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révoltes populaires et bouleversements sociaux à la fin de l’ancien empire en egypte

RÉVOLTES POPULAIRES ET BOULEVERSEMENTS SOCIAUX À LA FIN DE L’ANCIEN EMPIRE EN ÉGYPTE

 

À la faveur des troubles qui marquent la fin de l’Ancien Empire, les interdits religieux ne sont plus respectés, et la richesse change de mains.

 » La Sublime Salle de Justice, ses écritures sont enlevées, les places secrètes sont divulguées. Les formules magiques sont divulguées et deviennent inefficaces, parce que les hommes les ont dans leur mémoire. Les offices publics sont ouverts ; leurs déclarations (titres de propriété) sont enlevés ; malheur à moi, pour la tristesse de ce temps !…

Voyez donc : des choses arrivent qui n’étaient jamais advenues dans le passé : le ro est enlevé par les pauvres… Ce que cachait la Pyramide est maintenant vide. Quelques hommes sans foi ni loi ont dépouillé le pays de la Royauté. Ils en sont venus à se révolter contre l’Uraeus qui défend Râ et pacifie les Deux Terres …

Les pauvres du pays sont devenus riches, tandis que les propriétaires n’ont plus rien. Celui qui n’avait rien devient maître de trésors et les grands le flattent. Voyez ce qui arrive parmi les hommes : celui qui ne pouvait se bâtir une chambre, possède maintenant des (domaines ceints de) murs. Les Grands sont (employés) dans les magasins. Celui qui n’avait pas un mur pour (abriter) son sommeil est propriétaire d’un lit. Celui qui ne pouvait se mettre à l’ombre possède maintenant l’ombre ; ceux qui avaient l’ombre sont exposés aux vents de tempête. Celui qui ne s’était jamais fabriqué une barque a maintenant des navires ; leur (ancien) propriétaire les regarde, mais ils ne sont plus à lui. Celui qui n’avait pas une paire de bœufs possède des troupeaux ; celui qui n’avait pas un pain à lui devient propriétaire d’une grange ; mais son grenier est approvisionné avec le bien d’un autre…

Les pauvres possèdent les richesses; celui qui ne s’était jamais fait de souliers a maintenant des choses précieuses. Ceux qui possédaient des habits sont en guenilles ; mais celui qui n’avait jamais tissé pour lui-même a maintenant de fines toiles. Celui qui ne savait rien de la lyre possède maintenant une harpe ; celui devant qui on n’avait jamais chanté, il invoque la déesse des chansons… La femme qui n’avait même pas une boîte a maintenant une armoire. Celle qui mirait son visage dans l’eau possède un miroir de bronze…

Les (dames) qui étaient dans les lits de leurs maris, couchent sur des peaux (par terre)… Elles souffrent comme des servantes… Les esclaves (femmes) parlent tout à leur aise, et, quand leurs maîtresses parlent, les serviteurs ont du mal à le supporter. L’or, le lapis, l’argent, la malachite, les cornalines, le bronze, le marbre… parent maintenant le cou des esclaves. Le luxe court le pays ; mais les maîtresses de maison disent :  » Ah ! si nous avions quelque chose à manger.  » Les dames… leurs corps souffrent à cause de leurs vieilles robes… leurs cœurs sont en déroute quand on les salue.

Les nobles dames en arrivent à avoir faim, tandis que les bouchers se rassasient de ce qu’ils préparaient pour elles ; celui qui couchait sans femme, par pauvreté, trouve maintenant de nobles dames.

Le fils d’un homme de qualité ne se reconnaît plus parmi d’autres : le fils de la maîtresse devient fils de servante… « 

La révolte populaire contre la construction des pyramides

Nous constatons que beaucoup d’écrits concernant l’origine de la réforme religieuse d’Imhotep ont complètement disparu, mais ce n’est pas parce qu’on a retrouvé les premiers textes dans les pyramides de la cinquième dynastie que le clergé d’Héliopolis dirigé par un si extraordinaire grand prêtre (que fut Imhotep), aurait attendu deux siècles pour mettre en place l’image de la résurrection symbolisée par Osiris !

Pour les Egyptiens peu importait LE NOM du Grand Dieu souverain qui peut revêtir de multiples aspects puisqu’il EST la « source créatrice » de toutes choses, on constate dès lors que cette recherche du surnaturel s’intègre dans les actes et pensées les plus intimes de l’individu. C’est précisément cet esprit qui traversera les siècles et se transmettra de génération en génération malgré les soulèvements du peuple ou les changements de dynasties.

Si l’on en croit les explications d’Hérodote il y aurait eu une sorte de révolte populaire sous la VIIè dynastie qui a marqué la fin de la période : Ancien Empire et la séparation des royaumes qui prendra le nom de « première période intermédiaire ».

Cette fronde expliquerait en partie notre manque de renseignements sur les noms des divers architectes royaux de la quatrième dynastie  qui ont également construit des pyramides et le martelage des figures de Chéops (après sa mort)…

La seule image que l’on possède de Chéops provient d’une petite statuette brisée, reconstituée et actuellement exposée au Musée du Caire.

Plusieurs gouverneurs de provinces en profitèrent pour s’allier contre le pouvoir royal. Le pays étant affaiblit par cette guerre civile, les tribus nomades de Bédouins aux frontières organisèrent des incursions dans les villes et villages du delta du Nil où ils tuèrent et pillèrent de nombreux habitants avant de repartir en toute impunité…

Comme le révèle le chant mélancolique du harpiste, même les trésors des pyramides ne furent pas épargnés :

 » Les dieux (les rois) qui furent jadis ensevelis dans leurs pyramides qu’est-il advenu d’eux ? Leurs murs sont tombés en ruines, leurs places ne sont plus ; c’est comme s’ils n’avaient jamais existé ! « 

Et jaillit de ses lèvres comme une philosophie qui explique aux générations futures la vanité des choses et la nécessité de mourir :

 » Les corps passent et disparaissent, tandis que d’autres demeurent depuis le temps des ancêtres. Les plaintes ne sauvent personne du tombeau, car il n’est accordé à personne d’emporter avec soi son bien, et aucun de ceux qui sont partis n’est revenu ! « 

 » S’il est une chose que tu peux acquérir et que jamais tu ne perdras :  » donne du pain à celui qui (a faim et) n’a pas de champ et assure-toi à tout jamais un bon nom auprès de ta postérité « . 

On voit que malgré tous ces malheurs qui s’abattent sur l’Egypte, la foi du chantre n’est pas ébranlée, puisqu’il croit encore en la charité et aux paroles des ancêtres comme Imhotep.

LA PREMIERE PERIODE INTERMEDIAIRE

Période très trouble durant la VIIè et VIIIè dynastie où deux capitales vont se disputer le titre : Memphis et Abydos. Héracléopolis en tant que fief personnel du roi restera fidèle à son autorité dirigée de Memphis, tandis qu’IDI prince de Coptos et SHEMAï prince d’Abydos gouvernèrent la Haute Egypte redevenue indépendante.

Aux incursions de bédouins qui violent les frontières on peut ajouter les Libyens à l’Ouest, tandis qu’à l’Est les Syriens s’allient aux Cananéens (asiatiques) pour déferler en bandes sur l’Egypte.

Sous la IX et Xè dynastie de nombreux princes revendiquèrent en vain la royauté dans la nouvelle capitale de Moyenne Egypte : Héracléopolis où Néferkaré (-2130 -2120) a essayé d’imposer sa loi sans faire l’unanimité autour de sa personne.

La DIZIEME DYNASTIE : à  l’aube du MOYEN EMPIRE

Enseignements du roi Ouakha-Rê KHETY III (-2 110 à – 2075) à son fils le futur roi MERIKARE de la Xè dynastie (-2 075 à -2 060) Papyrus du musée de l’Ermitage – N°1115 à Copenhague :

La vie sur terre passe rapidement, heureux celui qui est sans péché, car un million d’hommes ne serviront à rien au roi des deux-terres lorsqu’il paraîtra en pécheur dans l’au-delà. La mémoire de l’homme bon vivra toujours. L’essence de la vie est dans la parole des ancêtres, elle est contenue dans les livres… Ouvre-les et lis-les.

Pratique la justice aussi longtemps que tu seras sur terre,

Réconforte ceux qui pleurent, n’opprime pas la veuve et l’orphelin…

(phrases que la Bible répétera si souvent)

Dieu connaît le perfide et rétribue ses péchés dans le sang…

Monte vers les chemins inaccessibles, car l’âme de l’homme va vers la place qu’elle

connaît, elle ne s’écarte pas du chemin de la vérité et personne ne peut la repousser !

Sache que les juges du tribunal de l’au-delà examineront une vie comme une heure.

Heureux celui qui atteindra cette vie : il sera là comme un dieu, il se déplacera

librement comme les maîtres de l’éternité, car il n’y a personne qui puisse s’opposer

au CREATEUR qui est omniprésent et omniscient. Honore ton Dieu invisible sur ton chemin, pratique la vérité et la justice,

Agis pour Dieu afin qu’il puisse faire de même pour toi. Après avoir puni les hommes

(déluge ?) il fait à nouveau briller sa lumière (Rê) qui navigue dans le ciel pour que les

hommes la voient.

Ces paroles sublimes ont été écrites vers -2080, à un ou deux siècles près naissait à

UR en Chaldée un jeune homme nommé Abraham ! …

L E S   A V E R T I S S E M E N T S   D ‘ I O U P E R

Dans un ensemble de papyrus découvert à Memphis, se trouve un texte que l’on a attribué à un SCRIBE du MOYEN EMPIRE nommé IOUPER. Ce scribe essaie d’expliquer les causes et les graves événements de la première période intermédiaire. Ce document est actuellement conservé au musée de Leyde (Pays-Bas) sous le N° 1344.

… Les tribus ennemies se sont établies partout dans le pays et l’homme doux et humble

soupire en disant que les hommes sont différents ! Alors que l’on enseignait avant

que « le prédestiné » sera toujours dans la rectitude des temps d’Horus (fils d’Osiris)

et dans l’âge (éternel) de l’Ennéade (le collège des dieux d’Héliopolis) …

Ecoutez le fleuve (Nil) charrie du sang et pourtant les hommes s’y désaltèrent tant ils

ont soif ! Les villes de Haute et Basse Egypte sont détruites et se consument. Le palais

des rois est dépouillé, même les morts sont devenus des étrangers.

Contemplez ce qu’il advient lorsque les hommes se hasardent à se rebeller contre

l’uraeus divin, grâce auquel le dieu Rê pacifie les deux terres. Le serpent de la

science est saisi et les pillards sont partout.

Souviens-toi de l’odeur des offrandes qui flottait dans l’air, les dates sacrées étaient

respectées, le parfum brûlait et les prêtres étaient purs car la corruption du coeur

n’existait pas.

Souviens-toi que le Dieu qui produit le chaud et le froid est le pâtre de l’humanité

et son coeur ignore le mal. Si son troupeau s’est égaré, il passe le jour à le rassembler.

(Etrange langage qui ressemble énormément à ceux des prophètes et du Christ !)

Oui ! en vérité, il rassemble le coeur des hommes par le fruit de son amour pour eux

et il perçoit leur nature dès la première génération. Aussi va-t-il jusqu’à penser détruire les

hommes mauvais de son propre bras. Sache qu’il est bien que les hommes construisent

des pyramides, creusent des étangs et plantent des arbres pour le plaisir des dieux et le

bonheur du peuple.

Que chaque homme se fasse aimer de son prochain, que la rectitude soit respectée

dans tous les discours. Générations futures, je vous parle avec mon coeur et j’attends

que vous répondiez de même. Un coeur solitaire ne doit pas garder le silence, car il

sait que multiples sont les poids de la balance de l’au-delà…

 

LES RÉFORMES DE SOLON

 Au VIe siècle av. J.-C., la cité athénienne traverse une crise politique et sociale très grave, due à l’accaparement des terres et des fonctions dirigeantes par les nobles (Eupatrides).

 

  » Après cela, il arriva que les nobles et la foule furent en conflit pendant un long temps. En effet, le régime politique était oligarchique en tout; et, en particulier, les pauvres, leurs femmes et leurs enfants étaient les esclaves des riches. On les appelait  » clients  » et  » sizeniers  » (hectémores) : car c’est à condition de ne garder que le sixième de la récolte qu’ils travaillaient sur les domaines des riches. Toute la terre était dans un petit nombre de mains; et, si les paysans ne payaient pas leur fermage, on pouvait les emmener, eux, leurs femmes et leurs enfants; car les prêts avaient toutes les personnes pour gages jusqu’à Solon, qui fut le premier chef du parti populaire. Donc, pour la foule, le plus pénible et le plus amer des maux politiques était cet esclavage; pourtant, elle avait tous autres sujets de mécontentement; car, pour ainsi dire, elle ne possédait aucun droit. « 

Aristote, Constitution d’Athènes, II. (Traduction G. Mathieu et B. Haussoulier)

  » Comme la Constitution était ainsi organisée, et que la foule était l’esclave de la minorité, le peuple se révolta contre les nobles. Alors que la lutte était violente et que les deux partis étaient depuis longtemps face à face, ils s’accordèrent pour élire Solon comme arbitre et archonte ; et on lui confia le soin d’établir la constitution, quand il eut fait l’élégie qui commence ainsi :

  » Je le sais et, dans ma poitrine, mon cœur est affligé quand je vois assassinée la plus antique terre d’Ionie. « 

Aristote, Idem, V, 1 et 2.

  » Devenu maître des affaires, Solon affranchit le peuple pour le présent et pour l’avenir par l’interdiction de prêter en prenant les personnes pour gages; il fit des lois et abolit les dettes tant privées que publiques, par la mesure qu’on appela sisachthie (rejet du fardeau), parce qu’on rejeta alors le fardeau. « 

Aristote, Idem, VI, 1.

  » Il semble que, dans l’activité politique de Solon, ce soient là les trois mesures les plus démocratiques : tout d’abord, ce qui est le plus important, l’interdiction de prendre les personnes pour gages des prêts; puis le droit donné à chacun d’intervenir en justice en faveur d’une personne lésée; enfin, mesure qui, dit-on, donria le plus de force au peuple, le droit d’appel aux tribunaux; en effet, quand le peuple est maître du vote, il est maître du gouvernement. « 

Aristote, Idem, IX, 1.

RÉVOLTE DE LA PLÈBE À ROME

(Ve S. av. J.-C.)

RÉVOLTE DE LA PLÈBE
RÉACTION DES PATRICIENS
VICTOIRE DE LA PLÈBE

 

RÉVOLTE DE LA PLÈBE

Dans la Rome primitive, l’exploitation massive des esclaves n’est pas encore le fait dominant. L’opposition fondamentale est celle des patriciens et des plébéiens. Au Ve siècle av. J.-C., les premiers nous apparaissent comme de grands propriétaires fonciers, les seconds comme de petits paysans, des artisans ou des commerçants. Les patriciens, organisés en grandes familles, avaient le monopole des fonctions politiques et de la justice. Cependant, pour soutenir les guerres perpétuelles qu’ils livraient à leurs voisins, ils durent faire appel aux plébéiens. Ces derniers ne tardèrent pas à leur poser des conditions.

 » Tandis que la guerre avec les Volsques [ancien peuple de l’Italie, établi au sud du Latium] était imminente, la cité était en guerre avec elle-même et en proie à une haine intestine entre sénateurs et plébéiens, dont la principale cause était l’esclavage pour dettes.
 On s’indignait  » de défendre au dehors la liberté et l’empire et d’avoir au dedans ses propres concitoyens pour tyrans et pour oppresseurs. La guerre était plus sûre que la paix, les ennemis moins menaçants que les compatriotes pour la liberté de la plèbe.
  » Le mécontentement se propageait déjà de lui-même quand une infortune scandaleuse fit éclater l’incendie. Un vieillard, portant les marques de toutes ses souffrances, s’élança sur le forum ; la crasse couvrait ses vêtements ; plus hideux encore était l’aspect pâle et maigre de son corps épuisé ; en outre, la longueur de sa barbe et de ses cheveux lui donnait un air sauvage. On le reconnaissait pourtant, tout affreux qu’il était ; il avait, disait-on, commandé une centurie, et on énumérait ses brillants états de service, tout en le plaignant…

… Il dit que, pendant qu’il faisait campagne contre les Sabins [peuple samnite établi au voisinage immédiat de Rome], les pillards avaient brûlé sa ferme… qu’au milieu de ses revers, on lui avait réclamé ses impôts, et qu’il avait emprunté. Cette dette, grossie des intérêts, lui avait fait perdre d’abord la terre de son père… et son créancier l’avait jeté, non dans l’esclavage, mais dans un cachot et dans la chambre de torture. Et il montrait sur son dos d’horribles marques de coups toutes fraîches. À cette vue et à ces mots, des cris violents s’élèvent. L’agitation ne se cantonne plus au forum, mais s’étend partout dans la ville. Les insolvables, portant ou non leurs chaînes, se répandent dans toutes les rues… pas un coin où des volontaires ne se joignent à l’émeute; partout, dans toutes les rues, des bandes hurlantes courent vers le forum… On réclame, sur le ton de la menace, plutôt que de la prière, la convocation du Sénat [Assemblée des chefs des familles patriciennes]. On entoure la curie [Salle du Sénat] pour contrôler et régler soi-même les délibérations officielles. « 
 

Tite-Live, Histoire romaine, liv. 11, XXIII. (Traduction G. Baillet)

 

 

RÉACTION DES PATRICIENS

Lors du soulèvement de la plèbe , les patriciens hésitent sur la conduite à tenir. Le consul Appius voulait employer la manière forte :  » Après une ou deux arrestations, tout rentrerait dans le calme. « 
Servilius, au contraire, voulait fléchir la rébellion au lieu de la briser :  » c’était plus sûr et surtout plus facile « . Là-dessus des cavaliers latins accourent, en annonçant que les Volsques sont entrés en compagne.

 » À cette nouvelle, tant la nation était coupée en deux par la discorde, l’impression fut bien différente chez les patriciens et dans la plèbe. Les plébéiens étaient transportés de joie :  » Ce sont, disaient-ils, les dieux qui viennent punir l’orgueil des patriciens.  » Ils s’exhortaient l’un l’autre à ne pas s’enrôler :  » Périsse tout le monde plutôt qu’eux seuls; que les sénateurs prennent du service! que les sénateurs prennent les armes! que les dangers de la guerre soient pour ceux à qui elle profite!  » Cependant, le Sénat, accablé… supplie le consul Servilius, dont les idées étaient plus démocratiques, de tirer l’État des menaçants périls qui l’assiègent. Alors le consul lève la séance et se présente devant le peuple assemblé. Il lui montre que le Sénat est préoccupé des intérêts de la plèbe ;  » mais ce débat sur une classe – d’ailleurs la plus considérable – mais enfin sur une classe seulement de citoyens, a été interrompu par un danger que court tout l’État ; il est impossible quand l’ennemi est presque aux portes, de rien faire passer avant la guerre; en eût-on même le loisir, ce ne serait ni honorable pour la plèbe de se faire payer d’abord avant de prendre les armes pour la patrie, ni très seyant au Sénat de remédier à la détresse des citoyens par crainte plutôt que par bienveillance, un peu plus tard « …

… Après la défaite des Aurunces [peuple d’origine osque, établi au sud-est du Latium, autour de Minturnes], les Romains comptaient sur la parole du consul et sur la bonne foi du Sénat quand Appius… se mit à prononcer des sentences aussi dures que possible en matière de dettes, rendant par séries les anciens insolvables aux chaînes de leurs créanciers et en mettant même sans cesse de nouveaux aux fers. Quand c’étaient d’anciens combattants, ils en appelaient à son collègue. Un rassemblement se faisait devant Servilius ; ils lui rappelaient ses promesses; ils lui représentaient leurs états de service, leurs blessures…
Malgré son émotion, le consul, dans la circonstance, était obligé de se tenir sur la réserve, tant son collègue et tout le parti de la noblesse s’étaient jetés dans l’opposition. En gardant ainsi la neutralité, il n’évita pas la rancune du peuple, sans gagner pour cela la faveur du Sénat : au Sénat, il passait pour un consul sans énergie et pour un intrigant ; dans la plèbe, pour un fourbe, et on ne tarda pas à avoir la preuve qu’il était aussi impopulaire qu’Appius. « 
 

Tite-Live, Histoire romaine, liv. II, XXIV et XXVII. (Traduction G. Baillet)

 

VICTOIRE DE LA PLÈBE

 » Alors la plèbe, ne sachant ce qu’elle devait attendre des nouveaux consuls, tint des réunions la nuit, partie aux Esquilies [quartier populaire construit sur l’Esquilin, l’une des sept collines de Rome], partie sur l’Aventin [l’une des sept collines, située au sud-ouest de la ville, et entièrement peuplée de plébéiens] pour éviter de prendre au forum des décisions improvisées et confuses et de toujours marcher sans but et au hasard.

 Les consuls, voyant là un danger, d’ailleurs réel, font un rapport au Sénat… et le Sénat leur enjoint de faire les enrôlements avec Ici dernière énergie :  » c’est l’inaction qui cause les désordres populaires « . Les consuls lèvent la séance et montent sur leur tribunal ; ils font l’appel des jeunes gens. Pas un ne répond à l’appel de son nom ; et la foule, les enveloppant, prend l’allure d’une assemblée pour déclarer  » qu’on ~ne se moquera pas plus longtemps de la plèbe ; on ne trouvera plus un seul soldat si l’État ne tient pas ses engagements ; il faut rendre la liberté à chaque individu avant de lui donner des armes ; ils veulent combattre pour leur patrie, pour leurs concitoyens, et non pour leurs maîtres. « 

Tite-Live, Histoire romaine, liv. II, XXVIII. (Traduction G. Baillet)

 Les consuls, à bout d’expédients demandent aux sénateurs les plus exaltés de se joindre à eux, et essaient d’employer la manière forte. Nouvel échec. Alors, le Sénat, après une délibération confuse, décide de confier le pouvoir à un dictateur, dont les décisions sont sans appel. Cependant, il choisit ce dictateur parmi les modérés, et la plèbe, sur de nouvelles promesses, se laisse encore mobiliser. Après la victoire, le Sénat refuse de tenir ses engagements, et le dictateur démissionne.

 » Alors le Sénat se prit à craindre que la libération des soldats ne fît renaître les assemblées secrètes et les complots. Aussi, bien qu’ils eussent été enrôlés par le dictateur, comme c’étaient les consuls qui leur avaient fait prêter serment, on estima que ce serment les liait encore, et, sous prétexte que les Éques reprenaient les hostilités, on donna l’ordre aux légions d’entrer en campagne. Cela ne fit que hâter la révolte… l’armée cessa d’obéir aux consuls et se retira sur le mont Sacré, sur la rive droite de l’Anio, à trois milles de Rome… Là, sans général, ils firent un camp entouré d’un fossé et d’une palissade, et, paisibles, se bornant à prendre les vivres nécessaires, ils demeurèrent quelques jours sans attaquer ni être attaqués. »

Le Sénat envoie alors à la plèbe Ménénius Agrippa qui, lui racontant l’apologue des membres et de l’estomac, l’aurait amenée à changer de sentiments. En fait, la plèbe ne consent à rentrer à Rome qu’après avoir reçu des garanties concrètes :

 » On se mit alors à traiter de la réconciliation et l’on consentit à accorder à la plèbe des magistrats spéciaux et inviolables, chargés de prendre sa défense contre les consuls, et à exclure tout patricien de cette fonction. « 

Tite-Live, Idem, liv. II, XXXII et XXXIII.

PATRICIENS ET PLÉBÉIENS DEVANT UNE SÉDITION D’ESCLAVES

(Ve s. av. J.-C.)

 » Des exilés et des esclaves, au nombre de 2.500 hommes, sous le commandement d’un Sabin, Appius Herdonius, occupèrent la nuit, le Capitole et la citadelle. Là, ils exécutèrent sommairement les hommes qui ne voulurent pas entrer dans leur complot et prendre les armes ; à la faveur du tumulte, quelques-uns, auxquels la frayeur donnait des ailes, dévalèrent jusqu’au forum ; on entendait tour à tour ces deux cris : »Aux armes ! » et  » L’ennemi est dans la ville « .

Les consuls n’osaient ni armer la plèbe, ni la laisser désarmée, ne sachant quel fléau soudain s’abattait sur la ville, s’il venait du dehors ou du dedans, de la haine de la plèbe ou de Ici perfidie des esclaves…

Enfin, le jour dévoila l’ennemi et son chef. Il s’agissait des esclaves ; Appius Herdonius les appelait à la liberté, du haut du Capitole :  » Il avait pris en main la cause de tous les misérables ; son but? rendre leur patrie aux exilés injustement bannis; enlever aux esclaves leur joug accablant. Il voulait bien laisser le peuple romain s’en charger. Mais si, de ce côté, il n’y avait pas d’espoir, Volsques, Éques [peuples du Latium établis autour de Préneste], tout lui serait bon à mettre en jeu et à soulever. »
Tout devenait plus clair pour les sénateurs et les consuls… Que de craintes de toute nature ! Au premier rang, la crainte des esclaves : chacun redoutait d’avoir un ennemi chez lui. Se fier à lui ? Ou s’en méfier et lui retirer sa confiance au risque de l’irriter davantage ? Les deux partis étaient aussi peu sûrs. À grand-peine l’union [des patriciens et des plébéiens] permettrait peut-être de résister.
… Les tribuns [il s’agit des tribuns militaires, le tribunat de la plèbe n’étant pas encore institué] prétendaient que ce n’était pas une guerre, mais un simulacre de guerre qu’on avait installé au Capitole pour détourner l’attention de la plèbe… Ils convoquent donc le peuple… et lui font déposer les armes.
En apprenant que les hommes déposaient les armes et abandonnaient leur poste, Publius Valerius laisse son collègue présider le Sénat, s’élance hors de la curie et vient au lieu consacré de l’assemblée trouver les tribuns :  » Qu’est-ce que cela signifie, tribuns, dit-il ? Vous suivez les ordres et les auspices d’un Appius Herdonius pour faire une révolution ? Il a été assez heureux pour vous séduire, lui qui n’a pas été capable de soulever les esclaves. L’ennemi est sur nos têtes, et vous faites déposer les armes pour proposer des lois ? « 
S’adressant alors à la foule :  » Citoyens, si vous n’avez souci ni de Rome, ni de vous-mêmes, gardez du moins le respect de vos dieux prisonniers de l’ennemi. Jupiter très bon, très grand, Junon, reine du ciel, Minerve, les autres dieux et déesses sont assiégés : des esclaves tiennent dans leur camp les saints patrons de votre ville : et voilà la politique qui vous semble raisonnable ? « 
En terminant son discours, il déclare que lui-même prend les armes et qu’il appelle aux armes tous les citoyens et que si quelqu’un fait de l’opposition, alors il le traitera en ennemi. « 

Tite-Live, Histoire romaine, liv. III, XV-XVII. (Traduction G. Baillet)

LA RÉVOLTE DE SPARTACUS

(73-71 AV. J.-C.)

 

   » A cette même époque, parmi les gladiateurs entretenus à Capoue par les Romains et destinés aux jeux du cirque, se trouvait un Thrace, nommé Spartacus, qui avait autrefois servi dans l’armée, et avait été fait prisonnier et vendu. Il persuada 70 de ses camarades de braver la mort pour recouvrer la liberté, plutôt que de se voir réduit à servir de spectacle dans les arènes des Romains ; et, forçant ensemble la garde chargée de veiller sur eux, ils s’échappèrent. Spartacus et sa bande s’armèrent avec les armes de tout genre dont ils dépouillèrent quelques voyageurs, et se retirèrent sur le mont Vésuve. Là, plusieurs esclaves fugitifs et quelques hommes libres des campagnes vinrent se joindre à lui. La justice rigoureuse qu’il mit dans la distribution et dans le partage du butin lui attira rapidement beaucoup de monde.

  … Les Romains ne pensaient pas que ce dût être une guerre dans toutes les formes. Ils croyaient qu’il suffirait contre ces brigands d’entrer en campagne. Varinius Glaber et Publius Valerius furent successivement vaincus. Après ces succès, le nombre des adhérents de Spartacus s’accrut encore davantage, et déjà il était à la tête d’une armée de 70 000 hommes. Alors, il se mit à fabriquer des armes et à prendre des dispositions militaires dans toutes les règles.

  Rome, de son côté, fit marcher les consuls avec deux légions… Spartacus les attaqua tour à tour, les vainquit l’un après l’autre et ils furent obligés tous les deux de reculer en désordre. Spartacus immola… 300 prisonniers romains; et son armée se montant à 120.000 fantassins, il prit rapidement la route de Rome, après avoir brûlé tous les bagages dont il n’avait pas besoin, fait passer au fil de l’épée tous les prisonniers et tuer toutes les bêtes. de somme, pour ne pas ralentir sa marche. Beaucoup d’autres esclaves prirent son parti, et vinrent grossir son armée, mais il ne voulut plus admettre personne. Les consuls retournèrent à la charge contre lui dans le pays des Picènes… il furent vaincus encore une fois.. Malgré ce succès, Spartacus renonça à son projet initial de marcher sur Rome, parce qu’il sentit qu’il n’était pas assez habile dans le métier des armes, et que ses troupes n’étaient pas convenablement armées, car nulle cité ne le secondait. Toutes ses forces consistaient en esclaves fugitifs et en aventuriers…

  Il y avait déjà trois ans que durait cette guerre, dont on s’était moqué d’abord ; dont on ne parlait qu’avec mépris comme d’une guerre de gladiateurs ; mais quand il fut question de confier le commandement à d’autres chefs, nul ne se mit sur les rangs, sauf Crassus… Il marcha contre Spartacus à la tête de six nouvelles légions. A son arrivée au camp, il fit décimer les deux légions qui avaient fait la campagne précédente, pour les punir de s’être si souvent laissé vaincre…

  Spartacus fut enfin blessé à la cuisse par une flèche. Le reste de son armée, en désordre, fut mis en pièces. Le nombre des morts du côté des gladiateurs fut incalculable. Il y périt environ 1.000 Romains. Il fut impossible de retrouver le corps de Spartacus. Les nombreux fuyards cherchèrent asile dans les montagnes. Crassus les y poursuivit. Ils se partagèrent en quatre bandes, luttant alternativement jusqu’à extermination complète, à l’exception de 6.000 d’entre eux, qui, faits prisonniers, furent mis en croix le long de la route de Capoue à Rome. « 

Appien, Histoire des guerres civiles, liv. 1, chap. XIV.

 

La révolte des esclaves autour de Spartacus (73 avant J.C.).

Des bêtes sauvages et des bandits :la révolte de Spartacus racontée par un historien latin du 1er s. après J.C.

On supporterait peut-être même la honte d’une guerre contre des esclaves. Même si le sort en a fait des êtres assujettis en tout, ils n’en sont pas moins comme une seconde espèce d’hommes, et nous les associons aux avantages de notre liberté. Mais quel nom donner à la guerre provoquée par Spartacus ? Je ne sais ; car des esclaves y servirent, des gladiateurs y commandèrent. Les premiers étaient de la plus basse condition, les seconds de la pire des conditions, et de tels adversaires accrurent les malheurs de Rome par la honte dont ils les couvrirent. Spartacus, Crixus, Œnomaus, après avoir brisé les portes de l’école de Lentulus, s’enfuirent de Capoue avec trente hommes au plus de leur espèce. Ils appelèrent les esclaves sous leurs drapeaux et réunirent tout de suite plus de dix mille hommes. Non contents de s’être évadés, ils aspiraient maintenant a la vengeance. Telles des bêtes sauvages, ils s’installèrent d’abord sur le Vésuve. Assiégés là par Clodius Glaber, ils se glissèrent le long des gorges caverneuses de la montagne à l’aide de liens de sarments et descendirent jusqu’au pied ; puis s’élançant par une issue inaccessible, ils s’emparèrent tout à coup du camp de notre général qui ne s’attendait pas à une pareille attaque. Ce fut ensuite le tour du camp de Varénus, puis de celui de Thoranlus. Ils parcou-rurent toute la Campanie, et non contents de piller les fermes et les villages, ils commirent d’effroyables massacres à NoIe et à Nucérie, à Thurium et à Métaponte. Leurs troupes grossissaient chaque jour, et ils formaient déjà une véritable armée. Avec de l’osier et des peaux de bêtes, ils se fabriquèrent de grossiers boucliers ; et le fer de leurs chaînes, refondu, leur servit à forger des épées et des traits. Pour qu’il ne leur man-quât rIen de ce quI convenait à une armée régulière, ils se saisirent aussi des hordes de chevaux’qu’ils rencontrèrent, se constituèrent une cavalerie, et ils offrirent à leur chef les insignes et les faisceaux pris à nos pré-teurs. Spartacus ne les refusa point, Spartacus, un ancien Thrace tributaire devenu soldat, de soldat déserteur ensuite brigand, puis, en considération de sa force, gladiateur. Il célébra les funérailles de ses officiers morts en combattant avec la pompe réservée aux généraux, et il força des prisonniers à combattre, les armes à la main, autour de leur bûcher. Cet ancien gladiateur espérait effacer ainsi l’infamie de tout son passé en donnant à son tour des jeux de gladiateurs. Puis il osa attaquer des armées consulaires ; il écrasa celle de Len-tulus dans l’Apennin, et près de Modène il détruisit le camp de Caius Crassus. Enorgueilli par ces victoires, il songea à marcher sur Rome, et cette seule pensée suffit à nous couvrir de honte. Enfin, toutes les forces de l’empire se dressèrent contre un vil gladiateur, et Liclnius Crassus vengea l’honneur romain. Repoussés et mis en fuite, les ennemis – je rougis de leur donner ce nom – se réfugièrent à extrémité de l’Italie. Enfermés dans les environs de la pointe du Bruttium, ils se disposaient à fuir en Sicile. N’ayant pas de navires, ils construisirent des radeaux avec des poutres et attachèrent ensemble des tonneaux avec de l’osier ; mais l’extrême violence du courant fit échouer Ieur tentative. Enfin, ils se jetèrent sur les Romains et moururent en braves. Comme il convenait aux soldats d’un gladiateur, ils ne demandèrent pas de quartier. Spartacus lui-même combattit vaillamment et mourut au premier rang, comme un vrai général.

D’après Florus, Abrégé d’histoire romaine, II, 8 – III, 20.

 

Les guerres serviles

         1) Les précédents
   En 217, à Rome même ; en 198, dans le sud du Latium. Mais ces révoltes ne mettaient en cause que des prisonniers de guerre ou des otages carthaginois. En 196, on note une révolte d’esclave en Etrurie contre laquelle on envoie une légion (6 000 hommes). 143-140, dans le Latium, le brigandage de bergers serviles : là encore, on envoie l’armée.

         2) La révolte de Sicile : 135-132
   Diodore de Sicile nous indique que la cause en fut le nombre croissant d’esclaves introduits dans l’île, surtout après la Deuxième Guerre Punique. Il ajoute que cette masse se trouve aussi bien chez les propriétaires grecs que romains. Mais il poursuit que depuis les années 140, existe en Sicile une insécurité grandissante due à des bergers dans l’ouest de la Sicile, encouragés par leurs maîtres, et rejoints par des fugitifs.
   Il y eut des escarmouches et un propréteur dû en capturer plusieurs pour calmer les velléités.
   A l’est, se trouvent de nombreux esclaves d’origine syriennes, adorateurs de cultes à mystères implantés en Orient, comme celui de la déesse Atargatis, ou dea Syria, dont le sanctuaire se trouve à Héliopolis. De même pour la divinité Déméter, déesse protectrice de la fécondité qui avait son sanctuaire à Henna.
   L’un de ces Syriens, Eunous, disposait d’un réel ascendant sur ses compagnons grâce à ses dons prophétiques. Ils appartenaient à un propriétaire d’Henna, Antigénès. Son maître l’emmenait dans les dîners, il avait pour « épouse » une esclave syrienne, ce qui montre sa notabilité. Lui et sa femme sont portés à la tête de la révolte par les esclaves d’encadrement.
   Au même moment, à l’ouest, Cléon, un brigand Silicien, se fait attribuer l’élevage de chevaux : il est magister.

   La révolte commence à Henna contre un propriétaire et sa femme, tous deux cruels ; leur fille, gentille, est épargnée. Dans l’ouest, Cléon a prit le maquis et en quelques jours, des milliers d’esclaves se concentrent et prennent la ville d’Henna. Eunous est proclamé roi avec le titre d’Antiochos, et Cléon se met sous ses ordres. Eunous et ses conseillers vont créer un Etat, avec des assemblées, une capitale qui sera Henna ; on bat monnaie au nom d’Antiochos. Les habitants des villes prises furent massacrés, les artisans tournés en esclavages. Ensuite arrive les divergences : Eunous est pour la clémence, d’autre pour la répression. Ce qui est étrange est l’arrivée au sein des révoltés de petits et moyens propriétaires.
   La révolte fut difficile à mater. Deux années et deux consuls furent nécessaires pour en venir à bout. Les romains reprirent la ville de Messine et après un long siège, Henna est reprise en 132, Cléon est tué, Eunous capturé et enfermé dans une prison ou il meurt.

   Ce soulèvement est très riche par ses composantes et son esprit. Ce n’est pas un mouvement dirigé contre l’esclavage. Il a menacé l’équilibre de l’île. D’autre part, Rome a reconquis l’île et la réorganisée.

         3) La révolte de Campanie et de Sicile (104-102)
   On retrouve des similitudes. Au départ, un chevalier romain Titus Vettius tombe amoureux fou d’une esclave ; tellement qu’il décide d’armer ses esclaves et appelle les autres esclaves à le rejoindre. Ces désordres gagne la Sicile à nouveau.
   A l’Est, un certain Salvius prend le titre de Tryphon. A l’ouest un villecus, Athenion prend aussi le titre de roi, lève 10 000 hommes pour se constituer une armée. Mais il refuse d’enrôler les esclaves, les renvoyant aux champs !
   Pour les romains, il faudra plusieurs campagnes pour venir à bout des révoltés, en 101.

   4) La révolte de Spartacus (73-70)
   Elle se déroule du Sud au Nord de l’Italie, à un moment même, elle menace Rome. Les effectifs sont considérables : autour du noyau de gladiateurs se concentrent 150 000 soldats !
   A Capoue, dans une école de gladiateurs se trouve Spartacus, plus grec que Barbare. Le mouvement de révolte est spontané, et à ce titre, il va souffrir d’improvisations.
   Le noyau de gladiateurs est rejoint par des bandes d’esclaves gaulois dirigés par Crixus et des esclaves Cimbres dirigés par Hoenomanus. Ils occupèrent le cratère du Vésuve, bon site défensif, et battirent à plats de coutures le préteur chargés de les mater.
   Des bergers appenins se joignent alors à eux. Les esclaves se divisent en deux bandes, l’une dirigée par Crixus, l’autre par Spartacus. Ils occupent l’année à piller le sud d’Italie. Crixus était d’avis de saigner le pays, Spartacus voulait ramener chez eux les esclaves.
   En 72, Rome envoie contre les esclaves deux consuls. Crixus fut tué ; Spartacus remonte le pays et vainc le gouverneur de la Gaule Cisalpine à Modène.
   Le Sénat de Rome envoie alors l’armée dirigée par Licinius Crassus. Il lève 6 légions (36 000 hommes) ; il bloque Spartacus dans le Bruttium, mais ce dernier passe à travers au cours de l’hiver (72-71).
   A titre d’exemple, Crassus crucifia le long de la via appia 6 000 esclaves. Les restes de l’armée furent écrasés par Pompée de retour d’Espagne.
   C’est la dernière grande révolte servile.

   La révolte de Spartacus n’engage pas de nouvelles législations. Désormais, à chaque velléité insurrectionnelle, les romains répondront par la répression. La condition des esclaves n’est pas améliorée, au contraire. Seulement, jamais plus les esclaves ne seront une menace.
   La révolte de Spartacus est restée un mythe.

Texte établi à partir d’un cours de faculté

LA QUESTION AGRAIRE SOULEVÉE PAR TIBÉRIUS ET CAÏUS GRACCHUS

 Au IIe siècle av. J.-C., les Romains étaient déjà maîtres de l’Italie, d’une partie de l’Afrique du Nord et de l’Espagne, de la Grèce, de la Macédoine et d’une partie de l’Asie Mineure. La grande masse de la population ne tira nul profit de ces conquêtes.

 

  » Les Romains avaient coutume de vendre une partie des terres qu’ils avaient conquises sur les peuples voisins, d’annexer les autres au domaine et de les affermer aux citoyens qui ne possédaient rien, moyennant une légère redevance au trésor public. Les riches avaient enchéri et évincé les pauvres de leurs possessions : on fit donc une loi qui défendait à tout citoyen d’avoir en fonds plus de 500 arpents [125 hectares] de terre. Cette loi contint quelque temps la cupidité des riches et vint au secours des pauvres, qui par ce moyen conservèrent chacun la portion qui leur était échue dès l’origine des partages. Dans la suite, les voisins riches se firent adjuger ces fermes sous des noms empruntés; et enfin, ils les prirent ouvertement à leur nom. Alors, les pauvres, dépouillés de leur possession, ne montrèrent plus d’empressement pour faire le service militaire, et ne désirèrent plus élever d’enfants. Ainsi l’Italie allait être bientôt dépeuplée d’habitants libres, et remplie d’esclaves barbares, que les riches employaient à la culture des terres, pour remplacer les citoyens qu’ils en avaient chassés…

… Caïus Gracchus, dans un mémoire qu’il a laissé, rapporte que Tibérius son frère, en traversant la Toscane pour aller de Rome à Numance [en Espagne] vit ce beau pays désert, et n’ayant pour laboureurs et pour pâtres que des étrangers et des barbares; et que ce tableau affligeant lui donna dès lors la première pensée d’un projet qui fut pour eux la source de tant de malheurs. Mais ce fut, en fait, le peuple lui-même… qui le détermina à cette entreprise, en couvrant les portiques, les murailles et les tombeaux d’affiches par lesquelles on l’excitait à faire rendre aux pauvres les terres du domaine… « 

 Tibérius Gracchus propose donc en 133 av. J.-C. une loi agraire très modérée, ordonnant aux riches de rendre les terres sur lesquelles ils avaient mis la main abusivement, tout en les déchargeant de toute redevance pour les 500 arpents qui leur restaient.

  » Si limitée que fût cette réforme, le peuple s’en contenta et consentit à oublier le passé, pourvu qu’on ne lui fît plus d’injustice à l’avenir; mais les riches et les grands propriétaires, révoltés par avarice contre la loi et contre le législateur, par dépit et par entêtement, voulurent détourner le peuple de la ratifier ; ils lui peignirent Tibérius comme un séditieux, qui ne proposait un nouveau partage des terres que pour troubler le gouvernement et mettre la confusion dans toutes les affaires…
 Leurs efforts furent inutiles : Tibérius soutenait la cause la plus belle et la plus juste avec une éloquence qui aurait pu donner à la plus mauvaise des couleurs spécieuses. Il se montrait redoutable et invincible lorsque, du haut de la tribune, que le peuple environnait en foule, il parlait en faveur des pauvres :  » Les bêtes sauvages, qui sont répandues en Italie, disait-il, ont leurs tanières et leurs repaires, où elles peuvent se retirer, et ceux qui combattent, qui versent leur sang pour la défense de l’Italie, n’y ont d’autre propriété que la lumière et l’air qu’ils respirent; sans maison, sans établissement fixe, ils errent de tous côtés avec leurs femmes et leurs enfants. Les généraux les trompent quand ils les exhortent à combattre pour leurs tombeaux et pour leurs temples; dans un si grand nombre de Romains, en est-il un seul qui ait un autel domestique et un tombeau où reposent ses ancêtres? Ils ne combattent et ne meurent que pour entretenir le luxe et l’opulence d’autrui ; on les appelle les maîtres de l’univers et ils n’ont pas en propriété une seule motte de terre. « 
 

Plutarque, Vie de Tibérius et de Caïus Gracchus. (Traduction Ricard)

 

 Étienne Marcel et Guillaume Callé

Jean le Bon cherchait de l’argent pour continuer la guerre contre l’Angleterre et c’est à ses villes qu’il pensait surtout s’adresser. L’histoire officielle parle volontiers de ses inquiétudes mais oublie de noter qu’en échange des services que la royauté attendait des bourgeois, elle ne manquerait point de leur accorder le bénéfice de son autorité. C’est en 1350 que les maîtres des corporations obtinrent les premières mesures législatives sur le travail salarié. Ce début d’une réglementation qui ne cessera plus de se développer est bien significatif des progrès de la bourgeoisie, tant par les secours qu’en attendait le roi que pour les conditions dans lesquelles se trouvait alors l’ouvrier.

Des Etats généraux incomplets votèrent un prélèvement sur le revenu qui fut très mal accueilli. Une victoire militaire l’eût peut-être justifié aux yeux des marchands; ce fut à nouveau la défaite et la plus pitoyable qui soit. La nombreuse armée de Jean le Bon succomba près de Poitiers en 1356, devant les 8.000 hommes du Prince Noir. Les Français en perdirent autant, la noblesse s’enfuit, laissant son roi prisonnier. Les archers anglais avaient une fois de plus vaincu la féodalité française.

La révolte des marchands de Paris

Paris s’exaspère : le peuple entier est derrière le prévôt des marchands qui prend la tête du mouvement. Etienne Marcel s’était rendu populaire aux Etats généraux en soulignant la nécessité d’un contrôle sur les subsides qu’on accordait au roi. La défaite de Poitiers montrait combien ses revendications étaient justes. Le fils aîné de Jean le Bon, Charles, régent du royaume pendant la captivité de son père, dut réunir sur-le-champ de nouveaux Etats généraux et consentir à leurs conditions. Les bourgeois de Paris s’y montraient en pleine possession du sentiment de leurs intérêts. Le peuple des rues voyait dans leur résistance la lutte contre la misère et chacun coiffait le chaperon bleu et rouge du vaillant prévôt. Les Etats désignèrent une commission d’enquête, en attendant la constitution de ce conseil de surveillance qu’Etienne Marcel voulait instituer près du trône, composé de vingt-huit députés, dont douze bourgeois. Car ils tiennent à leur fortune récente. Depuis 1350, les procédés de Philippe le Bel sont devenus la règle fiscale et le marc d’argent a changé trente-neuf fois de valeur. Leur première revendication est donc une monnaie fixe. On discute partout sur les autres conditions que la prévôté veut faire triompher : les nobles ne doivent plus être dispensés de l’impôt, le droit de réquisition des seigneurs doit être aboli, les fourrages et les chevaux mis à l’abri du pillage. En échange de ces mesures les villes fourniront un homme d’arme par cent foyers. Le régent consent à tout, signe la Grande Ordonnance de 1357, mais montre aussitôt qu’il n’a point l’intention de l’appliquer. Ce conflit entre la bourgeoisie et la royauté faisait les affaires de Charles le Mauvais qui entra sans tarder en négociations avec la capitale. Il se montra digne de son passé en trahissant tour à tour les bourgeois, les Anglais et le roi. De ses infamies, on a tenté de rendre responsable Etienne Marcel qui poursuivait cependant les suites logiques de son action : pour arracher au régent le respect de son ordonnance, le peuple envahit la résidence de Charles en février 1358 et là, sous ses yeux, on abattit deux de ses conseillers qu’on tenait pour responsables de ses variations. Etienne Marcel le sauva sans doute en le couvrant du chaperon aux couleurs de la capitale. Charles, mesurant la portée future d’un tel geste, décida de quitter son hôtel Saint-Pol et s’enfuit à Compiègne. Alors, tandis que l’ennemi occupait la France, il investit Paris.

Et la révolte de «  Jacques Bonhomme  »

Les trahisons de Charles le Mauvais y poursuivaient leur besogne et la tentative des bourgeois manquant encore d’homogénéité commençait à se désagréger. La lutte avait pris des proportions qui en effrayaient la plupart et le soulèvement populaire terrifiait les amis mêmes d’Etienne Marcel. Cependant un allié inespéré venait de surgir : à leur tour, les campagnes se soulevaient. A Laon, à Soissons, dans toute la région parisienne, les paysans se dressaient contre l’autorité. Leur fureur avait les mêmes origines, plus tragiques, car pour leur extorquer de l’argent on allait jusqu’à leur brûler les pieds. Durant six semaines, ils se battirent en désespérés autour de Guillaume Callé. Ce fut la Jacquerie. De cette union subite des paysans et des bourgeois, pouvait en mai 1358 dépendre le sort de Paris. L’insurrection s’étendit à la Champagne, à la Brie et à la région d’Amiens. Des chefs populaires surgirent partout, retranchèrent les paysans dans des lieux forts, munis de palissades et de fossés, où l’on avait déjà résisté aux Anglais. L’alliance avec Etienne Marcel parut réussir lorsque les Jacques s’emparèrent du château d’Ermenonville. Les bourgeois de Meaux entraient dans la ligue qui faisait en somme l’union du monde du travail pour des revendications immédiates – toutes les idées politiques d’Etienne Marcel : faire cesser le gaspillage des deniers arrachés au pays et contrôler les responsables de cette gabegie. C’était pour les maîtres la défense de leurs premiers droits acquis. Combien plus émouvant l’espoir immense que le peuple mettait en eux, croyant par son sacrifice contribuer à la fin des souffrances du temps. Sans doute, il y avait eu déjà bien des émeutes populaires et les campagnes gardaient le souvenir de ces pastoureaux qu’on avait impitoyablement châtiés. Cette fois les Jacques font un essai de discipline et se sentent, dans leur lutte, solidaires des bourgeois de Paris. Pour une classe qui monte, c’est déjà vaincre que de se battre. Si Etienne Marcel fut si représentatif de l’essor de la bourgeoisie au XIVe siècle, c’est qu’il ne craint pas cette bataille où le régent a voulu l’amener. Mais les temps ne sont pas révolus. La bourgeoisie française peut alors fournir des personnalités audacieuses, elle n’est pas encore en état d’accomplir un acte collectif. Le sol se dérobe sous Etienne Marcel. Autour de lui, le conflit parait trop vaste et la propagande de Charles le Mauvais produit son effet. L’histoire des classes sociales a toujours commencé par celle de leurs défaites. C’est après avoir été d’abord écrasés que les esclaves se sont libérés. C’est par ses échecs que la bourgeoisie a appris à s’organiser. Sa liberté n’est pas encore inscrite dans les nécessités économiques : l’ambition d’Etienne Marcel échouera.

Trahison et Défaite

Après d’astucieux pourparlers, Charles le Mauvais trahit les Jacques et les détruisit à Meaux. Paris était livré à lui-même. Tandis que la répression la plus sanglante s’abattait sur les paysans coupables de s’être armés contre leurs seigneurs, la capitale grondait de frayeurs et de rivalités. Ne se sentant plus assez forts, les bourgeois reculaient. Etienne Marcel était perdu. Ce fut l’un de ses amis, Jean Maillard, qui l’assassina. La cour s’employa à calomnier la mémoire d’Etienne Marcel pour rendre infâme la cause qu’il avait défendue, celle des libertés bourgeoises.

De cette ébauche de révolution politique, il resta chez tous des souvenirs très vifs. Le régent Charles se rappela si bien la peur qu’il eut en février 1358 qu’il fit construire, dominant Paris, la Bastille Saint-Antoine, pour surveiller sa capitale. Cette Bastille sera pendant quatre siècles le témoin des progrès de ces bourgeois qu’elle a pour mission primitive de maintenir dans l’ordre – l’ordre féodal, auquel la bourgeoisie triomphante substituera l’ordre bourgeois : la Bastille de Charles le Sage, bâtie au lendemain d’une émeute vaincue, sera détruite par une révolution victorieuse.

 

LA GRANDE JACQUERIE (1358)

Le célèbre chroniqueur Jean Froissart, roturier écrivant pour la noblesse, est très hostile aux  » Jacques « , et même partial envers eux. On ne trouve aucun plaidoyer en leur faveur dans les écrits du temps. Nous ne les connaissons que par leurs ennemis.

 

LES CAUSES ET LES DÉBUTS

« Aucunes gens des villes champêtres, sans chef, s’assemblèrent en Beauvoisis ; et ne furent mie cent hommes les premiers ; et dirent que tous les nobles du royaume de France, chevaliers et écuyers, honnissaient et trahissaient le royaume, et que ce serait grand bien qui tous les détruirait. Et chacun d’eux dit :  » Il dit vrai ! il dit vrai ! honni soit celui par qui il demeurera que tous les gentilshommes ne soient détruits. « 

Lors se assemblèrent et s’en allèrent, sans autre conseil et sans nulles armures, fors que de bâtons ferrés et de couteaux, en la maison d’un chevalier qui près de là demeurait. Si brisèrent la maison et tuèrent le chevalier, la dame et les enfants, petits et grands, et mirent le feu à la maison… Ainsi firent-ils en plusieurs châteaux et bonnes maisons. Et multiplièrent tant qu’ils furent bien six mille ; et partout là où ils venaient leur nombre croissait, car chacun de leur semblance les suivait. Si que chacun chevalier, dames et écuyers, leurs femmes et leurs enfants, les fuyaient; et emportaient les dames et les demoiselles leurs enfants dix ou vingt lieues de loin, où ils se pouvaient garantir; et laissaient leurs maisons toutes vagues et leur avoir dedans; et ces méchants gens assemblés sans chef et sans armures volaient et brûlaient tout, et tuaient… sans pitié et sans merci, ainsi comme chiens enragés. Certes, oncques n’advint entre Chrétiens et Sarrasins telle forcenerie que ces gens faisaient, ni qui firent plus de maux et de plus vilains faits, et tels que créature ne devrait oser penser, aviser ni regarder ; et celui qui plus en faisait était le plus prisé et le plus grand maître entre eux. … Et avaient fait un roi entre eux qui était, si comme on disait adonc, de Clermont en Beauvoisis, et l’élurent le pire des mauvais ; et ce roi on l’appelait Jacques Bonhomme. Ces méchants gens brûlèrent au pays de Beauvoisis et environ Corbie et Amiens et Montdidier plus de 60 bonnes maisons et forts châteaux ; et si Dieu n’y eût mis remède par sa grâce, le meschef fût si multiplié que toutes communautés eussent été détruites, sainte église après, et toutes riches gens, par tous pays, car tout en telle manière si faite gens faisaient en pays de Brie et de Perthois. Et convint toutes les dames et demoiselles du pays et les chevaliers et les écuyers qui pouvaient leur échapper, affuir à Meaux en Brie, l’un après l’autre, en pures leurs cotes, ainsi comme elles pouvaient ; aussi bien la duchesse de Normandie et la duchesse d’Orléans, et foison de hautes dames, comme autres, si elles voulaient se garder d’être… tuées et meurtries. Tout en semblable manière si faite gens se maintenaient entre Paris et Noyon, et entre Paris et Soissons, et Ham en Vermandois et par toute la terre de Coucy. Là étaient les grands malfaiteurs. Et ravagèrent, que entre la terre de Coucy, que entre la comté de Valois, que en l’évêché de Laon, de Soissons et de Noyon, plus de cent châteaux et bonnes maisons de chevaliers et écuyers ; et tuaient et volaient ce que ils trouvaient. Mais Dieu par sa grâce y mit tel remède de quoi on le doit bien regrâcier… « 
 

Froissart, Chroniques, livre premier, chap. LXV. Ed. Buchon, f.1, p. 375.

 

LA LUTTE ET LA RÉPRESSION

 » Alors les gentilshommes vinrent chercher refuge auprès du roi de Navarre et lui demandèrent d’apporter remède à leurs peines et que ces Jacques soient attaqués, déconfits et mis à mort.

Ils lui dirent :

 » Sire vous êtes le plus gentilhomme du monde : ne souffrez pas que noblesse ne soit mise à néant. Si cette espèce qui se dit Jacques dure longtemps et que les bonnes villes viennent leur porter aide, ils mettront la noblesse à néant, et détruiront tout. « 

Lors, Charles, roi de Navarre fut d’accord pour les aider contre les Jacques. Et là lui promirent les gentilshommes que jamais ils ne seraient contre lui, et lui en reçut la promesse.

Les Jacques surent bien que le roi de Navarre et les gentilshommes venaient sur eux.

Guillaume Charles et L’Hospitalier rangèrent les Jacques et en firent deux batailles. Et en chacune mirent 4.000 hommes. Et ceux qui avaient arcs et arbalètes, ils les mirent en front aux premiers rangs et par-devant eux mirent leur charroi. Ils firent une autre bataille de leurs gens à cheval où ils mirent bien 600 hommes dont le plus grand nombre était armé et furent ainsi rangés durant deux jours.

Le roi de Navarre demanda une trêve au chef des Jacques parce qu’il voulait lui parler. Guillaume Charles y alla simplement, car il ne demanda ni otage ni quoi que ce soit et vint au roi de Navarre. Ainsi les Jacques furent sans chef.

Robert Sercot et toute sa bataille mit les Jacques en travers et leur rompit un de leurs corps à force de glaive… Ainsi les Jacques furent tout éperdus du fait de leur capitaine qui n’était point avec eux et ils furent par eux-mêmes tout déconfits et les Anglais en mirent beaucoup à mort.

Après que les Jacques furent déconfits le roi de Navarre alla à Clermont en Beauvaisis et là il fit décapiter le capitaine des Jacques.

Une troupe de gentilshommes, environ 300 glaives, qui venaient à l’aide du roi de Navarre, entendirent que les Jacques étaient déconfits. Alors ils dévalèrent à l’extrémité du Beauvaisis où se trouvaient quelques troupes de Jacques et ils assemblèrent les gentilshommes normands et ceux de la région d’Amiens et du pays de Bray. Et ils trouvèrent près de Poiz une troupe de Jacques qui se rendaient à la grande troupe que Guillaume Charles commandait. Par les gentilshommes susdits, tous furent mis à mort, sans merci, soit plus de 1300. Puis lesdits gentilshommes repartirent à cheval et ils combattirent entre Roy et Gerberay une autre troupe de Jacques et là en occirent bien 800 ; et en un moûtier en brûlèrent environ 300. Puis ils vinrent à Gaillefontaine où Madame de Valois se trouvait et ils lui firent beaucoup d’ennuis parce qu’elle avait donné des vivres aux Jacques, à ce qu’ils disaient. Et là ils occirent environ 1 000 paysans.

Ainsi les Jacques furent détruits et déconfits en Beauvoisis et dans les pays d’environ. En Brie le comte de Roussy en occit une grande foison et les fit pendre à leur porte.

Ainsi furent-ils tous détruits. « 
 

Continuateur de Guillaume de Nangis, cité et traduit par Maxime Roux,
Textes relatifs à la civilisation du Moyen Âge, p. 174-175, Nathan, 1950.

 

 

Dans : générale
Par blindingunblogfr
Le 18 septembre, 2008
A 23:26
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