avec moins d’un dollar par jour. Les bailleurs de fonds refusent d’admettre le Nigeria parmi les nations bénéficiaires des principaux programmes d’allègement de la dette, en raison de l’importance de ses revenus pétroliers, de ses mauvaises politiques économiques et de la corruption de ses dirigeants. Le président Obasanjo a dénoncé ce refus arguant :  » la dette de l’Irak a été allégée après la chute de Saddam Hussein. Nous ne voulons la chute de personne ici. Mais si c’est nécessaire pour annuler notre dette, je me porte candidat pour démissionner » accusant les créanciers de « chantage » à l’encontre de son pays.

Vendredi 4 juin 2004 : Le Congrès national du Travail (NLC, National Labour Congress) a annoncé une « grève totale » le 9 juin, si le gouvernement ne revient pas sur la hausse du prix des carburants et a lancé un ultimatum à mardi 8 juin à minuit au régime du président Olusegun Obasanjo. En avril, le prix du litre d’essence est passé de 41 naira (0,30 dollars) à 41,70 naira. Il atteint aujourd’hui les 50 naira à Abuja et Lagos, 76 naira dans les autres villes. Notons que le Nigéria doit importer l’essentiel du carburant qu’il consomme à cause de la sous-capacité de ses 4 raffineries, dont la production totale se monte seulement à 450 000 barils par jour. Le pays exporte plus de 2,5 millions de barils de brut par jour.

Jeudi 10 juin 2004 : Des affrontements entre Chrétiens et Musulmans dans l’Etat d’Adamawa dans le nord-est du pays, ont fait une cinquantaine de morts selon un premier bilan. Le couvre-feu a été instauré. Des forces de police ont été envoyées en renfort dans la région et ont reçu l’ordre de tirer à vue. 20 maisons et 3 mosquées ont été incendiées. Depuis 1999, date de l’arrivée au pouvoir du président Olusegun Obasanjo, plus de 10 000 personnes ont été tuées au cours de violences inter-religieuses. ** A l’appel des principaux syndicats, et malgré la décision du gouvernement prise mardi soir de baisser les prix de l’essence, des dizaines de millions de personnes ont cessé le travail mercredi pour protester contre l’augmentation de 25 % des prix du carburant paralysant tout le pays. Le Nigéria est le principal producteur de pétrole brut en Afrique et le 6ème exportateur mondial et la majorité des 130 millions d’habitants vit dans l’extrême pauvreté avec moins de 1 dollar par jour.

Vendredi 11 juin 2004 : Commencée mercredi, la grève générale de protestation contre la hausse des prix des carburants s’est poursuivie jeudi malgré la baisse du prix des carburants. Les syndicats, à l’origine de cette grève, estiment en effet, que la baisse n’a pas été appliquée dans plusieurs grandes villes du pays dont la capitale Lagos.

Samedi 12 juin 2004 : Les syndicats ont annoncé jeudi la fin de la grève générale, débutée mercredi, qui a totalement paralysée l’économie du pays, à la suite d’une augmentation de 25 % des prix du carburant. Ils ont toutefois donné 7 jours au gouvernement « pour s’assurer que les distributeurs appliquent la baisse dans tout le pays » ajoutant que « si une pénurie artificielle était créée, ils se réservaient le droit de reprendre la grève ».

Mardi 15 juin 2004 : La Haute cour fédérale du Nigeria a ouvert lundi le procès intenté par des associations nigérianes contre le droit d’asile accordé par le gouvernement d’Abuja à l’ex-président libérien Charles Taylor. Dès le début de l’audience, le procès a été ajourné au 1er juillet 2004 afin de « permettre au gouvernement de préparer une réponse ». Selon les plaignants, « l’asile accordé à Charles Taylor ne l’a pas été selon les voies légales estimant que le président libérien devrait se trouver devant le tribunal spécial en Sierra Leone ». Le tribunal spécial pour les crimes de guerre créé en 2002 en Sierra Leone a inculpé Charles Taylor, élu en 1997 après la guerre civile au Liberia, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité pour sa complicité présumée et son soutien au Front révolutionnaire uni (RUF), groupe rebelle qui a déclenché une sanglante guerre civile dans ce pays voisin du Liberia en 1989. Il se trouve sous le coup d’un mandat d’arrêt international depuis juin 2003. Le Nigéria refuse de le livrer au tribunal spécial de Freetown, se disant toutefois prêt à l’extrader vers le Liberia si la justice de ce pays en fait la demande.

Mercredi 16 juin 2004 : Les autorités ont annoncé qu’elles allaient procéder dès la semaine prochaine au rapatriement de quelque 17 000 ressortissants réfugiés au Cameroun. Ils avaient fui les combats dans l’Etat de Karaba dans le sud-est du pays en 2001 entre ethnies rivales.

Vendredi 25 juin 2004 : Les autorités ont annoncé la tenue vendredi d’une réunion à Abuja, capitale fédérale, entre les présidents rwandais, Paul Kagamé, et congolais Joseph Kabila, sous l’égide du président Olusegun Obasanjo, « afin de réduire les tensions entre les 2 pays et ramener une paix durable et la stabilité dans la région ». Le président Kabila a en effet accusé le Rwanda de soutenir les troupes dissidentes de l’armée congolaise issues de l’ancien Rassemblement pour la démocratie (RCD-Goma), commandées par le général Nkunda et le colonel Mutebutsi, qui ont pris, le 2 juin, la ville de Bukavu, et s’en sont retirées 10 jours plus tard.

Jeudi 1er juillet 2004 : Le Gouverneur de l’Etat de Kano a informé l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) que les campagnes de vaccination antipoliomyélitique allaient reprendre début juillet. 64 cas de poliomyélite ont été enregistrés chaque semaine depuis cette suspension. Le programme de vaccination avait été suspendu en janvier 2004 après les protestations de chefs locaux de 3 états du nord du pays, à majorité musulmane, qui affirmaient que la « vaccination contre la polio faisait partie d’une campagne secrète occidentale visant à la stérilisation de l’Afrique ». La maladie a refait surface dans 10 pays africains où elle avait disparu, notamment au Soudan et au Burkina Faso.

Jeudi 8 juillet 2004 : La filiale du groupe pétrolier Total, Elf Petroleum Nigeria (EPN), qui produit plus de 200 000 barils par jour de pétrole brut et du gaz naturel, a dû suspendre vendredi sa production de pétrole à la suite d’un mouvement de grève de ses employés qui réclament « des améliorations de leurs conditions de travail et des augmentations de salaires ». Des négociations étaient en cours mercredi entre la direction et les syndicats. La filiale du groupe américain ExxonMobil au Nigeria, Mobil Producing Nigeria (MPN), a annoncé mardi à l’AFP que ses employés avaient déposé un préavis de grève. ExxonMobil est le deuxième plus grand groupe pétrolier du Nigeria, premier exportateur d’Afrique de pétrole brut et 6è de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole OPEP (en anglais OPEC), avec 2,5 millions de barils par jour. Total occupe le 5è rang des principales entreprises implantées au Nigeria en partenariat avec la compagnie nationale des pétroles, la Nigerian National Petroleum Corporation, NNPC. Rappelons que le Nigéria est le premier exportateur de brut d’Afrique et le 6è du monde. Le Nigeria, qui compte 125 millions d’habitants, reste l’un des 20 pays plus pauvres du monde. 72 % de ses habitants sont considérés comme pauvres, et 35 % ne vivent qu’avec un dollar par jour.

Vendredi 9 juillet 2004 : Après 6 jours d’interruption, la production de pétrole et de gaz a repris dans la nuit de mercredi à jeudi après un accord signé entre la direction de la filiale du groupe pétrolier Total, Elf Petroleum Nigeria (EPN) et les syndicats. Voir notre édition du 8 juillet 2004

Mercredi 14 juillet 2004 : Les autorités ont annoncé l’envoi d’une aide humanitaire pour les populations réfugiées du Darfour au Soudan d’un montant de 100 000 dollars. Cette aide sera composée de 2 000 couvertures, 600 sacs de riz, 1 000 cartons de boissons concentrées, 500 sacs de sels, 300 de farine et de l’huile végétale ». La distribution sera assurée par la NEMA, Agence nationale nigériane pour la gestion des urgences (en anglais : National Emergency Management Agency).

Mardi 20 juillet 2004 : Ibrahim Shekarau, gouverneur de l’Etat de Kano, dans le nord du pays, à forte majorité musulmane, a annoncé la reprise « le plus vite possible » de la vaccination contre la poliomyélite qui avait été suspendue en août 2003, les autorités estimant que « la « vaccination contre la poliomyélite faisait partie d’une campagne secrète occidentale visant à la stérilisation de l’Afrique ». Un comité d’experts nigérians avait remis un rapport qui avait conclu que le vaccin est dangereux pour la fertilité des jeunes filles. Les vaccins contre la poliomyélite seront produits par Biopharma, une compagnie indonésienne. L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) avait lancé un cri d’alarme : la maladie alors éradiquée dans 10 pays voisins du Nigéria, notamment au Soudan et au Burkina Faso, a refait son apparition. Plus de détails : Qu’est-ce que la poliomyélite ? ; Zones d’endémie de la poliomyélite ; Progrès vers l’éradication mondiale de la poliomyélite ; L’évolution de l’épidémiologie de la poliomyélite impose un changement de tactique.

Mercredi 28 juillet 2004 : La Corporation pour l’assurance des dépôts du Nigeria (NDIC Nigerian Deposit Insurance Corporation) a publié dimanche son rapport annuel selon lequel les banques ont enregistré pour l’année 2003 850 cas de fraude pour un montant total de 71 millions de dollars (57 millions d’euros). Selon ce rapport, le montant total des fraudes a diminué par rapport à 2002 (97 millions de dollars), mais le nombre d’affaires a augmenté de 6,8 %. Les virements, les retraits et les chèques frauduleux ont représenté en 2003 79 % des cas de fraude, et 106 employés de banque auraient participé à des fraudes.

Lundi 2 août 2004 : La campagne de vaccination contre la poliomyélite, suspendue depuis août 2003, a repris samedi dans l’Etat nigérian de Kano. Voir notre édition du 20 juillet 2004.

Lundi 9 août 2004 : L’Eglise catholique a organisé une campagne visant à ce que les fidèles adoptent une tenue plus pudique lorsqu’ils assistent à la messe. Dans une circulaire adressée à toutes les paroisses, l’archevêque de Lagos, la capitale, a donné les instructions suivantes : quiconque sera en tenue qui porte atteinte aux bonnes moeurs est appelé à ne pas faire sa prière dans l’église.

Jeudi 12 août 2004 : Après une hausse importante du prix du baril de brut (qui a atteint les 45 dollars mercredi à la Bourse de New York), ce pays a engrangé des excédents records d’exportations. La ministre des Finances, Ngozi-Okonjo Iweala, première femme à occuper ce poste, a indiqué que le Nigéria a pu lever plus de 2 milliards de dollars de bénéfice. L’utilisation de cette somme a soulevé des divergences au sein du gouvernement. La ministre des Finances souhaite réaliser des investissements dans des projets de développement, ajoutant que « si tel n’était pas le cas, ces fonds pourraient disparaître ». Elle a également jugé « qu’il était nécessaire placer ces fonds dans des établissements financiers ». Elle a indiqué qu’une partie de cet argent devra être épargné pour pallier aux conséquences d’une éventuelle chute du prix du baril. Rappelons que, bien que le Nigéria, miné par la corruption, soit le 4ème pays producteur de pétrole au sein de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole), 70 % des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté. L’espérance de vie au Nigeria n’est que de 52 ans pour les femmes et de 49 ans pour les hommes. Plus de détails : Palmarès mondial de la corruption 2003 ; Une corruption généralisée.

Samedi 21 août 2004 : Le Sénat a approuvé la demande du président Olusegun Obasanjo de former une force de 1 500 hommes pour participer à une opération de maintien de la paix dans la région du Darfour au Soudan au sein de l’Union Africaine.

Lundi 23 août 2004 : Ouverture lundi à Abuja, la capitale, d’un nouveau round de négociations entre le gouvernement soudanais et 2 groupes rebelles qui opèrent au Darfour, l’Armée de libération du Soudan et le Mouvement Justice et Egalité.

Mercredi 25 août 2004 : Après la reprise des pourparlers de paix lundi à Abuja, la capitale, entre le gouvernement soudanais et 2 groupes rebelles qui opèrent au Darfour, l’Armée de libération du Soudan et le Mouvement Justice et Egalité, l’ordre du jour proposé par l’Union Africaine a été adopté. De profondes divergences persistent entre les parties en conflit. Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, s’est entretenu à Khartoum avec le président Omar el-Béchir et Jan Pronk, représentant des Nations Unies au Soudan.

Jeudi 26 août 2004 : Les pourparlers entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour, qui ont débuté lundi à Abjuja la capitale, a été ajournée mercredi en raison de difficultés liées au dossier du désarmement des milices rebelles. Le gouvernement s’est dit prêt à accepter un renfort de troupes de l’Union africaine à la condition qu’elles soient utilisées pour désarmer les milices qui, elles, refusent d’aborder la question de leur démobilisation.

Lundi 30 août 2004 :et 2 groupes Les négociations de paix entre le gouvernement soudanais rebelles qui opèrent au Darfour dans l’ouest du Soudan, l’Armée de libération du Soudan et le Mouvement Justice et Egalité, qui avaient été suspendues pour 24 heures par les rebelles pour dénoncer les attaques menées par les forces gouvernementales contre des civils au Darfour en violation du cessez-le-feu signé le 9 avril 2004, ont repris dimanche à Abuja la capitale. Les 2 mouvements rebelles doivent présenter aux médiateurs de l’Union Africaine et des Nations Unies un rapport sur la situation humanitaire au Darfour.

Jeudi 2 septembre 2004 : Lors des négociations de paix entre le gouvernement soudanais et 2 mouvements rebelles, qui ont repris lundi à Abuja, la capitale, les parties en conflit sont parvenues à un accord sur la protection humanitaire des 1,2 million de personnes déplacées dans la région du Darfour. Cet accord intervient alors que l’ONU étudie le rapport du secrétaire général de l’ONU sur la situation au Darfour.

Samedi 11 septembre 2004 : Les pourparlers de paix entre les rebelles du Darfour et le gouvernement de Khartoum ont été suspendus vendredi à la suite de divergences sur le problème du désarmement et de la sécurité des milices. Ils devraient reprendre le 14 septembre 2004.

Samedi 18 septembre 2004 : Un porte-parole de la police a annoncé vendredi « qu’entre 20 à 50 personnes ont trouvé la mort dans l’explosion d’un oléoduc endommagé qu’elles siphonaient » dans le village d’Imore, au nord de Lagos, capitale économique du pays. Le bilan est provisoire.

Mercredi 22 septembre 2004 : L’UNICEF et l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), ont organisé à Kano, dans le nord du Nigeria, Etat où la loi islamique (charia) est en vigueur, considéré comme le principal foyer de l’épidémie de poliomyélite, une réunion avec 150 responsables musulmans de 7 pays d’Afrique de l’ouest pour définir des stratégies d’éradication de l’épidémie. Des représentants du Tchad, du Cameroun, du Niger, du Togo, du Bénin, du Burkina Faso et du Nigeria sont présents. Après la découverte de nombreux cas dans les pays voisins du Nigéria, les ministres africains de la Santé ont décidé d’organiser une campagne de vaccination de 74 millions d’enfants de moins de 5 ans dans 22 pays, en octobre et novembre 2004.

Vendredi 24 septembre 2004 : Dans un communiqué rendu public à Abuja, la capitale, le gouvernement « ordonne aux ministères, organismes parapublics et agences de cesser d’attribuer jusqu’à nouvel ordre des contrats à la compagnie pétrolière américaine Halliburton, (dirigé de 1995 à 2000 par l’actuel vice-président américain Dick Cheney), et au consortium TSKJ, en raison de sa conduite négligente qui s’est traduite par la perte de 2 sources radioactives ionisantes par le Nigeria en 2002″ dans l’attente des conclusions d’une enquête sur des allégations de corruption à l’encontre de ces firmes portant sur 180 millions de dollars. D’autre part, selon une pétition lancée par une autre compagnie nigériane, des pots-de-vin auraient été distribués aux officiels nigérians pour obtenir un contrat de 4 millions de dollars concernant une usine de gaz naturel liquéfié. Le contrat avait été attribué à Halliburton en 1995 à 4 sociétés partenaires. Rappelons que le Nigéria, est le premier fournisseur de pétrole des Etats-Unis. Voir notre édition du 14 juin 2004 (Etats-Unis). Plus de détails : Halliburton : enquête judiciaire au Nigéria ; Odeurs de pétrole à la Maison-Blanche ; Scandale pétrolier : Dick Cheney pris à nouveau la main dans le baril ; Irak : à qui profite la reconstruction ? ; Etats-Unis : le gouvernement des multinationales.

Mardi 28 septembre 2004 : Le Congrès nigérian du travail (NLC), principale centrale syndicale du pays, a menacé lundi le gouvernement de déclencher une grève générale s’il ne baisse pas le prix des produits dérivés du pétrole d’ici 14 jours, qui avaient augmenté jeudi de plus de 25 %.

Mercredi 29 septembre 2004 : Un groupe armé, la Force des volontaires du delta du Niger dirigée par Mujahid Dokubo-Asari, a menacé de mener une « guerre totale contre le Nigeria » à partir du 1er octobre 2004, et exige que les compagnies pétrolières étrangères quittent le pays.

Jeudi 30 septembre 2004 : Le groupe armé, la Force des volontaires du delta du Niger dirigée par Mujahid Dokubo-Asari, qui avait menacé de mener une « guerre totale contre le Nigeria » à partir du 1er octobre 2004, et exigé que les compagnies pétrolières étrangères quittent le pays, à l’occasion du 44ème anniversaire de l’indépendance, a annoncé avoir trouvé un accord « provisoire » avec le président Olesegun Obasanjo qu’il dit avoir rencontré. Propos démentis par le porte-parole du gouvernement. L’armée fédérale nigériane s’est déployée dans le delta du Niger tandis que les compagnies pétrolières étrangères, et en particulier la compagnie anglo-néerlandaise « Royal Dutch Shell » qui tout en affirmant ne pas tenir compte de ces menaces, ont tout de même procédé au rapatriement du personnel non indispensable sur les plateformes, soit environ 200 personnes.

Lundi 11 octobre 2004 : Le principal responsable du Congrès national du Travail (NLC, National Labour Congress, principale centrale syndicale nigériane) Adams Oshiomhole, relâché dimanche après son arrestation à Abuja, la capitale, par le le Service de sécurité de l’Etat (services secrets) alors qu’il s’apprêtait à prendre l’avion pour Lagos, seconde ville du pays, a annoncé qu’il maintenait son mot d’ordre de grève et a appelé les 130 millions de Nigérians à rester chez eux 4 jours durant pour protester contre la hausse de 25 % des prix des carburants appliquée dans le cadre des réformes économiques du président Olusegun Obasanjo. Rappelons que le Nigéria est le premier producteur de pétrole brut d’Afrique avec 2,5 millions de barils par jour, le sixième exportateur mondial et le cinquième fournisseur des Etats-Unis et que ce pays, qui compte 125 millions d’habitants, reste l’un des 20 pays plus pauvres du monde. 72 % de ses habitants sont considérés comme pauvres, et 35 % ne vivent qu’avec un dollar par jour.

Mardi 12 octobre 2004 : Après le début de la grève de 4 jours en protestation à la hausse de 25 % des prix des carburants, le président Olusegun Obasanjo a convoqué une réunion d’urgence des syndicats, certains membres de l’opposition, des représentants de la société civile et les distributeurs de carburants afin de tenter de résoudre la crise. Voir notre édition du 11 octobre 2004

Jeudi 14 octobre 2004 : 2 femmes coupables d’adultère ont été condamnées par des tribunaux islamiques à la peine capitale par lapidation dans l’Etat de Bauchi, au Nigeria, tandis que les 2 amants présumés ont été acquittés par manque de preuves. Les peines prononcées contre les 2 femmes n’ont pas encore été confirmées par le gouverneur de l’Etat. Les 2 condamnées peuvent faire appel du jugement.

Vendredi 15 octobre 2004 : La plus importante centrale syndicale du pays, Congrès national du Travail (NLC, National Labour Congress), qui avait lancé lundi un mot d’ordre de grève de 4 jours suite à une augmentation de 25 % des produits pétroliers, a annoncé jeudi qu’elle suspendait son mouvement pour 15 jours. Voir notre édition du 11 octobre 2004.

Mercredi 20 octobre 2004 : L’armée a été déployée dans la ville de Kaduna, dans le nord du pays, à la suite de violentes manifestations pour protester contre la mort de 10 manifestants qui auraient été tués après leur arrestation, lors de la grève générale contre la hausse des carburants, selon les témoins. La police indique qu’il s’agit de « bandits » tués lors d’affrontements avec leurs hommes.

Vendredi 22 octobre 2004 : La Haute Cour Fédérale de Justice de Lagos la capitale a inculpé jeudi 3 hauts responsables militaires, dont l’ancien chef de la sécurité de l’ancien dictateur Sani Abacha (1993-1998), le commandant Hamza al-Mustapha, et un homme d’affaires de tentative d’assassinat du président Olusegun Obasanjo et de putsch en tentant d’abattre grâce à des missiles sol-air l’hélicoptère du président.

Lundi 25 octobre 2004 : Les négociations entre le Nigéria et le Cameroun qui se tenaient depuis lundi à Abuja, la capitale, au sujet de la rétrocession de la péninsule de Bakassi, région d’une superficie de 1 000 km, riche en poisson et en pétrole, se sont achevés par une impasse. La Cour internationale de justice de La Haye avait attribué le 10 octobre 2002 cette zone frontalière au Cameroun. Le Nigéria devait se retirer le 15 septembre 2004 de cette zone mais avait pris du retard le justifiant par « des problèmes techniques ».

Mercredi 27 octobre 2004 : La première session plénière de pourparlers politiques entre les représentants de Khartoum (Soudan) et 2 mouvements rebelles du Darfour (le Mouvement de Libération du Soudan (SLM) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), qui a débuté jeudi dernier à Abuja, la capitale, sous l’égide de l’Union africaine (UA), a été interrompue mardi, moins d’une heure après avoir débuté, les représentants des rebelles demandant plus de temps pour préparer les négociations.

Lundi 1er novembre 2004 : Après la reprise à Abuja, la capitale, des négociations de paix pour tenter de régler le conflit au Darfour (Soudan), sous l’égide de l’Union africaine, le gouvernement soudanais a jugé dimanche que les propositions du groupe rebelle « Mouvement pour la justice et l’égalité » étaient « raisonnables et acceptables ». Elles portent sur « une plus grande représentation au niveau national et à davantage de pouvoirs locaux pour le Darfour ». Le plus important des 2 groupes rebelles, l’Armée de libération du Soudan, ALS, a quant à lui fait savoir qu’il n’était pas prêt à faire de compromis sur certaines de ses exigences clefs. Selon l’ONU, au moins 70 000 personnes sont mortes depuis mars 2004 (la plupart de faim et de maladie) tandis qu’1,5 million d’autres ont fui leurs maisons depuis février 2003. Khartoum a qualifié les chiffres l’ONU « d’exagérés », évoquant un bilan d’environ 7 000 morts.

Mercredi 10 novembre 2004 : 2 protocoles d’accord de nature humanitaire et sécuritaire ont été signés à Abuja, la capitale, entre le gouvernement du Soudan et les rebelles du Darfour au cours d’une cérémonie qui s’est déroulée mardi en présence du président nigérien et actuel président de l’Union africaine, Olosegun Obasanjo, qui assure la médiation dans les pourparlers sur le Darfour.

Jeudi 11 novembre 2004 :Le gouverneur de l’Etat de Rivers, Peter Odili, a demandé lundi à la compagnie anglo-néerlandaise Shell, à l’occasion du déménagement du siège de la firme à Port Harcourt, la capitale de l’Etat, de procéder au nettoyage de plus de 250 fuites de pétrole brut » indiquant « Il y a environ 250 fuites de brut au total dans l’Etat. Certaines ont été nettoyées, mais mal. Je veux les voir complètement traitées car elles représentent un danger environnemental ». Rappelons que le Nigeria, pays le peuplé d’Afrique noire avec 130 millions d’habitants, est également le premier producteur africain de pétrole brut et le sixième exportateur mondial avec 2,5 millions de barils par jour. Des sources officielles ont indiqué que le Nigeria a gagné 360 milliards de dollars depuis la découverte du premier gisement pétrolier à Oloibiri, dans le Sud de l’état de Rivers par la compagnie anglo-néerlandaise Shell en 1957. La dette extérieure du Nigeria s’élève à 32 milliards de dollars, et 80 % des Nigérians vivent avec moins d’un dollar par jour selon des chiffres de l’ONU. ** La jeune femme enceinte de 7 mois, âgée de 18 ans, Hajara Ibrahim, condamnée à mort par lapidation le 8 octobre 2004 pour adultère par un tribunal coranique du village de Lere, dans l’Etat de Bauchi, (1 des 36 Etats du pays à avoir rétabli la charia (loi islamique) depuis 1999) a été acquittée mercredi lors de son procès en appel.

Vendredi 12 novembre 2004 : Alors que les principaux syndicats du secteur pétrolier ont appelé à une grève générale et illimitée à partir du mardi 16 novembre 2004 pour protester contre la hausse de 25 % des prix des carburants et du pétrole décidée le 23 septembre 2004, la cour d’Appel d’Abuja a déclaré la grève générale illégale. Le Nigeria Labour Congress (NLC) a répondu immédiatement à cette décision de justice en réaffirmant que la grève aura bien lieu le 16 novembre.

Lundi 15 novembre 2004 : Ouverture dimanche d’un sommet de l’Union Africaine où le Président ivoirien Laurent Gbagbo est absent et visant à relancer les Accords de Marcoussis alors que le Conseil de Sécurité de l’ONU doit voter lundi soir une résolution imposant des sanctions à la Côte d’Ivoire.

Jeudi 23 décembre 2004 : La cour d’Appel d’Abuja, placée sous haute sécurité, a rejeté mercredi le recours d’invalidation du scrutin présidentiel du 19 avril 2003, qui a vu la victoire du Président sortant, Olusegun Obasanjo, déposé par le chef du parti « All Nigeria Peoples Party » (ANPP), Mohammadu Buhari, principal rival du président sortant, tout en reconnaissant des fraudes et des irrégularités dans certains Etats.

 

 

Nigéria : la grève générale de juillet confirme la combativité de la classe ouvrière

  15 novembre 2003

Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec 130 millions d’habitants, a vu le retour officiel de la démocratie en 1999. Le premier président civil après 15 ans de dictature militaire, Olusegun Obasanjo, est lui-même un ancien général, qui exerça le pouvoir à la fin des années 1970. En avril 2003, les élections présidentielle, législative et des gouverneurs d’États (le Nigeria est une République fédérale) ont conforté Obasanjo et son parti, le PDP (Parti Démocratique du Peuple), à la tête du pays. Ces élections n’offraient aucune perspective aux masses pauvres nigerianes, qui ne sont pas allées voter à plus de 50%. Les principaux candidats en lice représentaient en effet différentes factions de la classe dominante, souvent issus de la hiérarchie militaire — comme l’ancien général Muhammadu Buhari, à la tête de la dictature entre 1983 et 1985 —, en concurrence pour s’accaparer les subsides de l’exploitation des travailleurs nigerians par l’impérialisme. Après une campagne marquée par l’instrumentalisation des différences «  ethniques  » et religieuses par les candidats pour assurer leur domination dans leur fief (Buhari dans le nord musulman, Obasanjo dans le sud chrétien, Ojukwu, l’ex-chef de la sécession biafraise…), et des élections entachées de fraudes (bourrages d’urnes, achats de votes), la clique en place a pu se maintenir au pouvoir.

Les masses toujours soumises à la misère et à la répression

Dans ce pays aux ressources naturelles importantes (le Nigeria est le sixième producteur mondial de pétrole) et caractérisé par une corruption gigantesque, la victoire du camp Obasanjo lui assure des retombées matérielles on ne peut plus bénéfiques. Les revenus pétroliers (qui représentent 90% des recettes d’exportation du pays) et les investissements étrangers, encouragés par Obasanjo lors de son précédent mandat au travers du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique), dont il est l’un des initiateurs, et des privatisations (dernièrement celle de l’opérateur téléphonique Nitel), sont l’objet de multiples commissions et détournements.

Pendant ce temps, 70% des Nigerians vivent sous le seuil de pauvreté. Le chômage touche officiellement 28% de la population active. La majorité des travailleurs salariés connaissent la précarité et les retards de salaires, et le salaire moyen n’est que de 300 euros par an. Près de 60 millions de Nigerians vivent dans des zones urbaines, dont 12 millions à Lagos, capitale économique du pays et ville la plus peuplée d’Afrique. Les conditions de vie y sont déplorables : malnutrition, pas d’accès à l’eau potable pour 60% des habitants de Lagos, population entassée dans les bidonvilles, voire sans-abri et réduite à la mendicité.

Le gouvernement est coupable du maintien et de l’aggravation de cette situation. Le processus de privatisation s’accompagne de nombreux licenciements. Les dépenses de l’État restent avant tout réservées au paiement de la dette extérieure du Nigeria, qui s’élève à 34 milliards de dollars. Dans le même temps, la part du budget allouée à l’éducation est réduite à 1,8% en 2003 ; les frais d’inscription dans les universités publiques montent en flèche, et le gouvernement favorise la création d’universités privées pour transmettre le savoir à ceux qui en ont les moyens.

Le pouvoir utilise les méthodes les plus dures pour réprimer les soulèvements qui naissent inévitablement de la situation catastrophique des masses. L’armée reste l’instrument de répression le plus utilisé par le pouvoir désormais civil. Le combat anti-syndical emprunte également les méthodes héritées des dictatures militaires, en particulier les lois pour déclarer certaines grèves illégales. Les interventions de l’armée sont généralement sanglantes, comme dans une campagne de représailles suite à la mort de 12 policiers dans la région pétrolière du delta du Niger, où l’armée a rasé toute une ville et tué 2000 civils !

Les puissances impérialistes ayant des intérêts au Nigeria, c’est-à-dire principalement la Grande-Bretagne et les États-Unis, ne s’y trompent pas et font confiance à l’armée nigeriane comme force de «  stabilisation  » à l’échelle du pays, mais aussi de l’Afrique de l’Ouest, avec en particulier des interventions pour protéger les profits diamantaires en Sierra Leone. Ainsi, «  l’aide au développement  » de la part des impérialistes consiste ici, à hauteur de millions de dollars, à l’entraînement et à l’équipement de l’armée.

La répression des masses prend aussi les formes de l’obscurantisme religieux. Avec la bénédiction de l’État fédéral, 12 des 19 États du nord musulman ont adopté la loi islamique de la charia. Le cas médiatisé d’Amina Lawal, condamnée à mort par lapidation pour relations sexuelles hors mariage puis finalement acquittée, ne doit pas faire oublier les nombreuses autres condamnations similaires.

Une classe ouvrière combative

La composition des classes laborieuses au Nigeria est fortement marquée par les ressources naturelles du pays. Avec 40% du PIB provenant de l’industrie (dont seulement 5% pour l’industrie manufacturière, qui reste sous-développée), la classe ouvrière industrielle représente 10% des 66 millions qui constituent la population active. Elle est organisée dans des syndicats qui demeurent généralement combatifs, malgré la répression et les intimidations. La principale centrale syndicale est le NLC (Congrès Ouvrier Nigerian) ; son action, comme toute organisation ouvrière réformiste, est marquée par l’opposition entre la volonté de combattre de la base et l’attitude collaborationniste de la direction : d’un côté, des actions efficaces contre le travail précaire, avec par exemple des piquets de grève pour faire appliquer par les multinationales les lois du travail arrachées par la classe ouvrière nigeriane sur le travail temporaire ; de l’autre côté, les liens de certains dirigeants de la centrale syndicale avec les ennemis de la classe ouvrière, les membres du pouvoir, ou encore la participation du président du NLC au Conseil National pour la Privatisation, la centrale ne s’opposant pas par principe aux privatisations.

La dernière grande mobilisation des classes laborieuses nigerianes date de juillet dernier. Quelques semaines seulement après sa réélection, le président Obasanjo a décidé une nouvelle attaque contre les masses, avec une hausse du prix du carburant de 26 nairas à 40 nairas le litre. La volonté d’augmenter ces prix est une constante depuis 15 ans, avec une première mesure prise en ce sens par la junte militaire au pouvoir en 1986, en application du Plan d’Ajustement Structurel du FMI, jusqu’aux deux dernières hausses en 2000 et 2002 par, déjà, le gouvernement Obasanjo, avec une relative passivité du NLC. Il s’agit d’une volonté du pouvoir de supprimer les «  subventions  » qui permettent de conserver des prix de carburant relativement bas, les économies ainsi faites dans le budget de l’État étant censées servir à l’amélioration des services sociaux (en fait sans aucune garantie, puisque le budget de l’État est en fait massivement consacré au remboursement de la dette). Le Nigeria, bien que sixième producteur mondial de pétrole, doit importer son carburant : les prix «  trop bas  » ne permettent pas aux multinationales pétrolières de dégager des bénéfices en raffinant le pétrole pour une utilisation locale, et les raffineries étatiques sont largement délaissées, causant ainsi des pénuries de carburant. Cette «  mise à niveau  » des prix des carburants pour l’exploitation du marché par les multinationales aura bien entendu des répercussions sur les prix des transports et donc sur le reste des produits pour la population.

La violence de cette attaque a suscité une riposte en conséquence : le 30 juin, le NLC a appelé à une grève générale illimitée contre cette mesure et, pendant huit jours, l’économie du pays a été paralysée par cette grève, une des plus massives de l’histoire du Nigeria. Le 9 juillet, après une concession mineure du gouvernement (34 nairas au lieu de 40 nairas le litre), la direction du NLC a finalement annoncé la suspension de la grève, contre l’avis de certains des 29 syndicats affiliés, arguant de la démobilisation des masses non-organisées ainsi que du début de la répression sanglante (avec quatre manifestants tués par la police).

Ce mouvement n’en a pas moins été exemplaire : les masses laborieuses du Nigeria et leur avant-garde ouvrière ont montré leur combativité face à un gouvernement corrompu, multipliant les attaques au profit des intérêts impérialistes. Mais sans perspective communiste révolutionnaire incarnée par un parti ouvrier de masse, sans alternative au pouvoir en place autre qu’une nouvelle dictature militaire, la puissance du mouvement et la capacité de mobilisation des organisations ouvrières, NLC en tête, n’ont pu déboucher que sur une concession minime et temporaire de la part du gouvernement.

Pour réaliser les tâches de rupture avec l’impérialisme, en particulier pour le non-paiement de la dette qui maintient la population nigeriane dans la plus grande misère, il est donc indispensable pour les forces communistes révolutionnaires au Nigeria de populariser la perspective d’un gouvernement ouvrier et paysan, au service des masses laborieuses, qui seul sera en mesure de réaliser leurs revendications démocratiques, économiques et sociales ; et pour cela, de se tourner résolument vers les masses ouvrières, et d’aider ses secteurs les plus combatifs, en particulier dans le NLC, à chasser leurs directions traîtres.

Nigeria : résistances et contradictions face à l’offensive néolibérale

Danielle OBONO – 21 mars 2006

Annoncée en août 2005 par le gouvernement après plusieurs semaines d’intense préparation médiatique de l’opinion, la hausse de plus de 20 % des prix des produits pétroliers a une fois encore suscité colère et mobilisations populaires dans le pays. Cette neuvième augmentation en six ans, depuis le retour à un régime civil qui devait pourtant signifier une nouvelle ère pour le pays, s’inscrit dans la droite ligne des politiques néolibérales menées depuis par les deux gouvernements Obasanjo successifs, et qui s’ajoutent aux années d’ajustement structurel que subit ce pays depuis deux décennies.

Ces attaques ont aussi provoqué des résistances de la part du mouvement social, et plus particulièrement des syndicats. Ces derniers se retrouvent aujourd’hui au cœur d’une bataille sociale et politique qui est à la fois porteuse d’espoir et source de nombreux questionnements quant aux anciens modèles et aux nouvelles stratégies dont le mouvement a besoin aujourd’hui.

La «  malédiction  » de l’or noir

Un paradoxe qui confine à l’absurde : dans le premier pays africain producteur de pétrole brut, quand le prix du baril flambe, comme cela a été le cas au cours de l’été dernier, les Nigérianes et les Nigérians serrent les dents et pleurent de rage. Car si le gouvernement a alors vu ses recettes s’envoler, eux ont encore une fois subi la dégringolade de leur pouvoir d’achat. Du fait du faible niveau des infrastructures de base comme l’électricité et l’eau, ou d’un réseau ferroviaire adéquat et fonctionnel, l’ensemble du pays dépend énormément des produits pétroliers pour la production et la distribution. La hausse des prix des carburants entraîne donc systématiquement celle des coûts de transport et de production, et donc des produits de base, comme des services.

L’augmentation, comme toutes les autres, a été justifiée par la nécessité de mettre fin aux subventions des prix à la pompe dans le cadre de la nouvelle politique de dérégulation du secteur pétrolier. En effet le Nigeria, grand pays producteur et exportateur, est obligé d’importer la plus grande partie du carburant qu’il consomme, à cause en grande partie de la mauvaise gestion (véritable pillage organisé de fait) des raffineries locales. Pour faire passer la pilule l’État a longtemps dû concéder des subventions publiques pour la stabilisation de prix. Aujourd’hui les institutions financières internationales considèrent cette politique incompatible avec la réduction des charges de l’État. Ainsi, alors qu’ils sont censés être plus riches grâces aux revenus de leur pays, ce sont encore les plus pauvres qui paient. Les 70 % de Nigérians qui vivent avec moins de 1 dollar par jour apprécient très certainement l’amère ironie de la situation (1).

En coulisse les auteurs de cette mauvaise farce sont clairement identifiables. En premier lieu il s’agit de l’impérialisme des grandes puissances qui assignèrent aux pays africains le rôle et la place subordonnée dans le système de production international. Hier exercé à coups de Bible et de baïonnette, puis sous le joug civilisateur de la colonisation, leur domination s’est adaptée aux décolonisations et aux indépendances. Elle a pris la forme d’un néocolonialisme qui s’exerce aujourd’hui par le double jeu de l’appropriation monopolistique des matières premières et de leurs marchés et l’implacable maillage des institutions financières internationales (dettes, programmes d’ajustement structurel, etc.) auquel nul n’échappe (2). Ainsi au Nigeria, qui n’est rien moins que le cinquième fournisseur de la superpuissance états-unienne, tandis que les conglomérats Shell et British Petroleum se disputent l’exploitation du très convoité or noir, encore loin devant l’outsider TotalFinaElf, et que les multinationales américano-britanniques dominent largement les principaux secteurs de l’économie, le FMI et la Banque mondiale orchestrent l’insolvabilité permanente du pays. Ce sont également de puissants appuis politiques internationaux qui ont soutenu pendant des années les régimes autoritaires qui maintenaient d’une poigne de fer l’ordre dans le pays, avant d’accueillir bien trop bruyamment pour être de bonne foi le retour du Nigeria dans le «  concert des nations  » lors du toilettage institutionnel qui fit office de démocratisation en 1999.

Leur excès de zèle n’était certainement pas étranger à l’importance stratégique et au potentiel continental de ce pays. Deuxième puissance économique africaine derrière l’Afrique du Sud grâce à ses ressources et à sa population, le Nigeria, ou plus exactement ses dirigeants, se présente comme le «  géant  » du continent, en même temps que son gendarme et revendique un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies. La classe dirigeante nigériane est ainsi loin d’être simplement un vulgaire pantin de bois aux mains des grandes puissances. Elle occupe certes une place secondaire dans la «  chaîne de commandement  » du système capitaliste mondial, mais ses choix et ses actions répondent totalement à des intérêts propres bien compris. Si son président O. Obasanjo, invité régulier des différents sommets du G8, est l’un des grands promoteurs du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD, sorte de grand programme d’ajustement structurel «  made in Africa  »), c’est aussi parce que ces politiques néolibérales permettent la continuation et l’accentuation de l’accumulation primitive du capital au profit de la classe dirigeante qu’il sert. C’est donc bien autant à l’impérialisme des grandes puissances qu’aux intérêts de sa propre classe dirigeante que le mouvement syndical s’affronte quand il s’oppose aux augmentations des prix du pétrole domestique.

Opposition politique

En mettant le doigt sur le noeud gordien que représente au Nigeria la question hautement sensible de la gestion de la manne pétrolière, les syndicats en sont venus à représenter la seule véritable opposition politique au gouvernement. Aux incessantes augmentations ils ont répondu par des grèves générales dont le simple appel a parfois suffit à faire reculer le gouvernement, comme en 2003 où la grève générale, qui a paralysé presque tout le pays durant une semaine, malgré la sévère répression policière des premiers jours (huit morts), a fait finalement plier le gouvernement. Il faut dire que c’était à la veille de la tournée africaine de Georges Bush, qui devait débuter au Nigeria et qu’une grève générale, cela faisait désordre. Le mouvement a tout de même coûté plus de 100 milliards de nairas (636 millions d’euros) (3). Mais l’arme de la grève fait également trembler jusqu’aux marchés financiers internationaux. Ainsi par exemple lors de la grève d’octobre 2004, dans une situation rendue encore plus sensible par les dégâts du cyclone Yvan dans le golfe de Mexique, la nervosité des traders a fait grimper le prix du baril pendant plusieurs jours à plus de 50 dollars.

Si les syndicats sont généralement en situation d’avoir un tel impact (et cela a été le cas d’une façon ou d’une autre chaque année depuis 1999) c’est moins par leur taille que par leur positionnement économique, social et politique particulièrement stratégique dans l’espace nigérian. Certes, avec ses trois grandes confédérations, dont la plus importante le Nigeria Labour Congress (NLC) constitue avec ses 29 syndicats affiliés et ses 4 millions de membres une des plus grosses organisations syndicales du continent, le mouvement syndical nigérian est loin d’être négligeable (4). Mais ce qui fait réellement sa force c’est à la fois sa position économique centrale et son implantation dans les diverses strates de la société. D’une part les travailleurs du secteur pétrolier, organisés soit dans le syndicat des cols bleus NUPENG, soit dans le syndicat des cadres PENGASSAN, tiennent la haute main sur le principal robinet de l’économie du pays (5). A eux seuls ils peuvent déclencher la grève générale. D’autre part il y a les multiples liens (sociaux, économiques, familiaux, ethniques, etc.) qui unissent les travailleurs salariés au reste de la population. Que ce soit par le biais du chevauchement entre activités formelle et informelle (6), ou l’appartenance à des groupements communautaires (réseaux religieux, ethniques, régionaux ou villageois), les travailleurs sont ainsi en contact de solidarité, d’échange, d’entraide ou de dépendance avec la plupart des couches populaires. Leur mobilisation collective concerne et affecte donc d’une manière ou d’une autre l’ensemble de la population, qui dans sa majorité partage des difficultés semblables, et est donc plutôt encline à leur témoigner du soutien.

C’est enfin aussi bien objectivement que subjectivement que les mobilisations syndicales empruntent un caractère politique. Tout d’abord, l’État étant encore le principal employeur du pays, chaque mobilisation du secteur public met les travailleurs en confrontation directe avec le gouvernement, et chaque lutte a donc une forte dimension politique. Mais surtout le mouvement syndical a toujours porté, plus ou moins explicitement, des revendications politiques. Dès l’origine, les premiers syndicats nigérians (qui datent des années 1910 et qui se sont développés d’abord dans le secteur public) s’opposent politiquement à l’État dans les conditions d’une domination coloniale qui institutionnalise les discriminations raciales. Les premières revendications salariales pointent systématiquement les différences de traitement entre salariés Noirs et Blancs et sont une première forme de résistance politique à l’ordre colonial, même si elles s’expriment la plupart du temps en des termes plutôt modérés et conciliateurs. En même temps que des concessions économiques sont trouvées ici et là les autorités coloniales sont souvent obligées de concéder plus de libertés politiques, sous peine de voir les mouvements les grèves prendre un tour trop radical. Ainsi la grève en 1920 des charpentiers du Nigerian Mechanics Union qui s’étend à toute le protectorat de Lagos a comme conséquence politique directe la formation d’un nouveau conseil législatif incluant cette fois des délégués indigènes. Trois ans plus tard en 1923 le premier parti politique nigérian, le Nigerian Democratic Party, est fondé.

Mais c’est à partir de 1945, dans les années d’après-guerre, que le mouvement syndical acquiert une dimension plus distinctement politique avec l’émergence du mouvement nationaliste anticolonialiste. C’est cette année là qu’a lieu la première grève générale de l’histoire du pays : pendant près de six semaines les 43 000 travailleurs des services économiques et administratifs «  essentiels  » vont se mettre en grève pour des augmentations de salaires.

Deux ans plus tard, la première réforme constitutionnelle, qui pose notamment les bases du régionalisme tripartite qui va fondamentalement déformer les enjeux politiques du pays, est adoptée. Mais c’est surtout quelques années plus tard, en 1949, suite à la répression sanglante d’un mouvement de grève de mineurs dans l’est du pays à Enugu, que l’agitation syndicale et politique anticoloniale atteint son apogée avec les demandes d’un gouvernement autonome immédiat. Après l’indépendance, obtenue en 1960, les syndicats joueront encore un rôle de premier plan dans un certain nombre de développements politiques importants. En 1964 par exemple une nouvelle grève générale de deux semaines obtient des révisions salariales et fait prévaloir pendant un temps une véritable solidarité ouvrière interethnique, dans un contexte de crise politique et institutionnelle croissante qui allait mener à la guerre civile de 1967.

Pour un certain nombre de raisons historiques aucune force de gauche significative, qui puisse donner une expression politique aux clivages de classe, n’est jamais parvenue à émerger au Nigeria. Les trois principales formations politiques actuelles du pays (7), comme d’ailleurs la plupart de celles qui ont existé sous les quatre premières républiques éphémères, ne sont que des coalitions de diverses sections de la classe dirigeante, recoupant souvent des regroupements ethno-régionalistes. Cet état de fait, qui explique la place qu’occupent les syndicats, comme seule forme organisée de la classe ouvrière à l’échelle de masse, est le résultat des conditions politiques particulières qui ont présidé au développement du pays et fortement influencé le mouvement syndical.

Les syndicats et le projet nationaliste

Pour saisir pleinement le type d’environnement général dans lequel s’est construit le mouvement syndical nigérian, il importe de faire un rapide retour sur l’histoire politique du pays qui éclaire les problématiques de la situation actuelle. Le Nigeria en ce sens n’est pas une exception, mais plutôt un exemple typique de la crise de l’État postcolonial africain (8). Ses particularités résident plus dans les formes extrêmes que prirent les clivages intra- et inter-classistes. Ayant hérité d’un État construit par la puissance coloniale dans le seul but d’exploiter le pays et de contrôler les populations, les élites africaines (ici nigérianes) l’ont investi sans en remettre en cause les fondements. En fait une classe dirigeante (noire, postcoloniale) en remplace une autre (blanche, coloniale). Mais les contradictions d’un État colonial construit artificiellement sur l’unification arbitraire de territoires et de populations aussi diverses que variées va compliquer le projet nationaliste de la nouvelle classe dirigeante nigériane, d’autant qu’elle ne saura maintenir en son sein le consensus de départ. Ses différentes sections vont en effet s’opposer jusqu’au déchirement pour le contrôle de l’appareil d’État, principal instrument du pouvoir politique et économique qui détermine le partage des moyens de l’accumulation primitive.

Cette guerre intestine de la classe dirigeante mène quasiment à l’effondrement de l’objet du conflit, à savoir, l’entité nigériane, à travers l’expérience d’une longue et coûteuse guerre civile. A cette occasion un nouvel acteur dirigeant fait son apparition : l’armée, et plus particulièrement la haute (d’abord moyenne) hiérarchie militaire. Dans un processus de type bonapartiste, ce nouvel acteur va «  réconcilier  » les classes dirigeantes en conflit en refondant le projet nationaliste. Se posant en arbitre et se ralliant le soutien d’une majorité des groupements sociaux, politiques et communautaires du pays, les militaires vont mener et gagner la guerre contre la sécession biafraise et reconstruire l’État sur la base d’un consensus qui consacre l’hégémonie du centre (le gouvernement fédéral et l’ensemble de l’appareil d’État centralisé) et son contrôle sur la ressource pétrolière qui devient le carburant essentiel et indispensable du développement étatique et national. Mais à partir du milieu des années 1980, la machine se grippe. La crise mondiale frappe plus durement les pays dépendants du Sud et sape les bases économiques du projet nationaliste, déjà fortement entamé par la rapacité des classes dirigeantes nigérianes. Un temps contenue par l’arbitrage des militaires (qui vont d’ailleurs très vite se prendre au jeu également) la course à l’accumulation va se traduire par un niveau formidable de corruption qui gangrène tout le système. Le modèle nationaliste a échoué.

Cette situation se traduit par une mainmise accrue des institutions internationales qui justement à cette période changent complètement d’orientation avec le début de la «  révolution conservatrice  » néolibérale. C’est le début de mise en place des premiers plans d’ajustements structurels, version locale, en 1986. Le mouvement syndical est frappé de plein fouet par ce retournement. Si au niveau politique l’alliance avec les dirigeants nationaliste a très vite tourné court une fois les indépendances obtenues, les syndicats ont néanmoins pris part d’une certaine manière au projet nationaliste en défendant les perspectives idéologiques sous-jacente du développement et de «  l’intérêt  » national. Cela n’a pas empêché des conflits de classe avec la classe dirigeante nigériane. Au contraire, les heurts et malheurs du modèle de développement nationaliste adopté après l’indépendance n’ont fait qu’exacerber les tensions. Mais à quelques exceptions près, elles ont le plus souvent été détournées en clivages ethniques ou religieux par les élites. Deux tendances principales se sont traditionnellement disputées la direction de ce mouvement : un syndicalisme de consensus/collaboration affilié aux organismes internationaux du bloc capitalisme, et un syndicalisme plus radical et de confrontation, mais influencé par le stalinisme. Aucune de ces deux orientations ne questionne la nature fondamentale du projet nationaliste, se contentant soit de l’accompagner tout simplement, soit de ne s’opposer qu’aux effets et aux conséquences de ses dysfonctionnements sur les conditions de vie et de travail des travailleurs.

Engagement démocratique

Dans les années 1980 on assiste au sein du mouvement syndical à deux tendances contradictoires. D’une part la collaboration assumée des directions syndicales, symbolisées par la personne de Pascal Bafyau, considéré certainement comme un des plus vils président du NLC.

D’autre part, en même temps, il y a persistance et renforcement dans certains secteurs d’un syndicalisme très actif à la base, à travers l’exemple de l’Academic Staff Union of Universities (ASUU). Ce syndicat du personnel enseignant des universités va en effet émerger à partir du milieu des années 1980 comme le fer de lance de la radicalité syndicale, s’opposant pied à pied aux réductions budgétaires, aux attaques contre l’autonomie des universités et, plus globalement, à la privatisation de l’enseignement supérieur. Affichant un attachement principiel à la classe ouvrière dont il se considère comme faisant intégralement partie en tant qu’organisation de travailleurs intellectuels (9), l’ASUU va devenir la bête noire des régimes nigérians.

C’est après la chute du deuxième gouvernement civil et le retour des militaires au pouvoir, que le nouveau chef du régime, Ibrahim Babangida, tente de faire avaliser par la population le plan d’ajustement structurel exigé par le FMI et la Banque mondiale en organisant une sorte de grand débat national. L’ASUU va activement mener campagne contre le projet de plan d’ajustement structurel, en diffusant largement un ensemble d’analyses contrecarrant en tous points la propagande officielle. Il va également soutenir le mouvement étudiant contre les attaques du gouvernement. L’organisation syndicale va alors être l’objet d’une répression féroce, en même temps que de tentatives de déstabilisations internes par le soutien à des factions dissidentes. Elle est interdite une première fois en 1986 et désaffiliée de force du NLC à cause notamment, de l’influence radicale intellectuelle qu’exerce le syndicat sur la centrale.

De manière générale, à l’égard du mouvement syndical dans son ensemble, la réponse des régimes militaires qui vont se succéder dans les pays va être un cocktail de cooptation et de répression sauvage, notamment sous le régime militaire de Sani Abacha (10). Les conflits avec les militaires conduisent par deux fois, en 1988 et en 1994, à la dissolution du NLC, qui est alors l’unique centrale syndicale officielle. De nombreux dirigeants syndicaux sont arrêtés et continuellement harcelés ; les réunions syndicales systématiques attaquées ou interdites.

Cette stratégie très dure de l’État n’empêche pourtant pas le mouvement syndical de prendre une part importante dans les mouvements démocratiques qui émergent à partir des années 1990. C’est là que va se forger l’alliance des syndicats avec la «  société civile  » (principalement associations de défense des droits de l’homme et des libertés civiques et démocratiques). Au sein des coalitions larges (ou en collaboration avec) comme Campaign for Democracy (CD) ou National Democratic Coalition (NADECO) des syndicats comme ASUU ou le Nigerian Union of Journalists (NUJ) vont se mobiliser pour la mise en place et l’exécution d’un véritable programme de transition démocratique ; puis, après l’annulation du processus électoral en 1993, pour l’actualisation des résultats et la fin du régime militaire.

C’est ainsi qu’en juillet 1994 les syndicats du secteur pétrolier (NUPENG et PENGASSAN) vont organiser une des grèves les plus dures de la période contre le régime militaire. Le mouvement, alliant explicitement des revendications économiques et des mots d’ordre politiques pour le retrait des militaires du pouvoir, va se généraliser à tous les secteurs et provoquer pendant plus d’un mois la paralysie du pays. Le régime va s’abattre de toute sa force contre les syndicats. Les présidents du NUPENG et du PENGASSAN sont emprisonnés et leurs organisations, tout comme le NLC, mises sous contrôle d’administrateurs uniques nommés par le gouvernement. Un ensemble de mesures draconiennes sont prises pour déstructurer totalement les appareils de direction syndicaux et pour empêcher une coordination des actions entreprises à la base. Finalement, le gouvernement parvient à défaire le mouvement, en s’appuyant notamment sur les ambiguïtés et les faiblesses de la direction du NLC. Les syndicats vont alors mettre un certain temps à se remettre de cette attaque, ne reprenant vraiment de la voix, malgré des actions et mouvement ici et là dans les années qui suivent, qu’à partir de 1998, avec la mort de Sani Abacha et la mise en place de la transition.

Nouvelles résistances et perspectives

La transition «  démocratique  » achevée de 1999 a finalement rendu aux syndicats leur liberté d’action (au moins formellement), suite à la levée de la plupart des décrets militaires antisyndicaux et à la libération des dirigeants emprisonnés. Cette année-là, en même temps que le nouveau régime civil, les syndicats nigérians accueillirent une nouvelle direction à la tête du NLC. Le nouveau président syndical Adams Oshiomole avait fait campagne sur le thème «  Renaissance 99  », et les travailleurs nigérians, comme leurs millions de compatriotes, espéraient vraiment voir s’ouvrir devant eux une nouvelle ère où ils profiteraient des dividendes de la démocratie.

Malheureusement la transition démocratique n’a réellement permis qu’une continuation des mêmes politiques néolibérales et antisociales sous l’habit démocratique (11). Et les travailleurs ont très vite retrouvé le chemin des mobilisations. Les mouvements qui ont suivi la transition ont porté sur un large éventail de revendications, allant des revalorisations salariales aux luttes contre les licenciements. Mais le point focal de ces mouvements a véritablement été la bataille contre l’augmentation des prix du pétrole qui commence dès 1999. Elle reconstitue l’alliance des syndicats avec d’autres forces du mouvement social et fait émerger Adams Oshiomole, le dirigeant du NLC sur la scène publique et nationale. Pourtant le personnage et la politique syndicale qu’il mène n’est pas sans ambiguïtés et contradictions qui peuvent finir par constituer des obstacles pour le mouvement.

Élu en 1999 et réélu en 2002 à la tête de la centrale syndicale, Adams Oshiomole est souvent présenté comme le leader non officiel de l’opposition surtout depuis les campagnes contre les hausses des prix du carburant. Leader charismatique du mouvement syndical, Oshiomole a grimpé les échelons de la hiérarchie syndicale pendant les années troubles de la décennie 1990. Sa force réside dans l’alliage constant d’une rhétorique parfois très radicale et d’une attitude réelle beaucoup plus conciliatrice. Il entretient ainsi des relations ambiguës avec le gouvernement et Obasanjo. En 1999 il tempère les ardeurs des travailleurs pour «  préserver  » la transition et finit par négocier avec Obasanjo l’augmentation de 25 % des salaires des travailleurs du public. En 2002 il soutient ce même Obasanjo pour sa réélection. Mais le mécontentement syndical et populaire face aux contre-réformes du gouvernement le mène aussi à la confrontation avec le pouvoir, qui n’est pas sans risques. Et s’il s’est positionné comme leader de la campagne contre les hausses des prix du pétrole, il participe au Conseil national pour les privatisations, organe chargé notamment de superviser un certain nombre de mesures économiques… dont l’augmentation des prix du pétrole contre laquelle se battent les syndicats est une des conséquences logiques.

Toutes ces ambiguïtés et contradictions à la direction des syndicats, qu’on retrouve typiquement dans la politique syndicale d’un Adam Oshiomole, font que face à un gouvernement totalement dédié à l’avancement de son agressive politique néolibérale le mouvement n’a pas de véritable stratégie. Au cours des dernières années il s’est souvent borné à protester contre les hausses des prix, les dérégulations et les privatisations sans remettre en cause la logique globale de cette politique.

La campagne de 2005 a peut être marqué un tournant. En effet, plutôt que d’appeler à une nouvelle grève (qui risquait de ne pas pouvoir se maintenir très longtemps à cause notamment de la difficulté du petit peuple de l’informel de survivre sans liquidités), les syndicats et leurs alliés au sein de la Labour and Civil Society Coalition (LASCO) se sont engagés dans une nouvelle démarche. Il s’agissait d’appeler à des manifestations et à la tenue de grandes réunions publiques sur le thème de l’opposition à une hausse des prix à la pompe, mais également contre la politique générale du gouvernement Obasanjo comme facteur principal de l’appauvrissement de la population. Ces manifestations, organisées aux quatre coins du pays, ont rassemblé à chaque fois des milliers de travailleurs autour de mots d’ordre forts et politiques. Elles ont permis d’exprimer et de donner forme à la politisation d’une large couche des travailleurs organisés, et participent en ce sens à la radicalisation de l’opposition au gouvernement.

Si les suites concrètes du mouvement se font malheureusement encore attendre, du fait de l’apathie des directions syndicales qui semblent se contenter de cette première phase, le processus, patiemment et politiquement construit, pourrait déboucher sur de véritables perspectives d’alternatives. D’autant qu’il y a urgence : la crise structurelle de l’État nigérian ne s’est pas résolue avec l’ouverture des institutions. Elle semble au contraire se poursuivre, alimentée par les transformations que tentent de produire les politiques néolibérales (démantèlement de l’État qui était jusque-là le moyen et le lieu de l’accumulation primitive). Les tensions et clivages forts qui en découlent risquent d’aller grandissant notamment avec la perspective des élections présidentielles de 2007. Les batailles au sein de la classes dirigeantes risquent de s’exacerber pour le contrôle de ce qui reste des appareils étatiques, tout comme les attaques pour tirer encore plus de profits du reste de la population. En l’absence de perspectives du mouvement, ces développements se cristallisent déjà sur d’autres clivages – régionaux, ethniques et/ou religieux – qui sont source de violence et de division entre les exploités et les opprimés. Les organisations du mouvement ouvrier nigérian ont ainsi la lourde responsabilité, mais aussi les moyens, d’éviter de nouvelles tragédies à l’ensemble de la classe, et d’offrir de vraies perspectives d’émancipation.

* Danielle Obono, chercheuse en science politique, spécialiste des études africaines et militante à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IVe Internationale).

1. Le Nigeria peut également se targuer d’être le seul pays du monde disposant de ressources pétrolières à présenter un déficit budgétaire.

2. Voir sur ce point « The Strangling of Africa », International Socialism, n° 107, été 2005.

3. Voir notamment l’article de Jean Nanga, «  Nigeria : grèves générales en série  », Solidarités n° 39 du 19 janvier 2004.

4. La population active du pays était estimée en 2004 à 55,66 millions de personnes dont près de 70 % dans l’agriculture, 10 % dans l’industrie et 20 % dans les services.

5. L’économie nigériane est largement dépendante de l’exploitation pétrolière qui génère près de 95 % des exportations, 70 % des revenus fiscaux et un tiers du PIB du pays. Le pays est le premier pays africain producteur de pétrole brut, cinquième fournisseur des États-Unis.

6. La part de l’économie informelle au Nigeria est l’une des plus élevées d’Afrique, et représenterait près de 75 % du PNB non-pétrolier en 2003 (à titre de comparaison, cette part n’est que de 11 % aux États-Unis et 16 % en France). Ce secteur a connu une véritable explosion au cours des dernières décennies, parallèlement au développement de la crise et à la mise en œuvre des politiques d’ajustement structurel qui ont conduit à des licenciements massifs notamment dans le secteur public. La majeure partie des travailleurs licenciés, mais aussi de nombreux travailleurs salariés, ont recours à cette économie de survie et de «  débrouille  ».

7. Il s’agit du People’s Democratic Party (PDP) du président Obasanjo, majoritaire à l’assemblée et au sénat, du All Nigerian People’s Party (ANPP) et de l’Alliance for Democracy (AD).

8. Sur la crise du projet nationaliste nigérian cf. Cyril I. Obi, « No longer at ease : Intellectuals and the crisis of nation-statism in Nigeria in the 1990s », Revue Africaine de sociologie, vol. 8, n° 2, 2004, pp.1-14

9. C’est ainsi que bien qu’étant une organisation de «  cadres  », ASUU va s’affilier au NLC et maintenir des liens constants avec la confédération syndicale qui organise principalement les cols bleus.

10. Cf. Jimi O. Adesina, « Relations État/syndicats au Nigeria : néolibéralisme, autocratie et dilemme de la démocratie », in Lebeau Yann, Boubacar Niane, Piriou Anne, De Saint Martin Monique (dir.), État et acteurs émergents en Afrique, IFRA/Karthala, 2003, pp. 57-85.

11. Cf. Béatrice Humarau, « D’une transition à l’autre : classe politique et régimes militaires au Nigeria », in L’Afrique politique 1999. Entre transition et conflits, Karthala/CEAN, 1999, pp. 61-83.

Nigeria

vendredi 24 mars 2006

Annoncée en août 2005 par le gouvernement après plusieurs semaines d’intense préparation médiatique de l’opinion, la hausse de plus de 20 % des prix des produits pétroliers a une fois encore suscité colère et mobilisations populaires dans le pays. Cette neuvième augmentation en six ans, depuis le retour à un régime civil qui devait pourtant signifier une nouvelle ère pour le pays, s’inscrit dans la droite ligne des politiques néolibérales menées depuis par les deux gouvernements Obasanjo successifs, et qui s’ajoutent aux années d’ajustement structurel que subit ce pays depuis deux décennies.

Par Danielle Obono*

Ces attaques ont aussi provoqué des résistances de la part du mouvement social, et plus particulièrement des syndicats. Ces derniers se retrouvent aujourd’hui au cœur d’une bataille sociale et politique qui est à la fois porteuse d’espoir et source de nombreux questionnements quant aux anciens modèles et aux nouvelles stratégies dont le mouvement a besoin aujourd’hui.

La «  malédiction  » de l’or noir

Un paradoxe qui confine à l’absurde : dans le premier pays africain producteur de pétrole brut, quand le prix du baril flambe, comme cela a été le cas au cours de l’été dernier, les Nigérianes et les Nigérians serrent les dents et pleurent de rage. Car si le gouvernement a alors vu ses recettes s’envoler, eux ont encore une fois subi la dégringolade de leur pouvoir d’achat. Du fait du faible niveau des infrastructures de base comme l’électricité et l’eau, ou d’un réseau ferroviaire adéquat et fonctionnel, l’ensemble du pays dépend énormément des produits pétroliers pour la production et la distribution. La hausse des prix des carburants entraîne donc systématiquement celle des coûts de transport et de production, et donc des produits de base, comme des services.

L’augmentation, comme toutes les autres, a été justifiée par la nécessité de mettre fin aux subventions des prix à la pompe dans le cadre de la nouvelle politique de dérégulation du secteur pétrolier. En effet le Nigeria, grand pays producteur et exportateur, est obligé d’importer la plus grande partie du carburant qu’il consomme, à cause en grande partie de la mauvaise gestion (véritable pillage organisé de fait) des raffineries locales. Pour faire passer la pilule l’État a longtemps dû concéder des subventions publiques pour la stabilisation de prix. Aujourd’hui les institutions financières internationales considèrent cette politique incompatible avec la réduction des charges de l’État. Ainsi, alors qu’ils sont censés être plus riches grâces aux revenus de leur pays, ce sont encore les plus pauvres qui paient. Les 70 % de Nigérians qui vivent avec moins de 1 dollar par jour apprécient très certainement l’amère ironie de la situation (1).

En coulisse les auteurs de cette mauvaise farce sont clairement identifiables. En premier lieu il s’agit de l’impérialisme des grandes puissances qui assignèrent aux pays africains le rôle et la place subordonnée dans le système de production international. Hier exercé à coups de Bible et de baïonnette, puis sous le joug civilisateur de la colonisation, leur domination s’est adaptée aux décolonisations et aux indépendances. Elle a pris la forme d’un néocolonialisme qui s’exerce aujourd’hui par le double jeu de l’appropriation monopolistique des matières premières et de leurs marchés et l’implacable maillage des institutions financières internationales (dettes, programmes d’ajustement structurel, etc.) auquel nul n’échappe (2). Ainsi au Nigeria, qui n’est rien moins que le cinquième fournisseur de la superpuissance états-unienne, tandis que les conglomérats Shell et British Petroleum se disputent l’exploitation du très convoité or noir, encore loin devant l’outsider TotalFinaElf, et que les multinationales américano-britanniques dominent largement les principaux secteurs de l’économie, le FMI et la Banque mondiale orchestrent l’insolvabilité permanente du pays. Ce sont également de puissants appuis politiques internationaux qui ont soutenu pendant des années les régimes autoritaires qui maintenaient d’une poigne de fer l’ordre dans le pays, avant d’accueillir bien trop bruyamment pour être de bonne foi le retour du Nigeria dans le «  concert des nations  » lors du toilettage institutionnel qui fit office de démocratisation en 1999.

Leur excès de zèle n’était certainement pas étranger à l’importance stratégique et au potentiel continental de ce pays. Deuxième puissance économique africaine derrière l’Afrique du Sud grâce à ses ressources et à sa population, le Nigeria, ou plus exactement ses dirigeants, se présente comme le «  géant  » du continent, en même temps que son gendarme et revendique un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies. La classe dirigeante nigériane est ainsi loin d’être simplement un vulgaire pantin de bois aux mains des grandes puissances. Elle occupe certes une place secondaire dans la «  chaîne de commandement  » du système capitaliste mondial, mais ses choix et ses actions répondent totalement à des intérêts propres bien compris. Si son président O. Obasanjo, invité régulier des différents sommets du G8, est l’un des grands promoteurs du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD, sorte de grand programme d’ajustement structurel «  made in Africa  »), c’est aussi parce que ces politiques néolibérales permettent la continuation et l’accentuation de l’accumulation primitive du capital au profit de la classe dirigeante qu’il sert. C’est donc bien autant à l’impérialisme des grandes puissances qu’aux intérêts de sa propre classe dirigeante que le mouvement syndical s’affronte quand il s’oppose aux augmentations des prix du pétrole domestique.

Opposition politique

En mettant le doigt sur le noeud gordien que représente au Nigeria la question hautement sensible de la gestion de la manne pétrolière, les syndicats en sont venus à représenter la seule véritable opposition politique au gouvernement. Aux incessantes augmentations ils ont répondu par des grèves générales dont le simple appel a parfois suffit à faire reculer le gouvernement, comme en 2003 où la grève générale, qui a paralysé presque tout le pays durant une semaine, malgré la sévère répression policière des premiers jours (huit morts), a fait finalement plier le gouvernement. Il faut dire que c’était à la veille de la tournée africaine de Georges Bush, qui devait débuter au Nigeria et qu’une grève générale, cela faisait désordre. Le mouvement a tout de même coûté plus de 100 milliards de nairas (636 millions d’euros) (3). Mais l’arme de la grève fait également trembler jusqu’aux marchés financiers internationaux. Ainsi par exemple lors de la grève d’octobre 2004, dans une situation rendue encore plus sensible par les dégâts du cyclone Yvan dans le golfe de Mexique, la nervosité des traders a fait grimper le prix du baril pendant plusieurs jours à plus de 50 dollars.

Si les syndicats sont généralement en situation d’avoir un tel impact (et cela a été le cas d’une façon ou d’une autre chaque année depuis 1999) c’est moins par leur taille que par leur positionnement économique, social et politique particulièrement stratégique dans l’espace nigérian. Certes, avec ses trois grandes confédérations, dont la plus importante le Nigeria Labour Congress (NLC) constitue avec ses 29 syndicats affiliés et ses 4 millions de membres une des plus grosses organisations syndicales du continent, le mouvement syndical nigérian est loin d’être négligeable (4). Mais ce qui fait réellement sa force c’est à la fois sa position économique centrale et son implantation dans les diverses strates de la société. D’une part les travailleurs du secteur pétrolier, organisés soit dans le syndicat des cols bleus NUPENG, soit dans le syndicat des cadres PENGASSAN, tiennent la haute main sur le principal robinet de l’économie du pays (5). A eux seuls ils peuvent déclencher la grève générale. D’autre part il y a les multiples liens (sociaux, économiques, familiaux, ethniques, etc.) qui unissent les travailleurs salariés au reste de la population. Que ce soit par le biais du chevauchement entre activités formelle et informelle (6), ou l’appartenance à des groupements communautaires (réseaux religieux, ethniques, régionaux ou villageois), les travailleurs sont ainsi en contact de solidarité, d’échange, d’entraide ou de dépendance avec la plupart des couches populaires. Leur mobilisation collective concerne et affecte donc d’une manière ou d’une autre l’ensemble de la population, qui dans sa majorité partage des difficultés semblables, et est donc plutôt encline à leur témoigner du soutien.

C’est enfin aussi bien objectivement que subjectivement que les mobilisations syndicales empruntent un caractère politique. Tout d’abord, l’État étant encore le principal employeur du pays, chaque mobilisation du secteur public met les travailleurs en confrontation directe avec le gouvernement, et chaque lutte a donc une forte dimension politique. Mais surtout le mouvement syndical a toujours porté, plus ou moins explicitement, des revendications politiques. Dès l’origine, les premiers syndicats nigérians (qui datent des années 1910 et qui se sont développés d’abord dans le secteur public) s’opposent politiquement à l’État dans les conditions d’une domination coloniale qui institutionnalise les discriminations raciales. Les premières revendications salariales pointent systématiquement les différences de traitement entre salariés Noirs et Blancs et sont une première forme de résistance politique à l’ordre colonial, même si elles s’expriment la plupart du temps en des termes plutôt modérés et conciliateurs. En même temps que des concessions économiques sont trouvées ici et là les autorités coloniales sont souvent obligées de concéder plus de libertés politiques, sous peine de voir les mouvements les grèves prendre un tour trop radical. Ainsi la grève en 1920 des charpentiers du Nigerian Mechanics Union qui s’étend à toute le protectorat de Lagos a comme conséquence politique directe la formation d’un nouveau conseil législatif incluant cette fois des délégués indigènes. Trois ans plus tard en 1923 le premier parti politique nigérian, le Nigerian Democratic Party, est fondé.

Mais c’est à partir de 1945, dans les années d’après-guerre, que le mouvement syndical acquiert une dimension plus distinctement politique avec l’émergence du mouvement nationaliste anticolonialiste. C’est cette année là qu’a lieu la première grève générale de l’histoire du pays : pendant près de six semaines les 43 000 travailleurs des services économiques et administratifs «  essentiels  » vont se mettre en grève pour des augmentations de salaires.

Deux ans plus tard, la première réforme constitutionnelle, qui pose notamment les bases du régionalisme tripartite qui va fondamentalement déformer les enjeux politiques du pays, est adoptée. Mais c’est surtout quelques années plus tard, en 1949, suite à la répression sanglante d’un mouvement de grève de mineurs dans l’est du pays à Enugu, que l’agitation syndicale et politique anticoloniale atteint son apogée avec les demandes d’un gouvernement autonome immédiat. Après l’indépendance, obtenue en 1960, les syndicats joueront encore un rôle de premier plan dans un certain nombre de développements politiques importants. En 1964 par exemple une nouvelle grève générale de deux semaines obtient des révisions salariales et fait prévaloir pendant un temps une véritable solidarité ouvrière interethnique, dans un contexte de crise politique et institutionnelle croissante qui allait mener à la guerre civile de 1967.

Pour un certain nombre de raisons historiques aucune force de gauche significative, qui puisse donner une expression politique aux clivages de classe, n’est jamais parvenue à émerger au Nigeria. Les trois principales formations politiques actuelles du pays (7), comme d’ailleurs la plupart de celles qui ont existé sous les quatre premières républiques éphémères, ne sont que des coalitions de diverses sections de la classe dirigeante, recoupant souvent des regroupements ethno-régionalistes. Cet état de fait, qui explique la place qu’occupent les syndicats, comme seule forme organisée de la classe ouvrière à l’échelle de masse, est le résultat des conditions politiques particulières qui ont présidé au développement du pays et fortement influencé le mouvement syndical.

Les syndicats et le projet nationaliste

Pour saisir pleinement le type d’environnement général dans lequel s’est construit le mouvement syndical nigérian, il importe de faire un rapide retour sur l’histoire politique du pays qui éclaire les problématiques de la situation actuelle. Le Nigeria en ce sens n’est pas une exception, mais plutôt un exemple typique de la crise de l’État postcolonial africain (8). Ses particularités résident plus dans les formes extrêmes que prirent les clivages intra- et inter-classistes. Ayant hérité d’un État construit par la puissance coloniale dans le seul but d’exploiter le pays et de contrôler les populations, les élites africaines (ici nigérianes) l’ont investi sans en remettre en cause les fondements. En fait une classe dirigeante (noire, postcoloniale) en remplace une autre (blanche, coloniale). Mais les contradictions d’un État colonial construit artificiellement sur l’unification arbitraire de territoires et de populations aussi diverses que variées va compliquer le projet nationaliste de la nouvelle classe dirigeante nigériane, d’autant qu’elle ne saura maintenir en son sein le consensus de départ. Ses différentes sections vont en effet s’opposer jusqu’au déchirement pour le contrôle de l’appareil d’État, principal instrument du pouvoir politique et économique qui détermine le partage des moyens de l’accumulation primitive.

Cette guerre intestine de la classe dirigeante mène quasiment à l’effondrement de l’objet du conflit, à savoir, l’entité nigériane, à travers l’expérience d’une longue et coûteuse guerre civile. A cette occasion un nouvel acteur dirigeant fait son apparition : l’armée, et plus particulièrement la haute (d’abord moyenne) hiérarchie militaire. Dans un processus de type bonapartiste, ce nouvel acteur va «  réconcilier  » les classes dirigeantes en conflit en refondant le projet nationaliste. Se posant en arbitre et se ralliant le soutien d’une majorité des groupements sociaux, politiques et communautaires du pays, les militaires vont mener et gagner la guerre contre la sécession biafraise et reconstruire l’État sur la base d’un consensus qui consacre l’hégémonie du centre (le gouvernement fédéral et l’ensemble de l’appareil d’État centralisé) et son contrôle sur la ressource pétrolière qui devient le carburant essentiel et indispensable du développement étatique et national. Mais à partir du milieu des années 1980, la machine se grippe. La crise mondiale frappe plus durement les pays dépendants du Sud et sape les bases économiques du projet nationaliste, déjà fortement entamé par la rapacité des classes dirigeantes nigérianes. Un temps contenue par l’arbitrage des militaires (qui vont d’ailleurs très vite se prendre au jeu également) la course à l’accumulation va se traduire par un niveau formidable de corruption qui gangrène tout le système. Le modèle nationaliste a échoué.

Cette situation se traduit par une mainmise accrue des institutions internationales qui justement à cette période changent complètement d’orientation avec le début de la «  révolution conservatrice  » néolibérale. C’est le début de mise en place des premiers plans d’ajustements structurels, version locale, en 1986. Le mouvement syndical est frappé de plein fouet par ce retournement. Si au niveau politique l’alliance avec les dirigeants nationaliste a très vite tourné court une fois les indépendances obtenues, les syndicats ont néanmoins pris part d’une certaine manière au projet nationaliste en défendant les perspectives idéologiques sous-jacente du développement et de «  l’intérêt  » national. Cela n’a pas empêché des conflits de classe avec la classe dirigeante nigériane. Au contraire, les heurts et malheurs du modèle de développement nationaliste adopté après l’indépendance n’ont fait qu’exacerber les tensions. Mais à quelques exceptions près, elles ont le plus souvent été détournées en clivages ethniques ou religieux par les élites. Deux tendances principales se sont traditionnellement disputées la direction de ce mouvement : un syndicalisme de consensus/collaboration affilié aux organismes internationaux du bloc capitalisme, et un syndicalisme plus radical et de confrontation, mais influencé par le stalinisme. Aucune de ces deux orientations ne questionne la nature fondamentale du projet nationaliste, se contentant soit de l’accompagner tout simplement, soit de ne s’opposer qu’aux effets et aux conséquences de ses dysfonctionnements sur les conditions de vie et de travail des travailleurs.

Engagement démocratique

Dans les années 1980 on assiste au sein du mouvement syndical à deux tendances contradictoires. D’une part la collaboration assumée des directions syndicales, symbolisées par la personne de Pascal Bafyau, considéré certainement comme un des plus vils président du NLC.

D’autre part, en même temps, il y a persistance et renforcement dans certains secteurs d’un syndicalisme très actif à la base, à travers l’exemple de l’Academic Staff Union of Universities (ASUU). Ce syndicat du personnel enseignant des universités va en effet émerger à partir du milieu des années 1980 comme le fer de lance de la radicalité syndicale, s’opposant pied à pied aux réductions budgétaires, aux attaques contre l’autonomie des universités et, plus globalement, à la privatisation de l’enseignement supérieur. Affichant un attachement principiel à la classe ouvrière dont il se considère comme faisant intégralement partie en tant qu’organisation de travailleurs intellectuels (9), l’ASUU va devenir la bête noire des régimes nigérians.

C’est après la chute du deuxième gouvernement civil et le retour des militaires au pouvoir, que le nouveau chef du régime, Ibrahim Babangida, tente de faire avaliser par la population le plan d’ajustement structurel exigé par le FMI et la Banque mondiale en organisant une sorte de grand débat national. L’ASUU va activement mener campagne contre le projet de plan d’ajustement structurel, en diffusant largement un ensemble d’analyses contrecarrant en tous points la propagande officielle. Il va également soutenir le mouvement étudiant contre les attaques du gouvernement. L’organisation syndicale va alors être l’objet d’une répression féroce, en même temps que de tentatives de déstabilisations internes par le soutien à des factions dissidentes. Elle est interdite une première fois en 1986 et désaffiliée de force du NLC à cause notamment, de l’influence radicale intellectuelle qu’exerce le syndicat sur la centrale.

De manière générale, à l’égard du mouvement syndical dans son ensemble, la réponse des régimes militaires qui vont se succéder dans les pays va être un cocktail de cooptation et de répression sauvage, notamment sous le régime militaire de Sani Abacha (10). Les conflits avec les militaires conduisent par deux fois, en 1988 et en 1994, à la dissolution du NLC, qui est alors l’unique centrale syndicale officielle. De nombreux dirigeants syndicaux sont arrêtés et continuellement harcelés ; les réunions syndicales systématiques attaquées ou interdites.

Cette stratégie très dure de l’État n’empêche pourtant pas le mouvement syndical de prendre une part importante dans les mouvements démocratiques qui émergent à partir des années 1990. C’est là que va se forger l’alliance des syndicats avec la «  société civile  » (principalement associations de défense des droits de l’homme et des libertés civiques et démocratiques). Au sein des coalitions larges (ou en collaboration avec) comme Campaign for Democracy (CD) ou National Democratic Coalition (NADECO) des syndicats comme ASUU ou le Nigerian Union of Journalists (NUJ) vont se mobiliser pour la mise en place et l’exécution d’un véritable programme de transition démocratique ; puis, après l’annulation du processus électoral en 1993, pour l’actualisation des résultats et la fin du régime militaire.

C’est ainsi qu’en juillet 1994 les syndicats du secteur pétrolier (NUPENG et PENGASSAN) vont organiser une des grèves les plus dures de la période contre le régime militaire. Le mouvement, alliant explicitement des revendications économiques et des mots d’ordre politiques pour le retrait des militaires du pouvoir, va se généraliser à tous les secteurs et provoquer pendant plus d’un mois la paralysie du pays. Le régime va s’abattre de toute sa force contre les syndicats. Les présidents du NUPENG et du PENGASSAN sont emprisonnés et leurs organisations, tout comme le NLC, mises sous contrôle d’administrateurs uniques nommés par le gouvernement. Un ensemble de mesures draconiennes sont prises pour déstructurer totalement les appareils de direction syndicaux et pour empêcher une coordination des actions entreprises à la base. Finalement, le gouvernement parvient à défaire le mouvement, en s’appuyant notamment sur les ambiguïtés et les faiblesses de la direction du NLC. Les syndicats vont alors mettre un certain temps à se remettre de cette attaque, ne reprenant vraiment de la voix, malgré des actions et mouvement ici et là dans les années qui suivent, qu’à partir de 1998, avec la mort de Sani Abacha et la mise en place de la transition.

Nouvelles résistances et perspectives

La transition «  démocratique  » achevée de 1999 a finalement rendu aux syndicats leur liberté d’action (au moins formellement), suite à la levée de la plupart des décrets militaires antisyndicaux et à la libération des dirigeants emprisonnés. Cette année-là, en même temps que le nouveau régime civil, les syndicats nigérians accueillirent une nouvelle direction à la tête du NLC. Le nouveau président syndical Adams Oshiomole avait fait campagne sur le thème «  Renaissance 99  », et les travailleurs nigérians, comme leurs millions de compatriotes, espéraient vraiment voir s’ouvrir devant eux une nouvelle ère où ils profiteraient des dividendes de la démocratie.

Malheureusement la transition démocratique n’a réellement permis qu’une continuation des mêmes politiques néolibérales et antisociales sous l’habit démocratique (11). Et les travailleurs ont très vite retrouvé le chemin des mobilisations. Les mouvements qui ont suivi la transition ont porté sur un large éventail de revendications, allant des revalorisations salariales aux luttes contre les licenciements. Mais le point focal de ces mouvements a véritablement été la bataille contre l’augmentation des prix du pétrole qui commence dès 1999. Elle reconstitue l’alliance des syndicats avec d’autres forces du mouvement social et fait émerger Adams Oshiomole, le dirigeant du NLC sur la scène publique et nationale. Pourtant le personnage et la politique syndicale qu’il mène n’est pas sans ambiguïtés et contradictions qui peuvent finir par constituer des obstacles pour le mouvement.

Élu en 1999 et réélu en 2002 à la tête de la centrale syndicale, Adams Oshiomole est souvent présenté comme le leader non officiel de l’opposition surtout depuis les campagnes contre les hausses des prix du carburant. Leader charismatique du mouvement syndical, Oshiomole a grimpé les échelons de la hiérarchie syndicale pendant les années troubles de la décennie 1990. Sa force réside dans l’alliage constant d’une rhétorique parfois très radicale et d’une attitude réelle beaucoup plus conciliatrice. Il entretient ainsi des relations ambiguës avec le gouvernement et Obasanjo. En 1999 il tempère les ardeurs des travailleurs pour «  préserver  » la transition et finit par négocier avec Obasanjo l’augmentation de 25 % des salaires des travailleurs du public. En 2002 il soutient ce même Obasanjo pour sa réélection. Mais le mécontentement syndical et populaire face aux contre-réformes du gouvernement le mène aussi à la confrontation avec le pouvoir, qui n’est pas sans risques. Et s’il s’est positionné comme leader de la campagne contre les hausses des prix du pétrole, il participe au Conseil national pour les privatisations, organe chargé notamment de superviser un certain nombre de mesures économiques… dont l’augmentation des prix du pétrole contre laquelle se battent les syndicats est une des conséquences logiques.

Toutes ces ambiguïtés et contradictions à la direction des syndicats, qu’on retrouve typiquement dans la politique syndicale d’un Adam Oshiomole, font que face à un gouvernement totalement dédié à l’avancement de son agressive politique néolibérale le mouvement n’a pas de véritable stratégie. Au cours des dernières années il s’est souvent borné à protester contre les hausses des prix, les dérégulations et les privatisations sans remettre en cause la logique globale de cette politique.

La campagne de 2005 a peut être marqué un tournant. En effet, plutôt que d’appeler à une nouvelle grève (qui risquait de ne pas pouvoir se maintenir très longtemps à cause notamment de la difficulté du petit peuple de l’informel de survivre sans liquidités), les syndicats et leurs alliés au sein de la Labour and Civil Society Coalition (LASCO) se sont engagés dans une nouvelle démarche. Il s’agissait d’appeler à des manifestations et à la tenue de grandes réunions publiques sur le thème de l’opposition à une hausse des prix à la pompe, mais également contre la politique générale du gouvernement Obasanjo comme facteur principal de l’appauvrissement de la population. Ces manifestations, organisées aux quatre coins du pays, ont rassemblé à chaque fois des milliers de travailleurs autour de mots d’ordre forts et politiques. Elles ont permis d’exprimer et de donner forme à la politisation d’une large couche des travailleurs organisés, et participent en ce sens à la radicalisation de l’opposition au gouvernement.

Si les suites concrètes du mouvement se font malheureusement encore attendre, du fait de l’apathie des directions syndicales qui semblent se contenter de cette première phase, le processus, patiemment et politiquement construit, pourrait déboucher sur de véritables perspectives d’alternatives. D’autant qu’il y a urgence : la crise structurelle de l’État nigérian ne s’est pas résolue avec l’ouverture des institutions. Elle semble au contraire se poursuivre, alimentée par les transformations que tentent de produire les politiques néolibérales (démantèlement de l’État qui était jusque-là le moyen et le lieu de l’accumulation primitive). Les tensions et clivages forts qui en découlent risquent d’aller grandissant notamment avec la perspective des élections présidentielles de 2007. Les batailles au sein de la classes dirigeantes risquent de s’exacerber pour le contrôle de ce qui reste des appareils étatiques, tout comme les attaques pour tirer encore plus de profits du reste de la population. En l’absence de perspectives du mouvement, ces développements se cristallisent déjà sur d’autres clivages — régionaux, ethniques et/ou religieux — qui sont source de violence et de division entre les exploités et les opprimés. Les organisations du mouvement ouvrier nigérian ont ainsi la lourde responsabilité, mais aussi les moyens, d’éviter de nouvelles tragédies à l’ensemble de la classe, et d’offrir de vraies perspectives d’émancipation.

* Danielle Obono, chercheuse en science politique, spécialiste des études africaines et militante à la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, section française de la IVe Internationale).

1. Le Nigeria peut également se targuer d’être le seul pays du monde disposant de ressources pétrolières à présenter un déficit budgétaire.

2. Voir sur ce point « The Strangling of Africa », International Socialism, n° 107, été 2005.

3. Voir notamment l’article de Jean Nanga, «  Nigeria : grèves générales en série  », Solidarités n° 39 du 19 janvier 2004.

4. La population active du pays était estimée en 2004 à 55,66 millions de personnes dont près de 70 % dans l’agriculture, 10 % dans l’industrie et 20 % dans les services.

5. L’économie nigériane est largement dépendante de l’exploitation pétrolière qui génère près de 95 % des exportations, 70 % des revenus fiscaux et un tiers du PIB du pays. Le pays est le premier pays africain producteur de pétrole brut, cinquième fournisseur des États-Unis.

6. La part de l’économie informelle au Nigeria est l’une des plus élevées d’Afrique, et représenterait près de 75 % du PNB non-pétrolier en 2003 (à titre de comparaison, cette part n’est que de 11 % aux États-Unis et 16 % en France). Ce secteur a connu une véritable explosion au cours des dernières décennies, parallèlement au développement de la crise et à la mise en œuvre des politiques d’ajustement structurel qui ont conduit à des licenciements massifs notamment dans le secteur public. La majeure partie des travailleurs licenciés, mais aussi de nombreux travailleurs salariés, ont recours à cette économie de survie et de «  débrouille  ».

7. Il s’agit du People’s Democratic Party (PDP) du président Obasanjo, majoritaire à l’assemblée et au sénat, du All Nigerian People’s Party (ANPP) et de l’Alliance for Democracy (AD).

8. Sur la crise du projet nationaliste nigérian cf. Cyril I. Obi, « No longer at ease : Intellectuals and the crisis of nation-statism in Nigeria in the 1990s », Revue Africaine de sociologie, vol. 8, n° 2, 2004, pp.1-14

9. C’est ainsi que bien qu’étant une organisation de «  cadres  », ASUU va s’affilier au NLC et maintenir des liens constants avec la confédération syndicale qui organise principalement les cols bleus.

10. Cf. Jimi O. Adesina, « Relations État/syndicats au Nigeria : néolibéralisme, autocratie et dilemme de la démocratie », in Lebeau Yann, Boubacar Niane, Piriou Anne, De Saint Martin Monique (dir.), État et acteurs émergents en Afrique, IFRA/Karthala, 2003, pp. 57-85.

11. Cf. Béatrice Humarau, « D’une transition à l’autre : classe politique et régimes militaires au Nigeria », in L’Afrique politique 1999. Entre transition et conflits, Karthala/CEAN, 1999, pp. 61-83.

 

Le Nigéria en grève

 

Lancée à l’appel du Nigerian Labour Congress (NLC) puissante confédération syndicale, mais aussi d’associations civiles, la grève générale s’est déroulée du 11 au 14 octobre. Un mouvement massivement suivi contre l’augmentation de 25 % des prix de l’essence à la pompe décrétée le 23 septembre par le gouvernement. Il s’agit de la sixième grève générale sur ce même motif depuis l’accession d’Olusegun Obasanjo à la tête de l’état le plus peuplé d’Afrique.

Sixième exportateur mondial de pétrole et cinquième fournisseur des états-Unis (15 %), le Nigéria a enregistré une hausse du prix de l’essence qui a créé une situation difficilement supportable pour les 130 millions de Nigérians, dont 80 % vivent selon l’Onu avec moins d’un dollar par jour. Le baril de pétrole flirta alors avec la barre des 50 dollars sur les marchés internationaux : un envol des prix du brut qui aurait dû profiter à la population. Or, il se traduisit une nouvelle fois par une hausse de l’essence qui affecta les transports de vivres, de matériels, entraînant l’inflation des prix des denrées et suscitant une incompréhension légitime de la population. Durant les trois jours de grève d’octobre, le secteur pétrolier fut épargné. S’en suivirent des négociations et des polémiques qui décidèrent les leaders syndicalistes, Adams Oshiomhole en tête, à poser un préavis de grève pour la mi-novembre. Le mot d’ordre fut retiré au dernier moment, le gouvernement jugeant la grève illégale. On peut penser toutefois que la question juridique ne fut pas au centre de ce mouvement. Le syndicat Pengassang, qui représente les cadres du secteur, et le syndicat des ouvriers du pétrole, le Nupeng, avaient en effet annoncé quelques jours avant son déclenchement qu’ils se joignaient à l’appel à la grève générale et illimitée du NLC, à partir du mardi 16 novembre. Ces deux structures auraient par conséquent touché l’un des secteurs clés du pays. Le président Obasanjo a finalement abaissé le prix de l’essence de 10 % et a créé un comité chargé de prendre des mesures afin d’amortir l’augmentation des prix des carburants. Selon lui, la croissance prévue pour 2005 mais aussi le niveau élevé du prix du baril de pétrole brut permettraient de résoudre la crise. Une cagnotte de 4,6 milliards de dollars serait mise de côté en cas de chute des cours. Des dispositions que les syndicats ont accueilli avec prudence, voire défiance. Il faut dire que le gouvernement a tout de même arrêté à plusieurs reprises des militants syndicaux et étudiants1. Les organisations de la société civile, dont le Lasco2, ont également dénoncé la mort d’un jeune manifestant à Kaduna (nord du pays) durant la grève d’octobre. Sans compter le fameux projet dénommé Trade union bill qui vise, selon la NLC et le Lasco, à restreindre l’activité syndicale sous couvert, selon le gouvernement, de respect de la démocratie ! Cette «  démocratie  » s’est d’ailleurs exprimée une fois de plus récemment pour réprimer les populations au Nigéria. Début décembre, neuf personnes ont trouvé la mort lors de violents affrontements avec les forces de l’ordre dans le delta du Niger, la principale zone de production du pétrole du pays. Les manifestants ont une nouvelle fois dénoncé les conditions d’extraction de l’or noir et ses ravages sur des indigènes qui ne profitent guère de cette exploitation. Le 7 décembre, près de 300 villageois du delta ont évacué des plates-formes pétrolières de Shell3 et de Chevron-Texaco qu’ils occupaient depuis trois jours. Des ravages terribles, donc, pour les populations… et des pertes d’argent momentanées pour les compagnies pétrolières qui ne les empêchent pas de se maintenir voire de se développer au Nigéria, comme l’atteste la signature récente d’un nouveau contrat entre Chevron-Texaco et l’état nigérian.

David, Afrique XX1

1. Le secrétaire général du NLC, fut arrêté au début du mois de novembre «  par erreur  », disent les autorités. 2. Le Labour and Civil Society Coalition (Lasco) est un rassemblement d’organisations, de tendances allant de l’extrême gauche au centre gauche, qui a appelé à la grève générale d’octobre. Elle organise par ailleurs une campagne pour l’amélioration des droits syndicaux et démocratiques. Voir le site : www.nigeriasolidarity.org 3. Shell exporte près de la moitié de la production de pétrole du Nigéria.

 

CDWR fully supports Nigerchin workers’ strike

Campaign for Democratic and Workers’ Rights in Nigeria (CDWRN) – 30 June 2006
The Campaign for Democratic and Workers Rights’ (CDWR) fully supports the ongoing strike by workers of Nigerchin Electrical Development Company Limited, Ikeja; which commenced on June 15, 2006 and has forced the Nigerchin management to operate skeletal services.

Workers take action- defend the right to join a trade union

This industrial action cuts across every department of the company, as 212 junior workers, excluding the 8 senior staff, spontaneously embarked on a ‘sit-out strike’ to press home their demand to join a trade union of their choice; a battle which they have been waging since April 2005.

The strike was propelled by the decision of the management to stop deducting check-off dues of workers in March 2006 thereby de-unionising them. As a result the workers decided that the management had gone too far in denying them their rights continually and ceaselessly; especially by dictating and compelling them through undemocratic means, to join a union contrary to their desire.

It must be stated explicitly that the right to choose and belong to a union, is the fundamental right of workers as guaranteed by the Trade Union Amendment Act 2005 in its section 12, sub section 4, which states that « membership of a union by employees shall be voluntary and no employee shall be forced to join any trade union or be victimised for refusing to join or remain a member ».

Fight repression

As a matter of fact, the Nigerchin management decided to issue a ‘general notice’ on June 27, 2006 stating that: « the board of directors has decided to close down the company because workers have abandoned work ». It stated further « all workers will be paid their full entitlements on June 29, 2006″. It is noteworthy that the management did not employ any avenue to discuss with the aggrieved workers before issuing the said notice.

Solidarity needed

The CDWR condemns the decision of the Nigerchin management in totality, and calls on the Nigeria Labour Congress (NLC), National Union of Shops and Distributive Employees (NUSDE) and all labour and pro-labour organisations to intervene speedily in the matter in the support the workers interests and rights.

The CDWR demands as follows:

puce  1) Nigerchin management must respect the workers’ rights guaranteed by the Nigerian constitution

puce  2) Nigerchin management must be ready to dialogue with the NLC, NUSDE and any other interested labour and pro labour organisation for a speedy resolution of the looming crisis.

puce  3) Management must respect constitutional provisions and relevant labour laws.

puce  4) No to the victimization of workers who took part in the ‘sit out strike’no worker should be victimized

puce  5) Improve welfare and working condition of workers.

Rufus Olusesan, Chairman, CDWR

Victor Osakwe Secretary, CDWR

 

Joint Statement on the Trade Union Situation in Africa issued at the end of a Tree-Nation Strategy by Congress of South African Trade Unions (COSATU), Ghana Trade Union Congress (GTUC) and the Nigeria Labour Congress (NLC)

 

Zimbabwe

 

ZCTU leader assaulted and then arrested at roadblock

By Lance Guma

16 August 2006

The Secretary General of the Zimbabwe Congress of Trade Unions (ZCTU) Wellington Chibhebhe was assaulted by police at a roadblock Tuesday evening and was then arrested. According to ZCTU spokesman Mlamleli Sibanda the union leader was travelling from Masvingo to Harare over the Heroes holiday before being stopped at a roadblock manned by police searching for ‘large sums of cash.’ Chibhebhe is said to have challenged the legality of the currency searches before the police slapped him twice in the face in front of his wife and children.

The state media however quickly went on the defensive with ZBC Radio reporting that Chibhebhe had been arrested for allegedly assaulting a police officer and refusing to co-operate at a roadblock. By Wednesday evening the union chief was still locked up, marking his second day in custody. Sibanda says the assault is part of a well orchestrated plan to harass the ZCTU leadership following previous weeks in which Chibhebhe and other officials had to report to police for questioning over alleged illegal foreign currency deals.

Under a new monetary regime dubbed ‘project sunrise’ by the Reserve Bank, three zero’s were slashed from the country’s currency and limits placed on the amount of money people can have in their possession. Police have set up roadblocks countrywide to seize money from people accused of hoarding large sums of cash. Human rights groups have slammed the currency searches and seizures as illegal and are planning to launch a court challenge.

 

 

 Crackdown continues as police interrogate ZCTU officials

By Tererai Karimakwenda

08 August 2006

Just days after the police questioned religious leaders from the Christian Alliance about their activities, they have targetted several officials from the Zimbabwe Congress Of Trade Unions in Harare and Chinhoyi. The ZCTU secretary general Wellington Chibebe was summoned by officials in the serious fraud section of the Criminal Investigations Department Tuesday morning. He was interrogated with a possibility of being charged under the Foreign Exchange Control act in connection with a ZCTU bank account through which the police allege there were illegal foreign currency dealings. ZCTU spokesperson Mlamleli Sibanda told us the same case was previously withdrawn from the courts for lack of evidence and it is not clear whether any new information has been discovered. Sibanda said the interrogations may have been triggered by the recent release of an investigative report on the ZCTU that was sanctioned by the Ministry of labour.

In Chinhoyi two ZCTU staff members were also questioned Tuesday by the police regarding flyers that were confiscated from their office last week. Sibanda told us that the flyers contained information for workers about how to deal with taxes which are now too high. But the police claim the information is subversive and likely to incite public violence. The 2 officials Michael Kandukutu and Wilson Kambanje were told they are going to be charged under the Criminal law (Codification and Reform) Act No. 23 of 2004. Sibanda said the ZCTU sent flyers to all their districts as part of a campaign to educate workers about taxation.

As for the case involving Chibebe, Sibanda said the ZCTU secretary general was signatory to an account that was part of a project funded by the Commercial Workers Trade Union Council. He and 2 other signatories who are co-accused authorised Standard Chartered Bank to do some foreign currency exchanges on the parallel market for the CWTUC project. Sibanda said the account involved free funds which the Reserve Bank Governor Gideon Gono confirmed did not fall under Foreign Exchange Control regulations.

The ZCTU has been the target of harassment by the government for the last few years in what has been criticised as an effort to replace the leadership with individuals more sympathetic to the ruling party. The umbrella labour body has also been lobbying for mass action against the current economic crisis. A statement released Tuesday read: « The ZCTU views all these manouvres by the police as a way of cowing the organisation into withdrawing the proposed protests by the labour body against the ever deteriorating economic situation in the country. »

 

 

Zimbabwe ignores general strike

Most businesses are open as normal in the Zimbabwe capital, Harare, on the second day of a strike in protest at the demolition of illegal homes.

Correspondents say the strike was poorly organised and was difficult to publicise in a country where the state controls most media outlets.

On Thursday, President Robert Mugabe defended the crackdown, which the UN says has made 200,000 people homeless.

He said the three-week blitz was needed « to restore sanity » to cities.

As part of the strike, opposition MPs boycotted Mr Mugabe’s speech as parliament was officially opened following after elections in March.

Rumour

Traffic in Harare is somewhat lighter than usual. There has been a heavy police presence in poor neighbourhoods during the strike, which was called by an alliance of opposition parties, trade unions and lobby groups.

The main opposition party, the Movement for Democratic Change, announced its backing for the strike only one day before it was due to state.

Many Zimbabweans thought the strike was only a rumour, as it was not reported by state-controlled radio, TV or daily newspapers.

Some workers who still have formal jobs were either afraid of police retaliation or unwilling to lose two days’ pay.

Police have warned they will deal « ruthlessly » with any street protests.

During the three-week crackdown against illegal homes and trading, bulldozers have razed shantytowns and markets in Harare and other cities, and armed police have made some residents knock down their own houses.

A Catholic priest told the BBC News website that many people were living rough, surrounded by a few possessions, despite the cold winter nights.

‘New apartheid’

The government says the house demolitions are necessary to clean up Zimbabwe’s urban areas, and that the crackdown on traders is targeting those involved in illegally trading foreign currency and scarce foodstuffs, such as sugar.

« The current chaotic state of affairs where small- to medium-scale enterprises operated outside the regulatory framework and in undesignated and crime-ridden areas could not be countenanced much longer, » Mr Mugabe said.

Some 30,000 people have been arrested.

Church groups and opposition parties, which are critical of the government action, combined to form the « Broad Alliance » and call the strike.

They say the crackdown is aimed at driving opposition supporters back to rural areas, where they have less influence.

The UN has demanded that Mr Mugabe stop the eviction operation, which it describes as a new form of « apartheid ».

The UN Human Rights Commission estimates that up to 200,000 people may have been made homeless by the operation.

 

Zimbabwe : Retour de la répression antisyndicale 16/8/2006

Bruxelles, le 16 août 2006 (CISL En Ligne) : La Confédération internationale des syndicats libres condamne avec force l’arrestation le 15 août 2006 de M. Wellington Chibebe, secrétaire général du ZCTU (Congrès des syndicats du Zimbabwe) affilié à la CISL. La CISL a fait rapport à l’Organisation internationale du travail afin que celle-ci prenne les mesures qui s’imposent.

M. Chibebe a été arrêté à un barrage routier et placé en garde à vue au poste de police de Waterfalls. Au moment de son arrestation, il se rendait à Masvingo, en voiture, en compagnie de sa famille. Il reçut l’ordre de s’arrêter à un barrage routier à proximité de la localité de Waterfalls où la police a demandé à fouiller son véhicule. La police aurait, soi disant, été à la recherche d’argent liquide. Le gouvernement mène actuellement une campagne contre la spéculation financière et procède, parallèlement, à une réforme monétaire d’envergure qui aurait pour objectif d’enrayer l’hyper-inflation, actuellement supérieure à 1000%.

M. Chibebe a tout d’abord été accusé de résister à la fouille policière. D’après les sources juridiques du ZCTU, la police aurait par la suite délibérément transformé les faits en l’accusant de coups et blessures contre un agent de police. Une démarche qui viserait, selon toute vraisemblance, à aggraver son cas étant donné son profil de dirigeant syndical.

La CISL condamne sans ambages cette arrestation arbitraire qui met en lumière, une fois de plus, le harcèlement et la répression systématiques que subit le mouvement syndical indépendant au Zimbabwe. D’autre part, la CISL déplore les méthodes auxquelles a recours le gouvernement pour s’attaquer à la crise financière du pays, méthodes qui prennent pour victimes les travailleurs et les citoyens en confisquant leurs biens personnels au lieu de s’attaquer aux causes réelles de la conjoncture économique désastreuse du Zimbabwe. De telles confiscations sont, bien entendu, illégales et feront prochainement l’objet de procédures en appel.

Dans une lettre adressée au Président Robert Mugabe, la CISL a demandé au gouvernement zimbabwéen d’intervenir pour obtenir la libération immédiate et inconditionnelle de Wellington Chibebe et le retrait de tous les chefs d’accusation portés à son encontre. Elle a également appelé les autorités du Zimbabwe à ordonner la cessation immédiate de toutes mesures répressives à l’encontre du ZCTU, ainsi qu’à l’encontre des membres, activistes et sympathisants de cette organisation.
La CISL a écrit au directeur général de l’Organisation internationale du travail (OIT) demandant à ce dernier d’intervenir personnellement auprès du gouvernement zimbabwéen pour tenter d’obtenir la libération de M. Chibebe.

La CISL représente 155 millions de travailleurs dans 241 organisations affiliées dans 156 pays et territoires. La CISL est également partenaire des Global Unions : http://www.global-unions.org

Police crush protests in Harare

Wednesday September 13, 2006
Guardian Unlimited


Zimbabwean policemen surround suspected demonstrators in Harare after the government declared several planned protests against the economic crisis illegal. Photograph: Desmond Kwande/AFP/Getty Images
 

Police with riot helmets, batons and teargas canisters have quelled an anti-government march and demonstrations in Zimbabwe’s capital today. At least 15 demonstrators, including leaders of the Zimbabwe Congress of Trade Unions, were arrested in clashes between the authorities and protesters in Harare, according to Reuters.

Earlier today, a planned national strike to coincide with the march appeared to have been called off, as banks, shops and factories in Harare opened as normal.

Many workers showed little enthusiasm for the walkout amid uncertainty over whether they could lose their jobs, after the government declared the strike and protest marches illegal, according to managers in the capital.

Speaking from the TUC conference in Brighton, deputy vice-president of the congress, Tabitha Khumalo, said she had not been able to contact her colleagues in Harare today.

Ms Khumalo said Zimbabweans were protesting against low wages and lack of access to anti-viral HIV drugs.

« We are losing 3,000 people on a weekly basis to Aids, we are trying to save lives but how can we when we can’t afford to pay for the drugs? »

Workers in Zimbabwe were paid so little many could not afford to eat breakfast or lunch and were forced to rely on a small supper to survive, she said.

« The average minimum wage is Z$12m (£27) per month, cooking oil and millemeal, not even beef, costs Z$10m. »

Police on Tuesday said the proposed marches were banned under the nation’s sweeping security laws that require clearance for political meetings and gatherings.

Police spokesman, Wayne Bvudzijena, said the protests were « most likely not going to be peaceful judging from previous experience. »

Last week, security minister, Didymus Mutasa, said the nation’s security forces were on alert to quell any form of demonstrations.

The opposition-allied labour federation is demanding pay increases, minimum wages linked to the official poverty line, tax breaks for low income earners and price regulation to cushion the effects of record inflation of nearly 1,000 %.

It also is demanding a halt to police harassment of street vendors that has continued since a brutal government slum clearance operation last year, that UN officials said deprived at least 700,000 people of their homes and livelihoods and affected another 2.4 million Harare residents.

Civic organizations have urged employers to at least give workers time off to join marches scheduled between noon and 2:00 p.m. (10:00 and 12:00 GMT) or encourage staff in their work place to debate the causes of the nation’s economic crisis, the worst since independence in 1980.

Zimbabweans on the streets

A nationwide day of strikes and demonstrations called by the Zimbabwe Congress of Trade Unions (ZCTU) has ended in several arrests.

The day of mass action was held to protest against low wages and poor access to heathcare. However, inside Zimbabwe, opinions on the value of the demonstration have been varied.

In the lead-up to the protests, as police trucks and a water cannon patrolled the streets, the Zimpundit blog described the atmosphere in Masvingo Town.

« They used loud hailers to instruct businesses not to close on the Wednesday and for workers to ignore the call by the ZCTU to march to the Town Centre on Wednesday at midday. Tension was palpable in the Town as a result. »

This is Zimbabwe on Sokwanele.com called on everyone to join in the demonstrations, while sokwanele.com itself wondered what, if any, contribution to the movement the leader of the Movement for Democratic Change party (MDC), Morgan Tsvangirai, would make.

The country’s independent paper, the Zimbabwe Independent, provided the answers.

« When questioned on why the two groups could not join hands and stage a combined demonstration, [an MDC spokesman] said the workers had a right to express themselves without being influenced by politicians.

« We respect the response taken by the workers but the planned stayaway by the workers is not the same programme that the MDC would embark on. »

Once the protest got under way, The Daily Mirror reported workers in Harare were « indifferent » to the union’s call to march.

The paper quoted a Harare worker, who only identified himself as Moses, as saying: « The ZCTU is just driving people onto the streets and they are going to lose their jobs. What is also not clear is whether this strike is against employers or the government. »

But the strongest condemnation of the action came from the government-affiliated Zimbabwe Herald.

Calling the action « a ploy to tarnish Zimbabwe’s image », the paper employed Shakespeare to convey just how despicable it considered the unions to be.

« The ZCTU ‘is but a walking shadow, a poor player that struts and frets his hour upon the stage and then is heard no more: it is a tale told by an idiot, full of sound and fury, (yet) signifying nothing’.

« This line from his main character Macbeth aptly sums up the ZCTU — a poor player; its planned mass action — which is mere sound and fury; and its significance to the lives of Zimbabwean workers — nothing. »

Mugabe slated as 700,000 stay homeless
September 9: The Zimbabwean government has built only 3,300 houses for the estimated 700,000 people made homeless by its forced housing demolitions over a year ago, an Amnesty International report says.

Gabon

 

Gabon unions plan general strike over wages 15 août 2006

 

 

   

Libreville – Unions in Gabon called on Monday for a six-day general strike next month to protest a national minimum wage that has been frozen for decades in the West African oil producer.
The glistening sea-front hotels and chic boutiques of the capital Libreville belie the grinding poverty affecting most Gabonese people, a third surviving on less than $1 a day despite the country’s oil wealth.

« This general strike will extend across the whole country, involving all sectors, and is being organised to demand an increase of the minimum wage, » the confederation of Gabonese unions (COSYGA) said in a statement.

It said the minimum wage in Gabon, which has been ruled since 1967 by Africa’s longest serving president Omar Bongo, had remained frozen at 44 000 CFA francs ($85) a month for several decades.

Bongo won a presidential poll in November with 80 percent of the vote but the opposition, which had tried to tap into popular discontent over poverty and unemployment in the former French colony, said the election was rigged.

The government banned demonstrations when rioting broke out after the results were announced and said the security forces would shoot without warning to break up protests. The opposition said five people were killed in the days following the results.

Oil accounts for 80 percent of Gabon’s exports and although public coffers have been benefiting from high global crude prices economists warn the country is overly reliant on the sector and needs to diversify before reserves run out.

 

Paris, le 10 octobre 2005

Les employés de Gabon Poste reprennent partiellement le travail GABON – 7 décembre 2006 – XINHUA Les agents de Gabon Poste étant en grève depuis plus d’un mois, ont annoncé mercredi soir dans un communiqué la reprise partielle du travail.

« Les guichets des chèques postaux seront ouverts dès ce jeudi matin jusqu’à 11 heures », ont annoncé les grévistes dans une déclaration à la presse.

« Nous demandons au chef de l’Etat, homme de paix et de dialogue, de nous aider à trouver une solution », ont-ils ajouté.

Les postiers réclament une indemnité équivalent à 40 mois de salaire par chaque employé. Ceci pour compenser la perte de l’emploi auquel ils vont faire face dès la fin de cette année, suite à la liquidation de Gabon Poste par le gouvernement gabonais.

A la demande du gouvernement, les postiers ont réduit leurs exigences à 36 mois au lieu de 40, mais le gouvernement estime que la barre est encore très élevée. Les pourparlers sont ainsi bloqués sur cette question.

Depuis dimanche dernier dans la soirée, le gouvernement a réquisitionné plusieurs postiers pour rouvrir les guichets et permettre aux épargnants d’accéder à leurs avoirs et aux détenteurs de comptes bancaires au Centre des chèques postaux (CCP) d’effectuer les opérations souhaitées.

Dès le licenciement des 850 agents de Gabon poste en fin décembre, le gouvernement créera une nouvelle société publique dénommée « La Poste » .

 

 

RDC Congo

 

Le Potentiel (Kinshasa)

12 Août 2006

Tshiala David

Kinshasa

Le gouverneur de la province du Kasaï Occidental, Gilbert Tshiongo Tshibinkubula wa Ntumba, s’est impliqué personnellement dans la recherche des voies et moyens pour résoudre efficacement et d’une manière durable, les problèmes liés à la situation critique que traverse actuellement la Société nationale des chemins de fer du Congo (SNCC) et son personnel, dans cette partie du pays.

Pour ce faire, le gouverneur vient d’exhorter la population ainsi que le personnel de cette entreprise publique au calme, à la sérénité et à la compréhension mutuelle, en dépit de la manipulation politicienne de la part de quelques compatriotes. Le gouverneur, rappelle-t-on, a déjà posé des actes allant dans le sens d’une solution acceptable tant auprès des hautes instances du pays, des ministères de tutelle que du comité de gestion de la SNCC.

A signaler que l’initiative de la convocation de la réunion quadripartite ayant regroupé du 10 au 12 mai 2006 à Lubumbashi (chef-lieu de la province du Katanga) les gouverneurs du Maniema, du Katanga et des deux Kasaï, entités traversées par la voie ferrée, en est l’exemple.

D’autres contacts très suivis ont été menés dans le même contexte pour examiner la problématique de la rareté artificielle du maïs dans les grands centres urbains, le dysfonctionnement structurel de la Sncc, ainsi que l’accumulation de vingt-deux mois d’arriérés de salaire du personnel de cette unité de production. Pour Gilbert Tshiongo, ces actions précèdent tout un plan opérationnel devant permettre la reprise normale des activités de cette société dans les délais raisonnables. Et ce, grâce aux efforts conjugués tant localement que par le comité de gestion de cette entreprise et le gouvernement.

 

 

 

 

Mouvement ouvrier en Afrique

 

 

La répression antisyndicale s’intensifie en Afrique

CISL – ICFTU – 7 juin 2006

Le rapport 2006 de la CISL sur les violations des droits syndicaux démontre que l’Afrique est le théâtre d’une répression antisyndicale de plus en plus agressive . Parmi les traits les plus significatifs de cette répression qui touche les plus pauvres du continent, le rapport démontre l’échec de la plupart des gouvernements à respecter les droits de leurs propres employés concernant le droit d’organisation, de grève ou de convention collective. Les restrictions au droit de grève imposées par les secteurs privé et public obligent en pratique les travailleurs à agir dans l’illégalité lorsqu’ils ont recours à ce mode d’action et la répression qui s’en suit est des plus violentes avec des issues parfois fatales.

D’après le rapport, en Ethiopie, les employés du secteur public n’ont tout simplement pas le droit de former un syndicat. Alors que l’éducation est une clef essentielle pour sortir de la pauvreté, le corps enseignant a particulièrement été touché par la répression en 2005. L’Association éthiopienne des enseignants est toujours une cible de choix, elle qui voit ses membres arrêtés, détenus et accusés de haute trahison. Ce secteur n’est pas touché qu’en Ethiopie. En Algérie, une grève des professeurs d’université a été déclarée illégale à trois reprises et des dirigeants syndicaux enseignants du Cameroun ont fait l’objet d’intimidations.

Les violations des droits des employés des services publics n’ont pas touché que l’enseignement. De nombreux autres secteurs ont également souffert de ce qui semble être devenu la norme sur le continent africain. Au Botswana, plusieurs dirigeants d’une association d‘employés d’un gouvernement local ont été victimes de surveillance rapprochée des forces de sécurité, leur téléphone étant mis sur table d’écoute. Dans le même ordre d’idée, le Président du syndicat des enseignants a reçu une visite musclée de membres de l’armée.

Le rapport de la CISL fait état de nombreuses atteintes au droit de grève. Au Ghana, au moins trois mineurs ont été blessés par balles lorsque la police a ouvert le feu pour arrêter une action de protestation. En Afrique du Sud, il n’est pas rare que la police utilise du gaz lacrymogène ou des balles de caoutchouc pour «  régler  » les incidents que pourraient causer des travailleurs en grève. Les exemples de tels excès abondent en 2005. Quinze conducteurs de bus en ont subi les frais lors d’une manifestation réunissant 3.000 d’entre eux, organisée pour obtenir une augmentation salariale. Egalement lors d’une grève, sept membres du syndicat des métallurgistes ont été blessés et l’un d’eux a dû être hospitalisé.

La répression contre le droit de grève s’exerce trop souvent au péril de la vie des travailleurs. Toujours en Afrique du sud, deux personnes ont été tuées et une troisième blessée en avril 2005 à l’entreprise MCE engineering lorsque l’employeur décida d’ouvrir le feu lors d’une discussion sur le traitement des salaires. En septembre, on dénombra un mort et plusieurs blessés graves après que les gardes de sécurité de l’entreprise Kenhym Estates eurent pris des travailleurs agricoles en grève pour cibles.

Selon le rapport, Djibouti a également été touché par des drames similaires. Au moins un membre du syndicat des conducteurs a perdu la vie et plusieurs autres ont été sérieusement blessés au cours d’une action menée par la police lors d’une manifestation organisée en septembre. Les conducteurs ne sont pas les seuls à connaître les affres de la répression antisyndicale. Les dockers se souviendront longtemps de la grève qu’ils ont organisée et qui a débouché sur 170 arrestations et 70 licenciements. Autre secteur touché : la poste. Un nouvel article dans le code du travail prévoit la suppression du contrat de travail pour celui qui forme ou rejoint un syndicat de la poste.

Autre pays où le sentiment antisyndical est puissant, le Nigeria a adopté une nouvelle législation qui restreint fortement le droit de grève et qui le bannit complètement pour toute une série de services essentiels. Des centaines d’employés du milieu hospitalier ont été licenciés après avoir pris part à une action de grève, ce qui a eu des conséquences désastreuses pour les hôpitaux qui n’atteignaient plus le nombre minimum d’employés pour bien fonctionner. Dans l’industrie du pétrole, près de 170 travailleurs ont été licenciés alors qu’ils demandaient de meilleures conditions de travail. Autre fait grave, la direction d’une entreprise de forage a eu recours à la police armée pour réprimer une grève organisée par ses employés. Les dirigeants du Nigeria Labour Congress, organisation affiliée à la CISL, subissent une pression continue de la part des autorités du pays, ce qui les empêche de mener à bien leur mission de défense des travailleurs.

Au Zimbabwe, le ZCTU (Zimbabwe Confederation of Trade Unions), affilié à la CISL, est toujours victime d’un harcèlement systématique. Les dirigeants de cette organisation syndicale, y compris le président et le secrétaire général, ont reçu des menaces de mort, ont fait face à des brutalités et bon nombre d’entre eux ont été arrêtés pour le simple fait d’être membre du syndicat. En 2005, Le Zimbabwe fut également le théâtre de brutalités comme la torture d’un dirigeant du syndicat des enseignants et le passage à tabac d’employés du secteur des télécommunications qui protestaient contre un licenciement abusif.

De nombreux pays en Afrique, comme le Soudan, l’Egypte ou la Lybie ne permettent pas la création de syndicats autonomes et démocratiques. Seules les centrales nationales contrôlées par les gouvernements y sont autorisées.

 

Rapport annuel de la CISL : inventaire mondial de la répression antisyndicale
Droits syndicaux en Afrique : les pouvoirs en place toujours aussi agressifs

CISL – ICFTU – 18 octobre 2005

Aux jougs de la pauvreté et du sous-développement qui accablent le continent africain, s’ajoute celui de la répression anti-syndicale. Alors que les travailleurs africains se débattent pour survivre, la plupart du temps sans la moindre protection sociale, les pouvoirs en place se montrent toujours très agressifs vis-à-vis des syndicats, à coup d’intimidation trop souvent violente, d’arrestations et de licenciements. La négociation collective reste très faible sur le continent et les zones franches qui bourgeonnent dans le sillage de la mondialisation ajoutent leur lot d’exploitation.

Au Zimbabwe, syndicalisme a continué à rimer avec harcèlement, intimidations, arrestations, licenciements et poursuites en justice. La longue litanie des violations des droits syndicaux enregistrée sous le régime du Président Mugabe au cours de l’année dernière confirme en effet sa triste réputation de champion du continent en matière de violations des droits humains et syndicaux. Plusieurs hauts dirigeants syndicaux en ont fait les frais, comme Wellington Chibebe, secrétaire général du ZCTU, arrêté avec quatre autres collègues pour avoir organisé un atelier syndical. Comme Raymond Majongwe, secrétaire général du syndicat des enseignants, victime d’un attentat à sa vie heureusement manqué. Ou encore comme Lovemore Matombo, président du ZCTU, licencié avec plusieurs autres collègues du syndicat des travailleurs des communications.

Au Nigeria, le gouvernement, non content de harceler continuellement les syndicats, a en outre introduit un projet de lui visant notamment à supprimer le NLC, centrale syndicale réputée pour son activisme. Trois personnes au moins sont décédées du fait de la répression policière lors de manifestation organisée par le NLC, tandis que plus d’une centaine d’autres ont été arrêtées en raison de leurs activités syndicales.

Liberté syndicale et droit de grève bafoués

Au Soudan, en Egypte, ou en Libye, la liberté syndicale est tout simplement inexistante, seul le syndicat unique inféodé au pouvoir est autorisé. En Guinée équatoriale, même si elle existe dans les textes, le gouvernement refuse dans les faits de reconnaître les syndicats indépendants. À Djibouti et au Sénégal, un syndicat ne peut être légalement enregistré sans l’approbation du gouvernement tandis qu’au Cameroun et en République du Congo, le gouvernement ne traite qu’avec les syndicats qui sont sous sa coupe.

Le droit de grève n’est guère mieux respecté sur le continent africain. Au Botswana, 444 mineurs qui faisaient grève contre une révision salariale discriminatoire ont été licenciés et un grand nombre expulsés de force de leur logement, propriété de l’entreprise. Au Kenya, 188 travailleurs des plantations de thé ont été licenciés pour avoir fait grève à la suite du non-respect par leur employeur d’un accord salarial. En Afrique du Sud, 150 porteurs de bagages ont perdu leur emploi au bout d’une grève de trois semaines. La Banque financière du Bénin a licencié 40 membres syndicaux, dont dix cadres, ayant participé à une grève de protestation. Des dirigeants syndicaux ont également été licenciés au Sénégal à la suite d’une grève dans une cimenterie.

Des violences policières ont ensanglanté le Cameroun, quand une trentaine de policiers armés de matraques ont agressé des ouvriers forestiers en grève à Yaoundé. Au Malawi, la police a tiré en l’air mais à balles réelles et a utilisé du gaz lacrymogène pour disperser des travailleurs en grève de plantations de thé, lesquels réclamaient le paiement de leur indemnité de licenciement. Le rapport relève un incident similaire au Mozambique à l’encontre d’anciens cheminots qui s’étaient rassemblés pour discuter du paiement de leur indemnité de licenciement.

Zones franches, zones d’abus

Dans les zones franches d’exportation, symbole par excellence de la compétition débridée qui dirige le marché mondial au détriment des droits sociaux et syndicaux, les employeurs continuent d’empêcher ou de s’opposer fermement à toute tentative d’organisation ou d’activité syndicale, en particulier au Malawi, à Maurice et au Nigeria. Dans de nombreuses zones, du Maroc à Madagascar, les abus sont monnaie courante. Au Kenya, un délégué syndical d’une fabrique textile dans la zone franche d’exportation d’Athi River a été licencié et inscrit sur une liste noire pour avoir demandé à l’entreprise le paiement d’augmentations salariales telles que prévues par une convention collective signée l’année précédente.

En Namibie, dans une usine textile à capitaux malaisiens, réputée pour ses pratiques antisyndicales, une travailleuse immigrée chinoise s’est retrouvée à l’hôpital après avoir été attaquée par un chien utilisé par les gardes de sécurité lors d’une protestation des travailleurs chinois contre les conditions de travail, la nourriture immangeable et le coût à leur charge des examens médicaux. 400 travailleurs bangladais ont quant à eux été expulsés et leur permis de travail confisqué après qu’ils se soient révoltés contre leurs effroyables conditions de vie. Fin septembre, le tribunal a décrété que l’entreprise devait payer à 66 de ces travailleurs 10 mois de salaire, leur vol de retour chez eux et une partie de leurs frais judiciaires. Une enquête, menée par le Syndicat national des travailleurs namibiens (NUNW) dans le cadre d’un procès opposant des travailleurs migrants venus du Bangladesh à leur employeur, a révélé que des travailleurs bangladais auraient payé à des agences de recrutement des commissions illégales pour un total de 21 millions de dollars. Selon le NUNW, ces pratiques ouvrent la porte à de sérieuses suspicions sur l’existence d’un organisation mafieuse internationale impliquée à grande échelle dans le trafic d’êtres humains.

Rapport annuel de la CISL : inventaire mondial de la répression antisyndicale

 

ICFTU Annual Survey: Grim global catalogue of anti-union repression
The powers that be continue using brute force to suppress labour rights in Africa

CISL – ICFTU – 18 October 2005

Already crippled by the burden of poverty and underdevelopment, the African continent carries the added weight of trade union repression. Whilst Africa’s workers struggle to scrape a living wage from jobs that generally offer no social protection, the powers that be remain brutal in their oppression of trade union rights, responding to attempts to improve conditions with violent intimidation, arrests and dismissals. Collective bargaining continues to be very limited on the continent and the export processing zones developing in the wake of globalisation are simply inflating the scale of exploitation.

In Zimbabwe, trade unionism continues to go hand in hand with harassment, intimidation, arrests, dismissals and persecution. The long list of workers’ rights violations committed under President Mugabe’s regime over the last year confirms the country’s sad reputation as the leader in human and trade union rights violations on the continent. Several trade union leaders have suffered the consequences, such as ZCTU General Secretary, Wellington Chibebe who was arrested together with four of his colleagues for organising a trade union workshop, Raymond Majongwe, the General Secretary of the Progressive Teachers’ Union of Zimbabwe who was the victim of an assassination attempt and Lovemore Matombo, President of the ZCTU, who was dismissed along with several members of the Communications & Allied Services Workers’ Union for attending a meeting of African trade unions.

In Nigeria, the government, not content with its relentless union bashing, has introduced a bill aimed at deregistering the Nigeria Labour Congress (NLC), a trade union centre reputed for its activism. At least three people died as a result of police brutality at demonstrations organised by the NLC, and over a hundred more were arrested on account of their trade union activities.

Freedom of association and the right to strike flouted

In Sudan, Egypt and Libya, trade union rights are simply nonexistent; only the government-controlled unions are authorised. In Equatorial Guinea, although trade union rights exist in theory, the situation in practice is very different, with the government refusing to recognise independent trade unions. In Djibouti and Senegal, unions cannot be legally registered without government approval, whilst in Cameroon and DR Congo, the governments will only deal with the unions under their sway.

Respect for the right to strike is equally lacking. In Botswana, 444 miners striking in protest against discriminatory wage review were dismissed and many were forcibly evicted from their homes. In Kenya, 188 tea plantation workers were fired for taking strike action following the employer’s failure to respect a wage agreement, and in South Africa, 150 porters lost their jobs three weeks into a strike. The financial bank of Benin dismissed 40 union members, including 10 executives, for taking part in a protest strike. Trade union leaders in Senegal were also sacked following industrial action at a cement works.

Striking forest workers in Youande, Cameroon, suffered brutal injuries in an attack by some thirty police officers armed with truncheons. In Malawi, police fired real bullets in the air and used tear gas to rout tea plantation workers striking to support their claim for redundancy pay. The survey also chronicles a similar incident targeting former railroad workers in Mozambique who had assembled to discuss their redundancy pay.

Export processing zones, unbridled exploitation zones

In the EPZs – the symbol, par excellence, of the unbridled competition dominating the global market at the expense of social and labour rights – employers remain resolute in their opposition to any form of organising or trade union activity, particularly in Malawi, Mauritius and Nigeria. Across the continent, in the numerous zones stretching from Morocco to Madagascar, abuse is common currency. In Kenya, a workplace representative at a textile factory in the Athi River EPZ was dismissed and blacklisted after asking the company to pay the wage increases set down in the collective agreement signed the previous year.

In Namibia, a Chinese worker at a Malaysian-owned textile plant reputed for its anti-union practices found herself in hospital following an attack by a dog used by security guards during a demonstration organised by the Chinese workers. They were protesting their working conditions, the inedible food and the medicals imposed at their own expense. Four hundred Bangladeshi workers were evicted and had their work permits confiscated after protesting against the appalling living conditions. At the end of September, the court ruled that the company had to pay 66 of these workers ten months wages, their flight home and part of their legal expenses. An inquiry held by the National Union of Namibian Workers (NUNW) revealed that the Bangladeshi workers had paid recruitment agencies up to 21 million dollars without receiving any proof of payment, opening the door to serious suspicions of human trafficking.

ICFTU Annual Survey: Grim global catalogue of anti-union repression

 

Les syndicats africains s’attellent au défi posé par les ports de complaisance

ITF – 26 août 2005

Les syndicats africains des dockers se sont engagés à établir un réseau régional dans le cadre des efforts déployés pour relever les défis posés par la privatisation et la mondialisation du secteur.

Des syndicats des dockers représentant 12 pays d’Afrique sub-saharienne – dont l’Afrique du Sud, le Cameroun, la Gambie, le Ghana, le Kenya, la Namibie, le Nigeria, la République démocratique du Congo et la Tanzanie – se sont rencontrés lors d’un Séminaire sur les techniques de campagne pour lutter contre les ports de complaisance organisé par l’ITF à Nairobi, au Kenya, du 15 au 19 août. A cette occasion, ils se sont penchés sur leurs problèmes communs, dont la privatisation, la précarisation et l’influence croissante des opérateurs de terminaux mondiaux dans les ports africains.

Les syndicats ont présenté leurs activités : en Afrique du Sud et en Namibie, les campagnes ont permis d’écarter les propositions de privatisation des ports, tandis qu’au Ghana, les syndicats tentent d’organiser les travailleurs des nouvelles sociétés d’arrimage. Ils ont aussi accueilli des travailleurs portuaires du Sierra Leone, venus dans le pays pour s’informer sur leurs expériences.

Durant le séminaire, le groupe a créé un réseau régional de syndicats portuaires, qui coordonnera leur participation à l’élaboration d’une campagne sur les ports de complaisance. Cette initiative sera coordonnée conjointement par les bureaux sous-régionaux et régionaux de l’ITF et la section des dockers à Londres, au Royaume-Uni.

Ben Udogwu, Secrétaire régional africain de l’ITF, a déclaré : «  Cette semaine de séminaire s’est concentrée sur certaines questions fondamentales pour les syndicats des dockers de la région, dont le besoin d’unité, de leadership et de bonnes relations sociales dans nos ports, qui sont la voie vers notre réussite économique. Les syndicats ont un rôle essentiel à jouer dans l’essor du secteur et le développement de la région.  »

19 August 2004

The Congress of South African Trade Unions (COSATU), Ghana Trades Union Congress (GTUC) and the Nigeria Labour Congress (NLC) met in Johannesburg, South Africa, on 19 August 2004. The three federations are the biggest and strongest in their respective countries and among the most influential on the African continent.

The meeting was convened to reflect over their shared concerns about the state of the workers’ movement on the continent and the need for them to play a proactive and catalyzing role in addressing the challenges of empowering, re-focusing and strengthening the movement in Africa.

This is in furtherance of strong commitments in their respective national delegates’ congresses to strengthen the trade union movement on the continent.

COSATU, NLC and GTUC Need to Play a Catalyzing Role in Strengthening the Workers Movement in Africa

COSATU, GTUC and NLC agreed that they must play a much more active role in strengthening the trade unions in the continent. Regrettably, trade unions in Africa are still often quite weak, fragmented and unresponsive to the needs of workers and society at industrial and national levels.

The same weakness and poor focus prevails at the regional level. A consequence is the near absence of the workers’ voice in the ongoing integration of regional and continental economies and political systems. The African Union (AU) and NEPAD have been developed without an active involvement of workers largely not only because African leaders did not practice what they preach in terms of involvement of civil society but also because the trade union movement is in a weak state.

In this context, COSATU, NLC and GTUC deliberated on the state of the two continental workers’ organisations, namely Organisation of African Trade Union Unity (OATUU) and the International Confederation of Free Trade Unions-African Regional Organisation (ICFTU-AFRO).

The leaders of the three centres resolved on the need to strengthen the movement at the continental level and ensure that capacity for responsiveness to the rights and interests of workers is developed and sustained. This is in addition to firming up working class power to help address critical challenges facing the continent, especially the acute, poor human development, instability, conflicts, HIV/AIDS pandemic, structurally feeble economies, weak civil society and the authoritarian character of leadership.

Commitment was expressed to addressing the challenges of firming up capacity of the movement to grapple with the critical task of strengthening the respective regional centres such as Southern African Trade Union Coordinating Council (SATUC) and Organisation of Trade Unions of West Africa (OTUWA).

The Carnage in Burundi and Sudan

The meeting noted that the ongoing carnage and human suffering in Burundi and Sudan require immediate and decisive multi-pronged intervention. Therefore, COSATU, NLC and the GTUC called on African States to immediately and decisively intervene in the Sudan situation.

The leaders of the three federations commended President Olusegun Obasanjo of Nigeria for sending 1,500 troops to be peacekeepers in Sudan and President Thabo Mbeki’s peace initiatives meant to find a lasting political settlement on the Burundi crisis.

It was noted that the crisis was taking place in the absence of the moderating voice of labour and civil society.

The leaders of the three federations also agreed to take to our respective organisations a proposal to coordinate food, clothes and other materials to alleviate the sufferings of the Sudanese.

The Anti-NLC and Anti-Worker Bill proposed to the Nigerian Parliament by President Olusegun Obasanjo

The meeting devoted a lot of time to the crisis in Nigeria,arising from the Executive Bill being debated in the National Assembly that is intended to deregister the Nigeria Labour Congress (NLC), severely restrict the right to strike and de-unionise existing trade union membership.

The three federations condemned the Bill and its draconian provisions, which are meant to weaken the trade union movement in Nigeria.

The meeting expressed alarm this draconian piece of legislation is being engineered by President Obasanjo of Nigeria at a time that he has just assumed the leadership of the African Union.

It was considered a matter for grave regret that the attempt to destroy the NLC is taking place at the time when the AU and its leadership are being called upon to live to their commitment to good governance,democracy and active civil society partnership in the socio-economic and political development of the continent.

It was also observed that many African states look to Nigeria and to the leadership of President Olusegun Obasanjo to lead the continent into this new path of tolerance, openness, good governance, policy partnership and respect for civil society outlined in the political objectives of NEPAD.

This situation is not desirable because weakening the unions in Nigeria strikes at the heart of democracy in Africa. An attack on the NLC and the Nigerian workers takes us back to the ugly past of military dictatorships and one-party states, which African has, through the AU, committed to move away from.

The meeting noted that the NLC has proved itself a powerful force for democratic change and in the improvement of the lives of the workers and the poor.

The three federations, therefore, called on President Obasanjo and the Government of Nigeria to abstain from interfering in union activities and roll back the efforts to ban the NLC and restrict the rights of unions and workers.

Further, the meeting called on the Nigeria National Assembly to live up to their responsibility as the bastion of democracy by throwing out the Bill.

The existence, strength, credibility and progressive leadership of the NLC was considered critical to good governance, democracy, leadership and governmental accountability as well as promotion of workers’ and public welfare.

The NLC will host COSATU and the GTUC on October 16-17, 2004 to review progress on the issues and to advance discussions on strategies to deal with outstanding issues, especially the anti-labour legislation in Nigeria and the imperative of re-building the workers’ movement on the continent and at sub-regional level.

Adams Aliyu Oshiomhole mni – President, Nigeria Labour Congress (NLC)

Zwelinzima Vavi – General Secretary – Congress of South African Trade Unions (COSATU)

Kwasi Adu-Amankwah – Secretary General – Ghana Trade Union Congress (GTUC)

 

 

Proposed Mass Sack of Workers

Labour Leadership Should Unequivocally Support the Struggle

Campaign for Democratic and Workers’ Rights in Nigeria (CDWRN) – 23 July 2006
The Campaign for Democratic and Workers’ Rights (CDWR) strongly frowns at the half-hearted approach of the leadership of the Nigeria Labour Congress (NLC) to the issue of the proposed retrenchment of 33, 000 workers by the Federal Government. We call for a sincere and unalloyed commitment of the Labour leadership to the defence of rights and interests of Nigerian workers which is the primary essence of the NLC’s existence.

It is appalling that instead of unequivocally opposing the unjust imminent action of the government against workers, the NLC leadership has given what is tantamount to leeway to government to sack the concerned workers. In his letter to President Obasanjo on behalf of the NLC, dated July 17, 2006 and posted on the NLC website, Adams Oshiomhole, the Congress President wrote, inter alia, « However, if at the end of the day and after due process, retrenchment becomes inevitably, may I respectfully urge a phased approach instead of the one-stage arrangement enunciated by the government. »

This unfortunate position of the NLC indicates that the Congress supports in principle the proposed sack, but that its only grouse is that the action is to be carried out in one fell swoop. The CDWR strongly avers that this position of the NLC is unprincipled and against the very tenet of workers solidarity. An injury to one is injury to all, goes a popular labour chant. Even if it is a few workers that have been penciled down for sack, the labour should stoutly and unconditionally oppose it. Moreover, the labour leadership ought to have realized from experience that the so-called due process of Obasanjo government is phantom and a mere justification for a premeditated agenda.

This position of the NLC also shows it has done its best by giving a mere verbal support to the Joint National Public Negotiating Council, the representative organ of the unions in public service. It would not have even raised a finger if government, in the first place, had planned to sack the 33, 000 workers in batches.

Similarly, Adams Oshiomhole was quoted in the Guardian, July 18, 2006 to have stated at a press briefing, « But I must point that it will be totally irresponsible of us to shut down the entire nation, simply because an employer, in this case, the Federal Government, has decided not to treat its workers justly as stated by the law of the land ». This bluntly means telling the government that the NLC would not call for a solidarity strike action in defence of the workers proposed for mass sack even if the government goes ahead to sack them at once instead in batches as advocated by the NLC leadership. This is to us an unacceptable and unprincipled position.

We, instead, reiterate our call on the leadership of NLC and other federating bodies like TUC and CFTU to give unconditional, full support to the public service workers and their unions in their battle to save jobs WITH CONCRETE SOLIDARITY ACTION. We assert that there could not be justification to even throwing out just a worker in a country where the labour market is already over-saturated despite the fact that the country swims in petro-dollar (or Naira). As the government has said this proposed mass retrenchment is in line with its hated anti-poor neo-liberal reforms. We thus call on the labour, civil society and pro-masses organisations/parties to organise and fight to defeat the planned sack and all neo-liberal policies of the regime.

Rufus Olusesan, Chairman & Victor Osakwe, Secretary

 

 

CDWR condemns Retrenchment of 33,000 Workers by the Federal Government

Campaign for Democratic and Workers’ Rights in Nigeria (CDWRN) – 12 July 2006
http://www.nigeriasolidarity.org

The Campaign for Democratic and Workers’ Rights (CDWR) condemns in totality the proposed mass retrenchment of 33, 000 workers in the Federal Government civil service and demands an end to the World Bank/IMF inspired anti-poor, pro-rich neo-liberal agenda.

Sacking workers in Nigeria where the poor working masses literally rely on self-help to provide their basic needs (electricity, water, education, health care, etc) despite their low purchasing power, to say the least, is callous, provocative and inhuman. Moreover, it is highly insensitive to retrench workers in a situation when labour market is already over-saturated. More so, when no social benefit is paid to the unemployed as government continues to abandon its social responsibilities to the people. This is in spite of the abundant natural resources and fabulous wealth that accrues to the government from sales of crude oil, taxes, and other revenues.

It is also paradoxical for an Obasanjo government with its much touted plan to create seven million jobs through its National Economic Empowerment and Development Strategy (NEEDS) to opt for downsizing of its workforce.

The CDWR calls on the labour centres, (Nigeria Labour Congress, Congress of Free Trade Unions and Trade Union Congress), civil society groups both internationally and in Nigeria, and pro-masses’ organisations and parties to openly condemn the proposed sack and the anti-poor neo-liberal policies of the Obasanjo government and organise serious protests.

Internationally we call on workers’ and pro-masses’ organisations to send letters of protest to the CDWR address [1].

We also call on the labour and pro-masses’ organisations and parties to form a formidable political alternative to wrest power from the parasitic pro-capitalist governments in order to guarantee basic needs of life for the poor working masses and set on the process of ending the extreme poverty ravaging in the country.

Victor Osakwe, CDWR secretary

 

Suspension of Varsity Teachers Strike

Another Opportunity for Government to meet trade union demands

Campaign for Democratic and Workers’ Rights in Nigeria (CDWRN) – 5 July 2006
http://www.nigeriasolidarity.org

The Campaign for Democratic Workers’ Rights (CDWR) calls on the government to utilise the opportunity offered by the suspension of the university teachers’ warning strike to take measures to meet the their legitimate demands which have become recurring in the past few years and accounted for the frequent closure of universities.

The demands the Academic Staff Union of Universities (ASUU) are not spurious, outrageous or ill motivated. They are borne out of previous agreements that have been reached between ASUU and the Federal Government since 2001. They also demand that the Federal Government should obey the judgement of a Federal High Court ordering the reinstatement of the 49 lecturers sacked from the University of Ilorin.

It is rather disheartening to note that in a supposedly democratic setting, the government and its agencies take delight in disregarding court orders with impunity, especially when it involves the welfare of workers and poor masses. The Obasanjo-led Government has a track record of not adhering to agreements reached through negotiations in labour related matters. This one is not different.

The CDWR calls on ASUU to ensure that its struggle covers the entire crises inflicting the education sector, and adopts a fighting strategy that involves all layers of educational workers and students. This approach we believe will prove most effective in the immediate and long-term period in the struggle to rescue the education sector from its present decay. It will also guarantee decent wages for all layers of educational workers, and quality and affordable education for all working class and poor children.

The Nigerian education sector is fraught with inadequacy of schools, classrooms, libraries, textbooks, laboratories, teachers, and every other thing that will make education qualitative and functional.

As we in the CDWR often mention, Nigeria has more than enough human and natural resources to provide for education, living wage, health care and other basic needs of workers and poor masses. But the fabulous public wealth is not committed to provision of basic needs because of the anti-poor neo-liberal socio-economic policies of the government and the self-serving interests of the Nigerian thieving elite.

The CDWR calls on a labour and pro-labour organisations, human rights groups, student unions, international rights and education rights organisations to rally round the university teachers over their demands and support general struggle for improvement in the working, living and learning conditions in our institutions.

Victor Osakwe, Secretary CDWR & Rufus Olusesan, Chairman, CDWR

 

Déclaration commune du Congrès du travail du Nigeria (NLC), de la Confédération des syndicats sud-africains (COSATU) et du Congrès des syndicats du Ghana (TUC)
23 octobre 2004

Au terme de la rencontre consultative courante tenue à Abuja, au Nigeria, les 22 et 23 octobre 2004

Nous, dirigeants du NLC, de la COSATU et du TUC (Ghana), sommes réunis ces 22 et 23 octobre 2004 à Abuja, au Nigeria, dans le cadre de nos rencontres régulières visant à dynamiser le mouvement syndical africain et à chercher une issue constructive aux problématiques contemporaines. Cette rencontre donnait suite à celle tenue à Johannesburg, le 18 août 2004.

La rencontre d’Abuja s’est penchée sur les questions et les problématiques suivantes :

Projets de résolutions en vue du Congrès mondial de la CISL

Nous avons étudié les documents préparatoires au Congrès mondial de la CISL, notamment le Rapport thématique.

Nous avons trouvé rafraîchissante l’approche progressiste et englobante des projets de résolutions, car ceux-ci intègrent bien l’impératif et les aléas du développement durable, en mettant bien en lumière toute la diversité d’intérêts chez les populations et les nations appauvries.

Nous saluons la critique sans équivoque qu’on y fait des forces dominantes de la mondialisation en ce qu’elles viennent subvertir l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement, une question maintes fois soulevée par les éléments progressistes au sein de la CISL. La plus haute attention prêtée aux Objectifs se double d’un questionnement critique des principes réducteurs de l’orthodoxie néo-libérale, qui servent à miner la capacité des pouvoirs publics d’appliquer des stratégies de développement axées sur les besoins de la population.

Nous accueillons avec satisfaction l’argumentaire solide en faveur d’une nouvelle mondialisation, centrée cette fois sur les impératifs, notamment, de travail décent, de répartition équitable des revenus à tous les échelons, de respect des droits des travailleurs et d’un développement durable accéléré solidement arrimé aux Objectifs.

Nous nous engageons à finaliser les projets de résolutions par voie d’amendements judicieux, à faire campagne pour qu’on les appuie et à veiller enfin à leur mise en œuvre intégrale.

Dans ce contexte, nous maintenons qu’il est nécessaire de faire des approches au Japon en vue d’élargir la base de soutien progressiste autour de ces résolutions et des autres questions qui seront déterminantes du succès du Congrès et d’une transformation progressiste de la CISL.

Par ailleurs, nous avons exprimé de sérieuses réserves quant aux propositions du secrétaire général pour l’élimination des congrès régionaux et la nomination des secrétaires généraux, plutôt que leur élection par les congrès régionaux.

Nous estimons que ces propositions risquent fort de mener à une centralisation excessive, ce qui entraverait l’essor si nécessaire d’organisations régionales solides et proactives, capables de relever les défis propres à leur région.

Nous partageons l’objectif de renforcer le droit de regard du secrétariat de la CISL sur les régions pour assurer la transparence en matière de finances et de programmation. Dans l’intérêt de la démocratie et du pouvoir des affiliés, nous croyons toutefois à la nécessité d’établir un équilibre constructif et mutuellement profitable entre le droit de regard du secrétariat et une plus grande autonomie des organisations régionales.

Réunion de Lusaka tenue du 11 au 14 octobre 2004

Nous prenons acte des conclusions sur le Congrès mondial de la CISL issues de la rencontre de Lusaka convoquée par l’ORAF-CISL.

Il nous faut toutefois faire part de notre inquiétude de voir des tribunes comme des séminaires et des ateliers de formation servir à l’adoption de résolutions qui relèvent des instances appropriées de l’ORAF-CISL, étant donné notamment la faible représentativité de telles tribunes et l’absence de débats préalables sur ces questions au sein des centrales syndicales nationales.

Nous reconnaissons et nous partageons la préoccupation des participantes et participants à la réunion de Lusaka de bien articuler et de renforcer toute la diversité des intérêts africains dans le cadre du Congrès mondial. Nous réitérons notre engagement à mener un tel débat et à emprunter les instances de l’ORAF-CISL pour le faire avancer et l’approfondir.

Le Congrès de l’ORAF-CISL

Nous craignons qu’à moins de six mois du Congrès de l’ORAF-CISL, beaucoup reste encore à faire pour éviter que l’organisation ne répète les erreurs du passé.

À cet égard, nous croyons fermement que le Comité exécutif doit donner la priorité à la tenue d’un débat sérieux sur le Congrès et y allouer plus de temps.

Nous croyons qu’un congrès bien organisé est essentiel à notre démarche globale pour le repositionnement de l’ORAF-CISL. Un congrès comme celui-là doit absolument contribuer à porter plus loin notre vision collective d’un organisme continental capable d’amplifier la voix des travailleuses et travailleurs de l’Afrique au sein des structures continentales des gouvernements africains, de servir de plate-forme utile à la promotion d’approches alternatives et d’inspiration populaire au développement, de stimuler une solidarité véritable et d’élaborer un programme pour le renforcement du syndicalisme.

L’impératif d’une plate-forme syndicale unique pour le continent

Nous croyons que le débat élargi entourant la fusion de la CISL et de la CMT mérite d’être réexaminé par le mouvement africain, à la lumière de sa propre expérience.

Par conséquent, nous nous engageons à favoriser le débat sur la nécessité pour les travailleuses et les travailleurs d’une organisation syndicale continentale unique qui soit démocratique, efficace et solide.

L’élargissement de l’alliance progressiste en Afrique

Nous nous engageons à interpeller nos camarades à travers le continent en vue de l’élaboration d’une plate-forme syndicale plus solide et plus large en faveur d’un discours et de pratiques progressistes.

En ce sens, nous convenons de consolider notre capacité à tisser des réseaux internationaux, notamment en renforçant nos services internationaux respectifs.

La situation au Nigeria

Nous nous sommes penchés sur les difficultés que connaît actuellement le NLC, vu la détermination de l’autorité exécutive du gouvernement nigérian à lui retirer son accréditation.

Les autres partenaires de l’alliance s’engagent à suivre de près la situation et à œuvrer activement à l’effort de mobilisation de la solidarité internationale.

Adams Aliyu Oshiomhole – Président – Congrès du travail du Nigeria (NLC)

Zwelinzima Vavi – Secrétaire général – Confédération des syndicats sud-africains (COSATU)

Kwasi Adu-Amankwah – Secrétaire général – Congrès des syndicats du Ghana (TUC)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans : générale
Par blindingunblogfr
Le 16 septembre, 2008
A 17:18
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